CHAPITRE I
Situation de Doullens. — Ses rivières. — 6011 sol. — Sou aspect — Ses rues et places principales. — Son prrmier château ou castrum. — Sou ancienne étendue. — Traits principaux de sa physionomie intérieure auxin* et au xiy* siècle. — Ses dernières fortifications ; leur entretien , leur démolition. — Ecuries. — Puits et fontaines publiques. — Réverbères. — Télégraphe électrique.
Au confluent des deux rivières d'Àuthic et de Grouche, achevai sur celle-ci, et condensée sur la rive droite de la première, qui est aussi la plus importante, s'élève la petite ville de Doullens, chef-lieu d'arrondissement du département de la Somme, ancienne ville frontière et place de guerre. Située au 50°, 9\ 17" N de latitude, au 0% 0', 44" E de longitude (4), et à 60 mètres au-dessus du niveau de la mer, elle est distante de 30 kilomètres N d'Amiens, et de 158 de Paris.
L'Authie {Alteia), prend sa source principale à 16 kilomètres de Doullens, entre Cotu'n et Coigneux, baigne en amont les villages de Saint-Léger-les-Authie, Authie, Thièvres, Sarton, Orville, Am plier (ces quatre derniers dans le Pas-de-Calais), Authieule, Saint- Sulpice, et dans sa marche ir régulière et sinueuse fait tourner douze moulins ou fabriques. La ville elle-même lui emprunte, à son passage, quatre chutes pour ses usines. A son arrivée à Doullens, cette rivière, qui dort dans son cours, forme un angle obtus à l'intérieur duquel se groupaient autrefois nombre d'habitations que remplace aujourd'hui la verte esplanade de la citadelle. L'extérieur de cet angle, présentant de chaque côté des lignes
(i) La ligne méridienne passe sur le pont <f Authie, entre la citadelle et la ville.
assez régulières, se prête merveilleusement à l'embouchure de la Grouche, qui y verse lf tribut de ses eaux bien affaiblies par les différents bassins qu'elles doivent alimenter dans l'intérieur de la ville. L'Àuthie elle-même ne trouve pas dans eet affluent une compensation égale à la retenue que viennent de lui faire les deux usines voisines ; elle coule alors amaigrie, et a besoin que d'autres ruisseaux lui viennent en aide pour que ses eaux , divisées en deux lits un peu au-delà de la ville, acquièrent la force que réclame d'elles, et quelquefois en vain, la double usine de Rouval. Puis elle s'en va, augmentée çà et là de quelques minces filets d'eau et traçant un peu plus loin par son lit la limite de l'ancien Artois et de l'ancienne Picardie. Depuis Dourier jusqu'à son embouchure, elle coule dans l'ancien Ponthieu ; et, après un cours de 74 kilomètres du sud-est au nord-est, elle se perd dans la Manebe. On pourrait, sans trop de peine, la rendre en parlie navigable, et on a prétendu même qu'elle l'était au vne siècle. La truite se plait dans ses eaux fraîches et limpides, habite sous les anfractuosités des rives, et sa chair y emprunte une sa\eur qui la fait rechercher des gourmets.
La Grouche, autrefois nommée la Coulle ou le Lucheux, est un des principaux affluents de l'Authie. Prenant sa source au pied de la montagne de Coullemont (Pas-de-Calais), elle passe à Humbercourt, Lucheux, Grouche, Milly, et arrive à Doullens quelle traverse mais diminuée du volume d'eau dont elle se prive pour former la ceinture d'une grande partie de la ville. Comme nous venons de le dire, c'est au pont d'Authie, et presque à angle droit qu'a lieu sa principale embouchure. Dans son cours, qui e-t de 12 kilomètres, du nord-est au nord-ouest, elle fait mouvoir neuf moulins et usines.
Les vallées arrosées par ces cours d'eau sont d'une riche fertilité. Quelques parcelles de ce terrain privilégié, livrées à la culture, donnent de plantureux produits; mais la plus grande partie offre d'abondants pâturages, des foins odorants, de vigoureuses plantations. De récentes opérations de drainage et de dessèchement y ont encore introduit des améliorations notables. La tourbe ne se rencontre, au fond de ces vallées, qu'à une profondeur presque insondable par les instruments ordinaires, et encore y est-elle d'une qualité médiocre et d'une couleur grise et blanchâtre. Nous avons assisté, il y a peu d'années, à une tentative d'extraction qui n'eut d'autre résultat que de faire perdre pour longtemps la pensée d'en renouveler l'essai. Le déblai était de six à sept mètres d'une terre grasse et argileuse, et l'eau qui s'efforçait de reprendre son niveau, remplissait sans cesse la fosse.
Trois montagnes séparées pas les rivières forment autour de Doullens, sans l'étrcindre trop étroitement toutefois, une majestueuse couronne. L'une, au midi, se nomme la cote d'Amiens ; l'autre, à Test, est appelée montagne d'Arras; et la troisième, au nord, a nom : montagne de Haute-Visée. On aperçoit de loin sur leurs .pentes, et tracées dans leurs flancs calcaires, les grandes lignes commerciales du Havre à la Belgique, et de Paris à Lille et à Dunkerque ; larges artèrqs qui, après s'être réunies au sein de la petite cité, s'en vont ensuite dans toutes les directions, comme les rayons vont d'un centre à travers la circonférence. La nature du sol qu'elles sillonnent laisse facilement voir qu'il appartient à l'immense banc de craie qui sert de base au sol des autres départements environnants, et les carrières de
chaux qu'on y exploite présentent des éléments identiques, une complète analogie dans la formation, avec le bassin de Paris. On y a trouvé des pyrites, des oursins pétrifiés et divers coquillages qui, d'après certains auteurs, seraient une attestation de l'ancien séjour qu'y firent les eaux de la Manche (1).
Ces montagnes s'abaissent assez lentement, comme pour préparer peu à peu, en l'abritant sans l'étouffer, ce bassin elliptique où la ville est couchée dans une inclinaison presque insensible et tout juste suffisante à l'écoulement des eaux. Sur ces pentes allongées, rien d'abrupt ni de dénudé, mais partout des produits qui paient largement les sueurs de la culture. Seule, la situation de la citadelle au pied de la montagne d'Amiens forme escarpement, et présente des lignes raides, anguleuses, à pic, parce qu'elle est due moins à la nature qu'à la main de l'homme qui, pour augmenter en temps de guerre ses moyens de défense, sut combiner habilement les données de l'art avec les accidents du terrain.
Mais c'est autour de la ville et tout près des belles promenades de ses boulevards, que le sol semble avoir réservé sa plus grande fécondité. Si plus loin, dans la vallée, les arbres à haute tige atteignent une belle élévation, à raison de l'abri qu'ils doivent aux montagnes ; si un demi-siècle suffit souvent à leur complet développement ; ici, dans les vergers, une végétation puissante récompense de soins assidus, fait croître rapidement les arbres fruitiers, les arbustes, les pépinières et même les plantes exotiques. De plus, l'heureuse situation de la cité, malgré la dénomination mal sonnante qu'elle lui a value dans le langage du peuple, la pureté de son atmosphère, toujours exempte de miasmes putrides, l'excellente qualité de ses eaux, la placent dans de bonnes conditions hygiéniques. Les épidémies n'y font de ravages que très-exceptionnellement, et on peut dire que les maladies n'y sont pas réellement endémiques.
