‹ Mémoires. Documents inédits concernant la provinceChapitre 20 sur 70 · NOT . IEHAN BOVLLIET.BA · texte numérisé non relu

NOT . IEHAN BOVLLIET.BA

NECN

II: est vrai que les grès où. se voit cette inscription n'occupent pas les places que nous leur donnons ici. La pose du premier et du quatrième a même été faite avec tant de négligence qu'elle laisse lire les lettres dans un sens renversé. Mais il n'en est pas moins vrai que cette légende concorde parfaitement avec celle qui se trouve sur le sépulcre de la chapelle Saint-Nicolas, dont nous parlerons bientôt ; on y lit la même date : 1585, et un même nom : Jehan Bouliet. De plus, cette date de 1585 se retrouve encore gravée sur un grèh placé dans la façade inférieure de l'Hôtel-de-Ville, à deux pas de l'église Saint-Martin.

Au milieu de toutes ces divergences, disons, à notre tour, ce qui nous parait être le plus probable. C'est que l'église actuelle de Sa4nt-Mnrtin, s'il faut admettre avec le P. Daire qu'elle ait été à peine achevée en 1211, a dû se greffer sur l'ancienne chapelle des Templiers, et qu'après être restée assez longtemps dans les chétives conditions de son origine, elle subit plus d'une ruine par l'incendie et la guerre. Nous avons trouvé preuve, en effet, qu'elle fut victime du feu en 1522 et menaça de s'écrouler ; que reconstruite presque ea entier quelques années après, elle ne tarda pas à voir son clocher abattu et ses murailles ébranlées par le canon ennemi ; que réparée encore vers la fin du xve siècle, elle fut insensiblement agrandie par des travaux soit de restauration, soit de raccordement. De là des dates différentes, et surtout celle de 1585.

Un peu plus tard, lors du siège de Doullens par les Espagnols, l'église Saint-Martin eut à supporter de nouveaux désastres. La voûte de la nef s'écroula, les murs furent percés et dégradés par le canon, les vitres cassées et tout l'ensemble de l'édifice fortement endommagé. Les ressources de la ville ayant été elles-mêmes ruinées par la guerre, il fallut se contenter de faire les réparations les plus urgentes ; et, disons-le, ces réparations successives furent exécutées sans intelligence comme sans goût.

On ne peut méconnaître, en effet, que l'architecture de cet édifice appartient à plusieurs époques. Son aspect est bien différent de celui qu'elle dut offrir d'abord, et il accuse pins d'une retouche maladroite. « La partie inférieure du portail, qui se divise en trois porches, est d'un gothique dégénéré, « sans élévation, sans aucune ligne hardie; « et le haut, d'un style tout différent, » si toutefois il est permis de donner le nom de style « à ces réparations bâtardes, à ce fronton triangulaire et à cette espèce de rosace ou d 'œil-de-bœuf de très-mauvais goût » qui surmontent le porche du milieu. Encore, bien que celui-ci ne soit pas remarquable, il a au moins quelque chose du cachet de l'époque, et ne méritait pas d'être surchargé de cette grossière maçonnerie en briques dont l'aspect disgracieux fait naturellement appliquer au prétendu architecte qui Ta fait exécuter, ce vers de Boileau :

Soyez plutôt maçon, si c'est votre métier.

« Le génie de la destruction semble d'ailleurs avoir soufflé sur ces trois pordhes, pour les » dépouiller. Toutes les statues qui les décoraient et entre lesquelles on distinguait un » -squelette rongé parles vers, d!une hideuse ressemblance, ont été .enlevées ; et pour cou- » ronner l'œuvre du vandalisme, on s'est imaginé de couvrir d'épaisses calottes de mortier » les dais gothiques qui surmontaient les niches restées vides (1). » La statue du squelette se voyait à l'entrée du porche gauche ; c'était un de ces memento-mori assez fréquents an xv* siècle, qu'on avait coutume de placer sous les yeux des hommes, pour leur rappeler sans cesse «ta brièveté de la vie. Le vandalisme qui a fait disparaître du portail ces statues, en le dépouillant de son principal ornement, a encore déchiré une page de l'histoire de Doullens; car on rapporte que ces images de saints représentaient, sous Ses costumes remarquables, les patrons et les patronnes des différents corps de métiers de la ville.

Les murailles n'offrent, au dehors, rien qui attire la vue (2) ; seulement « le bas-côté » gauche est décoré de piliers butants avec pinacles et pyramides à crochets : des volutes » en feuillage et des animaux de plusieurs espèces décorent les rampa rît s des archivoltes » qui surmontent les fenêtres. » Du reste, de ce côté comme derrière le chœur, la circulation n'est pas possible, à cause de l'envahissement des terrains voisins, qui ne s'est arrêté qu'au pied même de la muraille. Le clocher est une simple flèche en bois, mesquine, peu élevée, et telle qu'on en rencontre sur les dernières églises des campagnes.

« L'intérieur de l'église, assez remarquable quoique trop éclairé, » dédommage un peu de la première impression défavorable. Il forme la croix latine dont la longueur, dans œuvre, est de 40 mètres, et la largeur, de 18 mètres 60 centimètres. La hauteur est égale à la largeur, et mesure, du pavé à la voûle principale, 18 mètres. La voûte du chœur n'a que H" 10 de haut, et celles des bas-côtés sont élevées de 13 mètres 60 centimètres.

