‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 68 sur 118 · ENTREVUE DE METTERINICII ET DU ROI A TEPLITZ · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE METTERINICII ET DU ROI A TEPLITZ

avec lui un entretien qui a duré deux heures. En présence de cet excellent et loyal témoin, je lui ai développé mes vues, mes sentiments et mes convictions avec cette franchise dont je me suis fait une loi quand je parle à Votre Majesté de tout ce qui touche à ses intérêts. J'ai pu lire clairement dans 1 âme du Roi ; je me suis ména({;é assez de moyens de stimuler en lui le principe le plus actif, c'est-à-dire V esprit de résistance, pour pouvoir espérer que jamais il n'osera risquer la plus téméraire de toutes les mesures , l'introduction d'une constitution dans son royaume , sans qu'il me permette auparavant d'examiner et de discuter le projet qu'il voudrait réaliser.

Pour amener le Roi à adopter des principes solides, j'avais préparé un travail sommaire qui marque nettement la différence qui sépare les constitutions provinciales de ce qu'on appelle le système représentatif. J'ai crvi devoir déposer ce travail entre les mains du Roi lui-même, d'autant plus que j'avais acquis ici la certitude qu'il n'avait cessé d'attacher la plus grande valeur à un travail bien plus superficiel que, lors des conférences d'Aix-la-Chapelle, j'avais remis au prince de Wittgenstein et au chancelier d'Etat (n° 305).

Je prends la liberté de soumettre respectueusement à Votre Majesté une copie du travail dont je viens de parler*. Si Votre jNIajesté daigne y jeter les yeux, Elle se convaincra avec moi qu'il suftlt d'énoncer un petit nombre de principes douteux, de commettre une seule erreur dans le choix du système à suivre , pour compromettre à jamais le salut de la bonne cause.

5° Dans tous mes entretiens avec les premiers hommes d'Etat de la Prusse, je me suis convaincu des vérités suivantes, qui sont évidentes par elles-mêmes:

Le prince de Hardenberg est, au moral comme au physique, en proie à une faiblesse qui touche presque à l'état d'enfance. \\ veut le bien, il sait même le discerner; mais, par suite de sa grande faiblesse, il est, aujourd'hui plus encore

* Ce travail manque; il avait probablement une certaine analogie avec le n» 305. [ISoie de l'Éditeur.)

que jadis, sous Tinfluence de deux éléments qui sont toujours les plus dangereux pour un homme d'État qui jouit d'une grande autorité : Fun, c'est un besoin extraordinaire de passer pour libéral ; l'autre , c'est un malheureux penchant à rechercher un, entourage singulier. Il en est arrivé à un tel point qu'on peut affirmer, sans être taxé d'exagération, qu'il n'a pas autour de lui un homme qui ne professe les doctrines de la démocratie pure ou qui ne soit prêt à jouer un rôle actif dans la conspiration tramée contre le trône de Prusse lui-même.

Le Roi est parfaitement au courant de cette situation. Il y a donc, en Prusse, deux puissances négatives en lutte : la faiblesse du Roi et celle du chancelier d'Etat. La première est la moins dangereuse, parce que la faiblesse du prince est doublée d'indolence; celle du chancelier d'Etat, au contraire, est unie à la plus grande activité.

Le comte de Bernstorff est un homme d'une extrême droiture de principes. Mais il est faible à l'excès, et il sent si bien sa pénible situation qu'il en est tout paralysé.

Le prince de Wittgenstein pense comme moi; au fond, il est actif; toutefois il s'en faut de beaucoup qu'il le soit autant qu'il devrait l'être. Son influence sur le Roi est beaucoup plus puissante depuis les dernières découvertes faites à la suite des enquêtes qu'il a si bien dirigées.

Le directeur du Cabinet royal, Albrecht, est un homme paisible et animé d'excellentes intentions. Il avait déjà commencé à Aix-la-Chapelle à se rapprocher de moi. A Teplitz , il a eu le courage de rompre tout à fait la glace. Il joue un rôle trèsconsidérable sous le rapport négatif, car il s'est imposé le devoir de détourner le Roi de mainte démarche irréfléchie . . . Je ne voulais pas que ma présence ici aboutît à une vaine convention verbale ; aussi j'ai rédigé un mémorandum que j'ai présenté à notre seconde conférence.

