‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 46 sur 118 · IM · texte numérisé non relu

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sera donc celui-ci : Qu'il n'y aura rien de changé dans l'ordre de choses existant; ce résultat vaudra le plus beau triomphe k Votre Majesté et aux Cabinets qui, depuis 1815, n'ont cessé de suivre luie marche positive, qui n'ont jamais fait appel à l'esprit d'innovation et qui ont toujours soutenu le droit seul , le droit pur et simple. Mais pour la Cour qui en toute circonstance a rendu hommage à ce qu'on appelle l'esprit du temps, et qui ^ par ses paroles, a fait naître les espérances des novateurs et des sectaires de tout genre; pour cette Cour, dis-je , le résultat d'un congrès aussi important que celui d'Aix-la- Chapelle sera compromettant au plus haut degré , aux yeux de ces novateurs mêmes , dès que tout restera sur l'ancien pied.

C'est dans ces quelques points que réside la différence qui sépare nettement les vues de l'Autriche de celles de la Russie. Du reste, nos idées n'ont cessé de prévaloir jusqu'à ce jour , et je ne doute pas qu'il n'en advienne de même à Aix-la-Chapelle. Que la future réunion, tenue dans la forme et en la manière adoptées , déplaise au ministre russe , c'est donc une chose toute naturelle. Ce qui ne Test pas moins, c'est que nous ne puissions l'admettre que dans la forme convenue. Le succès dépendait beaucoup de la première parole; or, cette parole, nous l'avons prononcée à l'heure opportune, et par là nous avons évité bien des occasions de nous compromettre dans un sens très-différent des craintes du comte Capo d'Istria.

Du reste , j'ai déjà gagné du terrain auprès des Cabinets prussien et anglais, si bien que je ne prévois pas qu'il soit possible, lors des conférences, de s'écarter d'une marche régulière et posée *.

* Sur ce dociiiiient, C|ue nous possédons sous forme de copie, se trouve la note suivante, écrite plus tard de la mnin même du chancelier d'Etat : « Le contenu de ce rapport est important; car il fait ressortir les raisons de la différence qui existait entre les deux Cabinets impériaux sous le rapport de leurs intentions et de la niarclie .suivie par eux. Le comte Capo d'Istria était le représentant d'une école politirpie extravajjante; j)ersoiiriellcmeiit il n'avait en vue que la (/uestioii helli'iii)fue, qui, en 1818, était sur le point de surgir. Dans cet ordre d'idées (la question liidlénirpie) et sous le ra|>port <lc la résistance au lihéralisine doctrinaire qui trouvait un ardent dianipion

CORRESPONDANCE AVEC L'EMPEREUR FRANÇOIS (1818). 1 iï

Franzcnsbrmin, le 20 août.

28S. Sire, connaissant les sentiments de bienveillance que vous daignez avoir pour le feld-maréchal prince de Schwarzenberg, je considère comme un devoir d'indiquer respectueusement à Votre Majesté une occasion qui lui permettrait de faire à peu de frais grand plaisir à Son vieux serviteur. Le bis aîné du[ prince, Frédéric*, est, depuis plus d'un an, cadet au régiment de ublans de son père. Il se distingue par son zèle à contenter son père, et son désir serait d'être promu au grade de sous-lieutenant. Si Votre Majesté daignait accéder à son vœu en ayant l'air de le faire spontanément, le feld-marécbal Lui en aurait la plus profonde reconnaissance.

Dans le cas où Votre Majesté daignerait faire droit à cette prière , que je me permets de Lui adresser à l'insu du prince, j'oserais demander qu'Elle voulût bien consentir à informer le feld-rtiaréchal par un billet autograpbe qu'Elle lui accorde cette faveur, et à le faire le pllis tôt possible, afin de prévenir une demande directe du père.

Ce qui m'enbardit surtout à faire cette démarcbe , c'est que depuis l'arrivée du feld-marécbal Blùcber à Carlsbad , le Roi de Prusse envoie presque toutes les semaines un aide de camp à ce dernier pour prendre des nouvelles de sa santé, qui, du reste, est fort compromise.

Metternicii, m. p.

Je prendrai les mesuies nécessaires, conformément à la proposition que vous me faites.

François, m. p.

Baden, le 25 août 1818.

clans ce ministre pins j;rec que russe, le système d'une alliance entre les j;randes puissances lui était odieux. » {Note de l'Édileur.)

* Celui qui écrivit sous le pseudonyme du « Lans(|uenet .. .

{ISole de i Éditeur.)

148 lîECUElL DE DOCUMENTS (1S18-1822).

Franzcnsbrunn, le 20 août.

