‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 97 sur 118 · II. Organisation future du royaume de Naples · texte numérisé non relu

II. Organisation future du royaume de Naples

Cette question importante a eu droit à toute ma sollicitude à dater du jour même où j'ai appris le bouleversement de l'ordre de choses existant à Naples.

J'ai pensé, recherché, ruminé avec soin, et je crois être parvenu aux meilleurs termes. Ma conscience au moins est tranquille; il ne me reste qu'à désirer que les événements justifient mes vœux.

Parlez aujourd'hui à tous les législateurs, car on en trouve à chaque coin de rue et sur tous les bancs de cafés, et ils vous répondent sans hésiter que le monde ne peut plus marcher sans le système représentatif.

Ma conviction est que jamais il ne marchera avec lui ; car je suis de ces hommes qui n'entendent pas par marcher, culbuter, se relever et retomber.

Or, nous avons exclu pour Naples la recette universelle, vu surtout que nous ne pourrions pas faire là-bas ce que nous devrions constamment refuser chez nous. Il eût été peu prudent, d'un autre côté, de refaire ce qui venait d'être défait. Nous avons cherché et appelé à notre secours le principe de la monarchie tempérée, afin d'exclure et l'arbitraire et le système représentatif.

Le Roi a eu assez de peine à se soumettre à nos vues; mais il a fini par le faire, et même par sentir qu'avec un système d'organisation digne de ce nom, il trouverait plus de chances de paix et de repos qu'avec le retour au franc arl)itraire, duquel on n'avait déjà que trop éprouvé le danger, et à Naples et en Sicile.

Je vous envoie ci-joint le protocole ou plutôt l'annexe au protocole, qui renferme notre idée, comme si elle était une pro})osition spontanée du Roi.

Par le prochain courrier, je vous enverrai le développement

bien plus étendu des bases consignées dans cette pièce. Vous vous convaincrez qu'il renferme une constitution bien monarchique, mais non moins digne de ce nom, dès que Tonne veut pas appliquer ce terme au seul système représentatif.

Gomment ira l'affaire en général? J'avoue franchement que je l'ignore. Rien n'est inutile comme de calculer les chances heureuses, et rien n'est plus difficile que d'épuiser les mauvaises.

Le Roi 7ie jouît , d'aucun crédit dans son pays, mais il est aimé.

La révolution a été forcée de prendre un caractère de douceur déplorable de fait, et impossible à éviter, vu nos armements.

Le but des libéraux napolitains, qu'il ne faut pas confondre avec les carhonari, a été de parvenir au système représentatif par l'intermédiaire de ces derniers. De Madrid ils ont voulu arriver à Paris. Nous qui ne pouvons pas y consentir, nous n'avons pour nous ni les uns ni les autres.

Le tout dépendra donc des coups qui seront portés. S'ils sont décisifs, l'affaire est faite ; s'ils ne le sont pas, elle traînera; si c'est nous qui les recevons, le monde pourra chavirer. Il arrivera alors ce qui serait arrivé si nous n'avions rien fait , car l'Italie ira au diable , et avec elle la France et l'Allemagne , tout comme elle y aurait été si nous étions restés spectateurs neutres du développement de la révolution à Naples.

Si nous sommes heureux, il y aura eu un grand exemple donné au monde, ne fût-ce même que par le seul fait que l'inviolabilité des révolutions aura été démontrée n'être qu'une prétention fausse , mais prodigieusement commode à mettre en avant par tous les enragés , les fous , les sots et les faibles. Quelle liste effroyable je vous dresse là, mon cher comte !

L'INSURRECTION NAPOLITAINE, ETC. (l82l). -489

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