Ce document renferme la l)ase qui seule me parait pouvoir encore assurer le salut de l'Allemagne; il contient aussi la preuve que la Prusse l'adopte de concert avec nous. Voici quels sont les éléments essentiels de cette base. Je pars de ce point de vue, que

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1" L'intérêt exclusif de TAutriclie me tient nécessairement plus à cœur que Tintérét austro-allemand.

Une confédération sagement et fortement constituée est une protection sérieuse ; c'est certainement le meilleur rempart pour les États particuliers de Votre Majesté. Je dirai même plus : il n'y a pas d'autre combinaison politique qui puisse valoir ou remplacer pour nous ces avantages qui résultent de la Confédération. Plus ces propositions sont fondées, plus il est vrai que ce même élément, qui peut devenir un instrument de salut si l'on en tire un parti convenable, peut aussi devenir une cavise de danger si l'on en abuse ou si l'on s'en sert mal et hors de propos.

De' ces principes découle la règle suivante, dont la mise en pratique forme pour l'Autriche une véritable condition d'existence :

Il faut que nous fassions tout pour organiser la Confédération d'une manière salutaire et pour la conserver; ou, dans le cas où il serait impossible d'atteindre ce l)ut, il faudrait nous appuyer sur notre propre force et prendre, en dehors de la Confédération, une tout autre attitude à l'égard des Princes allemands que celle que nous avons aujourd'hui.

Pour suivre fidèlement ce principe , il faut d'abord que nous montrions la situation sous son vrai jour, puis que nous choisissions les voies et moyens les plus convenables pour signaler et pour corriger ce qu'il y a de défectueux dans la Confédération.

2° La marche à suivre pour arriver à ce résultat se trouve tracée très-nettement dans le mémorandum signé avec la Prusse.

Elle embrasse deux périodes :

a. La réunion actuelle à Carlsbad des ministres des principales

Cours d'Allemagne ; h. Une deuxième réunion à Vienne, qui serait la conséquence

obligée de la première.

11 faut que la première soit consacrée à faire reconnaître généralement les principes essentiels qui auront été posés, et à

baser sur eux les mesures indispensables et immédiates qu'il y aura lieu de prendre.

Au nombre de ces mesures je compte :

a. La suppression de la liberté de la presse ; h. La nomination de commissions chargées de faire une enquête sur les universités allemandes et l'éloignement de tous les professeurs notoirement dangereux ; c. La création d'une commission judiciaire spéciale qui sera déléguée à l'effet de juger, au nom de toute la Confédération, la conspiration tramée contre cette dernière et découverte récemment.

Les mesures à décider pendant la seconde période ne pourront être déterminées qu'à la suite des discussions elles-mêmes; elles ne sont pas de nature à être arrêtées dans l'espace de quelques heures ou de quelques jours. Je compte parmi ces mesures celle qui consisterait à rectifier l'application de l'article XIII du pacte fédéral.

Le danger le plus pressant, à cet égard, est écarté par l'engagement pris par la Prusse de ne pas accorder de représentation nationale, c'est-à-dire de ne pas se jeter d'un seul coup dans le gouffre de la révolution.

Votre Majesté se sera convaincue depuis longtemps , et le présent rapport vient encore confirmer cette vérité , combien je compte peu trouver de la fermeté chez le Gouvernement prussien dans la conduite de ses affaires intérieures. Ce qui est certain, toutefois, c'est que tout péril est conjuré pour le moment, et, grâce à cet état de choses, il devient possible de prévenir les dangers futurs par des mesures énergiques prises dans le moment actuel. Mon premier calcul en ce qui concerne la Prusse repose sur l'avantage obtenu aujourd'hui, et je ne le laisserai pas m'écliapper.

Les moyens de ramener sur un meilleur terrain les États de l'Allemagne du Sud , qui sont déjà engagés dans la voie de la révolution, sont tellement délicats à employer qu'il faut les exa miner de près et avec le plus grand sang-froid. C'est à ce prix seulement qu'on peut arriver à un résultat certainement trèsdésirable, mais aussi très-dil'ficilc à atleindre. Grâce à cette

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