Ce qui frappe tout d'abord en entrant dans cet édifice, c'est la délicatesse des piliers de grès à bases polygonales et sans chapiteaux, qui soutiennent les voûtes de la nef et de* bas-côtés. Leur circonférence, à la base, est de 3" 12, et dans le fût de 2 m 42 ; leur hauteur, du pavé au socle des statuettes compte 5* 50. « Entre les arcs ogives qu'ils sup- » portent, on voit des niches ou consoles terminées par de petites pyramides torses, d'un » très-bel effet ; l'ensemble de cette décoration plait à l'œil par sa grâce et son élégance. » Disons pourtant que parmi les statuettes nichées au sommet de chacun de ces piliers, il en est qui se tiennent mal et dont la pose trop penchée nuit à l'effet qu'elles doivent produire. Ce sont les images des saints les plus en honneur dans le pays, telles que celles de saint Fiacre, patron des jardiniers du faubourg de La Yarenne ; de saint Eloi, patron défi laboureurs, dont les chevaux étaient autrefois marqués par le curé de Saint-Martin d'un fer rouge sur la cuisse, pour les préserver de diverses maladies ; de saint Roch, dont le culte

(I ) M. Dusevel. (2) Le bas-côté droit, à l'extérieur, porte les traces

des balles des Espagnols, de 1595.

a cessé d'être en usage ; de saint Sébastien, sous la protection duquel sont placées les deux, sociétés du jeu de Tare (1).

a Les socles qui supportent les statues de tous ces saints sont ornés de sculptures repré- )> sentant divers sujets : ici c'est la Gourmandise; là un ange tenant un masque d'une main » et de l'autre une discipline; plus loin, on voit un animal fantastique qui semble vouloir » dévorer un porc. Au dernier pilier du bas-côté droit, on remarque un personnage jouant » de la cornemuse ; un autre tenant une boite ouverte pour indiquer, sans doute, la disper- » sion sur la terre des esprits du bien et du mal ; et du côté du chœur, un ange portant » une croix. »

Les voûtes du chœur et des deux chapelles latérales sont en pierre, à nervures croisées ; mais celle de la nef est en plafond. D'après M. Dusevel, elle était également en pierre, ornée de culs-de-lampe ou pendentifs, avant 4595. Des soldats espagnols, après la prise de la ville, ayant voulu s'emparer des cloches, la firent tomber pour simplifier leur œuvre de spoliation. Le chœur se termine par un mur droit et non par une abside, ce qui donne un aspect peu agréable. Le vaste tableau d'autel qui couvre ce mur représente l'adoration des Muges. C'est une toile de 1749 qui, sans accuser de talent, ne produit pas un mauvais effet. « On rapporte, qu'à l'exemple des anciens peintres, des grands maîtres du xvi* siècle, l'ar- » tiste à qui on le doit, a donné aux figures d'un mage, de son caudataire, et même de » l'Enfant-Jésus, la ressemblance de plusieurs Doullennais qu'on lui avait indiqués pour » modèles. » Ce tableau a pour accompagnement quatre médaillons représentant les quatre évangélistes, placés aux quatre coins du sanctuaire, enchâssés dans les boiseries, et d'un effet qui dénote un peintre peu habile. Enlevé pendant les jours néfastes de la révolution, il a été néanmoins conservé. 11 n'en fut pas de même des élégantes clôtures en bois qui séparaient le chœur de la nef et des chapelles latérales : elles ont été vendues et brûlées. L'autel en marbre gris avec rétable en bois n'offre rien de remarquable.

Contre les murs des bas-côtés on voit quelques tableaux : l'un, dû au pinceau de Paolo- Bréa, représentant le Couronnement de la sainte Vierge a, dit-on, certain mérite ; un autre, la Décollation de saint Jean-Baptiste, provoque le sourire plus que l'admiration, et décèle l'ignorance de l'artiste qui le peignit ; un des satellites d'Hérode porte des lunettes; ce n'est qu'un anachronisme de douze siècles. Un troisième représente saint Louis prêt à partir pour la croisade. Le reste est ordinaire.

Dans les chapelles latérales, le regard s'arrête un instant sur les statues de la Vierge et de Saint-Nicolas, placées au milieu d'un rétable quadrillé, non sur un socle ou cul-de-lampe, mais sur des colonnes courtes et mal peintes, rappelant saint Siméon-Stylite. La chapelle de la Vierge, dans le transsept gauche, autrefois sous l'invocation de Saint-Roch, puis de Saint- Adrien, fut enfin placée sous celle de l'Immaculée-Conception, le 2 février 1791. Elle est ornée de boiseries en chêne de Hainaut, assez bien sculptées. La statue de la mère

(1) Ces détails sont empruutés à M. Dusevel, ainsi que la plupart des citations que nous nous permettons.

de Dieu, d'une bonne exécution, est accompagnée de celles de Sainte-Catherine, patronne des jeunes filles, et de Sainte-Anne, patronne des menuisiers. La chapelle de Saint-Nicolas est en tout semblable à celle de la Sainte-Vierge (l) ; c'est la même disposition, c'est surtout le même badigeon grossier et de mauvais goût. 11 est vraiment regrettable que cette église n'ait pas reçu une décoration mieux entendue. L'intérieur, sans être grandiose, plaît tout d'abord ; mais il y faudrait plus d'art et moins de peintures.