Le panorama deDouIlens demande à être contemplé des hauteurs de la forteresse ; de là le regard en embrasse eomplaisamment tous les détails. Et c'est un tableau qui, en effet, offre à l'œil un intérêt réel. La ville est là tout entière, ramassée, compacte et parfaitement groupée; c'est une multitude de toits, de fenêtres, de lucarnes, où tout se confond, où le regard désorienté se perd, tant les lignes sont dérangées, croisées, emmêlées. Rien d'étage, rien en amphithéâtre, mais un plan uniforme, très-peu allongé, qui n'en est pas moins pittoresque. Et cette reine de la vallée est ainsi couchée, avec sa ceinture d'eau et de feuillage, sans horizons lointains, comme sans couronne au front, car nous n'osons nommer diadème ni ce dôme grêle en bois revêtu d'ardoises qui surmonte le beffroi, ni cette aiguille maigre, chétive, étroite, qui sert de clocher à l'église. Et sur tout cela le calme, la monotonie, presque le silence; peu ou point de mouvement; la vie ne se fait sentir que les jours de marché; l'industrie ne s'y décèle que par deux ou trois de ces hautes cheminées qui épandentdans l'air les longues spirales de leur fumée noire. Mais, redisons-le, ce n'est pas
(I) Laboort Estai sur toriginê des vil/es de Picar- Féglise de Beauval une couche de dents de squales
dis y p. S90. — Dans ces derniers temps, lorsqu'on a épaisse d'environ Q» 50.
rectifié la route d* Amiens, on a trouvé au-dessus de
assez régulières, se prête merveilleusement à l'embouchure de la Grouehe, qui y verse le tribut de ses eaux bien affaiblies par les différents bassins qu'elles doivent alimenter dans l'intérieur de la ville. L'Àuthie elle-même ne trouve pas dans cet affluent une compensation égale à la retenue que viennent de lui faire les deux usines voisines ; elle coule alors amaigrie, et a besoin que d'autres ruisseaux lui viennent en aide pour que ses eaux , divisées en deux lits un peu au-delà de la ville, acquièrent la force que réclame d'elles, et quelquefois en vain, la double usine de Rouval. Puis elle s'en va, augmentée çà et là de quelques minces filets d'eau et traçant un peu plus loin par son lit la limite de l'ancien Artois et de l'ancienne Picardie. Depuis Dourier jusqu'à son embouchure, elle coule dans l'ancien Ponthieu ; et, après un cours de 74 kilomètres du sud-est au nord-est, elle se perd dans la Manche. On pourrait, sans trop de peine, la rendre en partie navigable, et on a prétendu même qu'elle l'était au vu» siècle. La truite se plait dans ses eaux fraîches et limpides, habite sous les anfractuosités des rives, et sa chair y emprunte une saveur qui la fait rechercher des gourmets.
La Grouehe, autrefois nommée la Coulle ou le Lucheux, est un des principaux affluents de l'Authie. Prenant sa source au pied de la montagne de Coullemont (Pas-de-Calais), elle passe à Humbercourt, Lucheux, Grouehe, Milly, et arrive à Doullens qu'elle traverse mais diminuée du volume d'eau dont elle se prive pour former la ceinture d'une grande partie de la ville. Comme nous venons de le dire, c'est au pont d'Authie, et presque à angle droit qu'a lieu sa principale embouchure. Dans son cours, qui e>t de 42 kilomètres, du nord-est au nord-ouest, elle fait mouvoir neuf moulins et usines.
Les vallées arrosées par ces cours d'eau sont d'une riche fertilité. Quelques parcelles de ce terrain privilégié, livrées à la culture, donnent de plantureux produits ; mais la plus grande partie offre d'abondants pâturages, des foins odorants, de vigoureuses plantations. De récentes opérations de drainage et de dessèchement y ont encore introduit des améliorations notables. La tourbe ne se rencontre, au fond de ces vallées, qu'à une profondeur presque insondable par les instruments ordinaires, et encore y est-elle d'une qualité médiocre et d'une couleur grise et blanchâtre. Nous avons assisté, il y a peu d'années, à une tentative d'extraction qui n'eut d'autre résultat que de faire perdre pour longtemps la pensée d'en renouveler l'essai. Le déblai était de six à sept mètres d'une terre grasse et argileuse, et l'eau qui s'efforçait de reprendre son niveau, remplissait sans cesse la fosse.
Trois montagnes séparées pas les rivières forment autour de Doullens, sans l'étreindre trop étroitement toutefois, une majestueuse couronne. L'une, au midi, se nomme la cAte d'Amiens ; l'autre, à Test, est appelée montagne d'Arras; et la troisième, au nord, a nom : montagne de Haute-Visée. On aperçoit de loin sur leurs .pentes, et tracées dans leurs flancs calcaires, les grandes lignes commerciales du Havre à la Belgique, et de Paris à Lille et à Dunkerque ; larges artères qui, après s'être réunies au sein de la petite cité, s'en vont ensuite dans toutes les directions, comme les rayons vont d'un centre à travers la circonférence. La nature du sol qu'elles sillonnent laisse facilement voir qu'il appartient à l'immense banc de craie qui sert de base au sol des autres départements environnants, et les carrières de
chaux qu'on y exploite présentent des éléments identiques, une complète analogie dans la formation, avec le bassin de Paris. On y a trouvé des pyrites, des oursins pétrifiés et divers coquillages qui, d'après certains auteurs, seraient une attestation de l'ancien séjour qu'y firent les eaux de la Manche (1).
Ces montagnes s'abaissent assez lentement, comme pour préparer peu à peu, en l'abritant sans l'étouffer, ce bassin elliptique où la ville est couchée dans une inclinaison presque insensible et tout juste suffisante à l'écoulement des eaux. Sur ces pentes allongées, rien d'abrupt ni de dénudé, mais partout des produits qui paient largement les sueurs de la culture. Seule, la situation de la citadelle au pied de la montagne d'Amiens forme escarpement, et présente des lignes raides, anguleuses, à pic, parce qu'elle est due moins à la nature qu'à la main de l'homme qui, pour augmenter en temps de guerre ses moyens de défense, sut combiner habilement les données de l'art avec les accidents du terrain.
Mais c'est autour de la ville et tout près des belles promenades de ses boulevards, que le sol semble avoir réservé sa plus grande fécondité. Si plus loin, dans la vallée, les arbres à haute tige atteignent une belle élévation, à raison de l'abri qu'ils doivent aux montagnes ; si un demi-siècle suffit souvent à leur complet développement ; ici, dans les vergers, une végétation puissante récompense de soins assidus, fait croître rapidement les arbres fruitiers, les arbustes, les pépinières et même les plantes exotiques. De plus, l'heureuse situation de la cité, malgré la dénomination mal sonnante qu'elle lui a value dans le langage du peuple, la pureté de son atmosphère, toujours exempte de miasmes putrides, l'excellente qualité de ses eaux, la placent dans de bonnes conditions hygiéniques. Les épidémies n'y font de ravages que très-exceptionnellement, et on peut dire que les maladies n'y sont pas réellement endémiques.
