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ÉGLISES

Église Saint-Martin.

Ancienne église. — Elle est d'abord seule paroissiale et collégiale. — Ses prébendes données à l'abbaye dPÀnchin ; accaparées par le comte de Ponthieu ; restituées ensuite , sont supprimées. — Sa reconstruction. — Ses ruines et restaurations diverses. — Sa description extérieure et intérieure. — Son sépulcre. — Ses fondations. — Détails donnés par un ancien pouillé. — Doyenné de Doullens.

Des trois paroisses que l'on comptait autrefois à Doullens, une seule, celle de Saint- Martin, a survécu. Il en est fait mention pour la première fois dans une charte de Guarin de Châtillon-Saint-Pol, évèque d'Amiens, de Tan 1138; mais on doit lui supposer une origine plus ancienne, quoiqu'il soit impossible de lui assigner une date quelconque. L'église, comme l'indiquait sa dénomination de Saint-Martin-hors-des-murs, s'élevait hors de l'enceinte fortifiée du castrum, non loin du monastère et de Yâtre de Saint-Michel ; et peut-être même servait-elle de sanctuaire à cette maison religieuse déjà prospère. Ce n'est qu'une conjecture, il est vrai, mais que semble autoriser le nom donné à ses prébendiers, qu'on appe-

lait chanoines de Saint-Michel. Cette église était donc à la fois paroissiale et collégiale (1).

L'évèque d'Amiens, Guarin de Chàtillon-Saint-Pol, par sa charte de 1138, la donna, avec celle de Saint-Sulpice, à Gotsuin, abbé d'Anchin [2) : Guarinus.... tibi Gotsuino Acquicinensis cœnobii abbati et successoribus tuis ecclesiam Beati Martini de Dorlenz, cum omnibus pertinentibus suis... perpetuo tenendam concedimus (3). Mais elle n'avait pas tardé à devenir, comme tant d'autres, l'objet de l'arbitraire et de la convoitise des grands. Guillaume II, comte de Ponthicu, était connu alors par les exactions les plus coupables ; et son administration, qui ne reculait pas devant le sacrilège, lui mérita même le surnom de Cruel. Il abaissa un œil cupide sur les prébendes de l'église Saint-Martin, et sa main s'étendit pour les accaparer. Cette spoliation, fruit de la force, privait l'abbé d'Anchin des droits que lui avait conférés la charte de l'évèque d'Amiens ; mais son inique dépossession ne fut pas de longue durée.

La conscience du coupable, agitée par plus d'un souvenir de même nature, fit entendre la voix du remords. Le comte Guillaume et sa femme Hélène de Bourgogne, Guy de Ponthieu et Jean d'Alençon, leur fils ; Jean, fils de Guy et Ide, sa mère, reconnurent leur faute et firent remise des prébendes à l'évèque d'Amiens, Thierry, qui les donna de nouveau à l'abbaye d'Anchin, en 1147 : Illustris cornes Guillelmus cum Eila uxore suât et Guido atque Joliannes filii eorum, Johannes quoque filius Guidonis cum matre suâ culpam suam recognoscentes, canonicas prœtaxatas in manus nostras reddiderun* , et ut eas monaslerio. Âcquicinctensi donaremus, plurimum rogaverunt. Nos igitur cononicas prœtaxatas a manu làîca per Dei gratiam liberatas tibi et monasterio tuo possidendas concedimus (4). La charte de l'évèque Thierry portait suppression des chanoines de Saint-Michel, suppression qui ne devait toutefois se réaliser que par la mort successive des prébendiers en exercice : Defunctis canonicis qui nunc canonicas oblinent, ne alii canonici aliquo modo ibidem subrogentur, penitus prohibemus. La donation de l'évèque fut reconnue au synode d'Amiens, de lia même année, en présence des abbés de Saint-Acheul, de Saint-Martin, de Saint-Jean, de Saint- Fuscicn, de Saint-Sauve de Montrcuil, de Saint-Josse et de Selincourt.

La restitution faite par le comte de Ponthieu et son fils a été l'une des innombrables bonnes œuvres qui furent comme la préface et la préparation de chacune des croisades. Car toutes les passions se taisaient alors devant une seule; et bien a pris à Guy II de réparer ses injustices, puisque, peu de temps après, il expirait à Ephèse, où l'avaient entraîné sous les drapeaux de Louis VII, sa bravoure aventureuse et le zèle religieux du'temps. Guillaume, son père, qui s'était croisé avec lui, fut plus heureux, et revint mourir dans sa patrie.

