LA MISSION DE TATISTSCHEFF A VIENNE
Alexandre consentirait à la marche proposée dans le mémorandum, il faudrait se concerter sur l'époque et le mode de la mettre à exécution, et qu'il importerait beaucoup de gagner sur le temps tout ce qu'il serait possible de gagner sur lui, il nous paraît qu'il ne serait pas moins désirable que facile de réunir à Vienne des personnes munies d'instructions et d'autorisations nécessaires de la part des cinq Cours, et mises à même par là d'échanger entre elles les idées des Monarques sur le meilleur accord à établir au sujet des intentions réciproques et de la marche à suivre par les puissances.
Dans la supposition, qui nous paraît d'ailleurs très-naturelle, que la rencontre des Monarques ne pût être avancée, les pourparlers entre les ministres auraient toujours le grand avantage de préparer le travail et de hâter des décisions si désirables.
Je soumets ces idées à Votre Excellence avec une entière confiance. Qu'elle en fasse usage envers Sa Majesté Impériale de toutes les Tlussies, si elle les juge de nature à pouvoir être accueillies ; ce que dans tous les cas il me paraît superflu de lui assurer, c'est qu'elles sont dictées autant par les sentiments de franche amitié qui ne cesseront d'animer l'Empereur rpion Maître pour l'Empereur Alexandre, que par la sollicitude que Sa Majesté Impériale porte aux intérêts qui leur sont communs.
Metternich à Nesselrode (Lettre), Vienne, le 19 avril 1822.
620. Je charge votre négociateur d'être mon courrier, mon cher comte. M. de Tatistscheff a senti ce que j'ai senti, à savoir, que parler vaut mieux qu'écrire, quand on désire franchement s'entendre. Il vous parlera donc, et il parlera bien (juand il vous assurera que nous désirons nous entendre parfaitement avec vous. Mais il est dans tous les temps, comme dans toutes les circonstances, une condition sine qua non dans les ententes; c'est que l'on parle clair, et que l'on se dise ce que l'on veut, ce que l'on désire, ce à quoi on peut aller, et quelles sont les bornes des facilités. Quant à celles des possi-
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Lilités, nous n'aurons jamais besoin de perdre du temps pour nous en assurer. Croyez que je ne me fais illusion sur aucune position, que j'apprécie toutes les nécessités, toutes les difficultés, le mal comme le bien. Si iM. de; Tatistscheff devait ne pas emporter la conviction que pour le moment il ne me reste rien ù lui dire pour lui faire comprendre la pensée de l'Empereur, c'est qu'il n'aurait pas compris mes paroles ; mais j'ai le sentiment que tel n'est pas le cas.
L'affaire qui nous occupe est très-simple en elle-même; elle n'est compliquée que par les causes incidentes, et celles-ci suffisent souvent pour faire d'une affaire très-simple dans son essence une affaire fort compliquée dans sa conduite. Je vous dirai en très-peu de mots comment je juj^e les positions.
Votre Empereur veut ce que veut le mien, ce qu'en dernier résultat veulent ni plus ni moins leurs alliés.
Votre Empereur voit, comme le mien, que la faction est là, la gueule ouverte, pour avaler l'ordre social au premier ébranlement des grands piliers sur lesquels cet ordre repose.
Votre Empereur a une foule de considérations à ménager; il n'en est pas une que nous n'admettions.
Mais le mal existe, et il faut ou le vaincre ou courir les cbances d'y succomber. Nos Souverains sont fort tentés de cboisir la première de ces alternatives, et fort décidés à éviter la seconde. Il faut donc qu'ils s'entendent. Afin que leur accord puisse être efficace, il faut l'étendre aux alliés, et pour arriver à ce but, il faut un clioix éclairé et scrupuleux de formes et une grande correction dans l'énoncé des j)rincipes.
Comment, — cela posé, — pourra-t-on parvenir à s'entendre? Pour le couj), mon cber comte, permettez-moi de vous renvoyer aux explications que vous donnera votre envoyé.
Gomme vous ne l'avez pas mis en mouvement sans but , permettez que j'entre dans votre prévoyance, et dans ce que votre marcbe a présenté de juste et d'éclairé.
Il me reste à vous supplier de vous dire à vous-même, et de dire à Sa Majesté Impériale, que je forme ce vœu; que c'est avec mie francbise et un abandon entiers que j'ai traité