€ Des vitraux peints, sur lesquels était représentée la légende* de Saint-Martin, répan- » daient autrefois dans ce temple de Dieu un jour douteux, qui invitait à la prière et au » recueillement. Une partie de ces vitraux était due à Martin de Camnon, verrier habile de » Doullens, qui vivait au xvi* siècle. » Cette perte n'a été compensée par rien de récent, pas même par le jeu d'orgues, quoique assez beau et bien posé sur des colonnes ioniques à l'entrée de la nef. On croit que c'est une dépouille de l'église Saint-Gilles d'Abbeville. Malheureusement, c'est dans la sacristie toujours fermée de la chapelle de Saint-Nicolas que se trouve l'objet le plus digne de fixer l'attention : « Sous une niche voûtée avec élé- * gance,on distingue un magnifique groupe en pierre, représentant le Christ mis au tom- » beau. C'est un des plus curieux sépulcres du département de la Somme. Les figures ont *> beaucoup d'expression et de naïveté, mais elles manquent de proportion. On distingue » surtout la Vierge, saint Jean, Joseph d'Arimathie, sainte Marie-Madeleine et quelques » autres personnages bibliques qui environnent d'ordinaire le tombeau du Christ. Autour *> de l'archivolte, et dans de petites niches, se trouvent des anges tenant les instruments » de la passion. Le soubassement offre trois bas-reliefs assez curieux, qui représentent » Jésus-Christ apparaissant à la Madeleine, les disciples d'Emmaûs, et l'incrédulité de » saint Thomas. On y lit cette inscription en lettres gothiques sur un cartouche :

Ce présent sépulcre a été faict des biens Jehan Boulier et de Nicolas Roussel. 1585 (î).

Pas un souvenir de confrérie de renom n'a été conservé dans l'église Saint-Martin. Aucun tombeau n'apparaît, aucune date ne s'y fait lire pour rappeler la mémoire soit d'un événement, soit d'un personnage remarquable. Seulement, a contre le mur du bas-côté

* gauche, on voit une pierre sépulcrale ornée de quelques attributs funèbres. C'est celle

* de Louis Brisse, conseiller et procureur du roi au siège de l'élection, ancien maire de

* Doullens, et de Madeleine Sagnier, sa femme. La date de leur mort n'est pas indiquée » sur celte tombe qui parait remonter au xvii- siècle (3). »

Cette église Saint-Martin hérita sans doute des fondations qui avaient été faites à sa devancière. Les deux plus anciennes connues furent celles de la Chapelle Taupin et de la Chapelle du blanc Pommier, la première dédiée à Sl.-Mathieu et la seconde à S\-Jean, avec

(1) On voit dans le mur de ce transsept des traces de des monuments historiques),

style roman : par exemple, un bout de corniche à (t) M. Dusevel. Cet auteur a écrit 1583.

dents de scie. (Observation de M. Goxe, inspecteur (8) Ibid.

charge de six messes basses par semaine. Nous ignorons la date de ces fondations ; mais les noms de maître Jean Blanc Pommier et de roaitre Taupin, relatés dans une charte de 1312, nous autorisent à leur donner une origine reculée. Jean Taupin était curé de Notre-Dame de Doullens, en 1240. Une autre fondation était connue sous le nom de Chapelle St.-Michel, à cause de son auteur, maître Michel Dubus, et avait charge de deux messes basses hebdomadaires. Plus tard, vers le commencement du xvu' siècle, Dom Antoine Fouache, ancien prieur de Saint-Sulpice, et Guy de Sainte-Maure, seigneur de Fougère, époux de Louise de Jussac d'Àmbleville, firent de nouvelles fondations qui ont disparu avec tant d'autres dans la tourmente révolutionnaire (1).

L'abbé d'Anchin, qui était, à raison du prieuré de Saint-Sulpice, curé primitif de Doullens, avait le patronage et les dîmes de ses trois églises, avec la collation de leurs chapelles. Par des arrangements postérieurs, l'abbé de Gorbie lui succéda, en 1562, dans tous ses droits utiles et honorifiques. En conséquence, le curé de Saint-Martin n'était, comme ceux des autres paroisses, qu'un vicaire perpétuel à la portion congrue. Aussi sa cure s'appelaitelle vicairie. Voici ce que contient sur cette paroisse un pouillé ou registre de visites épiscopales, qui remonte à 1690 environ.

Saint-Martin.

« Patron : l'abbé de Corbie, à cause du prieuré de Saint-Sulpice.

» Seigneur : la Paroisse.

» Décimateur : l'abbé ou prieur.

» Revenu : 500 livres (2) ; portion congrue (300 livres), fondations et casuel.

» Communiants : 500, avec la moitié de la citadelle et les annexes.

» Revenu de la fabrique : 1,000 livres, mal administrées. Il y a une cloche qu'on ne » sonne pas, de peur d'ébranler le clocher. Le curé logé à ses dépens.

» Curé : Jean Bucquet ; 1 prêtre, plus 1 qui dessert la citadelle.

v Sur la paroisse : l'Hôtel-Dieu (il était encore près du pont d'Authie.)

» Une chapelle dans la citadelle.

» Il y a la chapelle de Saint-Jean du Blanc-Pommier, à la collation du prieur de Saint- » Sulpice. L'évèque y a conféré de plein droit, depuis quelque temps. Le revenu : 12 livres, » chargé de 6 messes basses (3).

