METTERNICH ET L'ORGANISATION DE LA PRUSSE
Cette question peut se re'soudre peut-être au moyen de quelques formules principales.
La condition essentielle de toute forme, les avantages comme les inconvénients qu'elle présente, sont déterminés par la connaissance exacte du corps auquel elle doit être appliquée.
L'État prussien, bien qu'uni sous un même sceptre, se compose de plusieurs parties qui diffèrent entre elles par la position géographique, le climat, les races et la langue. Il a, sous ce rapport, une ressemblance singulière avec l'Etat autrichien , quoique ce dernier soit bien plus favorisé en ce qui concerne la situation. Les divers éléments de la Monarchie autrichienne ont plus de valeur; géographiquement, les pays dont elle est formée sont mieux situés; le tout forme un corps aux contours bien arrondis. Entre les deux Etats, l'Autriche se prêterait mieux encore que la Prusse à un système nettement représentatif, si la différence entre les peuples au point de vue de la langue et des mœurs n'était pas aussi accusée. Comment un système pareil pourrait-il réussir en Prusse quand il n'est pas possible à l'Autriche de l'introduire chez elle?
Etant donnée la situation des deux Monarchies, le résultat le plus sûr d'un essai de centralisation au moyen d'un système nettement représentatif serait leur désagrégation; elles se décomposeraient , non pas en parties à déterminer arbitrairement, mais en parties déjà toutes déterminées et qui sont séparées par un plus grand nombre de différences radicales qu'il n'en existe entre la Hollande et les Pays-Bas eux-mêmes.
11 est inutile d'examiner comment la représentation centrale réussit dans ce royaume ; l'introduction de ce système a prouvé d'une manière éclatante et catégorique à toute l'Europe combien est vaine une pareille entreprise quand il s'agit de parties d'un tout absolument différentes les unes des autres. Sous ce rapport seul, elle a peut-être fait quelque bien.
A un autre point de vue, le royaume des Pays-Bas a fait une seconde expérience qu'il est sage de ne pas dédaigner. Pour assurer sa conservation, ce royaume a besoin, avant tout, d'une bonne force militaire, et c'est précisément cette
condition essentielle de son existence, de laquelle dépend aussi l'existence de la Prusse, qui devient irréalisable par suite de sa constitution, comme elle le deviendrait par l'introduction de la représentation centrale en Prusse. C'est ce qu'a bien senti le parti civil dans ce pays; aussi a-t-il depuis longtemps élevé la voix contre l'armée, et mis en avant un système insensé qui consisterait à armer le peuple en niasse à un moment donné, au lieu à entretenir une armée permanente. Le jour où le Iloi de Prusse, au lieu d'apparaître à la tète d'une armée, ne serait plus que le chef de sept ou huit masses populaires n'ayant aucun lien entre elles, ce jour- là l'État prussien serait bien près de sa dissolution politique aussi bien qu'intérieure.
Quoi qu'il en soit, le Gouvernement a fait des promesses; il faut qu'elles soient tenues. Les peuples, et particulièrement les Allemands, avertis par l'exemple du passé, instruits par l'épouvantable abus de pouvoir dont beaucoup de princes allemands , sous l'empire d'un sentiment exagéré de leur souveraineté, se sont rendus coupables depuis la fatale année 180G, veulent des garanties contre l'arbitraire pur. A l'origine, ces aspirations se sont manifestées par la demande du rétablissement des anciennes constitutions particulières ; puis elles ont été dépassées par les revendications des révolutionnaires, et aujourd'hui elles se produisent sous la forme de vœux tendant à l'établissement d'un système représentatif central. Par suite de lidée vague et confuse que le grand nombre se fait de la représentation populaire, il est facile dejVoir à quel point les auteurs de ce mouvement se font illusion. Si d'ailleurs les vœux des peuples avaient réellement changé, les Souverains n'en seraient tenus que plus rigoureusement à tout examiner et à ne se décider que pour une solution vraiment bonne.
Le Roi a promis un système nettement représentatif. Qu il donne donc à son peuple les garanties qui sont seules compatibles avec la situation de son royaume.
La Monarchie prussienne se divise naturellement en plusieurs parties, qui sont :
1° Les Marches de Brandebourg,