Le panorama deDoullens demande à être contemplé des hauteurs de la forteresse ; de là le regard en embrasse corn plaisamment tous les détails. Et c'est un tableau qui, en effet, offre à l'œil un intérêt réel. La ville est là tout entière, ramassée, compacte et parfaitement groupée; c'est une multitude de toits, de fenêtres, de lucarnes, où tout se confond, où le regard désorienté se perd, tant les lignes sont dérangées, croisées, emmêlées. Rien d'étage, rien en amphithéâtre, mais un plan uniforme, très-peu allongé, qui n'en est pas moins pittoresque. Et cette reine de la vallée est ainsi couchée, avec sa ceinture d'eau et de feuillage, sans horizons lointains, comme sans couronne au front, car nous n'osons nommer diadème ni ce dôme grêle en bois revêtu d'ardoises qui surmonte le beffroi, ni cette aiguille maigre, chétive, étroite, qui sert de clocher à l'église. Et sur tout cela le calme, la monotonie, presque le silence; peu ou point de mouvement; la vie ne se fait sentir que les jours de marché; l'industrie ne s'y décèle que par deux ou trois de ces hautes cheminées qui épandent dans l'air les longues spirales de leur fumée noire. Mais, redisons-le, ce n'est pas
(i) Laboort Essai sur rorigine des villes de Picor- Féglise de Beauval une couche de dents de squales
die, p. 290. — Dans ces derniers temps, lorsqu'on a épaisse d'environ 0* 50.
rectifié la route d* Amiens, on a trouvé au-dessus de
sans charme qu'on se trouve en face de ce paysage enveloppé par des masses de verdure, et surmonté, tout là-bas, par la forêt de Lucheux, vaste, épaisse, profonde.
Les seuls véritables faubourgs de Doullens sont ceux de La Varenne et de Rouval, sur la route d'Abbeville ou d'Auxi-le-Château; l'un, doté d'une belle et importante manufacture mue par les eaux divisées de l'Authie, en aval ; l'autre, fière de ses belles promenades et de son jeu de paume spacieux. Les habitants s'y livrent aux travaux horticoles, quand ils ne sont pas attachés à la filature. Routequeue et Suint-Sulpice, en amont, sur la même rivière, se composent de quelques maisons d'ouvriers : chaumières isolées, solitaires, auxquelles la fabrique de papier donne du travail et du pain. Pies loin, la Voie-de$-Pré$ n'est qu'une rue du village d'Authieule, et Milly , sur la Grouche, et Havtt-visée-le-Beau , sur la route de Saint-Pol, sont plutôt des annexes ou écarts que des faubourgs.
Depuis un demi-siècle, la physionomie de Doullens est bien modifiée : plus de murailles, plus de larges fossés pleins d'eau, plus même une ruine de fortifications; mais au lieu de cette austère ceinture, des promenades ombragées, des vergers, des jardins. A l'intérieur aussi, tout s'est renouvelé, élargi, enjolivé. De belles maisons se sont alignées, les vieilles façades, honteuses de leurs rides et de leur décrépitude , se sont rajeunies ; des boutiques jaunes, vertes, multiformes comme multicolores, étalent leur devanture proprette et quelquefois gentille. De quelque côté qu'on y entre, surtout par les portes d'Amiens et de Saint-Ladre, on a devant soi quelque chose de dégagé, d'ouvert, un aspect qui plaît, qu'on retrouve dans les principales rues, et qui n'est assombri par aucun profil sévère. Ce n'est donc pas une ville belle, remarquable, mais gracieuse et bourgeoise.
L'intérieur renferme plusieurs places ; la principale est celle du marché au blé, toute pavée, d'une belle largeur, grâce aux agrandissements qu'elle reçut dans ces derniers temps. L'église et les maisons qui l'encadrent lui donnent un aspect satisfaisant qui n'a rien de mesquin. Une arrière-place, contiguê au boulevard Saint-Martin, offre un dégagement facile aux voitures, et permet d'éviter l' encombrement. Il est regrettable que les deux rues qui y conduisent n'offrent pas un développement proportionné à l'affluence des véhicules, ni au mouvement d'activité dont à certains jours le marché est le centre. La place de la Liberté (ou de Notre-Dame), située rue du même nom, forme un carré parfait, assez étendu, ettnon pavé, parce que c'est là que se tient le marché aux vaches. Les rues qui longent deux de ses faces, y laissent un accès facile, et là, les abords sont spacieux, assez spacieux même pour servir de supplément à la place, les jours d'affluence extraordinaire. La petite place Saint-Michel n'est, au contraire, qu'un parallélogramme étroit, en rapport avec les mesquines proportions architecturales du palais de justice auquel elle sert de parvis planté de quelques acacias. Les deux vastes rues de la Liberté (i) (ou de Notre-
(1) Elle s'appelait, ayant 1830, grande rue Notre- les laboureurs de ce gouvernement les payés néces-
Dame, à cause de l'ancienne église de ce nom. Le 12 saires pour payer cette rue, afin (Ty établir le marché
mai 1686, le roi donna commission au sr de Sainte- aux botes. Marie, gouverneur de Doullens, de faire amener par
Dame) et du Bourg son! également affectées à ta tenue de différents marchés, et cette dernière, dont une partie et* a même la dénomination, est le véritable champ de foire de la ville.
Les deux rues dont nous venons de parler et dont la direction parallèle est du sud-ouest au nord- ouest, sont les deux grandes artères de Doullens, reliées entre elles par tes principales mes latérales des Juifs, de Noire-Dame, de Saint-Ladre et de Saint-Michel. La me du Bourg surtout, qui a sa base au point d'Àutbie, voit la vie arriver k elle et de là se répandre dans les autres quartiers qu'elle coupe en deux parties à peu près égales. Au point Milieu, et à peu près à l'endroit où elle perd son nom pour s'appeler la place, s'ouvre à droite la rue des Boucheries, qui devient elle-même, plus loin, la rue d'Arras on de Lurheu%. Ces rues sont assez bien alignées, mais sans trottoirs. Plusieurs sont ornées de maisons en maçonnerie dans presque toute leur longueur ; dans la plupart, la construction en bois domine ; toutes à peu près sont pavées, à l'exception de trois ou quatre, qui avoisinent les botrlevards et sont moins habitées (1).
Telle est la ville de Doullens, dont les dictionnaires de statistique et de géographie font suivre le nom des désignations ci-après: sous-préfecture, tribunal civil, justice de paix, recette particulière des finances, conservation des hypothèques, archiprètré, recette et vérification d'enregistrement, caisse d'épargne, direction des postes, inspection des écoles primaires, vérification des poids et mesures, gendarmerie, prison centrale, maison de détention, chambre consultative d'agriculture, comice agricole, bureau télégraphique, commerce (te grains et de bestiaux, fabrique de papier, filature de coton, huiles, tanneries, etc. Mais, malgré cette énuméra lion, Doullens est une ville qui végète, comme tant d'autres chefslieux d'arrondissement, bien déchue de ce qu'eNe était au temps où, bonne ville de draperie, elle servait encore de boulevard à la France surla frontière du nord. Elle comprend aujourd'hui 938 maisons pour uwe population de 4,382 habitants. Son territoire a mie contenance superficielle de 3,214 hectares, 68 ares, 83 centiares.
(1) Noos donnons ici Tes noms des rues de Doullens :
Archers (des) ou des Buts.
Bassée (de la) ou Basse-Boulogne.
Boucheries (des), autrefois des Maiseaux. Boquet, ou rue Verte.
Bourg (du). Boulevart de l'Ouest.
Id. dn Nord.
Idi. du Levant.
Cailloux (des).
Chevet Saint-Pierre (du).
Colombier (du).
Corbeaux (des).
Ecuries du roi (des).
Impasse Saint-Michel.
Juifs (des).
Lucheux (de), ou d'Arras
Ladre (Saint).
