‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 23 sur 118 · NAPL ES ET LA SICILE · texte numérisé non relu

NAPL ES ET LA SICILE

Manzi regrette que l'Autriche n'ait pas soutenu le parti <]ul s'efforçait d'élever le prince Léo|)old sur le trône de Naples, et qu'elle n'ait pas fait de la sé|)aration des deux Couronnes la condition du mariage de ce prince avec Madame l'Archiducliesse Clémentine. L'engouement de l'ex-ministre d'un Gou-

vernement illégitime pour cette idée révolutionnaire n'a rien qui doive surprendre , et il est tout naturel qu'il ait calculé les avantages qui devaient résulter de cette combinaison pour l'Autriche exactement d'après les considérations que Napoléon , Murât, etc. , avaient fait valoir en faveur de leurs États. Mais ce qui a été utile et opportun pour eux serait funeste pour un Gouvernement lé.^itime, dont la politique doit reposer sur des principes immuables de justice et de loyauté.

Votre Majesté daignera se rappeler que , dans le cours de l'hiver de 1815, on essaya de sonder notre ministre plénipotentiaire le prince Jablonowsky sur le point de vue sous lequel sa Cour envisageait cette idée ; que toutefois ce ministre reçut de nous l'ordre de repousser nettement toute ouverture de ce genre, en déclarant que de pareilles démarches étaient tellement contraires aux principes de Votre INIajesté, que jamais notre envoyé n'oserait porter à Sa connaissance des communications de cette espèce.

Il ne peut sembler étrange que Tito Manzi, qui n'est pas au courant des négociations qui ont abouti à la réunion des deux royaumes, fasse ressortir l'impression défavorable que cette mesure a produite sur la noblesse sicilienne, qui aurait désiré être délivrée de la constitution de lord Bentinck , à la condition de rentrer dans tous ses droits et dans tous ses privilèges. Par contre, le Gouvernement napolitain avait en vue la suppression de la constitution de lord Bentinck, parce qu elle ne répondait pas aux besoins de la situation et qu elle lui liait les mains; il pouvait aussi, par les mêmes raisons, ne pas vouloir rétablir l'ancienne constitution; il le voulait d'autant moins que la Sicile, au lieu de supporter sa part des charges de l'Etat , était, sous l'empire de la nouvelle constitution et même de l'ancienne, une charge considérable pour les finances du royaume de Naples. Au contraire, par la réunion des deux royaumes, le Gouvernement s'est ménagé les moyens d'introduire peu à peu dans la Sicile l'administration napolitaine, qui est incomparablement plus avantageuse au point de vue financier.

Votre Majesté se rappelle peut-être la grande importance

que le Roi Ferdinand IV attachait à l'issue favorable de ces négociations. II en doit aussi le succès final exclusivement à Tintervention de Votre Majesté auprès du Gouvernement anglais, cela ne saurait être contesté. Ce n'était pas une tâche facile d'amener le ministère britannique à consentir à la suppression d'une constitution rédigée par lord Bentinck et introduite en Sicile sous l'influence de l'Angleterre ; car cette question était, à cause du parlement, doublement difficile à résoudre. Mais il était de notre intérêt d entrer dans les vues de la Cour de Naples, afin d'empêcher que dans la suite l'exemple de la Sicile n'entraînât le royaume de Naples, et que les nombreux constitutionnels de ce royaume, soutenus par cet exemple, ne cherchassent à amener le ministère à leur donner aussi un gouvernement représentatif. En outre , la réunion des deux rovaumes était le moyen le plus sûr d'ùter toute consistance aux bruits malveillants qu on répandait sur le projet attribué à l'Autriche de vouloir mettre le prince Léopold sur le trône de Naples; car, par suite de cette réunion, la séparation des deux Couronnes devenait impossible pour l'avenir.

Telles étaient les raisons qui déterminèrent Votre Majesté à appuyer les négociations engagées au sujet de cette question ; c'est à Votre Majesté que le Roi Ferdinand doit l'heureuse solution de Taflaire. Du reste, lui-même et son ministère attachaient la plus grande importance à la réalisation de ce changement; ils tenaient extrêmement à obtenir de l'Autriche et de l'Angleterre la déclaration que ces deux puissances ne s'opposeraient pas à la mesure projetée. De la part du Roi, ce serait donc aujourd'hui de l'ingratitude et de la fausseté que de vouloir fiire croire qu'il a eu la main forcée par Votre Majesté. Personne ne saurait ajouter foi à une pareille assertion, et, dans le cas où elle se serait réellement produite, elle ne pourrait tourner que contre le Roi lui-même.

