‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 98 sur 118 · L INSURRECTION NAPOLITAINE, PIE3I0NTAISE ET GRECQUE · texte numérisé non relu

L INSURRECTION NAPOLITAINE, PIE3I0NTAISE ET GRECQUE

548. Metternicli à Recliberg (Lettre), Laybacli , le 25 mars i821. — 549. Metternich à Stadion (Lettre), Layl)ach, le 26 mars 1821. — 550. Metternich à Rechberg ( Lettre), Laybach, le 31 mars 1821.

348. Le développement des événements qui se succèdent avec rapidité en Italie nous permet d'espérer que cette belle partie de l'Europe ne subira point le joug des révolutionnaires, malgré l'activité de leurs criminels efforts. S'ils échouent contre l'énergie et la sagesse de nos mesures, ^ette dernière crise, tout alarmante qu'elle était par ses symptômes effrayants, tournera contre ceux qui l'ont provoquée, et ralliera la classe nombreuse des honnêtes gens autour des Gouvernements légitimes, qui se convaincront, j'espère, qu'en suivant une marche conséquente et ferme, il est possible encore d'étouifer cet esprit de faction qui menace la société d'une subversion totale.

Calculant qu'il doit être d'un haut intérêt pour votre Cour d'être exactement informée de la véritable situation des choses en Italie, des dispositions des deux Empereurs qui se trouvent encore heureusement réunis ici, et du résultat des premières mesures qu'ils ont adoptées, je n'hésite point à expédier le présent courrier à Votre Excellence, pour lui transmettre un exposé succinct, mais parfaitement exact, de notre position.

Vous aurez été informé. Monsieur le comte, des succès de l'armée du général Frimont, de l'occupation de la province des Abruzzes, si importante sous le point de vue militaire, de la désorganisation totale de l'armée du général Pepe, et de la manière dont nos troupes ont été accueillies partout par les habitants. Ces premiers résultats ne pouvaient laisser aucun doute sur le succès de l'entreprise, et les nouvelles qui nous sont parvenues, depuis, du quartier général de l'armée, justifient pleinement notre espoir. Le poste de Sora, défendu par le général de Concilj, le Quiroga de Naples, avait été

emporté par nos troupes après une très-faible résistance ; le général Frimont avait passé le Gaiigliano avec son armée et se portait sur San-Germano, pour attaquer cette position que les Napolitains avaient, dit-on, rendue inexpugnable. Un détachement envoyé par le général en chef pour la reconnaître l'a trouvée abandonnée. Ainsi notre armée marche sans pouvoir rencontrer l'ennemi, qui ne tient nulle part ; mais sa marche est si rapide que le général en chef espère cependant parvenir à le ioindre, et à le battre s'il concentre ses forces.

Pendant que l'armée marchait sur San-Germano, le général Fardella, envoyé par M. le duc de Calabre au Roi son père pour lui portffcr des paroles de respect et de soumission, passait par la route de Velletri pour se rendre à Rome et à Florence; nous ignorons encore les détails de cette mission, qui n'a eu, au reste, aucune influence sur la marche et les opérations de l'armée.

Ces détails, parfaitement exacts, convaincront Votre Excellence que l'expédition de Naples est au moment d'être terminée, et qu'une campagne d'une quinzaine de jours aura suffi pour faire crouler cet échafaudage militaire dont on voulait effrayer l'Europe entière depuis six mois. Ce résultat, et bien plus encore l'accueil que le peuple fait à notre armée, qu'il proclame et traite en libératrice, prouvent du moins jusqu'à l'évidence qfie la nation napolitaine est étrangère à la révolution qui a précipité ce pays si heureux dans un abîme de malheurs, et que cette révolution est uniquement l'ouvrage de sectaires criminels et de quelques militaires ambitieux.

Si l'insurrection du Piémont avait dans le principe un caractère plus alarmant et pouvait, au moment où elle a éclaté, nous foire craindre une diversion puissante et dangereuse en faveur de la cause révolutionnaire, le développement des événements qui se sont passés depuis huit jours dans le pays nous permet d'espérer aujoiud'hui que de ce côté le danger sera plus facile à conjurer qu'on n'avait osé s'en flatter. Le plan des conjurés, qui était de porter le Roi à proclamer une constitution, et à se déclarer pour la cause napolitaine contre l'Autriche, a été déjoué par l'abdication du Roi ; M, le prince

Page 1