286. J'ai riionneur d'adresser ci-joint à Voire Majesté un rapport du prince de Kaunitz ; ce document nous apprend comment les affaires continuent d'aller à Rome*. Si la Cour pontificale persiste dans la marche qu'elle a adoptée, elle se prépare , dans lui avenir prochain , des complications avec l'Allemagne, complications dont il est difficile de mesurer la portée dès à présent. Notre devoir est de l'éclairer , et de soutenir dorénavant ceux des cardinaux qui forment le parti raisonnahle.

Votre Majesté a daigné approuver mes dernières instructions à l'ambassadeur prince de Kaunitz. C'est dans le même sens que je lui enverrai prochainement d'autres recommandations pi'essantes.

Je prie respectueusement Votre Majesté de vouloir bien faire communiquer le présent rapport, ainsi que l'annexe, au conseiller d Etat de Iludelist.

Metternich, m. j).

Je prends note de ce que vous me mandez. Le conseiller d'État de Hudelist recevra le rapport ainsi que l'annexe. Nous devons tendre à éviter que, par suite de démarches précipitées, inspirées par une ardeur trop grande, la religion catholique subisse un dommage irréparable.

François , m. p.

lîaden, le 25 août 1818.

* Dans ce rapport tlii 10 juillet sa trouve exprimée la crainte qu'à Rome un parti de « zelanti « , composé de cardinaux hostiles aux idées de conciliation de Consaivi, ne travaille à forcer la main au Pape et à lui faire prendre des mesures énergiques contre les Cours de Bavière et de liade, attendu f]m>, par des lois or{]nnir|ues récentes, la première paralyse le Concordat qui vient d'être conclu et que la seconde prend sous sa protection le vicaire capitulairc de Constance, Wessenljcrj;, (jui est menacé d(; l'interdit,

(Noie de l Éditeur.)

Kœnigsuait, le 26 août.

287. Votre Majesté trouvera dans les deux annexes les instructions que j'ai adressées au baron de Vincent, le 23 de ce mois, relativement à la question si importante de la réconciliation de Monsieur, frère du Roi de France, avec ce dernier.

Votre Majesté daignera se rappeler que déjà , dans le cours du printemps dernier, Monsieur avait fait venir exprès le ministre plénipotentiaire de Votre Majesté pour lui parler de son désir d'arriver à une réconciliation. A cette époque, le baron de Vincent instruisit le duc de Wellington de ce fait, ainsi que de l'entretien qu'il avait eu avec le Prince ; en même temps il informa de la chose le duc de Richelieu.

Je répondis aussitôt au baron de Vincent qu'il devait faire entendre au frère du Roi que Votre Majesté était toute disposée à prêter la main à une réconciliation qui n'aurait que des suites heureuses ; j'exprimai toutefois ma conviction personnelle que Monsieur devait, avant tout, essayer des moyens capables de faire arriver à ce but.

Voici pour quelles raisons je résolus de suivre cette voie :

1* Parce que la suite que Son Altesse Royale donnerait à l'affaire pouvait seule me faire voir clairement quelles étaient ses intentions réelles.

2° Parce que je voulais m'assurer si Monsieur avait pris spontanément la résolution d'agir, ou s'il y avait été poussé par le parti ultra-royaliste; enfin je désirais savoir quelle fraction de ce parti (car il y en a tant!) lui avait donné l'impulsion.

3° Parce que toute démarche compromettante pour le caractère de Votre Majesté ne pouvait être sûrement évitée que si les deux parties adverses avaient exprimé le vœu de voir intervenir un tiers dans une affaire de famille.

Relativement à ce point capital, nos espérances ont été réalisées. Plusieurs tentatives de réconciliation furent faites, soit par Monsieur, soit par les ministres; mais elles demeurèrent toutes sans résultat.

150 RECUEIL DE DOCUMENTS (l818-1822)

Dans le courant du mois de juin, et presque en même temps, les ultras et le duc de Richelieu s'adressèrent à moi pour me demander de m'interposer. Je fis entendre au duc que Votre Majesté (qui était encore en voyage) me donnerait certainement plein pouvoir à cet effet, mais que le moment d'intervenir utilement ne me semblait pas encore venu, attendu que je devrais avoir affaire, non pas à l'une ou l'autre fraction du parti ultra-royaliste , mais à Monsieur lui-même.

J'adressai à Monsieur une communication semblable.