A partir de cette époque, il n'est plus guère fait mention de l'église Saint-Martin-horsdes-murs que pour rappeler son inféodation à l'église Saint-Sauveur. En effet, une charte

(1) Il y eut encore une chapelle Saint-Martin, près Montigny. Un tournoi célèbre y réunit, en 1096, jus-

du rempart, au-dessous de l'église, qu'à 300 chevaliers (Roger. Archives de Picardie, U h)

(«) L'abbaye d'Anchin s'éleva sur un îlot de la (3) Inventaire de Corbie, Ànn. 3, basse 96.

Scarpe, en 1077, et dut sa fondation à Vautkier, sr de (4) Gallia christiana, t. X. — V. Pièces justif., n° S.

de Thibaut, évèque d'Amiens, en date de 1202, n'a d'autre objet que de confirmer les dona. lions de 1138 et 1147, non plus en faveur du supérieur du monastère d'Anchin, directement, mais en faveur de la nouvelle église Saint-Sauveur, que le prieuré de Saint-Sulpice, annexe d'Ànchin, possède à Doullens. Voici les termes de la charte confirmative : Ecclesiam Beati Martini de Durlendo cum omnibus appenditiis suis et ejusdem ecclesiœ prebendas... confirmamus. Le pape Innocent III, dans sa bulle de 1208 donne, à son tour, une nouvelle et solennelle consécration à cet état de choses; puis, aucune fondation, aucun événement n'est plus venu rappeler le souvenir de l'ancienne église paroissiale et collégiale de Saint-Martin-hors-des-murs ; d'où il faut conclure qu'elle disparut dans le xn* siècle, sans qu'il soit possible de dire les raisons ni la date de la suppression.

Ce que nous venons d'avancer repose, on le voit, sur des titres certains, irrécusables. Nous avons cité des textes précis, et indiqué les sources où nous les avons puisés. Donc, il nous est permis de conclure que M. Warmé s'est trompé en disant dans son Histoire de Doullens, pages 76, 78, que l'église Notre-Dame avait été la première église paroissiale de la ville. Il n'esteependant pas que cet auteur n'ait eu connaissance de la charte de l'évèque Thierry, en date de 1147 ; mais il veut qu'elle soit reportée à une autre époque, uniquement parce qu'elle contrarie son opinion qu'il n'y eut pas à Doullens d'église Saint-Martin, avant l'année 1211.

Mais, en suivant ainsi le P. Daire, M. Warmé ne voit pas qu'il se met, pages 167, 168, en contradiction avec lui-même. Il y dit, en effet, que la bulle d'Innocent III de 1208, « avait pour but de confirmer la donation faite par l'abbaye d'Anchin à l'église Saint-Marm tin de Doullens, proposée par Théodore, évèque d'Amiens, à la sollicitation de Guidon, « comte de Ponthieu. » Il y a ici d'abord un contre-sens, car nous venons d'établir que c'est à l'abbaye d'Anchin, au contraire, que le don de l'église Saint-Martin a été fait, en 1147, par Guy et non Guidon, sous forme de restitution et par l'intermédiaire de l'évèque d'Amiens Thierry ou Théodoric, et non Théodore. Mais il y a aussi une contradiction ; car d'après cette bulle, M. Warmé doit conclure lui-même qu'il y avait donc une église Saint- Martin à Doullens, avant 1211, puisque ladite bulle est confirmative d'une donation antérieure à 1208, et relative à cette église. Enfin, si cet auteur veut que la donation confirmée soit reportée à une autre époque qu'à l'année 1147, il faut alors changer non-seulement la date qu'elle porte, mais encore les noms propres qu'elle cite, puisque, en 1147, Thierry était bien évèque d'Amiens, et Guy II, comte de Ponthieu. Redisons donc qu'il y avait à Doullens une église Saint-Martin au xn# siècle, et que cette église collégiale fut la première paroissiale de la ville.

S'il est impossible de préciser quand a cessé d'exister cette ancienne église, il n'est pas facile non plus de déterminer quand l'église actuelle, sous le même vocable, a pris naissance. Le P. Daire veut qu'elle ait été achevée en 1211 , lorsque le comte de Ponthieu y reçut le roi Philippe-Auguste. Mais M. Dusevel indique la fin du xv# siècle, le règne de Louis XI, et ce serait encore trop tôt, s'il fallait accepter l'époque assignée par une inscrip-

tiow qui se trouve sur l'église elle-même. Oh lit, en effet, en lettres majuscules gravées en relief sur cinq grès du soubassement extérieur de la muraille du cAté nord de l'édifice :

C'EST . OVVRAGE A ESTE . CÔMECE.

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