‹ Mémoires. Documents inédits concernant la provinceChapitre 1 sur 70 · AMIENS · texte numérisé non relu

AMIENS

LEMER AIhé, Imprimeur di la Société des Antiquaires de Picardie, flack Péeigokd, 3.

Au mois d'avril 4858, M. Tbélu, de Doullens, fit offrir à la Société des Antiquaires de Picardie, une somme de mille francs pour être délivrée en prix à l'auteur qui présenterait, au concours de 1861, la meilleure histoire inédite de la ville de Doullens. Malgré les délais accordés et la valeur du prix oflVrt, un seul mémoire fut déposé, et encore la commission du concours déclara-t-elle qu'il ne réalisait ni les intentions du donateur ni celles de la Société. C'est alors que, cédant à des voix amies et à des conseils autorisés, encouragé d'ailleurs par les souvenirs d'un séjour de près de quatorze ans dans la cité doullennaise, nous avons mis la main à l'œuvre avec d'autant plus d'activité qu'il ne nous restait que dix- sept mois jusqu'au terme fixé aux concurrents. Nous avons divisé notre travail en deux parties. La lecture de la première suffira à ceux qui, ne s'attachant qu'aux faits généraux, désirent uniquement connaître la participation prise par Doullens aux événements plus importants qui constituent Tliistoirc, soit de la Picardie, soit même de la France. Celui qui prend intérêt aux faits particuliers, à la monographie pure, qui aime à concentrer sa pensée dans l'enceinte d'une ville pour étudier les divers traits de sa physionomie à toutes les époques, pour en constater l'organisation, les mœurs et les usages dans les siècles passés, pour y contempler les hommes et les choses d'autrefois, trouvera peut-être que nous n'avuns pas mal fait d'écrire la seconde partie.

De plus, au début de cette œuvre, nous nous sommes demandé qu'elle avait dû être la pensée si palrioliquement traduite par le prix proposé. Celte pensée devait être recherchée et bien comprise, car elle devenait nécessairement le programme à remplir, la règle à suivre, le but à atteindre. Or évidemment le donateur, en voulant doter la ville de Doullens, sa patrie, de son histoire propre et particulière, a du désirer qu'elle fut écrite surtout pour ses compatriotes; partant, la meilleure histoire de Doullens sera celle qui, au mérilc d'être aussi complète que possible, joindra l'exactitude dans les faits et les dates, sans exclure le charme dans le récit. Si la première de ces qualités est désirable, si la seconde est d'une obligation rigoureuse, il faut reconnaître que la dernière a bien sa raison d'être. Car pourquoi tant d'histoires locales n'obliennent-elles souvent qu'un faible succès malgré leur mérite réel et intrinsèque? C'est, sans doute, à cause du peu de valeur que les événements retracés doivent aux étroites limites du théâtre sur lequel ils se sont accomplis ; mais ne serait-ce pas aussi à raison du défaut d'enchaînement dans les faits, des lacunes trop visibles qui font solution de continuité dans la tradition, du morcellement, du décousu, et, parlant,

de l'aridité et de la sécheresse de la rédaction ? Le public, qui a compté sur l'intérêt, puisqu'il s'agit de l'histoire de son pays et de ses ancêtres, trompé dans son attente, trop exigeante peut-être mais bien naturelle au fond, ferme, pour ne plus le rouvrir, un livre qu'on n'a pas eu suffisamment le sens, le tact, la sagacité d'écrire pour lui.

Nous avons essayé d'obvier à cet inconvénient, sans nous flatter toutefois d'avoir entièrement réussi. Laissant aux faits plus importants leur valeur propre et individuelle, nous n'avons cherché à appuyer leur marche d'aucun secours étranger ; mais nous avons cru qu'il ne devait pas nous être interdit de comprendre les autres dans la trame générale de Vfcistoije (te la provioce* ajQn qu'Us lt*i empruntassent quelque peu de Vmtérèt dont leur isolement les aurait totalement privés. La richesse d'un cadre, toute proportion gardé* dj' pilleurs, n'a pas d'ordinaire pour effet de nuire au tableau qui y est adapté. Et puis il nous a semblé que le lecteur nous saurait gré de retrouver incidemment dans l'histoire de Etyullens le souvenir peut-être oblitéré des principaux événements de la mère patrie. Nous n/avons donc pas visé à faire étalage d'érudition, ni à plaire seulement à la science : nous a,vons cru remplir mieux le programme en écrivant pour le public.

Nous rgnorons si cette histoire, fruit de longues veilles et d'un travail assidu, rencontrera u* bon» accueil*. Quel que puisse être le sort qui lui est réservé, nous affirmons qu'elle a été érrite oon amort, après, avoir été entreprise sous, l'inspiration d'heureux souvenirs et pour l'acquit, d'une dette de reconnaissance.

N. R. — An 1" mars 1863, terme de rigueur flié au* concurrents, nous avions dépose noire manuscrit, pour le soumettre au jugement delà Commission du Concours (l) ; et, nous pouvons l'avoue* aujourd'hui, c'était le désir d'une lice sérieuse qui noua faisait choisir; pour épigraphe ce vers du poète latin :

Vis ergo inter nos, qui s possit uterque,. vicisiim Experiamur? {Virg. 3« Egl. 28).

Essayons qui de nous racontera le mieux.

Quelques mois plus tard, et avant môme que le prix nous fût décerné, une autre Histoire de la ville de Doullens, signée Warmé, s'imprimait à Doullens même. Arriver ainsi le premier était, sans doute, un grand avantage. Nous nous consolerions facilement si, malgré la priorité d'impression d'une autre oeuvre, la nôtre pouvait obtenir etcon6orw 1» bienveUfonoede» l'opinion publiqne. S. D.

(1) Cette commission était composée de MM. A. Breuil, Dàhsy, G. Rembaulit, 51. Viox et J. Carmen, rapporteur.

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