‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 112 sur 118 · LA MISSION DE TATISTSCHEFF A VIENNE (1822). 5S · texte numérisé non relu

LA MISSION DE TATISTSCHEFF A VIENNE (1822). 5S

avec M. de TatistscheFf ; enfin que vous vous tromperiez aussi en prêtant à aucune de mes paroles un sens oppose à celui de la raison et de l'éloignement le plus complet de tout ce qui ne serait pas l'application pure et simple, non de questions autrichiennes, mais de questions européennes, de ces questions de vie et de mort qui absorbent toutes nos pensées. Si j'avais de la politique autrichienne à faire, je serais bien coupable de la traiter comme je ne cesse de traiter celle qui m'occupe du matin au soir. Mais c'est que j'ai beau chercher, je ne la trouve pas, cette politique autrichienne, à moins que l'on ne veuille donner ce nom à notre désir extrême de ne pas devenir la pâture des frères et amis. Dans ce cas, je fais de la politique autrichienne, et je tâche même d'en faire beaucoup, et bien plus partout que ne le désireraient ces bons amis.

Adieu, mon cher comte. Pour l'amoiu' de Dieu , point de préjugés ! Laissez dire tout ce que l'on peut dire ; nous dédaignons les paroles. Marchons et entendons-nous. Croyez-vous que la besogne sera finie alors? J'espère que non; alors nous pourrons commencer à faire le bien, et tout le bien que nous avons été tous empêchés de faire après les événements de 1821. Beaucoup de mal à éviter et beaucoup de bien à faire, voilà une grande et belle tâche.

Metternicli à Leljzeltein, à Saint-Pétet-sbourg (Dépêche), Vienne, le 22 avril 1822.

621. J'expédie le présent courrier après le départ de M. de Tatistscheff. Il nous a quittés le 11), à la suite d'une entente entre lui et moi sur cette décision.

Votre Excellence trouvera dans les annexes les derniers résultats de nos transactions. Ils vous suffiront pour vous prouver que ce n'est pas nous qui avons cédé un seul pouce de terrain ; nous sommes restés fermes sur le principe qui nous a servi de base inébranlable dans tout le cours de nos explications depuis le mois de mai dernier, et si nous avisons à nous procurer des chances favorables à la conciliation, nous n'avons fait en ceci que persévérer dans notre marche.

584 RECUEIL DE DOCUMENTS (l818-1822).

II me reste à mettre encore Votre Excellence au fait de Taltitude que M. de Tatistscheff et moi avons prise et maintenue jusqu'au terme de nos pourparlers.

Mes dernières expéditions auront suffi pour vous convaincre que vos pressentiments à Tégard des motifs véritahles de Tenvoi de M. de Tatistscheff se sont réalisés dès le début de sa mission. Mes soins ont dû avant tout se borner à me rendre un compte l)ien exact de ce que sa mission pouvait tout naturellement renfermer de complications ressortant du terrain de Saint-Pétersbourg lui-même.

Je n'ai point tardé à m'assurer de quelques points de contrôle , afin d arriver à classer et les instructions dont il était porteur et Ja différence du but vers lequel pouvaient tendre de doubles instructions. Mes soins n'ont point été infructueux. A mesure que nous avancions dans nos pourparlers, l'attitude de M. de Tatistscheff dut prendre couleur. Il fut bientôt clair pour moi qu'en même temps qu'il était porteur des paroles de l'Empereur, il ne lui était pas possible d'oublier en entier qu'il avait des instructions du Cabinet. Je plaçai dès lors en première ligne de mes explications envers lui la première de ses fonctions, et je lui prouvai que relativement à la seconde il trouverait en moi un allié sûr, afin d'arriver, en écartant des difficultés de bien des genres, au bien auquel il me paraissait que tendaient uniformément les pensées de nos deux Monarques. Il me serait impossible de ne pas rendre à M. de Tatistscheff cette justice, que l'ensemble de sa conduite a été conforme à mes vœux. Si ses explications ont présenté des nuances, celles-ci n'ont jamais porté d'autre caractère que celui de la gène que cet envoyé devait nécessairement éprouver en se sentant sous l'impulsion de deux instructions non-seulement différentes, mais même en parfaite opposition l'une à l'autre.

Une circonstance a beaucoup contribué à débrouiller les attitudes. M, de Golowkin avait reçu du Cabinet des pouvoirs égaux à ceux de M. de Tatistscheff. Aussi Votre Excellence a-t-elle vu ces deux Messieurs se présenter ensemble dès notre seconde entrevue. M. de Tatistscheff n'a pas tardé à sentir que

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