Alors Monsieur m'envoya, en effet, à Carlsbad, une personne tout à fait de confiance, qui n'a point d'attaches avec le parti, et qui se présenta comtne un organe direct du Prince luim.ême. Je renvoyai cet émissaire à Paris, avec des ordres qui prouvaient à Monsieur :

1" Que maintenant l'affaire était engagée d'une manière sérieuse et convenable ;

2" Que le baron de Vincent serait prochainement chargé de la mission de s offrir personnellement comme médiateur.

J'expédiai le marquis de Caraman à Paris, afin d informer îe duc de Richelieu de l'état des choses ; mais en même temps j annonçai à ce dernier que je tâcherais de gagner le plus de temps possible, afin de rapprocher , autant que faire se pourrait, cette négociation particulière de V entrevue d'Aix-la- Chapelle; car, disais-je, j'étais convaincu que le succès de l'entreprise (si toutefois il est permis de l'espérer) ne pourrait être assuré qu à la condition de précipiter les choses. Monsieur est faible; il faut qu'il se prête lui-même à la réconciliation; car, si on lui laisse le temps de conférer avec le parti, tout sera à recommencer.

Le duc de Richelieu partagea entièrement ma manière de voir.

Après que toutes ces questions eurent été bien débattues, j adressai au baron de Vincent les instructions dont j'ai parlé ci-dessus, instiuctions dont le contenu renseignera Votre Majesté sur le |)oint do vue au(]ucl je me suis placé dans cette affaire, et (pie j'ai cru devoir choisir comme étant le meilleur.

La dépêche n" 1 peut être communiquée aux deux parties.

CORRESPONDANCE AVEC L'EMPEREUR FRANÇOIS (lS18). 151

La dépêche n° 2 contient les instnicfions particulières adressées au baron de Vincent.

C'est sur les bords du Rhin que j'apprendrai le premier résultat des démarches que doit faire Tenvové de Votre Majesté.

Hier, au moment de mon départ de Franzensbrunn, j ai reçu du duc de Richelieu une lettre dans laquelle il me prie instamment de venir à Paris conduire l'affaire en personne. Mais je ne prendrai une résolution que lorsque je connaîti'ai le résultat des premières démarches. Celles-ci ont dû être faites par un autre que par moi 5 si je crois pouvoir aider à une bonne solution, j'entreprendrai le voyage; dans le cas contraire , le but de mon excursion à Paris se réduira à celui de profiter de la présence de lord Castlereagh dans cette ville. Si ce dernier ne prenait pas cette direction, et s'il n'y avait pas d'espérance positive de voir la médiation réussir, je m'épargnerais un déplacement inutile.

Je me flatte que Votre Majesté , voyant comment 1 affaire a été conduite jusqu'ici, daignera m'honorer de Sa haute approbation. Je regarde cette question comme la plus importante du jour, et pourtant je suis loin d'en pouvoir espérer positivement l'heureuse solution. Les parties sont si loin de s'entendre, qu'il faudra beaucoup de concessions de part et d'autre pour qu'un rapprochement devienne possible. D'ailleurs, comme la réussite de l'entreprise ne dépend pas uniquement du médiateur, il n'en est pas moins honorable pour Votre Majesté, ainsi que pour Son Cabinet, d'avoir été choisie pour amener ce résultat si désirable. Ce choix témoigne peut-être plus que tout le reste en faveur de la politique que Votre Majesté soutient aujourd'hui en Europe.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez, et je vous renvoie les annexes de votre rapport. Seulement il me vient un scrupule : je me demande si Monsieur ne pourrait pas, par légèreté ou par faiblesse, abuser des communications

qui lui seront faites au sujet de notre manière d envisager la conduite de la Russie et de l'Empereur Alexandre, ou du moins en faire un usage regrettable pour nous. . .

François, m. p.

Baden, le 30 août 1818.

Kœnigswait, !e 26 août.

288. Votre Majesté trouvera ci-joint plusieurs rapports de M. de Handel*; Elle verra par ces documents quel est l'accueil qui lattend sur les bords du llhin.

Je connais les sentiments de la population rhénane, et j'ai cru devoir conseiller à Votre Majesté de descendre le fleuve, parce que j'étais convaincu que ce voyage prendrait le caractère d'un véritable triomphe.

Du reste, les démonstrations des provinces rhénanes porteront un coup sensible au |)arti des malintentionnés. Les manifestations sincères et spontanées de plusieurs centaines de mille personnes valent mieux et sont plus concluantes que les déclamations des professeurs et des étudiants d'Iéna.

Au demeurant, le voyage de l'Empereur Alexandre el du Uoi de Prusse ne ressemblera en rien à celui de Votre Majesté ; c'est là un l^it (pii n'aura certainement pour l'Allemagne que des suites heureuses.