» Il y a aussi une chapelle de Saint-Michel du Bus. Patron : le prieur. Revenu : 240 liv. » chargé de 2 messes basses par semaine, qu'on n'acquitte pas (4). Le titulaire est le » sieur Aveneau, chapelain de Notre-Dame d'Amiens. »

(I) Par une exception assez singulière , l'église (3) En 1726, revenu : 18 liv. 16 s. 6 d. — Titulaire :

Saint-Martin perçât pendant un certain temps, les Jean-Baptiste Maréchal,

droits de maîtrise de la corporation des brasseur*. (4) En 17f6> le titulaire dc cette ^^^ S«.Miche4-

(Dusevel.) de-Bus était Charles (ïay, à qui elle produisait un re-

{V En 1726, chiffre officiel et exact : 549 liv. 10 s. venu de 800 livre8 gur 6g jouraaax de terre à In

— Charges à déduire : 28 liv. 18 s. 10 d. — Curé, Voue-des-Prés. François Pruvot.

Plus tard, les revenus atteignirent un chiffre plus élevé. Us étaient pris sur deux maisons et environ cent journaux de terre. La corporation des charpentiers, charrons et taillandiers, la dota aussi d'une rente de 8 livres 10 s., par contrat du 26 mai 1712.

La paroisse Saint-Martin comprit dans son étendue Grouche, situé sur la rivière de ce nom. Aujourd'hui, seule paroisse de la ville, elle n'a plus que quelques annexes sans églises. En vain on Ta replacée sous le vocable de Notre-Dame, et la fête patronale en a été fixée au jour de l'Assomption de la Sainte-Vierge, on ne parvient pas à lui faire perdre sa première dénomination d'église Saint-Martin. C'est la révolution qui, tout en la conservant, lui a valu ce changement de nom. Nous avons dit ailleurs que les patriotes doullennaisy tenaient leurs réunions et y célébraient les fêtes de la patrie ; c'est aussi du haut de la chaire, convertie en tribune démagogique, qu'ils distribuaient au peuple les enseignements de l'impiété et du blasphème. Derrière le tableau du maitre autel se trouve encore une inscription qui rappelle la fête de l'Etre-Suprèmc. Mais déjà cette maison de Dieu avait été bien dénudée. a Ce fut, en effet, à cette époque fatale qu'un grand nombre de groupes et de bas- » reliefs en pierre, en bois et en albâtre disparurent de son enceinte, sous la main dévas- » trice des menuisiers chargés de détruire tous les vains hochets du fanatisme qu'elle pou- » vait renfermer encore. Peu s'en était fallu que dans leur stupide aveuglement, les » nouveaux iconoclastes, qui faisaient brutalement briser les images des saints et les croix, » n'eussent abattu ce temple, pour en vendre les matériaux au profil de la République. » On dut sa conservation à quelques vrais patriotes, et surtout à l'agent national de la » commune de Doullcns, M. Dusevel qui, en l'an III, proposa d'en faire une halle, afin de » la sauver. La proposition de ce fonctionnaire ayant été goûtée, il fut sursis à la démoli- » tion, et c'est ainsi que la ville de Doullcns possède encore un monument précieux sous » le double rapport de l'histoire et de l'art (1). »

Le doyenné de Doullens était anciennement fort étendu ; il comprenait environ vingt-six paroisses et une dizaine de chapelles. Sa circonscription s'allongeait dans le canton d'Acheux, jusqu'à Rubempré, et embrassait même Pierregot ; elle avait aussi fait des emprunts sur le Pas-de-Calais, jusqu'à Thièvres. Aujourd'hui, le doyenné est réduit aux mêmes proportions que le canton, et ne compte plus que douze paroisses. La paroisse de Doullens n'est pas même aussi étendue que la commune, qui franchit les limites paroissiales d'Authieule, de Grouche et de Neuvillette.

(i) M. DueeveL — C*est à cet auteur, nous le répé- tails qui composent cette section de chapitre. A cha-

tons, qu'ont été empruntés en grande partie les dé- cun son bien.

§. il.

Eglise Notre-Dame. (Supprimée.)

Son origine. — Sa consécration. —(Ses fondations. — Elle est incendiée en 1522 et soutient un siège en 1595. —

Détails donnés par un ancien pouillé. — Ses tours. — Ses cloches.

L'origine de l'église Notre-Dame remonte au xu* siècle» et nous avons en sa faveur une date assez précise. Le pape Alexandre III étant en France pour y trouver un asile pendant trois ans contre les persécutions de l'empereur Frédéric Barberousse (i), saint Thomas Becket (2), archevêque de Cantorbery, y vint lui-même chercher un refuge dans les dangers dont l'entourait la haine de Henri II, roi d'Angleterre. Ce fut à la fin de son exil, lors de son retour en Angleterre, qu'en 1170, il passa par Doullens et y fit la dédicace de l'église Notre-Dame, dont on venait d'achever la construction. La verrière du chœur, du cAté de l'Evangile, contenait une légende qui rappelait ce souvenir (3).

Un siècle après (octobre 1269), cette église devenait, de la part de maître Jean Taupin, son curé, l'objet de la fondation d'une chapelle à bénéfice, et donnait lieu à une transaction avec l'abbé d'Anchin, qui en était le patron décimateur, dans la personne du prieur de Saint-Sulpice. Pour assurer le paiement des douze livres parisis, montant du revenu annuel de sa fondation, maitre Taupin concéda plusieurs dimes qui lui appartenaient, entre autres celle du fief de Tangreville situé entre Doullens et Belval, plus des redevances sur des maisons près la porte de Lucheu, id. rue de Guy Kréroul, id. rue des Ogreng, id. au vieux marché; id. rue de Beauquesne en VAtre Saint-Michel (4).