Marjolaine.
Martin (Saint).
Menchon (de).
Michel (Saint).
Pauchet-Goret.
Papillon ou Ménélion.
Petit-Pont (du).
Pierre (Saint). .
Plantoirs (des).
Poissonniers (des).
Poterne (de la).
Poulies (des), autrefois de Polys.
Rempart (du).
Sœurs-Grises (des).
Taitoe.
Il est bien difficile de dire ce qu'a été l'ancien Doullens, dans l'origine. Ce n'était, dit le P. Daire, d'après Malbrancq, qu'une bourgade qui, depuis la montagne, s'étendait jusqu'à Bretel, hameau voisin, à l'ouest. Quoique peu considérable, il aurait été divisé en haute et basse ville; mais ce sont des données bien vagues, bien incertaines, et qu'aucun témoignage sorti des entrailles du sol n'est encore venu, que nous sachions, confirmer et établir. D'ailleurs, comment interroger ce sol si étrangement bouleversé par les guerres, si largement remué par la main de l'bomme pour élever ce piédestal sur lequel repose la citadelle? Et dans l'enceinte même actuelle de la ville, à quelle profondeur ira-t-on chercher une attestation d'origine, lorsque, là aussi, le terrain a été exhaussé, au point que sous les caves actuelles se trouvent, en maints endroits, d'autres caves profondes et remplies d'eau [1)1
Si pourtant, il faut admettre, avec Malbrancq, l'étendue primitive de Doullens jusqu'à Bretel, nous constaterons aussi que la vieille cité ne tarda pas à déserter cette partie de son berceau pour s'asseoir uniformément sur le plateau, non pas sans doute dans les limites actuelles, mais sur l'emplacement qu'il occupait avant le nivellement de l'esplanade. Ses maisons descendirent peu à peu la déclivité et s'arrêtèrent au bas de la côte sur un plan qui ne permettait plus la dénomination de ville haute. Là, elles se rapprochèrent, se condensèrent sur la rivière et alignèrent leurs rues le long de ses borJs. Ce rapprochement, qui constituait un tout plus compact, avait sans doute été amené par l'exigence de? fortifications ; car plus la cité restreignait son étendue, plus il devenait facile de la ceindre de murailles et d'autres travaux de défense.
Nous exposerons, au chapitre suivant, § V, les raisons que Doullens peut avoir de revendiquer les conditions du Caslrum Donincum cité parFlodoarl,ct remontant à l'année 929; nous le trouvons encore désigné au xic siècle par le mot Caslelium, qui implique l'idée d'un lieu fortifié. C'est même le roi Philippe 1er qui le qualifie ainsi dans ses lettres patentes de 1075 en faveur du prieuré de Saint-Pierre d'Abbcvillc : Âpud quoddam castellum quod dicitur Dourlens (2). De plus, lorsque les chartes ont à déterminer la situation du prieuré de Saint-Sulpicc ou celle de l'église Saint-Sauveur (plus lard Saint-Pierre), elles nous les montrent : exlra caslri munilionem, c'est-à-dire hors des fortifications du château. Mais si, dans l'origine, à Doullens, comme dans la plupart desaulres v.llos, ce château forma la principale défense delà cité, cette enceinte fortifiée ne tarda pas à s'agrandir ; et voici que, dès l'année 1100, Doullens avait déjà une porte qui, plus tard, fut nommée de Saint-Ladre, après l'établissement de la maladrerie : exlra portam de Dourlens (3). Le Château primitif, le Caslrum, était donc dans l'intérieur même de la ville, cl n'en abritait derrière ses fortifications, qu'une faible partie. Nous n'avons pas d'éléments suffisants d'appréciation pour en déterminer l'étendue; mais nous savons par une charte de Guillaume III, comte de
(1) Nous n'ignorons pas que ces caves sous d'au- au besoin un refuge,
très caves se retrouvent assez fréquemment dans les (2) Gui lia Christ iaua, T. X, ch. XI. col. 292.
villes de guerre. C'est là que les habitants cherchaient (3) Ibid. col. 296.
Ponthieu, en date de 1213, qu'il enclavait le manoir de Beau val avec sa tour et son four : furnum quem apud Dullendium habebam in Caslellario. Le reste des habitations, la partie suburbaine, les faubourgs, d'après l'acception que ce mot avait alors, laissés sans défense contre les ravages des ennemis, se rapprochèrent ensuite pour se voir à leur tour ceints de murailles.
C'est plus particulièrement dans les xnic et xive siècles que ces nouvelles conditions de force défensive nous apparaissent dans les titres. Faisons appel à tous ces témoins d'un autre âge, et essayons de reconstituer l'ancienne cité doullennaise. La charte de commune de 4202 nous parle de ses murs : a mûris Dullendii; elle nous apprend même que ses fortifications sont à la charge des bourgeois; et que si les eaux de l'intérieur, qui appartiennent au comte de Ponthieu, viennent à y porter dommage, les habitants seront indemnisés et pourront les faire écouler pour opérer les réparations devenues nécessaires (1). De plus, le comte s'engage à ce que ni lui, ni personne après lui, ne puisse élever forteresse ou fortification en dehors de celle qui est dans Doullens : Prœter illam munitionem quœ est infra Dullendium. La ville avait donc alors des cléments de force défensive, elle avait une enceinte fortifiée, elle était cIofc au moins en grande partie.
Mais, quelle était l'étendue de cette enceinte ? Déjà nous venons de voir mentionner, en Tannée 4100, la porte qui reçut le nom de Saint-Ladre, et voici moins d'un siècle après, le pape Alexandre 111 qui, dans la bulle par laquelle il confirme la ma ladrerie, cite cette porte (1170). Ce point établi, essayons de déterminer la limite opposée. Ce n'est qu'en l'année 1300 que nous trouvons des données suffisantes, mais elles sont explicites. Le roi Philippe IV confirme, par lettres patentes, des cens appartenant à l'abbaye de Saint-Michel, et il donne les désignations suivantes : ici, c'est la porte de Lucheux, extra portam quœ vocatur de Lucheu; là, ce sont les deux portes de Menchon : Intra duos portas vici de Manchon ; ailleurs c'est la porte de La Varenne : Prope portam de la Varenne ; la porte Hersant : Versus portam Hersant, en la voie de Biaucaisne, ajoute un titre de 1318; la porte Cardonnet : Versus portam Cardoneli, dont la position n'est pas déterminée, et qui était peut-être la porte simple donnant accès vers Brctcl ; enfin les deux portes Saint-Souplich (Saint-Sulpice) : lntra duos portas Beati Sulpitii. Faisons donc converger vers le centre presque tous les points de la circonférence actuelle, et nous aurons, selon une locution reçue, reconstruit les lieux, rétabli l'étendue de la cité, au moins dans sa partie fortifiée.