Metternicii, ni. /).

Je suis heureux d'apprendre ce que vous nie mandez, et j en prends note.

François, ///. p.

Baden, le 30 août 1818.

P. \. de Handel, ininisire résident d'Autriclieà Francfort,

(Note (le rfùliteur.)

COFinESPONDANCE AVEC L'EMPEREUR FRANÇOIS (1818). ISt

Francfort, le 30 août.

289. Sire, au moment de mon arrivée dans cette ville, j'ai reçu une lettre du Prince de Hesse, qui m'a été apportée par un courrier venant par Berlin ; j'ai l'honneur de l'adresser ci-joint à Votre INIajesté.

Je crois que Votre Majesté pourrait envoyer à Prague les ordres nécessaires, afin que l'Impératrice mère* fiU traitée avec toutes les prévenances possibles. Il faudrait avant tout veiller à ce qu'elle pût être reçue au château du Hradschin ; elle amènera certainement avec elle ses officiers de bouche. Votre Majesté voudra peut-être lui envover un certain nombre d équipages ; c est une question dont Elle est seule juge. Il me semble qu'il y aurait lieu de nommer quatre chambellans pour le service personnel de l'Impératrice et, dans tous les cas, quelqu'un qui pourrait faire l'office de grand maître de la Cour. Un des princes de Prague, peut-être le prince Isidore Lobkowitz, conviendrait pour cette fonction.

Votre Majesté trouvera, du reste, dans l'imminence de son départ une raison pour ne pas aller en personne rendre visite à l'Impératrice, .l'ai rédigé à tout hasard une lettre que j'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Majesté et de Lui soumettre respectueusement; cette lettre, adressée à l'Impératrice, pourrait être envoyée à Prague lorsque Votre Majesté apprendra la prochaine arrivée de lauguste voyageuse.

A la fin de sa lettre, le Prince de Hesse m'apprend, à ma grande surprise et contrairement à ce que m'avait dit le comte Gapo d Istria, que nous avons à craindre que l'Empereur n'ait pas renoncé à faire, après l'entrevue d'Aix-la-Chapelle, le voyage projeté, et qu'il ne veuille aller au moins dans la Haute-Italie. Est-ce le comte Gapo d'Istria qui est dans l'erreur, ou bien est-ce le Prince de Hesse? Il me semble que

* Impératrice de Russie. (Note de l'Éditeur.) .

malheureusement la réponse à cette question ne saurait être douteuse. Cependant je me suis empressé d'écrire à tout hasard au premier, et j'ai donné mes ordres à Carlsbad afin que la réponse du comte à ma lettre soit expédiée directement de cette ville même et parvienne sans tarder à la connaissance de Votre Majesté.

Quant à ce que l'Empereur compte faire au mois de novembre en Suisse, et pounjuoi il veut traverser le Simplon à ce moment de l'année, cela ne peut s'expliquer par aucune raison plausible.

Toutefois, la résolution de l'Empereur déterminerait sans doute Votre Majesté à se rendre à Milan ; mais il n'y aurait pas lieu de faire des préparatifs en vue de ce voya^je avant de savoir que le Czar est fermement décidé à donner suite à son projet.

Metternich, m. p.

Fi.iiK lort, Ii; :>l août.

290. Votre Majesté m'a fait ortlonner par le grand chambellan de Lui soumettre mes propositions relativement aux chambellans qui auraient à L'accompagner à Aix-la-Chapelle, indépendamment des deux qui doivent faire le service permanent.

On devrait, selon moi, choisir des jeunes gens sûrs et bien doués, à qui l'on pourrait confier toute espèce de mission.

Je j)rop()se donc :

1° Le comte Jjadlslas de Wrbna,

'1" Le coihte de Bellegarde,

.'^" L(; comte Félix de Woyna.

Le comte d(î Wrbna désirerait fort (jue son neveu , le major Pozzo, fût aussi appelé à cet honneur, .le n'ai rien à dire <ontre sa personne; mais, dans le cas présent, je trouve que

des objections très-sërieuses s'élèvent contre son nom. Dans toute autre circonstance , il serait en droit de prétendre à riionneur d'accompagner Votre Majesté, aussi bien que tout autre chambellan; car il occupe cette charge, ce qui est d'ailleurs une anomalie, vu que les Pozzo sont des Corses qui n'appartiennent pas même à une famille noble; mais, lors de l'entrevue d'Aix-la-Chapelle, plus d'un verrait dans sa nomination une sorte d'attention pour l'oncle Pozzo, qui ne la mérite en aucune façon.