Plusieurs autres chapelles rappelaient les noms de leurs fondateurs : La chapelle de Saint* Jacques dite de Jacques Ducrocq ou Ducroquet, fondée pour la messe matineuse de M. Saint-

(1) C'est alors que le persécuté écrivit au persécuteur ces belles paroles qui n'ont rien perdu de leur vérité :

NUerù incauum navem tubmcrgere Pétri; Fluctuât, at nunquam mergitur Ma naviê.

(S) On sait que Thomas Becket, archevêque de Cantorbery, dont l'église honore la sainteté par un culte public, tirait son origine du Vimeu où sa famille, Tune des plus anciennes de la contrée, possédait la terre du Plouy qui passa, sous le règne de Charles VIII, dans la maison d'Acheux ; —que le saint prélat, obligé de s'eufuir d'Angleterre, à la suite de sa noble et vigoureuse résistance aux prétentions de

Henri II contre diverses prérogatives du clergé, vint d'abord chercher un asile à Abbe ville, et qu'il se retira ensuite dans l'abbaye de Dammartin où Ton conservait comme de véritables reliques les vêtements pontificaux dont il était couvert, lorsqu'il fut massacré au pied des autels (1170) par quelques gentilshommes plus jaloux de faire la cour à leur maître que d'épargner un crime à leur conscience.

(Note de M. Courbet-Poulard, cTAbbeville,)

(8) Un autre souvenir de ces temps anciens, c'est le nom du doyen de cette église qui, en 1208, s'appelait Vauthier. En 1*88, le doyen avait nom Robert, et en 1507, Pahen en était le curé.

(4j L'original est aux archives départementales.

Jacques; celle de Robert Cellarius, dont le chapelain percevait des cens sur plusieurs maisons de la ville ; celle de Notre-Dame dite Lenglarde et de Jacques Duglas. Antoine Fouache, ancien prieur de Saint-Sulpice, y fonda les heures canoniales, le 7 janvier 1629; Françoii-le-Caronf ancien maieur, la messe du Saint-Sacrement, tous les jeudis, le 9 avril 1634, et le nommé Fournely prêtre, une messe journalière, avec obligation d'instruire vingt-cinq pauvres.

Nous avons dit ailleurs que cette église fut victime de l'incendie qui consuma la ville, en 1522 ; incendie allumé par la main des Impériaux. Son orgue et ses cloches y furent fondus et ses archives brûlées. Toutefois, ses ruines ne tardèrent pas à être réparées. Trois nouvelles cloches habitèrent ses tours, et voici quelle était l'inscription qui se lisait sur la plus grosse : « Antoinette suis nommée par messire Antoine de Bayencourt, écuycr de Boucha- » vesne, gouverneur des ville et château de Doullens, en 1548, et Françoise de Mailly ; » Frédéric de Boffle, écuyer, et dame Françoise de Boffle, abbesse de Saint-Michel, et » Jeanne de Boslon, femme dudit de Boffle, et Firmin Petit, manglier de l'Eglise de Notre- » Dame en Doullens. »

En 1595, lors de la prise de la ville par les Espagnols, les malheureux habitants qui s'y étaient réfugiés soutinrent un siège contre la barbarie des vainqueurs ; et alors cette église eut encore particulièrement à souffrir. Après un mois employé à réparer les désastres, résèque d'Amiens donna des lettres de provision au nouveau doyen, et déclara qu'il entendait nommer, comme par le passé, non un titulaire, mais un vicaire perpétuel, sur la présentation et sous le patronage du prieur (1). Curant seu vicariam perpétuant ecclesiœ parochialis Beatm Mariœ Dullendii cujus vacatione occurente presentatio seu ejus patronatus ad Dominum priorem Bcati-Sulpilii spectat etpertinet (30 août 1595).

Nous donnons aussi les renseignements fournis par le pouillé de la fin du xvu° siècle :

Notre-Dame de Doullens.

« Patron : l'abbé de Corbie, à cause du prieuré de Saint-Sulpice.

» Seigneur : le Boi.

» Décimateur : le prieur.

d Bevenu : portion congrue et 350 livres de casuel et fondations.

» Communiants : 8 à 900. Dépendances : Grand-Milly, Haute-Visée, les faubourgs et » la moitié de la citadelle.

d Bevenu de la fabrique : 750 livres.

» Curé : Sulpice Hémery, de Doullens. 11 y a 2 prêtres en outre.

» Sur la paroisse il y a la maladrerie Saint-Ladre, dont le roi est le collateur, et dont » le titulaire est M. le chevalier de Morezan. Le revenu 200 livres (2).

(!) Arch. Départ, Invent, de Corbie. Àrm. 3, liasse tionnée ici, produisait, en 1716, 22 livres de revenu,

96 et suiv. avec charge de il livres.