Si maintenant nous voulons en parcourir l'intérieur, les titres où nous venons de puiser seront encore pour nous le fil conducteur. En venant d'Amiens (2), nous nous trouvons dans cette partie de la ville qu'occupe aujourd'hui l'esplanade de la citadelle, et qui s'appela autrefois la Basse-Ville. Là, non loin du moulin du Biez (xiu* siècle), est le
(1) Si firmitates per detentionem aquarum diruptœ lens, traversait la rivière et les praires de Routequeue, fUirint,.., SiBurgenses munit iones voluerint reparare. pour aller joindre, après de nombreuses sinuosités,
(2) La route d* Amiens n'avait pas alors la même le hameau de Beaurepaire. direction qu'aujourd'hui ; elle passait à l'Est de Doul-
berceau de l'abbaye de Saint Michel dont l'origine se confond avec celle de la cilé. Et cette donnée est conforme aux usages de ces temps reculés qui rapprochaient presque toujours des forteresses, comme pour les abriter et les défendre, le sanctuaire du Prince de la milice céleste. Peut-être était-ce la même pensée religieuse qui faisait remettre tous les soirs les clefs de la ville à la garde de Tabbesse Adde, qui fut trouvée digne de donner son nom à une rue voisine : Addœ vicus (1260), rue A'Ade ou Adam-rue, devant le Puich, auprès de la rue du Puch. Toutefois, avant Tannée 1300, le monastère, mal à Taise dans cet espace étroit, avec son aire ou cimetière, a déserté la rive de TAuthie pour reporter son siège vers le nord, là où son nom a survécu. Autour du berceau de Saint-Michel sont les rues de Beauquesne, des Cordonnois ou du Cordonnier, du Puits des Marmousets, etc., dont nous chercherions vainement aujourd'hui les traces.
A peine avons-nous passé la porte Hersent en la voie de Biaucaisne, et traversé le pont d'Authie, que se présente à droite Thdpital Saint-Jean, confirmé par le roi Philippe III en 1272. Sa porte principale et sa chapelle sont sur la rue du Bourc, en face des deux maisons de Halle, qui possédait la seigneurie d'Orion, sur TAuthie ; la salle des malades est sur la rivière, et le jardin, en arrière, au delà de la Grouche. En remontant la rue, et presque contiguë à cet établissement, Yhostellerie du Constantin nous offre sa façade vis-à-vis les maisons de Jehan Tassiaux et de Marie la Bathelière : ante hosteUariam, ante Constantinum, dit une charte de 1300. Les communs et écuries du Constantin s'étendent également en arrière, jusqu'au delà du 3Iardanchon9 qui parait se jeter dans la rivière de Manchon (1). Quelques pas plus loin, sur la gauche, s'élève la forteresse ou tour de Beau val, antique demeure des comtes de Ponthieu, avec son pourpris, nommé quai de la tour, attenant à la rue Notre-Dame : contiguum vico Beatœ Mariœ. Les titres la désignent sous le nom de Manoir : Managium domini de Bellavalle (2). Tout auprès est le four Colombel, que le comte de Ponthieu, Guillaume III, a acheté de son homme-lige, Jean de Rosière, seigneur d'Authiculc et pair de Doullens, pour le céder ensuite, en 1213, à Wallon de Senarpont (3).
Presque en face de la tour de Bcauval s'ouvre la rue Saint-Martin : In vico Beati Martini, qui conduit à l'église du même nom, et où se voit la maison d'Isabelle d'Aucoch (1300). De ce côté, nous touchons à la limite de la cité, et l'église elle-même, avant sa reconstruction, a porté la dénomination de Saint-Martin-hors-des-Murs, c'est-à-dire, hors du caslrum. Aussi la rue de YEspinelte n'est-elle qu'une espèce de sentier au milieu des jardins. Non loin de l'église, et un peu au-dessus du moclin Fourmenterech (depuis Fromenlel), sur la
(1) Voir aux arch. de l'Hospice, le pian de l'ancien VM'' un four à Doullens qui est devant le maison du hôpital Saint- Jean. comte de Ponthieu. (A. I. Scct. adm. S. 5059, fi° 8.
1° 9.) I/annce précédente, le même Robert avait en-
(2) Olnn. t. III, p. 729. |;orc doi|||ù X|| deniers de Mllle à ce mème wallon de
(3) Voir pièces justif., np 3. En 1216, Robert des Seimrpont. (Ibid. au verso de la page;. Wallon de Hosteux (Auteux) . donne à Wallon de Senarpont Senarpont était échevin eu 1202. Voir aux signatures lx sous de cens et xx aippoti*, que le dis Robert avoit de la c1 arte de commune.
Grouche (4), s'élève le Béfray de la ville (1275), lequel sera remplacé, en 4363, par la tour de Beauval, parce qu'il est de grand anchienneté et moult empirié. Puis, voici la rue des Maiseaux (2), plus tard des Boucheries, avec son petit moulin Le Molinier, devant la maison du roi : ante domum régis (1219), qu'il faut distinguer sans doute de celle des Templiers, située entre la rue Saint-Marlin et la Grouche ; la rue du Pontel-Gorre t depuis Pauchet-Goret (1312) ; celle du Pont-Menne'es, ou pont Mcurice, qui mettait en communication la ville actuelle et l'ancien quartier occupe aujourd'hui par l'esplanade; celle du Pontà4' Avoine, au coin de laquelle ?e trouve le presbytère des prêtres communs, c'est-à-dire le logement des trois curés-vicaires de la ville (3); là, nous touchons aux deux portes Saint- Souplich, hors desquelles se trouve la rue du même nom, qui prend naissance aux allées et remparts de la forteresse; plus à gauche, est la rue Taillée ou Taillie, l'une des plus anciennes de la ville, dans laquelle la plupart des établissements ont des cens, et dont le nom se retrouve dans presque tous les vieux titres. Tout à côté s'élève Yhôtel des comtes de Saint-Pol, là où se voit aujourd'hui la Clef-d'Or, et comprenant plusieurs maisons voisines tenant à la porte de Lucheu.
Nous saluons la nouvelle église Saint-Sauveur (Saint-Pierre), située hors des fortifications, hors du château : extra castrum Durlendi, juxla Dorlenz, juxta Durlendum (1202). De son parvis, nous apercevons la rue de Manchon : in vico de Manchon, aussi ancienne que la ville elle-même, avec son moulin du même nom : in molendino, in vico de Mencon (1236); avec son four appartenant à l'abbesse de Saint-Michel: Furno abbatissœ in vico de Manchon (1300); avec son hôtel de Beauregard (4), dont le censitaire est chargé de la fermeture de la porte Saint-Ladre ; rue importante, conduisant à la porte de Menchon, et bien habitée, puisqu'on y retrouve les maisons de Simon de Neuf-Moulin, de Martin-Borne, de Jean de Marges et celle de Jean Bétars, à l'extrémité, entre les deux portes. Ces deux portes sont dans le retranchement qui de la porte d'Àrras passe en deçà du moulin en ligne droite,
(1) Nous sommes peu <f accord avec M. Warmé qui, dans son Histoire de Doullens, page 147, place le moulin Fromentel au lieu dit le Marais sec, et ne le fait remonter qu'au xvi* siècle. Mais nous préférons nous en tenir aux données du titre que nous citerons et pour la date et pour la situation dudit moulin. Au chapitre du prieuré de Saint-Sulpicc, dans la seconde partie, nous donnerons encore d'autres preuves contraires à l'opinion de M. Warmé, opinion qui, du reste, ne parait être bien établie : car si le moulin Fromentel était le moulin du Marais-Sec, et si la rue de l'Epinetle y conduisait, comme il le dit dans son Histoire de Doullens, p. 130, cette môme rue ne pouvait pas être l'impasse du Grand-Moulin, près le marché aux grains, comme il le prétend, page 82.
(2) Maiseau, locution usitée au raoyen-age, vient de
macellum, halle du marché à la viande, d'où macellarius, boucher ou charcutier, de mactare, tuer, massacrer.
