‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 69 sur 118 · ENTREVUE DE MEÏTEIÏNICH ET DU ROI A T EPLITZ · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE MEÏTEIÏNICH ET DU ROI A T EPLITZ

exposition simple et rapide de mon plan, je crois mettre Votre Majesté à même de se convaincre que rexécution de mon projet, qui s'annonce aussi Lien que possible par suite de l'entente survenue entre l'Autriche et la Prusse, porte principalement sur les deux points que voici :

Sauver la Confédération germanique , si c'est possible, par la coopération de l'Autriche, ou, en mettant les choses au pis, laisser à l'Autriche la possibilité de se sauver seule, s'il le faut, quelque difficile que puisse être l'entreprise.

Je sens que je n'ai jamais été appelé à résoudre de plus graves questions que celles qui nous préoccupent en ce moment. Mais il ne dépend pas de moi d'accepter ou de refuser cette tâche. Le mal est là; il faut le combattre. Les racines du mal sont profondes; il faut les attaquer dans la profondeur où elles se cachent. Les ravages s'étendent déjà sur toute l'Allemagne; il faut donc soutenir la lutte au grand jour. Ces affirmations n^ont rien d'exagéré, elles sont l'expression de la pure vérité.

Metternich, m. p.

Je trouve à faire les observations suivantes sur le contenu de ce rapport.

1" Je trouve que ce qui vaudrait le mieux pour les pays qui n'ont pas encore d'Etats provinciaux, ce serait d'attendre avant d'introduire cette innovation et de ne pas en parler en ce moment, afin de ne pas agiter de nouveau des populations qui sont difficiles à manier en tout état de cause , car je doute fort qu'elles s'accommodent d'une constitution telle que vous la comprenez dans votre rapport.

2" Je trouve que c'est une chose grave que d'accorder aux états le droit de participer à la confection des lois.

3" Même réflexion au sujet de la réunion des députés des différents états provinciaux, qui a été proposée en Prusse : ce qui fait la force d'une monarchie semblable, c'est précisément qu'elle est composée de différents corps.

â" Je ne souffrirai jamais qu'une commission fasse une enquête au sujet de mes universités; car ce serait le meilleur

moyen dV semer Tagitation et le désordre , chose qu'il faut absolument éviter.

5° La création d'une juridiction spéciale qui aurait à connaître de la récente conspiration tramée contre la Confédération, me paraît une mesure dangereuse et injuste. Chaque sujet a le droit d'être jugé d'après les lois de son pays ou d'après les lois du pays où le crime a été commis; or la Confédération n'a pas de lois particulières, pas de tribunal pour juger des crimes. Qui donc doit juger, et d'après quelle loi doit-on juger? Autant on a tort de se laisser induire en erreur, aussi peu l'on a le droit de donner lieu à des plaintes légitimes en prenant des mesures qui ne seraient pas fondées sur la justice, et tel pourrait bien être le cas ici. Du reste, qui peut répondre que les juges seront bien choisis et qu'on ne discutera pas longuement à la Diète pour savoir comment et en quelle forme on devra juger l'affaire; enfin ne disputera-t-on pas sans arriver à un résultat positif, ce qui serait encore pire?...

Il vaut mieux suivre la ligne de conduite que je vous ai déjà recommandée, c'est-à-dire ne pas procéder à la légère, ne pas risquer d'em'ployer des remèdes et de prendre des mesures qui feraient peut-être revivre l'ancien mal sous une autre forme ou qui susciteraient même un mal nouveau.

Ce que Nous pouvons faire Nous-même ne dépend que de Nous. Mais Nous avons affaire à des Souverains et à des Gouvernements faibles. Il faut que Nous profitions de la peur qui les agite pour les amener à j)rendre des mesures sérieuses , mais justes. Si Nous ne réussissons pas, si Nous échouons malgré les moyens de contrainte dont la Diète doit décider l'emploi contre ceux qui ne voudraient point agir ou qui trahiraient les autres, il faudra que Nous Nous isolions, et alors, ainsi que je vous l'ai déclaré, il foudra agir comme Etat d'Autriche, ainsi que l'exigera le bien de mes sujets. Voilà la menace que vous pourrez faiie entendre si vous en voyez la nécessité.

François, m. p.

Schœnbiunn, le 7 aoiit 1819.

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