(2) La chapelle Saint-Jacques, qui n'est pas men-

» Il y a aussi la confrérie de Saint-Nicolas qui entretient une chapelle dans le fauxbourg .; » revenu 120 livres. »

L'année 1717 amena une nouvelle ruine, celle du chœur qui s'écroula de fond «n comble. Quatre ans après, cette partie du temple réédifiée devenait l'objet d'une bénédiction solennelle (15 décembre 1721). Les cloches jetaient (fans les airs leurs joyeuses volées, mais la plus grosse fut cassée. Elle était, comme nous l'avons déjà dit, de Tannée 1548. Refondue peu de temps après, elle porta l'inscription suivante : « L'an 1724, j'ai été » bénite et j'ai été nommée Marie-Paule-Françoise, par très-haut et très-puissant seigneur » Paul-François, duc de Béthune et de Charot, pair de France, capitaine des gardes du *> corps du Roy, gouverneur des ville et citadelle de Doullens, représenté par messire )> François Picquet, chevalier, seigneur du Quesncl, lieutenant pour le roy, commandant » les ville et citadelle de Doullens, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis ; et par » très-haute et très-puissante dame Marie de Boufiers-Rémiencourt, abbesse de l'abbaye » royale de Saint-Michel de Doullens, par les soins de maitre Louis-Joseph Guérard, prôtre- » curé, et de M. Jacques-Sulpice Hcmery, conseiller du Roy, président au grenier à sel, » élu en l'élection, et marguillier en chef de l'église paroissiale de Notre-Dame, première » et principale de la ville de Doullens (1). »

La tradition rapporte que l'église Notre-Dame fut un monument digne de fixer l'attention des amateurs d'architecture ; et M. H. Dusevel se plait à nous redire que « ses tours » étaient très-élevées ; qu'elles se dressaient majestueusement dans les airs, et comman- » daient le recueillement et la méditation, par les pieuses images qui recouvraient leurs » faces. » Elles jouissaient d'un privilège d'une autre nature, qu'elles conservèrent longtemps, c'est-à-dire du droit d'asile ; et le criminel qui parvenait à s'y réfugier était protégé contre la vindicte des lois. Grâce aux démolisseurs révolutionnaires, il n'en reste plus aujourd'hui qu'une ruine sans importance et affectée à de profanes usages (2).

Eglise Saint-Pierre. (Supprimée.)

Son ancienneté. — Sa situation. — Elle est d'abord connue sons le nom d'église Saint-Sauveur, et est desseme par les religieux de Saint-Sulpice. — Ses fondations. — Détails donnés par un ancien pouillé. — Sa décoration intérieure. — Sa ruine. — Ancienne organisation ecclésiastique de Doullens. — Cimetière.

L'église Saint-Pierre, dont il ne reste plus aujourd'hui qu'une assez belle ruine, toujours debout pour perpétuer le souvenir 3u vandalisme révolutionnaire, paraît rattacher son

(1) Reg. aux actes de baptêmes, mariages et décès (S) Les pierres du portail sont entrées dans la

de la paroisse Notre-Dame de Doullens, pour l'année construction de Rouval.

origine comme paroisse, au un* siècle, vers l'année 1231. Elle était connue auparavant sous le vocable de Saint-Sauveur, et s'élevait hors de la ville fortifiée. Les termes dont se servent les titres qui s'y rapportent ne laissent aucun doute à cet égard : Ecclesia Sancti Salvatoris extra castrum Durlendi, juxta Dorlenz, juxta Durlendum, etc. Ce sont absolument les mêmes expressions que celles employées pour désigner la situation de l'église du prieuré.

De plus, si nous nous reportons à Tannée 1180, nous trouvons une charte de Jean de Ponthieu, contenant une donation en faveur des religieux de Saint-Sauveur de Do u liens, donation foncière qui fut immédiatement confirmée par l'abbé d'Ànchin et l'évèque d'Amiens : Cancessi Monachis sancti Salvatoris Dorlendi duos carrucatas in Viconiâ, loco qui dicitur Rozei, in perpetuum possidendas (Je concède à toujours aux religieux de Saint-Sauveur de Do rien s deux charrues de terre, sur le terroir de Vi cogne, au lieu dit Rosel) (1). Ces deux derniers noms, après sept siècles, sont restés les mêmes.

Mais ces religieux de Saint-Saiveur (2) n'étaient autres que ceux de Saintr-Sulpice, qu'une charte postérieure appelle chanoines, ajuste titre, puisqu'ils ont été gratifiés par l'évèque d'Amiens des prébendes de Saint-Martin, comme nous l'avons dit. La présence de ces religieux, et non d'un seul, à titre de vicaire perpétuel ; la dénomination de cette église sous le vocable de Saint-Sauvear, dénomination appliquée aux religieux qui la desservaient, la multiplicité des donations faites en sa faveur, feraient supposer qu'elle était dans des conditions exceptionnelles par rapport au prieuré, qu'elle servait plus particulièrement à l'usage des religieux, et que ce fut seulement par la cessation de ces conditions, et peutêtre après sa reconstruction, qu'elle devint église paroissiale, en changeant le vocable dé Saint-Sauveur en celui de Saint-Pierre.

Quoi qu'il en soit de ces suppositions, autorisées, il faut bien le reconnaître, par la teneur des titres de ce temps-là, il n'en est pas moins établi que l'église Saint-Sauveur fut de bonne heure, quoiqu'il soit impossible de préciser l'époque, différente de celle du prieuré et située comme elle, hors de la ville, extra Dultendium. Comme elle aussi, elle vit affluer vers son sanctuaire les offrandes des puissants et des riches. Ce fut d'abord et du temps même de sa construction, une dame de Bailleul (de BaillolioJ, dont le nom, comme le souvenir, fut perpétué par les vitraux coloriés du sanctuaire. Cette bienfaitrice avait même essayé d'attacher un chapitre à cette église. Puis ce fut Jean Mauclerc (3) qui lui octroya le quart des dîmes qu'il percevait sur Authieule : Malus clericus contulit in eleemosinam ecclesiœ sancti Salvatoris, prope Durlendum, quartam partem decimœ ad eum pertinentem quœ est in territmrio AlUsilvœ (1198). Hugues de Cainp-d'Avesne, seigneur de Beau val, et dont Jean de Mauclerc était l'homme-lige, confirma^uatre ans après, cette donation, à la charge de 20

(1) La Vicogne est un village du canton de Domart, d'Anchin : monachi sancti Salvatoris Aquicinensis. et le Rosel, un hameau voisin, où il n'y a que des (3) Cétait un descendant de Pierre de Dreux, dit fermes. Mauclerc, prince du sang royal de France. InœnL de

(2) On disait aussi les religieux de Saint-Sauveur Corbie, loc. cit.

sols de cens payables par ladite église (juillet 1202) : Eccîesia ipsa singulis mihi reddert tenetur XX solidos.