(3) Cette maison fut brûlée eu 1636; elle était alors occupée par Me Buquet, curé de Saint-Martin.
(%) Le 29 juillet 1449, Jeanne Joly, veuve de Jean Renault, Jean Lefebvre et consorts vendirent à Pierre Gadefar l'hôtel de Beauregard, à la charge, entre autres choses, d'une serrure et d'une clef pour la porte Saint-Ladre, qui doit être attachée de l'ordre de Messieurs de ville. — Cet hôtel de Beauregard appartenait sans doute à la famille de Thouars qui avait la seigneurie de Beauregard et de laquelle vint, par les femmes, le nommé Mauclerc, bienfaiteur d« l'église de Saint-Sauveur de Doullens, en 1198.
et se dirige, après avoir fait un léger crochet à gauche, vers Saint-Michel, pour se relier aux travaux d'enceinte.
La rue Saint-Michel : In vico Beati Michaelis (1300), a reçu son nom du nouveau monastère qui y a son siège. Cet établissement déjà important y tient une large place avec son âtrc ou cimetière ; affecté plus tard à l'usage du marché aux chevaux, il est occupé actuellement par des maisons et des jardins que la rue de la Gendarmerie sépare des anciens bâtiments. Cette rue Saint-Michel est continuée par celle dite de Saint-Ladre; entre les deux portes de cette dernière se trouve la maison de Jacques de Hardy : Domum Jacobi de Hardy inter portas Beati Lazari, ailleurs, inter portant B. Lazari et sanclum Pelrum. Voici encore, tout auprès, la porte de Chercamp, avec l'hôtel du même nom, dont on retrouve quelques vestiges dans la maison occupée aujourd'hui par M. Mallet. C'est là, au portier de Chercamp ou à son cornant, que l'échevinagc paie cascun an X lib. parisis en escange de la ségnerie des deux moëlins Battrel et Fromenlel qu'il a achetée des religieux (1275). C'est là aussi, dans cet hôtel, que les religieux de Chercamp trouvent un asile lorsqu'ils se voient forcés de quitter leur monastère pour échapper aux ravages et à la cruauté des ennemis (1).
Laissant la rue de Polys, qui est hors des fortifications (1312), nous saluons, en passant à gauche, celle de Notre-Dame où demeure Jacques de Saint-Sulpice : In vico Beatœ Mariœ f!300), l'église qui la termine, sur la grande rue du même nom, et Y hôtel de Belloy (2), au-dessous d'elle, vers la tour cornière, sur la rivière ; et, prenant la rue des Juifs en face de la porte de La Varenne, nous rejoindrons1 la tour de Beauval par une ruelle dont il ne reste aujourd'hui aucun indice. C'est la ruelle du Tripot des Juifs, ainsi nommée, dit M. Dusevel, des Juifs qui, à l'extrémité de cette ruelle, et dans la rue qui porte leur nom, ont un tripot ou maison de jeu. Revenu dans la rue du Bourg (en 1318 du Bourc), nous jetterons un dernier regard sur les hôtels de Y Angle, près la tour de Beauval, de Bailleul, de Solon, et nous éviterons, à défaut de documents positifs, de déterminer la situation de la barre deCherent (1312), des rues de Guy-Kréroul (3), des Ogrengs, Maneresse, Robert Bélin (1300), de la rue as Pareurs (1318), du Ponl-à-Cart, du Pont d'Amour, du Marché au beurre, du Vieux marché, et de celte autre grand marché en Damélal, mentionnés tous deux, en 1243, par une chartre de Beaudoin Camp-d'Avesne, et enfin du marché à l'avoine, dans le castrum, in mercatu avenœ, in castro (1312).
En 1432, la ville est tout à fait close de murailles, lorsque les bandes de routiers se présentent vainement pour les écheler. Mais, voici que les temps sont devenus mauvais; les habitants ruinés émigrent en grand nombre, abandonnant leurs demeures à demiécroulées (1463) ; puis vient Louis XI, dont la politique, non moins fatale que la guerre
(1) La plupart de» maisons religieuses avaient ainsi Caudas. Elle portait d'argent à quatre bandes de dans les villes voisines fortifiées des asiles ou mai- gueules.
sons de refuge. (3) Guy Kéroul était échevin en 1202. (Voir aux si-
(2) Cette famille de Belloy avait la seigneurie de gnatures de la charte de commune.)
étrangère, prononce l'arrêt de mort de la cité ; et des ouvriers en\oyés d'Amiens abattent ses tours et murs et forteresses (1475). Bientôt rétablies, les fortifications résistent aux efforts et au canon du comte de Bures. Alors nous apparaît la situation de la tour Cornière ; elle est proche l'hôtel de Belloy, au-dessous de la montagne sur laquelle s'élèvera bientôt le château, puisque c'est de là que l'ennemi feit batterie près de celte tour qui regarde de vers Auchy-le-Châsteau .
En 1522, Doullens est encore une fois démantelé et livré aux flammes. Ses portes, ses murailles, ses tours tombent sous les coups de l'ennemi. Son bra\c gouverneur les relève en partie, et François ["donne ordre d'en ache\er la restauration. On y introduit diverses modifications ; et les titres ne parlent plus que des trois portes d'Amiens ou de Bcauquesne, d'Arras ou de Lueheux et de Saint-Ladre ou d'IIesdin. Le château nouvellement construit touche à la porte d'Amiens, et semble n'être que la continuation de la ville. Telles sont les données qui nous sont fournies par un plan manuscrit déposé à la bibîioîhèque impériale, le plus ancien connu jusqu'à ce jour ; telles sont par conséquent les conditions de défense matérielle que Doullens opposa en vain aux Espagnols, qui s'en rendirent m si très en 1595.
Ce furent ceux-ci qui, les premiers, creusèrent autour de la \\\\v les fossés remplis bientôt après par les eaux des deux rivières de l'Authie et de la Grnuche. Mais avant de décrire ce nouvel élément ajouté aux fortifications, disons un mot d'une particularité qui nous est sigualée dans une vue de Doullens prise par Chdtillon ^crs 1610.
Nous rapporterons, au chapitre suivant, l'opinion de Bullet, qui rattache l'étymologia. celtique de Doullens à sa situation sur la rivière d'Authie, laquelle, diî-il, « en recoupant, forme deux îles en cet endroit. » Or, c'est la plus grande de ces deux iles qui figure sur la carte de (Ihàtillon. Elle est formée, comme le dit M. Labourt, par la rivière, entre Doullens et Saint-Sulpice, et couvre une certaine étendue des remparts de la \illc. Cette disposition des lieux accuse-t-elle le lra\ail de l'homme, et laisse-t-elle réellement deviner qu'elle est due moins à la nature qu'à un ancien moyen de défense exploité au profit de la place et rois à contribution pour augmenter les diflicultcs des approebes (I)? Nous voulons bien admettre cette idée comme probable, mais nous n'oserions la donner comme certaine.