Si Votre Majesté désirait avoir quatre chambellans au lieu de trois, on pourrait choisir le comte de Schœnfeld ou quelque autre jeune homme bien tourné. Je regrette que Votre Majesté ne semble pas avoir à sa disposition un chambellan de nationalité italienne.

Metternigh, m. p.

Je prends note de ce que vous me dites. Comme le comte Félix de Woyna est avec son régiment en Hongrie , j'ai décidé que les comtes de Wrbna, de Bellegarde et de Schœnfeld m'accompagneraient à Aix-la-Chapelle.

Baden, le 9 septembre 1818.

François, m. p.

Francfort, le 4 septembre.

291. Sire, mon séjour dans cette ville a été gâté par une légère fluxion que j'attribue à la température extrêmement rude dont j'ai souffert en Bohème, peu de temps avant mon départ; si je n'ai pas obtenu tous les résultats que je me promettais, ma présence du moins a eu jusqu ici les suites les plus heureuses. Depuis mon arrivée à Francfort, il s'est produit ici une véritable révolution morale; quand les partis furent certains de ma venue prochaine, ils oublièrent leurs divisions pour chercher à se lapprocher, et ce qui n'avait pu se faire auparavant s'est accompli depuis mon intervention directe. Je puis garantir aujourd'hui que le rapport de la commission de la Diète, qui

est relatif à l'organisation militaire de toute la Confédération geraiani([ue, sera présenté à l'assemblée dans le courant de ce mois. Ce rapport est équivalent à l'œuvre elle-même, car il est le résultat des vœux unanimes qu'ont exprimés dans leurs délibérations les Cours les plus considérables et les plus influentes, agissant de concert avec les délégués militaires de tous les Gouvernements allemands. Dès que le rapport sera déposé, la Diète se prorogera pour deux mois et prendra des vacances. Cette période coïncide précisément avec celle des conférences d'Aix-la-Chapelle, De cette manière on prévient tout embarras politique, et surtout, par le règlement de cette affaire , on préviendra une ingérence russe qui n'est que trop à craindre.

Pendant son voyage. Votre Majesté verra quelques Princes allemands. J'enverrai à Votre Majesté, en temps opportun, un travail sommaire relatif au langage qu'il serait à souhaiter de Lui voir tenir. Toute parole prononcée par Votre Majesté fait aujourd'hui la plus grande impression. Il faut être au milieu de rAllemagne pour voir à quelle hauteur morale la Cour impériale se trouve placée. Sous ce rapport, elle a gagné tant de terrain que son influence ne pourrait s'amoindrir que par ses propres fautes.

Le 10 de ce mois, je me rendrai au Johannisberg, et, le 13, je verrai le chancelier d'Etat Ilardenbcrg, avec lequel je passerai le l^ et le 15 à Coblentz. Le 16, je retournerai dans le Rheingau, où m'attendront le comte de Miinster et plusieurs autres diplomates. Le 22, je serai à Mayence, oii je présenterai mes hommages à Votre Majesté.

Metternich, m. p.

Je suis heureux d'apprendre ce que vous me mandez, et j'en prends bonne note. J'attends l'envoi du travail que vous m'annoncez relativement à la manière dont vous désirez que je parle en Allemagne.

François, vi. p.

Hadcn, le 9 septembre 1818.

Francfort, le 9 septembre,

292. Sire, suivant des nouvelles qu'a reçues hier Madame ]a Princesse héréditaire de Hesse-Hombourg, l'état de santé de Madame Sa mère , la Reine d'Angleterre , était considéré par les médecins comme désespéré. Les hommes de la science ne croyaient pas qu'elle eût encore plus de huit jours à vivre.

Par suite de la mort de la Reine , le Parlement devra être réuni dans un délai de six semaines pour se prononcer sur la mesure prise récemment au sujet de la surveillance du Roi, qui lui était dévolue en vertu d'un acte du Parlement. Lord Castlereagh, qui avait prévu le cas, s'est contenté, comme on le sait, de prendre les mesures nécessaires, aiin de ne pas avoir à interrompi^e son séjour à Aix-la-Chapelle.

Metternicii, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez.

François, m. p.

Per5enbeii{j, le 17 septembre 1818.

Cliàtean de Joliannisbcrj], le 18 septembre.