C'est assurément un fait remarquable de voir un ancien ministre de Murât rendre pleine justice au cardinal Gonsalvi

et à ses vues en matière administrative : Tito Manzi a su donner à ce ministre cette preuve d'équité. Ce qu'il dit de favorable et de défavorable sur son compte est également fondé, et, bien qu'il soit regrettable que le cardinal secrétaire d'État ait soutenu si mollement son œuvre personnelle et qu'il soit même cause que le motu proprio échoue dans l'application, on ne peut lui contester la gloire d'avoir introduit dans les Etats de l'Église une forme de gouvernement et des principes capables d'empêcher, au moins pendant la durée de son ministère, une réaction violente dont les effets auraient été dangereux pour tous les États italiens. Si la marche des affaires administi .tives est souvent dérangée par le désordre qui règne dans les bureaux, on ne saurait nier, d'autre part, que l'activité du cardinal Consalvi et la rigueur de la police créée par lui ont réussi à assurer le repos de la capitale, à détruire ou du moins à refréner le brigandage , et à créer une petite armée (un corpsde troupesdc 15à 17,000hommesbiendi.sciplinéset bien équipés) suffisante pour faire respecter le Gouvernement. Quant aux principes politiques de Consalvi, Votre Majesté les connaît, et Manzi lui fait tort, selon moi, en révoquant en doute la sincérité de ses sentiments à l'égard de l'Autricbe. Le cardinal nous est certainement aussi dévoué que peut l'être, étant donnée la nature de ses fonctions, le chef du Cabinet du Saint- Siège ; je suis également sûr qu'il aurait sincèrement désiré lever les obstacles qui s'opposaient au succès de la négociation que l'ambassadeur prince de Kaunitz avait été chargé d'entamer avec la Cour de Rome (n" 240) , parce qu'il pense comme nous que la parfaite entente de la Cour pontificale et de la Cour d'Autriche est indispensable pour assurer l'ordre en Italie et maintenir le Gouvernement pontifical lui-même.

Monsignor Pacca, gouverneur de Rome et chef de la police, est, après le cardinal Consalvi, le plus considérable parmi les hauts fonctionnaires de l'État. Il paraît être un homme de grands moyens, d'une remarquable fermeté de caractère, d'une activité infatigable ; mais il joint à ces qualités une rigueur peut-être excessive. Si on ne le retenait pas, il se laisserait entraîner à prendre des mesures énergiques contre iir. 6

les sectaires, et en général contre les partisans du dernier Gouvernement. Heureusement nous avons réussi à nouer des relations confidentielles avec lui, et nous profitons de cette situation pour tâcher de lui faire suivre la même marche que nous dans les affaires de police.

Il est hors de doute que , suivant la remarque de Manzi, il y a dans les Légations, et notamment à Bologne, un prétendu parti autrichien qui nourrit Tespoir que Votre Majesté occupera cette province à Tépoque de la mort du Saint-Père. Pendant mon séjour en Toscane, on a essayé de me sonder d'une manière assez directe sur ce point. Toutefois , je rejetai ces idées comme incompatibles avec les principes de Votre Majesté et en contradiction avec les dernières transactions. En effet, malgré tous les avantages qu'une réunion des Légations avec le royaume Lombard-Vénitien semblerait offrir, je suis loin d'être convaincu que cette réunion, même dans l'hypothèse qu'elle pût se réaliser sans entraîner de nouvelles complications politiques , devrait être considérée comme une acquisition vraiment heureuse pour la Monarchie. Je crois plutôt qu'à partir du jour où Bologne appartiendrait à l'Autriche , elle deviendrait le centre du parti de l'opposition qui combat le Gouvernement en Italie , et que cet esprit inquiet qui fait désirer aujourd'hui l'annexion à l'Autriche , se tournerait contre nous dès que Bologne serait en notre possession.

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