Celte même année, une charte de Thibaut, évèque d'Amiens, reconnut à l'église Saint- Sauveur de Doullens toutes les possessions dont les religieux d'Anchin avaient joui depuis un demi-siècle et plus; c'est-à-dire l'église Saint-Martin avec ses appartenances et ses prébendes ; toute la dime de Vicogne, située en partie sur Beauval et en partie sur le Rosel ; celles de Puchevillers, d'Hérissart, même des terres de la Vicogne que Philippe, comte de Flandre, avait recouvrées sur le seigneur de Beauval, et de plus les deux tiers des droits de altari sur l'église de Beauqucsne (1), etc. On entendait par droit de altari les oblations faites à l'occasion des offices, et particulièrement de la messe,

Hugues de Camp-d'Avesnc voulut être aussi le bienfaiteur de l'église Saint-Sauveur; il lui fit don du tiers de la dime de tout le territoire de Bellevisoulc et de toutes les terres sur lesquelles était assis son terrage au terroir de Beauval. Les dimes données étaient foncières, ordinaires et novales. Guillaume III, comte de Ponlhieu, confirma cette donation par lettres de 1202 (2).

Enfin, en 1206, Jean d'Authieule (Jean de Rosière) lui concéda à son tour les deux tiers de dime qu'il prélevait sur tout le territoire de Sery : Joannes Dominus de Altiola, ecclesiœ sancti salvaloris juxta Dorlenz... duos partes decimœquas se as se r ébat habere in loto territorio de Sery, resignavit (3). Sery était le nom d'un canton auprès de Terramesnil, où le prieuré de Saint-Sulpice avait de beaux biens.

L'inventaire de l'abbaye de Corbie, source où nous avons puisé nos renseignements jusqu'ici, cesse de mentionner l'église de Saint-Sauveur au xiu' siècle, et toutes les chartes qu'il rapporte n'ont plus pour objet que celle de Saint-Sulpice. Plus de titres qui nous parlent des monachi sancti salvatoris. Pourquoi ce silence ne serait-il pas pour nous l'indice de quelque modification survenue alors et qui fit succéder l'église Saint-Pierre à celle de Saint-Sauveur? Les dates elles-mêmes autorisent cette hypothèse. Si jusqu'au milieu du xii- siècle, l'église Saint-Martin avait été seule paroisse delà ville, c'est que, comme le dit M. Dusevel, Doullens n'était « encore qu'un fort château (4), à côté duquel s'étaient élevées » nombre de maisons qui avaient formé une bourgade ou une ville. » Mais voici venir la commune qui, par sa banlieue, rattache à elle une population suburbaine et étrangère. De là, pour l'exercice du culte, de nouveaux besoins, à raison surtout de la ruine de l'église Saint-Martin, et qui motivent de nouvelles paroisses. Saint-Pierre vient donc se greffer sur Saint-Sauveur ; le prieur en reste le seul titulaire, patron et décimateur ; un vicaire perpétuel y remplit les fonctions curiales ; et les religieux, rentrés au prieuré, y bénéficient des donations qui se détournent de Saint-Pierre pour affluer à Saint-Sulpice. Le curé de Saint-Pierre, en 1507, avait nom Pierre Jolay, et le titre de doyen de Doullens. C'est ainsi

(1) Invent, de Corbie. Àrm. 8, liasse 96 et suiv. (1) Ibid.

(8) Ibid.

(4) Caste llum quoddam quod dicitur Dorlent (charte de 1080).

qu'il s'est qualifié lui-même, en signant les coutumes du prieuré de Bagneux, et celles de Doullens.

Le 23 juillet de l'année 1613, un incendie terrible plongea la ville dans la consternation et la stupeur : soixante-douze maisons devinrent la proie des flammes; et l'église Saint- Pierre eut considérablement à souffrir.

Parmi les anciennes fondations aumônées à cette église, le P. Daire cite la chapelle dite

des messes mâlineuses, au xv* siècle ; celle de Saint-Matthieu-de-Neuville et celle de Saint-

Thomas-le-Sage qui, dans l'origine furent sans doute des bénéfices. Un vieux pouillé y

mentionne aussi la chapelle de Saint-Michel. Le registre de visites épiscopales dont nous

a*vons parlé, et qui date de la fin du xvue siècle, nous donne les détails suivants : (4)

Saim-Pierre.

« Patron : l'abbé de Corbie, à cause du prieuré de Saint-Sulpice.

» Seigneur : le Roy.

» Décimateur: le prieur.

» Revenu : 550 livres (2) en portion congrue, casuel et fondations.

» Communiants : 600.

» Dépendances : Pctit-Milly, Beaurcpaire, Bout-des-Près, Saint-Sulpice, Routequeue.

» Revenu de la fabrique : envion 500 livres. Le clocher menace ruine.