293. Sire, il s'est glissé une faute dans l'itinéraire imprimé; je n'hésite pas à la corriger, même de loin. On a commandé pour Votre Majesté des chevaux pour passer par Darnistadt ; sur la liste des endroits à traverser figure la station de Langfcld, qui n'existe plus depuis longtemps ; la station se trouve aujourd'hui à Dichxirg ; le chemin de Darmstadt à Mayence par Grosslierau est complètement abandonné ; il est absolument inq)raticable pour les voitures, parce que les routes et les ponts sont construits dans une direction toute différente. KKostheim, en prenant cette route abandonnée. Votre Majesté serait obligée de passer le Main; or, pour transporter toute la suite sur des bacs, il faudrait plus d'une demi-journée. Il

y a donc certainement une erreur, qui tient sans doute à ce que Tauteur de l'itinéraire a consulté un ancien manuel de la poste.

Du reste , le Prince-Électeur de Hesse se trouve déjà à Hanau, ou plutôt à Wilhelmsbad, qui est tout près de celte ville ; il y a été amené par Tespérance qu'on lui a fait concevoir que Votre Majesté s'arrêterait un moment chez lui. A Francfort, toute la bourjjeoisie attend Votre Majesté avec impatience ; elle est dans une joie indescriptible. D'après l'itinéraire imprimé. Votre Majesté tournerait Hanau et Francfort pour tomber dans la Cour de Darmstadt, qui, vu la marche déplorable qu'elle a suivie dans les questions allemandes, ne mérite nullement cette distinction.

J'ai chargé M. de Handel de suivre de facto la route telle qu'elle existe aujourd'hui de facto et de commander les chevaux sur cette ligne.

Gomme Votre Majesté trouve trop courte la première journée qui suivra Son départ de Mayence, je prendrai des mesures pour qu'Elle puisse passer la nuit à Saint-Goar. Sur le Rhin, cela fait une bonne journée de voyage, si Votre Majesté ne veut pas voyager par l'obscurité, ce qui, du reste, présente certaines difficultés au point de vue de la navigation.

Les équipages personnels de Votre Majesté suivront le bord du fleuve en prenant la nouvelle chaussée qui le longe. En cas de mauvais temps. Votre Majesté pourrait ainsi, à son choix, descendre le Rhin ou voyager par terre.

Ainsi que Votre Majesté daignera le voir par l'annexe, l'Empereur Alexandre n'arrivera à Aix-la-Chapelle que le 28. fiC Roi de Prusse voudrait que Votre Majesté n'arrivât qu'à cette date, et qu'Elle lui laissât l'honneur d'être le premier à recevoir le Gzar. De celte manière. Votre Majesté pourrait s'arrêter à Coblentz , où les nouveaux travaux de fortification méritent toute Son attention, .le désirerais d'autant plus La voir visiter ces travaux avec le général d'artillerie Duka, qu'ils ont clé faits d'après un système tout nouveau qui, tout en garanlissanl la solidité des ouvrages, présente une économie qu'on peut évaluer sûrement à plus des deux tiers.

CORRESPONDANCE AVEC L'EMPEREUR FRANÇOIS (1818). 15!i

Les travaux sont très-avancés ; ils sont dirif^és par des ingénieurs saxons , <:|ui se distinguent par un véritable talent. On peut à peine croire, en voyant tout ce qu'on a déjà fait, qu'on n'ait dépensé jusqu'à ce jour que 800,000 thaiers. A la fin de l'année prochaine, Coblentz sera une place d'armes pouvant contenir soixante mille hommes.

J'envoie M. de Handel au-devant de Votre Majesté à tlsselhach ; je l'ai chargé de prendre Ses ordres relativement à la suite du voyage depuis cet endroit jusqu'à Aix-la-Chapelle; car des modifications sont nécessaires, vu que l'arrivée de Votre Majesté doit être retardée d'un jour. M. de Handel devra aussitôt prendre les mesures voulues.

Mettermch, m. p.

Par suite de ce qui a été lait dans l'intervalle, la question est toute résolue. Je vous renvoie les documents annexés à votre rapport.

François, m. p.

Aix-la-CIiaiielIe, le 29 septembre 1818.

Joliannlsljerg, le 19 septembre.

294. Votre Majesté verra le Prince-Électeur lors de Son passage à Hanau. Elle daignera trouver ci-joint un rapport du général Wacquant relativement au désir très-vif qu'a le Prince- Electeur d'obtenir la dignité royale.

Mon avis est tout à fait contraire à cette prétention. Rien ne doit être changé aujourd'hui dans la situation de la Confédération, pas même un nom ; de son côté, la dignité de la Couronne demande certainement qu'il n'y ait pas de IJois possédant tout au plus l'équivalent d'un cercle en fait de territoire.

C'est ce que le Prince-Electeur paraît avoir senti ; aussi propose-t-il l'expédient le moins admissible : il voudrait une dignité royale collective, qui ôterait nécessairement toute dignité à la Couronne royale.

