‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 58 sur 118 · METTERNICH ET L'ORGANISATION DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

METTERNICH ET L'ORGANISATION DE LA PRUSSE

le plus intime, le jugement que nous portons sur la situation de ses propres Etats et sur les dangers qu'ils courent, je crois remplir un devoir envers mon propre pays.

Que Votre Dilection accueille cette marque de confiance comme une preuve nouvelle de la haute et sincère considération que je lui ai vouée.

SUR LA SITUATION DES ÉTATS PRUSSIENS. (Annexe tlu n" 304.)

305. Il serait superflu de faire ressortir l'intérêt que l'existence de la Prusse présente pour le système politique de l'Europe tout entier. Cet intérêt dérive de la nature même des choses ; il repose sur l'état actuel de l'Europe, et les négociations des derniers temps attestent qu'il a été universellement reconnu.

li'existence de la Prusse a pour l'A-utriche une importance toute particulière, nettement distincte de celle qu'elle a pour Id société politique en général, mais qui augmente dans des proportions considérables quand on l'envisage à ce i)oint de vue spécial.

Placées dans une situation pareille relativement à leurs voisins respectifs , membres principaux d'une Confédération qui est en droit de compter sur eux plus que sur tout autre État pour la protéger, et qui à son tour leur doit aide et protection, ces deux puissances ne sauraient jamais se regarder comme étrangères l'une à l'autre sans s'exposer réciproquement à toute sorte d'erreurs et de dangers. Elles prospéreront ensemble ou bien elles auront à subir des épreuves également redoutables; le repos, la force aussi bien que l'affaiblissement et l'impuissance de l'une auront toujours un contre-coup direct sur l'autre, soit en bien, soit en mal.

La force et la liberté d'action des Etats reposent sur deux bases fondamentales : l'une est leur organisatioyi politique, l'autre, leur organisation administrative.

Quant à la première, les différents Gouvernements sont moins libres qu'autrefois de la choisir et de la déterminer isolément.

Les limites des États ont été fixées d'une manière irrévocable par les négociations diplomatiques des dernières années. Tout essai d'amélioration devient, par le fait, impossible. Le repos politique est basé sur l'union fraternelle des Souverains; il repose sur le principe du maintien de ce qui existe. Agir à rencontre de ces principes, ce serait ébranler l'édifice dans ses fondements; les suites de l'entreprise entraîneraient certainement plus de dangers pour les divers États qu'elles ne pourraient leur offrir d'avantages.

Pour l'organisation administrative, elle est entre les mains du Gouvernement tant qu'il est encore armé du pouvoir. Les menées des partis ont principalement pour but de donner le change aux Gouvernements en ce qui concerne cette vérité. Les révolutionnaires spéculent sur les sentiments paternels des princes régnants ; toutefois , la sagesse commande avant tout au Souverain de maintenir le droit, de ne pas livrer ses peuples à la merci de vaines théories, de tout étudier, et de choisir ce qu'il y a de mieux.

Dans un État où la limite n'a pas encore été franchie, c'està-dire dans un État où le Souverain n'a pas les mains liées et peut agir encore librement, l'application du principe dont je viens de parler est encoi'e possible; or, la Prusse est dans le cas dont je parle. La voie dans laquelle le Roi s'engagera ne décidera pas seulement du sort de son propre royaume. La transformation intérieure que va subir l'État prussien exercera une influence incalculable sur les destinées de l'Allemagne et de l'Autriche, cela est évident ; aussi ceux qui, sans mandat, sefont les échos de la prétendue voix du peuple, le sentent bien. Jusqu'à présent ce parti est resté conséquent avec lui-même dans la marche qu'il a suivie ; il a commencé par chercher en Prusse un point d'appui pour ses leviers, et peut-être ne l'a-t-il que trop bien trouvé. Le Roi est à la veille d'être obligé de prendre un parti. La décision ])ourra tout aussi bien assurer le triomphe de la révolution dans toute l'J^^urope qu'elle peut avoir pour effet de sauver le repos de la Prusse et la tranquillité générale.

Que doit faire le Roi?

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