LA MISSION DE TATI STSCH F.FF A VIENNE
de cette manière nous n'arriverions jamais à une conclusion, et que par conséquent la partie la plus importante de sa mission serait manquée.
Je crus devoir me montrer indifférent aux embarras de la position de M. de Tatistscheff, et je lui abandonnai le soin de la réfjler lui-même. Il vint se présenter la troisième fois seul chez moi et me pria de laisser dorénavant ignorer nos transactions à son collègue, sauf à nous concerter sur les moyens de le rendre témoin d'un résultat à prévoir et à concerter d'avance entre nous. C'est là la cause qui a motivé la séparation que Votre Excellence remarquera dans mon travail.
La seule partie officielle est la Note que j'ai signée le 19. M. de Golowkin ne connaît de tout le travail que cette seule pièce.
MM. les envoyés de Russie m'avaient communiqué le 12 avril le projet de protocole ci-joint. Je vis le même soir M. de Tatistscheff, et je lui déclarai que je ne le signerais pas. Il me dit qu'il avait dû m'en envoyer le projet pour se justifier visà-vis de son Cabinet, mais que j'étais maître d'en faire ce que je voudrais. Je le prévins alors que je lui adresserais, à lui età son collègue, une Note commune, dans la rédaction de laquelle j'aurais soin d'éviter avant tout de me servir d'une seule des paroles peu correctes du projet de protocole, et ensuite de ne pas compromettre nos pourparlers secrets.
La totalité des pièces confidentielles et secrètes est ainsi absolument inconnue à M. de Golowkin. M. de Tatistscheff m'a dit ne vouloir s'en servir que vis-à-vis de Sa Majesté Impériale directement. C'est même lui qui m'a engagé à introduire dans une lettre secrète l'idée de hâter l'époque de la réunion des Souverains et la nomination anticipée d'individus munis d'instructions pour établir des pourparlers, et, si faire se peut, une entente entre les alliés, — idée que lui-même m'a proposée le premier, en me priant toutefois de me l'approprier. J'avais inséré dans la première minute de mon mémorandum cette proposition, M. de Tatistscheff l'en a fait sortir : « Il est possible, il est même probable, me dit-il, que l'Empereur, après
avoir scnité cette pièce principale, la communiquera au Cabinet. Si Fidée de la réunion s'y trouve exprimée, vous courez le risque que le Cabinet, qui craint par-dessus tout une réunion pareille, ne saisisse le prétexte pour attaquer tout le reste. »
Par la présente expédition ainsi que par les précédentes, je me flatte d'avoir mis Votre Excellence au fait de l'ensemble de la négociation entre M. de Tatistsch effet moi. Elle connaîtra par mes dépêches toutes les paroles dignes d'être rapportées qui ont été échangées entre nous. C'est maintenant de nouveau à elle de servir la cause par un strict contrôle et en continuant de suivre la marche qu'elle a déjà tenue antérieurement. C'est à elle aujourd'hui de peser ce qu'elle devra dire et peut-être même communiquer à MM. les secrétaires d'État. Il est tout simple que le présent couri'ier lui ait apporté les informations les plus amples.
Il me reste à vous prévenir que le 19 avril, jour même du départ de M. de Tatistscheff, j'ai réuni chezrmoi dans le courant de la matinée MM. les envoyés de Russie, et que je leur ai fait la remise de la Note officielle. Il est arrivé ce qui devait arriver; M. de Golowkin en a trouvé le texte très-sommaire, .l'ai contre-balancé cette remarque très-fondée par la déclaralion que M. de Tatistscheff ayant été envoyé vers nous comme simple porteur de paroles, je devais de mou côté me référer aux miennes. J'ajoutai que sous ce rapport j'étais beaucoup moins bien placé que MM. les envoyés, vu le fait que je ne pouvais pas me vanter d'avoir à invoquer un témoin en ma favevn-, tandis qu'il en était bien autrement de leurs positions respectives.
M. de Tatistscheff s'étant déclaré entièrement satisfait de cette explication, il a bien fallu que M. de Golowkin le fût également.
Je sais, au reste, de science certaine, qu'il y a eu de graves discussions entre ces Messieurs dans le cours de nos pourparlers. Tandis que M. de Tatistscheff et moi avancions vers notre but, M. de (îoloAvkin crut que rien ne se faisait; il eu fit des reproches à son collègue, qui a dû finir par lui déclarer