Quand à la seconde ile dont parle Bullet, beaucoup plus petite que la première, elle existait dans l'intérieur même de la cilé, en fiicc du confluent de la rivière de Grouche. « Le pont qui met aujourd'hui en communication la ville avec l'esplanade et la route » d'Amiens, reposait sur la pointe de cette île, qui regardait le couchant : en 1733, on » parvint, à l'aide de procédés très-ingénieux, à faire peu à peu entraîner, par l'eau » comprimée de l'Authie, l'amas de sable et de gravier qui obstruait celte partie de la » rivière (2). »
Quoi qu'il en soit de l'opinion, si plausible soit-elle, qui dans la séparation du cours de
(I) Inutile de dire que rien de tout cela nVxistc au- rien emplacement,
jourri'hui. L'Ile signalée par Ctiatillon a compK-.toment (*) M. Labourt. Essai w ronyine de* villes de Pi-
diitparu. Le ruisseau dit VAgrutim eu traverse Tan- eartfie, p. 280.
l'Authie voit un moyen de défense créé par la main de l'homme au bénéfice de la ville, constatons que cet état de choses fit bientôt place à une combinaison dans laquelle les eaux de cetle rivière, aussi bien que celles de la Grouche, servirent à remplir au besoin, et à une profondeur de deux mètres, les fossés d'enceinte, au moyen d'écluses qui leur barraient le passage à leur arrivée aux fortifications et les rejetaient hors de leur lit. C'était la Grouche qui versait à la masse des eaux un plus large tribut, car elle avait à fournir la majeure partie de cette ceinture défensive, tandis que l'Authie, sa déchargeant d'un seul côté, déviait peu de son cours ordinaire. Seulement, un batardeau servant de digue au point de sortie la faisait refluer sur elle-même, et augmentait son volume dans les fossés.
La carte de Chàlillon dont nous venons de parler, nous représente parfaitement ces conditions de défense extérieure qui furent encore améliorées dans la suite. La ville aussi nous y apparaît bien dessinée du côté du château ; et d'autres plans postérieurs nous font connaître également tous les détails des fortifications de son enceinte. Ses trois portes étaient défendues par des éperons, ou plutôt par des demi-lunes assez élevées, et on n'y arrivait qu'en suivant une ligne brisée dans l'épaisseur des travaux extérieurs. Auprès de chacune d'elles se dressaient des corps-de-garde. Des tours, placées de distance en distance le long des murs, en rendaient l'approche plus redoudable. Au-dessous de l'entrée de la rivière d'Authie, dans la partie basse de la ville, au lieu où passe aujourd'hui le Voyeul Saint-Sulpice, se trouvait la tour du Corps-de-garde, à l'angle droit d'un bastion, et celle des Corneilles occupait l'angle gauche, pour défendre la porte d'Arras (1). La tour de Menchon, qui s'élevait non loin du moulin du même nom, était défendue par une demilune qui faisait une saillie considérable, et qu'on appelait demi-lune de Lucheux. Elle protégeait et le bastion de Menchon et le bâtiment servant à la manœuvre des trois ven telles qu'on levait ou abaissait, selon qu'on voulait faire passer la rivière dans la ville ou dans les fossés. La demi-lune des Roseaux occupait à peu près le point milieu entre celles de Menchon et de la porte Saint-Ladre. La poterne de la Varenne, à mi-distance de la porte Saint-Ladre (2) et du lieu nommé Y Arche, était également flanquée d'une tour appelée tour de la Poterne. Au bout de cette partie de rempart, Y Arche, jetée sur la rivière d'Authie, avait ses ailes et ses piles garnies de coulisses, pour former au besoin , comme nous l'avons dit, avec des poutrelles, un batardeau de retenue. Le magasin au-dessus servait à renfermer les dites poutrelles. C'est à deux pas de là que s'élevait autrefois la tour Cornière, au-dessous de la porte de secours du château. Elle fut remplacée par un mur d'enceinte qui, du point de sortie de la rivière, allait se terminer au chemin couvert de la citadelle.
Mais le château lui-même étant devenu cette belle et vaste forteresse qu'on admire encore
(1) Lamelle qui, de la rue d'Arras, conduisait & ce du Colombier au rempart, appelée rue Neuve; l'autre point du rempart, s'appelait : Fond de la débauche. entre la porte Saint-Ladre et la Poterne de la Va
(2) Le 25 janvier 1655, on pratiqua dans le voisinage renne, nommée rue du Rempart. <fo ce lieu deux nouvelles rues; Tune allant de la rue
aujourd'hui, Louis XIV voulut la séparer de la ville par une esplanade, et alors un certain nombre de maisons durent disparaître pour être reportées soit à l'intérieur de la ville, soit à l'extérieur. Les principales furent les couvents des Cordeliers et des Sœurs-Grises et l'hôtel de Belloy (1672) (4). Les fortifications se rapprochèrent sur la rive de l'Authie, depuis son point d'arrivée jusqu'à sa sortie ; et comme elles étaient suffisamment couvertes de ce cAté par les hauteurs de la citadelle, il n'était pas nécesssaire de les flanquer de tours. La rivière elle-même, devenue une ligne défensive par son lit naturel, avait reçu de nouvelles proportions de largeur et de profondeur ; et, un peu avant sa sortie au lieu nommé l'Arche, elle faisait mouvoir le moulin du roi. Une vue de Doullens de 1676 signée : Joli. Peeters. " nous laisse aussi distinguer un moulin à vent sur le bastion de Menchon.
Telles étaient donc dans les derniers temps de la monarchie les fortifications de Doullens, suffisantes à la défense de la ville contre un coup de main, mais trop faibles pour la protéger efficacement contre un siège en règle et surtout contre le canon. « En 17oi, le comte de » Muy, lieutenant-général au service du roi de France, reçut de Louis XV des instructions » spéciales pour visiter nos places fortes de Flandre, du Hainaut et de l'Artois. Ayant fait » de cette tournée d'inspection l'objet d'un volumineux mémoire qu'il adressa au duc de » Choiseul, l'intérêt qu'il sut répandre dans ses descriptions engagea le premier ministre » à le faire déposer parmi les manuscrits de la bibliothèque royale, où il se trouve sous le %» nom de Mémoires sur la Flandre, par le comte de Muyt et portant le n° 223 supplè- » mentaire. On y lit, page 209, ce qui suit :
» La ville de Doullens est située entre trois hauteurs, à la rive droite de l'Authie, qui » sépare la Picardie de l'Artois, et à deux lieues et demie de sa source. La rivière de la » Grouchela traverse et vient s'y réunir à l'Authie.
» Une simple muraille crénelée, avec quelques rideaux et un fossé qui était plein d'eau, » mais qui est encombré, de six pieds de hauteur, formait son enceinte. Trois demi-lunes » couvrent les trois portes d'Amiens, de Saint-Ladre et de Lucheux, par lesquelles on » arrive de France, de Saint-Pol et d'Arras. H y a une quatrième demi-lune sur le front, » qui est entre les deux premières. Ces quatre demi-lunes ne sont pas revêtues : les ehe- » mins couverts sont effacés, le tout est dominé, et ne tire de défense que de la citadelle. »
Nous avons été assez heureux pour rencontrer (2) un état estimatif des frais de réparations et d'entretien qui incombaient à la charge de la ville par année commune, au commencement du siècle dernier. Cet état qui renferme des détails intéressants, mérite d'être rapporté. Il est de 1713. (3).
