‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 80 sur 118 · RÉSULTATS DES CONFEUENCES DE CARLSBAD · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DES CONFEUENCES DE CARLSBAD

sages qu'immuables qui guident Ja marche politique et administrative de 1 Empereur. Les résultats de Taccord qui s'est établi entre les Gouvernements vont s'étendre d'une manière utile sur les mesures présentes et futures de la Diète, et je me permets de fonder un grand espoir sur l'influence que pourra exercer sur l'Europe entière ce premier exemple donné en faveur du maintien des principes monarchiques par un corps politique aussi imposant que l'est la Confédération germanique.

Les travaux de la conférence se partagent en deux catégories, qui embrassent l'ensemble des objets les plus essentiels pour la Confédération.

La première porte sur les mesures à opposer à l'esprit démagogique, qui a fait des progrès immenses en Allemagne depuis deux ou trois ans.

La seconde porte sur les lois organiques de la Confédération les plus essentielles pour renforcer et compléter l'existence de ce grand corps politique.

Les mesures arrêtées dans l'intérêt du moment vont être proposées à la Diète, par son président, vers le L5 du présent mois. Il eût été impossilde de ne pas laisser écouler une quinzaine de jours entre l'accord définitivement établi entre la majorité des Cours fédérées et la proposition à la Diète, vu la nécessité de gagner assez de temps pour informer les Princes qui n'ont point été représentés à Carlsbad du résultat des conférences, et pour les engager ainsi à donner à leurs envoyés à Francfort les ordres nécessaires afin qu'ils joignent leurs votes à ceux de la majorité.

Les lois organiques, arrêtées en principe, seront discutées en détail dans une seconde réunion des Cabinets, qui aura lieu à Vienne après le 15 novembre. La Diète fédérale s'ajournera après avoir changé en lois les premières propositions impériales, et elle sera mise à même de sanctionner dès l'ouverture de la session de 1820, et dans les formes constitutionnelles, les arrêtés que prendra la majorité dans les conférences à Vienne pendant les vacances de la Diète

Je vous prie de remettre à Son Altesse Royale la lettre

ci-jointe (n" 356), que je prends la liberté de lui adresser directement pour la remercier de Tappui que j ai rencontré auprès de MM. les comtes de Munster et de Hardenberg, à une des époques les plus décisives peut-être pour le salut de TEurope entière. Il n'y a rien qui doive surprendre en voyant les org;anes de Son Altesse Royale se placer en tout temps sur la ligne des principes que professe rEmpereur notre auguste Maître, les seuls qui parviendront peut-être encore à arrêter le torrent de la révolution. Il est cependant rare de rencontrer dans la marcbe d'une affaire très-compliquée, vu l'essence de la fédération allemande, des Cours aussi indissolublement unies que le sont la nôtre et celle de Hanovre. Si ce fait est peutêtre lié à la position des deux Cours, les hommes qui sont chargés de la défense d'aussi grands intérêts ne perdent rien de leur mérite en suivant, dans des voies éclairées, la ligne la plus conforme à l'intérêt de leur Prince et de leur patrie, et par conséquent la plus conforme à leurs propres devoirs.

Je ne me permets pas de douter de l'assentiment que le Cabinet de Saint-James accordera à Tensemble des travaux que nous avons achevés à Carlsbad, comme à ceux qui n'ont pu y être qu'ébauchés.

Les scènes que présentent plusieurs villes de l'Angleterre sont de nature à prouver combien l'esprit de folie a gagné de partisans. Le métier à la fois le plus facile et le plus sûr dans le cours des dernières années a été celui de rebelle contre l'ordre social, contre les lois existantes dans tout pays civilisé, et contre la raison fondée sur l'expérience de tous les temps. Un grand exemple de vigueur va être donné en Allemagne ; il est impossible qu'il ne retentisse pas dans toutes les parties de l'Europe. Il mettra en mouvement les esprits dont les principes sont les plus opposés; l'effet qu'il produira sera différent selon le plus ou le moins de force, de calme et de sagesse que dé])loieront les Gouvernements. Nous commençons déjà à nous apercevoir que bien des hommes qui naguère avaient arboré les couleurs de la démagogie se retirent peu à peu de la scène ; il en est même qui sous main viennent offrir leurs services en faveur de la cause que nous défendons, et il a suffi, pour qu'il

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en fût ainsi, d'une simple réunion de Cabinets, sans que ses arrêts soient encore connus! Le gant, au reste, a été jeté par les révolutionnaires; nous avons eu le courage de le ramasser, et je vous prie d'assurer les ministres anglais que je me flatte d'être assez connu d'eux personnellement, pour que je puisse admettre qu'ils ne seront dans l'erreur ni sur la nature des principes que nous allons opposer aux révolutionnaires, ni sur l'énergie que nous déploierons dans la poursuite de l'affaire.