» Curé : Jean Marcourt de Doullens, 1 prêtre en outre.

» Sur la paroisse, le prieuré de Saint-Sulpice, uni à la manse abbatiale de Corbie, ** 4,000 livres. »

L'église Saint-Pierre était belle jusqu'à être une cathédrale en miniature; mais ce ne fVit pas un mérite pour les vandales de 1793 : on la vendit. 11 se trouva des spéculateurs cjui n'eurent pas honte d'en faire leur propriété ; et puis, elle fut mutilée. Le chœur a Complètement disparu ; toutefois, au dehors, dans le haut de la nef principale, on admire encore une galerie ogivale soutenue par de légères colonneltes d'un effet gracieux; et à l*intérieur, les jolis piliers qui séparent les bas-côtés accouplés dans le sens de la largeur ^t non de la longueur de l'édifice, avec leurs moulures, leurs volutes aux angles et leurs feuilles à trois lobes ; mais les vitraux coloriés, couverts d'images de saints et de phylactères aux pieuses sentences, n'ont pas trouvé grâce. Aujourd'hui, cette église sert de grange ; et, malgré ses nombreuses mutilations, malgré ses profanations et ses souillures, oe n'est pas sans un sentiment d'amer regret qu'on pénètre dans son intérieur désolé ; Qt en présence de ces belles colonnes d'une seule pierre soutenant des arcs-ogives géminés, de cette architecture qui plaît plus qu'elle n'étonne, on se retourne avec indignation vers les démolisseurs pour leur demander compte de tant de beautés détruites,

(1) En Tannée 1738, Mgr de la Motte, évoque rie de la croix en r église Saint-Pierre.

<f Amiens, donna une mission à Doullens, qui eut (9) En 1746, chiffre exact: 564 1. 10 s. — Curé:

pour exercice de clôture rétablissement d'une contre- Ghafar.

et protester, au nojn de l'art comme de la religion, contre ces ruines forcées de se prêter à la profanation (1).

Telle était donc l'organisation ecclésiastique de Doullens. Une seule église d'abord, Saint- Martin, paroissiale et collégiale ; puis deux autres, Notre-Dame et Saint-Pierre. Après sept siècles d'intervalle, la ville est retombée dans ses conditions premières : Saint-Martin seule lui reste.

Malgré ses trois paroisses, nqus l'avons dit, Doullens n'avait qu'up seul cur£ primitif, le prieur de Saint-Sulpice, qui présentait à la nomination de l'évèque les prêtres quj, spfip le nom de vicaires perpétuels, devaient administrer les paroisses, ainsi que tous ceux qui étaient pourvus d'un bénéfice quelconque dans l'une ou l'autre de ces églises. Gomme grosdécimateur , il payait à chaque curé-vicaire une pension qu'on appelait alors portion congrue, laquelle, avec les droits casuelset les fondations, composait tous les émoluments de leur cure. Ces cures-vicairies étaient tenues à une messe journalière, à l'intention, sans doute, des comtes de Ponthieu leurs bienfaiteurs qui, entre autres libéralités, leur donnèrent cinq muids de sel à prendre sur la vicomte de Rue. Elles avaient aussi à percevoir sur le moulin de Menchon quatre setiers de blé, deux pains et deux deniers parisis, donnés le 6 décembre 1230, par Jean de Rosières, à la charge d'un anniversaire. Les trois vicaires perpétuels eurent longtemps un même logement au coin de la rue du pont à l'avoine. On l'appelait le presbytère des prêtres communs. 11 fut brûlé en 1636. Le prieur, en sa qualité de curé primitif, conservait toujours « lç droit de prendre, le jour de la Fête-Dieu, le Saint- » Sacrement à l'église Notre-Dame et de le porter proçcssionnellement. » De plus., il pouvait chanter la messe en l'une des trois églises les jours de fêtes solennelles. En sa qualité de gros décimateur, il était tenu aux réparations du chœur et du c<mcel de chacune des trois églises; mais il y avait les honneurs de la préséance comme patron. Il assistait à la reddition des comptes de la fabrique, et se faisait payer son droit de présence.

S'il faut en croire une charte d'Evrard de Fouilloy, évèque d'Amiens, mentionnée par le Gallia Christiana, sous la date de 1220, Doullens aurait eu, à cette époque, une église dp Saint-Sépulcre. N'ayant trouvé ni dans les titres, ni dans la tradition aucune indication qui put appuyer cette donnée unique, nous nous contenterons de dire que la charte co#firr mqit une donation : Ecclesiœ sancti sepulcri de Dulenco; et il est d'autant plus certain qu'il s'agit ici de Doullens que, dans une autre charte du mois de septembre 1222, le même évèque dit, des religieux de Saint-Sulpice : Frairibus de Dulenco, (2).

Enfin nous rappellerons que chacune des trois églises de Doullens. avait son cimetière contigu à l'édifice. Mais depuis 1793 ty ville q'a plu? qu'un seul cimetière, comme aussi une seule église et une seule paroissç.

(t) On voit encore à r extérieur de cette église, un Doullens ^décédé Van 1567 \et celui cTElizabetk Barbier,

assez beau tombeau du xvi* siècle, avec la représen- Pan 1578.

tation des patrons des défunts. Eu voici l'-êpitaphe : (2) Nous verrions volontiers une faute d*orthogra-

Ci-devant gîtent le corpa (T Antoine Delansalle, nt à phe dans le mot êcpulcri, employé au lieu de sulpiiii.

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