Je demande, sauf meilleur avis, que Votre Majesté veuille

leO RECUEIL DE DOCLMENTS (1818-1822).

bien déclarer au Prince-Electeur, si par hasard il aborde la question , nu Elle ne poiu^rait pas la résoudre à Elle seule.

Si le Prince-Electeur consultait Votre Majesté pour savoir s'il doit faire des démarches auprès des autres Souverains (il en a déjà fait auprès de la Prusse) , Votre Majesté pourrait lui déconseiller d'agir et lui promettre que la question sera posée, par voie confidentielle, lors de l'entrevue d'Aix.

En ce qui concerne la Confédération germanique, Votre Majesté pourrait déclarer au Prince-Electeur :

« Qu'Elle a constaté avec regret la marche suivie dans les derniers temps par le Prince-Electeur, marche toute différente de celle qu'il devait adopter suivant la promesse par lui faite au Cabinet de Votre Majesté.

« Que Votre Majesté faisait faire une proposition tendant à faire répartir les contingents comijinés en trois corps, sans que toutefois cette répartition comportât la réunion du contingent de la liesse à celui du Wurtemberg . Chaque membre de la Confédération doit rester sur sa ligne géographique. Il faut éviter que la route militaire d'un Etat soit traversée par un contingent étranger. Enfin, les corps devraient être, autant (pie possible, de force égale. Des corps trop nombreux formeraient des armées dans la Confédération; des corps trop faibles ne seraient plus que des divisions, qui laisseraient le champ libre aux velléités d'incorporation.

« Que la manière dont les trois corps devaient être composés serait incessamment l'objet d'une proposition de la part des ministres de Votre Majesté, mais que jamais la Hesse et le Wurtemberg ne pourraient marcher ensemble, que cela est une conséquence naturelle de la situation géographique des deux Etats. Il ne peut être indifférent au Prince-Electeur de laisser son pavs sans défense et de s'en éloigner pour se porter sur une ligne anormale, sur une ligne qui mettrait toute l'armée bavaroise entre la Hesse et les corps auxquels se joindrait le contingent hessois ; sur une ligne enfin qui forcément serait encore coupée par la Saxe. »

Si Votre Majesté veut avoir plus de détails sur cette question, M. de llandel, (jue j'envoie à Esselbach pour prendre

CORRESPONDANCE AVEC L'EMl'EREUR FRANÇOIS (181S). 161

les ordres de Votre Majesté , sera tout à fait à même de Lui donner tous les renseignements désirables.

Du reste, j'ai conféré longuement avec les ministres plénipotentiaires qui m'entourent ici, afin d'arriver, à Francfort même, sans attendre l'entrevue d'Aix-la-Chapelle, à une première solution de la question militaire, c'est-à-dire à la présentation du rapport du comité de la Diète à l'assemblée plénière. Je puis me flatter qu'à ce point de vue les trois semaines que je viens de passer dans ce pays ont amené plus de résultats que tous les efforts antérieurs, et que mon séjour ici a eu pour heureux effet d'éloig^ier toute complication des conférences d'Aix-la-Chapelle.

Le 22, j'aurai 1 honneur d'attendre Votre Majesté à Mayence.

P. S. Si Votre Majesté avait l'intention de donner un régiment à l'Électeur, cette faveur ne pourrait être que la conséquence de sa conduite correcte dans les affaires de la Diète. Mais je ne saurais être d'avis d'accorder une distinction semblable au Prince héréditaire. Ni les conditions personnelles dans lesquelles il se trouve, ni la dignité du service, ne semblent l'appeler à cet honneur,

Metternich, m. p.

Relativement à son désir d'obtenir la dignité royale , le Prince-Electeur m'a parlé de manière à me faire entendre qu'il voudrait atteindre ce but. Quant à la question des contingents allemands, ses déclarations m'ont fait voir qu'il a renoncé à l'idée de réunir ses troupes à celles du Wurtemberg et de les faire entrer dans le même corps. Il n'a pas été question de régiment à donner; du reste, je vous renvoie les documents annexés, et je prends bonne note du reste du contenu de votre rapport.

François, m. p.

Aix-la-Chapelle, le 27 septembre 1818.

Aix-la-CViapelle, le 7 octobre.

293. J'ai rhonneur d'envoyer ci-joint à Votre Majesté et de Lui soumettie respectueusement un aperçu provisoire sur les négociations militaires de Francfort.

Il suffira à Votre Majesté d'un coup d'œil rapide pour voir que ce ti'avail embrasse toutes les questions générales et particulières que comprend une bonne organisation militaire. Les détails n'ont pas été l'objet d'une étude moins sérieuse et moins approfondie : Votre Majesté daignera s'en convaincre en lisant le rapport adressé à la Diète , rapport que j'attends d'ici à deux ou trois jours.