Metternicli au baron «le Hruby, ministre d'Autriclie à Munich (E. D.), Vienne, !e 25 octobre 1819.

3S8. Je me suis hâté de soumettre à Sa Majesté l'Empereur les rapports de Votre Excellence. Elle est vivement émue du contenu du dernier de ces documents; aussi a-t-elle cru devoir écrire de sa propre main au Roi. J'envoie ci-joint cette lettre à Votre Excellence.

L'audience que vous demanderez à Sa Majesté le Roi vous fournira une occasion convenable pour communiquer avec une entière franchise à Sa Majesté les vues de l'Empereur, qui sont les suivantes :

Votre Excellence ne saurait employer des termes assez forts pour décrire au Roi l'impression qu'a produite sur l'Empereur l'énergie montrée jqsqu'ici par Sa Majesté, et, d'autre part, les sentiments que lui ont inspirés les attaques du parti révolutionnaire contre les résolutions de Carlsbad. vSa Majesté Impériale et Royale conjure le Roi de tenir ferme et de ne pas faiblir devant les menées de la démagogie. La marche suivie par les Chambres a prouvé au Roi ce que veut ce parti, malgré toute l'hypocrisie qu'il met dans ses paroles.

Les résolutions de Carlsbad sont toutes dirigées contre le mal existant et reconnu. Elles sont le fruit de la libre adhésion des Souverains allemands; elles ont été provoquées par les Princes eux-mêmes sous l'empire du sentiment du danger commun; l'Empereur n'a pas consulté son propre intérêt, ses propres embarras ou ses propres périls; dans ses paroles et dans ses actions il n'a eu en vue que le bien général. Il a

échappé jusqu'à présent aux difficultés contre lesquelles les autres Gouvernements ont à lutter; ces difficultés, il faut qu'il aide à les aplanir, ou bien il serait obligé de se séparer des autres Cours et d'entreprendre seul, en ce qui le concerne, l'œuvre de salut à laquelle les autres Princes refuseraient de concourir.

On veut faire croire au Roi qu il compromet sa souveraineté. Ce n'est pas en usant des moyens de sauver son autorité qu'il peut In compromettre; ce qui la mettrait en péril, ce serait la faiblesse des mesures du Gouvernement. Depuis quand donc les paroles d'un démagogue ou d'un théoricien aveuglé méritent-elles plus de confiance que l'expérience personnelle du Roi? Que ce Prince songe aux belles promesses qui lui ont été faites avant la réunion des Chambres et à ce qu'elles sont devenues.

On allègue que leRoi nepeutdevenirparjure. Non, il ne doit certes pas le devenir. Cette conviction est profonde chez l'Empereur; il l'a prouvé par la réponse qu'il m'a ordonné de faire lorsqu'on a posé cette question : Que dirait l'Autriche du renversement de la Constitution? INIais s'il est démontré que, dans la constitution bavaroise , il suffirait peut-être de quelques modifications de détail pour assurer à la Couronne, et, par suite, au peuple, le repos et l'exercice de ses droits, le Roi pourra et saura trouver des moyens légaux pour amener la réunion souveraine des Princes allemands elle-même à s'entendre sur toutes les parties de l'œuvre qui intéresse la Bavière à un si haut degré.

Toutes les lois du 20 septembre ne sont que des moyens d'assurer le repos si gravement menacé en Allemagne. Il s'agit ici d'une question de salut, d'ordre public, de principe. Ce n'est que par des moyens uni(x)rmes qu'on peut remédier au mal. Un Etat qui sépare sa cause de la cause commune se met lui-même et l'Allemagne tout entière sous le coup de dangers inévitables, de dangers qui prendraient forcément des proportions incalculables si l'on aggravait la situation par le reirait de mesures déjà résolues.

Enfin, Votre Excellence est autorisée à appeler l'attention

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