(1) Depuis uu siècle et demi cet hôtel avait passé (S) Nous devons cette rencontre à l'obligeance de
à la maison de Monceaux -Hodeuc, apport»'» par Jeanne M. Pouy, commissaire-priseur à Amiens.
de Villiers-riale-d'Adam, dame de Belloy-sur- Somme (3) « Mémoire des réparations et entreteunements
*-t de Candaa, pois il devint la propriété du sieur » ordinaires de ladite ville, sans les fortifications dont
Moreau, maieur eu 1616. » le roy est chargé ; sçavoir l'enceinte des murailles,
Les victoires de Louis XIV ayant reculé les limites de nos frontières, Doullens avait perdu toute importance comme place de guerre. Ses murailles, dans lesquelles on avait ménagé de distance en distance des créneaux pour découvrir la campagne, furent abandonnées sans surveillance ni entretien, et peu à peu laissèrent apparaître de grandes brèches qui donnaient à la ville un aspect négligé et misérable. Les fosses, qu'on ne curait plus, se remplirent de roseaux, de joncs et surtout de vase, ce qui contribua à leur rétrécissement. II fut alors décidé que ces fossés seraient comblés, que les ouvrages avancés, tels que cavaliers et demi-lunes, seraient aplanis, et que les murailles seraient vendues en détail pour être démolies. Ce fut en 1842 qu'on commença cette démolition; les particuliers qui s'étaient rendus adjudicataires de quelque pan de muraille enlevèrent ces ruines, vieux témoins d'événements glorieux et portant peut-être de nobles stigmates. Enfin, des promenades successivement plantées remplacèrent murs, bastions, tours et corps-de-garde (i). Félicitons-nous de cet état de choses; Doullens y a perdu, il est vrai, le personnel d'un état militaire, c'est-à-dire un gouverneur, un lieutenant de roi, un major, un aide-major et un capitaine d'invalides ; plus, divers officiers d'artillerie : un lieutenant provincial, un commissaire, un ingénieur du roi, un garde et deux commissaires de guerre ; mais en compensation, il a une plus large place au soleil, et au lieu de canons sur ses remparts, de l'air, du gazon, du feuillage.
Une charge, pourtant, continua longtemps encore de peser sur les habitants, ce fut celle
» les trois portes simples, chacune ayant un pont sur » le premier fossé, et un corps de garde, tant en haut » qu'en bas, plus trois autres corps de garde sur les » entrées et issues des rivières, faisant en tout, com- » pris celuy de l'Hostel-dc-Ville, dix corps de garde, » les cinq ponts dans la ville et trois des remparts » sur lesdites rivières, ensemble l'Hostel-de-Ville et » magazins de Menchon et du Biez, et les glands ou » escluses des Fosséz,
» Dépense annuelle par estimation.
» 1° Au masson entrepreneur, sans les matériaux
» et les accidents imprévues, cy. . . 150 livres. « 2° Au couvreur entrepreneur. . .100 » 3° Pour les matériaux de pierres,
» briques, touilles, ardoises, lattes,
» sangles, doux, etc. . . . . . . 150
» 4* Aux charpentiers, sans les bois. 180
» 5° Pour les bois 100
i» 6° Aux pailloteurs, plaqneurs et
» manœuvres 100
» V Au serrurier 60
» 8° Au vitrier et plombier. ... 30
» 9* Au menuisier 40
» 1 0° Au mercier pour menues parties
imprévues. . , 50
» 11° Pour le bois, tourbe, huille, » chandelles et menues nécessitez des » corps de garde et de 1 Hostel-de-Viïle, » cy 300 livres.
0 12° Pour le guet entretenu de nuit, » même en paix, cy 150
» Et en cas de bruit de guerre, aussi » durant le iour, autre cy 150
» Somme, 1450 livres.
Plus tard il n'y eut plus dans la ville que six corpsde-garde entretenus par le roi et un septième à la charge de la commune. Ceux que le roi entretenait étaient à la porte d'Amiens, un pour 12 hommes et un vis-a-vis pour l'officier ; à la porte d'Arras, deux dans les mêmes conditions et un à l'avancée de ladite porte, pour 10 hommes; un à Ja porte Saint-Ladre sur la voûte, également pour 10 hommes; le second fut démoli et on en vendit les matériaux par ordre du ministre du 20 juin 1776. Celui à la charge de la ville, et pour 15 hommes, était au rez-de-chaussée de rHôtelde-Ville.
(I) Les habitants de Doullens regrettèrent cependant les belles et ombreuses allées des Soupirs, de* Conférences et des Conclusions, qu'on fit disparaître.
du logement des gens de guerre ; et comme elle se représentait fréquemment, elle souleva plus d'une fois les plaintes de la population. La ville eut d'abord des écuries pour les chevaux du roi, le long d'une partie du rempart Saint-Michel, à proximité du jardin des Arbalétriers; mais le feu les ayant détruites vers Tannée 1759, et l'imprévoyance ayant fait abattre celles de l'hôtel-de-ville, il fallut en construire de nouvelles, qui existent encore. Elles consistent en deux grands bâtiments en charpente, situés sur l'ancienne place dite des Marteaux, formant Téquerre,* et dont la principale porte s'ouvre sur la rue du Chevet de Saint-Pierre.
L'usage des fontaines publiques à Doullens ne date que de quelques années; auparavant les rues étaient encore hérissées, de distance en distance, de puils saillants, sans régularité ni uniformité. On trouve dans les titres le Puich, ou le puits salé, cité en 1435, devenu plus tard le puils des Marmousets, et comblé par le nivellement de l'esplanade en 1672; et, parmi plusieurs autres, celui de la rue du Bourg. La structure de ce dernier était assez singulière ; on lisait sur la corniche en fer les noms des maieur et échevins de la ville en 1640 (1). Peut-être cette corniche venait-elle du puits des Marmousets qui avait été supprimé; car ce nom rappelle que le sceau du maieur et des échevins s'appelait aussi sceau des Marmousets.
Sur la place Notre-Dame (ou de la Liberté), s'éleva longtemps un vieux témoin des âges passés. C'était la Croix Salonion (2), qui fut remplacée par un tilleul planté avant la révolution. En 1825, cet arbre existait encore, et un poète de l'endroit, le prenant pour un ancien arbre de liberté, réclama sa disparition en ces termes :
Symbole extravagant d'une folle licence, N'attriste plus nos yeux par ta longue présence : Dérobe enfin, dérobe aux regards des passants, Ce tronc tout dépouillé, ces rameaux languissants, Indice trop certain de ta triste agonie; Assez longtemps ton règne affligea la patrie. Que la hache à l'instant, répondant à tes vœux, Abrège de tes jours le destin douloureux.
Le poète se trompait ; c'était un arbre de famille, et il n'avait pas d'autre nom. Planté depuis un demi-siècle, à l'occasion de la naissance d'un fils encore vivant, il était un simple et touchant symbole de tendresse. Tousses ans, au mois de mai, les jeunes garçons et les jeunes filles y venaient suspendre leurs naïves couronnes. Ses rameaux innocents n'avaient
(1) « François Boitel, maieur ; Pierre Daitz, lieute- un autre puits dans la cour de la Mairie.
» liant, Ant.-Jean Gigault, Isaac Pingrel, échevins, (l) Une charte de 1312 parle aussi d'une terre de la
» 1640. » Depuis 1840, cette corniche est placée sur croix Salonion, appartenant à Jean de la Port*.
amais ombragé que des plaisirs purs ; et, quand revenait la Fête-Dieu,. il prêtait son appui au blanc reposoir de la rue.
Depuis plus d'un demi-siècle, Doullens jouit de l'avantage d'avoir ses nuits éclairées par des réverbères qui se défient trop peu de l'inconstant secours de la lune. Mais il faut savoir patienter, tout vient à point à qui sait attendre : témoin ce télégraphe électrique qui, pour s'être fait désirer, n'en est pas moins Tune des plus précieuses innovations dont la ville ail été dotée dans ces derniers temps.