Étant donné le moment actuel , cette affaire est certainement une des plus grandes et des plus fécondes, et si je ne regrette pas la somme considérable de travail presque journalier qu'elle m'a coûté depuis plus d'un an, c'est uniquement parce que j'ai la conscience d'avoir rendu un véritable service à Votre Majesté et d'avoir créé un point d'appui solide pour tout le corps social européen. La grande difficulté, c était d'amener l'accord entre tant d'opinions, que séparaient souvent les intérêts les plus mesquins et les plus misérables, c'était de les concilier au jour oppo7'tun. Rien ne pouvait être plus vraiment utile que de faire de l'Allemagne une puissance militaire au moment de l'évacuation de la France, et de rendre impossible toute immixtion des Souverains réunis à Aix-la- Cliapelle dans les affaires qui regardent exclusivement la Confédération.

Sous ce rapport, je regarde mon dernier séjour à Francfort comme une de ces chances heureuses dont la portée échappe à tous les calculs.

La Diète s'ajournera du 12 de ce mois jusqu'en janvier.

Metternicit, m. p.

.le [)rends note de ce que vous me mandez. Vous me soumettrez le plus tôt possible les détails du projet d'organisation militaire de la Confédération germanique, puisque l'an-

nexe de votre rapport ne contient qu'un aperçu des questions qui ont trait à cette grande mesure*.

François, m. p.

Aix-la-Chapelle, le 8 octobre 1818.

Aix-la-Chapelle, le 25 octobre.

296. Sire, le peintre Lawrence vient de recevoir ce qui lui était indispensable ; il se présentera chez Votre Majesté pour commencer les séances. Il s'est installé à l'hôtel de ville**.

Metïernigh, m. /).

Je prends note de ce que vous me mandez.

François, m. p.

Aix-la-Chapelle, le 26 octobre 1818.

Aix-la-Chapelle, le 28 octobre.

297. Sire, je m'empresse de soumettre respectueusement à Votre Majesté un rapport que je viens de recevoir de Rio- Janeiro et qui fait prévoir, ainsi qu'on est en droit de l'espérer, l'heureuse issue de la grossesse de Madame l'Archiduchesse Ijéopoldine.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez, et je vous renvoie le rapport annexé.

François, m. p.

Aix-la-Chapelle, le 29 octobre 1818.

* Le projet détaillé relatif à l'ensemble de l'organisation militaire de la Confédération germanique (publié en même temps que le protocole de la cinquante et unième séance de la commission de la Diète, qui a eu lieu le 12 octobre) a été soumis par le chancelier d'Etat à l'Empereur avec un rapport daté d'Aix-la-Chapelle, 17 octobre 1818. Le 28 octobre, l'Empereur a pris, à cet égard, la résolution suivante : « J'ai vu avec une satisfaction toute particulière avec quelle sagesse vous avez su conduire, dans son ensemble, l'affaire de l'organisation militaire de l'Allemagne, en tant que cette question a été agitée jusqu'à présent, et l'amener à la solution que demandait l'intérêt général de la Confédération. >i

** Le portrait de l'Empereur François, peint par Lawrence à Aix-la- Chapelle, se trouve dans la grande salle de Windsor (salle de Waterloo).

(Note de l'Éditeur.)

Aix-la-Chapelle, le 17 novembre.

298. Sire, dans notre conférence d'aujourd'hui, le duc de Richelieu a fait un rapport sur les affaires d'Espagne, en ce qui concerne les colonies de cette puissance ; ce rapport entraînera une discussion tellement importante que j'ai dû me rendre au vœu unanime de mes collègues et prendre part au déhat. Dans tous les cas, il faudrait que je fusse de retour ici samedi prochain , c'est-à-dire le jour où le duc de Wellington assistera à la conférence.

Je me suis donc décidé à partir pour Bruxelles samedi, le 21 de ce mois, au lieu de demain 18 novembre, après la clôture des conférences. Alors la plupart des ministres plénipotentiaires quitteront aussi Aix-la-Chapelle; leur départ aura également lieu le 22.

Ce retard ne change rien à l'ensemble de mon voyage ; j'ai cru toutefois devoir le porter à la connaissance de Votre Majesté.

Aujourd'hui le lloi de Prusse est encore si souffrant, que probablement il n'ira pas du tout à Bruxelles.

Metternigh, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez.

François, m. p.

Aix-la-Chapelle, le 17 novembre 1818.

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