‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 44 sur 118 · SÉJOUU A AIX-LA-CHAPELLE ET F.ETOUR A VIENNE · texte numérisé non relu

SÉJOUU A AIX-LA-CHAPELLE ET F.ETOUR A VIENNE

une nuit et une matinée au Johannisberg , où j'ai vu une quarantaine de superbes tonneaux rangés dans la plus belle cave du monde. Le vin sera excellent, et il y aura là pour douze mille ducats à vendre demain. Il en vaudra vingt mille dans cinq ans. Je n'aurai ni cesse ni repos avant que vous ayez vu ce lieu, qui est vérital)lement une glorieuse possession. Rien ne ressemble à sa beauté, et Thabitation n'exige qu'un peu de soins pour devenir très-belle. Il n'y aurait qu'une cabane, que le monde semblerait lui appartenir.

Je m'arrêterai le 8 à Munich , et je serai à Vienne le 11 au soir, ou plus probablement le 12 au matin. Vous serez prévenue de mon arrivée par l'une de mes voitures que j'enverrai en avant de la dernière couchée que je ferai à Wels ou à Enns.

... Bon Dieu! tout ce qui est mort chez nous! J ai appris toutes ces catastrophes d'une manière qui serait plaisante si elle portait sur un autre sujet. J'ai vu à Coblentz le comte d'Eltz, — revenu du Brésil. Il y est pour affaires de la succession de son père, qui vient d'y mourir d'une mort affreuse. Un cancer lui avait rongé plus de la moitié du visage. Je lui fis mes condoléances , et je lui demandai des nouvelles de Vienne; j'en avais manqué depuis plus de huit jours, car mes lettres m'attendaient à Francfort. « On a coupé la jambe à Jean Paiffy, me dit-il , mais son frère est encore plus à plaindre, car il perd une partie de son corps après l'autre dans son voyage en Italie. — G est affreux, lui dis-je. — Oui, deux jours avant la mort du comte de Wallis. — Comment ! il est mort? — On a enterré le comte de Kuefstein. — Comment ! lui aussi ! — Et l'on a administré le maréchal Colloredo ; son frère le maréchal Wenzel est à l'agonie. » — Je l'ai prié de se taire , car il avait l'air de ne pas avoir tout dit,

MeUernicli à sa fille Marie. Vienne, ce 17 déiiemhre.

27G. Me voilà, ma bonne Marie, au milieu des nôtres; mais vous n'y êtes pas , et je vous réponds que vous me manquez beaucoup. Nous sommes infiniment plus occupés de vous

([lie de nous. Nous suivons tous vos pas, et je suis sûr d'en deviner beaucoup.

J'ai trouvé, à mon arrivée, maman et les enfants dans le meilleur état de santé. Victor est grand comme un homme qui n'est pas petit. Clémentine est embellie. Je ne trouve pas Léontine fort grandie. Herminie est véritablement aussi bien que possible. Maman vous mandera la plaisante erreur que j'ai commise à mon début, où je pris Léontine pour Herminie. Je lui ai demandé des nouvelles de sa jambe; elle m'a cru en démence. Elle était couchée dans sa nouvelle chambre , à la place de sa sœur; je l'ai trouvée inconcevablement grandie, mais n'importe. Les pensées fourchent quelquefois comme la langue, et l'on n'en sort plus.

Nous sommes ici, non dans les fêtes, car l'Empereur Alexandre n'en veut pas , mais dans de douces et paisibles petites jouissances de Cour. L'Empereur Alexandre a enfin fait connaissance de Madame sa tante*; il passe ses journées à lui baiser la main et à l'appeler ma chère tante. La présentation a eu lieu avant le dîner par l'Impératrice ; au moment où riùnpereur a baisé la main à sa très-chère tante , j'ai pensé à Herminie, et j'ai trouvé comme elle que la tante Pauline est la tante de tout le monde, faute d'être celle du monde. Il ne lui manque plus que ce dernier titre.

Adieu , ma l)onne chère Marie. Le voyage d'Italie est décidé, mais il y a un changement qui vous est favorable. L'Empereur partira le 13 février, et il sera dans les premiers jours de mars à Florence au lieu de Naples; c'est-à-dire qu'il commencera par passer à peu près trois semaines du mois de mars en Toscane; de là, il ira pour la semaine sainte à Rome , et puis enfin, vers le 17 ou le 18 avril , à Naples.

Ce 25 décembre.

277. .Pétais sûr (jue Paris conviendrait beaucoup à Pepi. Il a du goût et il est accessible à de bonnes impressions. Paris

* La tluchcsse Pauline de VVurtembcr};, sœur du prince de Metternicli.

{ISolc de V Éditeur.)

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