LE PIÉMONT
Parmi tous les Gouvernements italiens, le Piémont est sans contredit celui dont la marche administrative et le système politique réclament l'attention la plus soutenue. Ce pays réunit tous les éléments de mécontentement les plus prononcés, et sous ce point de vue, je trouve le tableau (|ue trace Manzi très-fidèle.
Ce qui est moins exact , ce sont ses réflexions au sujet des appréhensions que doivent faire naître les armements de cette puissance. Il est vrai que depuis sa restauration le Pioi de Sardaigne n'a cessé de travailler à former son armée et surtout à préparer les moyens de la porter promptement à un degré de force considérable, hors de toute proj)<)rtion avec les finances et le chiffre de la population de ses Etals. Pourtant les résul-
tats n'ont répondu jusqu'à ce jour ni à ses efforts ni à ses espérances.
Je crois néanmoins que , malgré les molifs de juste mécontentement qui existent dans les Etats sardes et même dans le pays de Gènes, qui supporte impatiemment le joug de cette puissance et ne dissimule pas le vif regret qu il éprouve d'appartenir à la Sardaigne, je crois, dis-je, qu'il n'y a pas lieu de craindre un mouvement révolutionnaire dans ce pays.
La politique astucieuse du Cabinet de Turin est donc présentement l'unique objet qui doive attirer notre sérieuse attention. Votre Majesté peut s'être convaincue dans plusieurs circonstances que je ne perds jamais de vue ce point important, et que j'ai donné à entendre clairement à ce Cabinet que nonseulement nous n'ignorions aucune de ses menées , mais encore que nous étions en mesure d'en prévenir les effets.
Il est liors de doute que le Cabinet de Turin nourrit des vues ambitieuses , qu'il ne peut réaliser qu'aux dépens de l'Autriche. J'ai été récemment à même d'en fournir une preuve convaincante au Cabinet de Saint-James, et je l'ai invité en même temps à surveiller avec nous les allures du Cabinet sarde. C'est à cela que nos efforts, selon moi, doivent se borner pour le moment. La Cour de Sardaigne a , surtout depuis la réunion de Gênes à ses États, trop de raisons de tenir à conserver ses relations avec l'Angleterre pour risquer de s'engager dans une voie politique qui serait contraire aux vues.du Gouvernement britannique. Ce puissant motif arrêtera donc nécessairement les projets ambitieux que la Cour de Sardaigne nourrit à notre égard aussi longtemps que nous serons étroitement liés avec la Grande-Bretagne, et c'est précisément ce contre-poids que nous opposerons constamment aux intrigues qu'on entretient à Turin avec la Cour de Russie. En outre, le ministère actuel du Roi est peu estimé et ne possède la confiance d'aucun des autres Cabinets; même dans son sein, il est divisé sous le rapport des opinions et des vues.
Dans ces circonstances, l'état actuel des choses en Sardaigne nous offre, j'en suis convaincu, malgré les sentiments défavorables de cette puissance à notre égard , la possibilité de
neutraliser pour longtemps encore les effets fâcheux de ces sentiments; nous y réussirons en exerçant une surveillance constante et rigoureuse sur ses allures, et en continuant de suivre la marche franche , correcte et ferme que nous avons adoptée dans nos rapports avec elle.