BAUDOUIN FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES
RUE DE TAUGIRARO , W* 36.
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DES I^IBRAIRES-ÉDITEURS.
On aurait tort de voir la révolution française dans la déclaralion du déficit ^ dans* la convocation des états-généraux, ou dans le doublement du tiers : ces différentes circonstances en ont été ou Toccasion ou le moyen; piais elle avait des causes plus puissantes, quoique plus éloignées. Les grands changemens survenus dans les États sont presque toujours produits par TafTaiblissement des anciennes institutions, par loubli des principes d'ordre, deconomie , de modération , de justice , auxquels ils ont du leur grandeur; par les besoins nouveaux d'une civilisation plus éclairée; mais surtout par l'altération des mœurs qui se corrompent, et qui font sentir à la société un état de malaise dont la violence d'une crise politique l'aide à sortir. Quand le mal éclate^ il n'est déjà plus temps de l'arrêter. Sous le règne imprévoyant de Louis XV, il était aisé de prédire le règne malheureux de son petitfils.
M. le baron de Besenval qui avait passé la plus grande partie de sa vie à la cour du premier de ces
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prinœs^ a judicieusement observe la tendance des esprits et des choses. II a peint l'indiscipline dans Tarmée, Tintrigue à la cour, des désordres nombreux dans la distribution de la justice, l'esprit d'insubordination dans les parlemens, l'impéritie de l'administration, et l'avilissement d'un trône dont la débauche souillait les degrés. Fallait-il s'étonner que la corruption s'étendit à la plupart de ceux que leur naissance ou leur rang en approchait? A la galanterie majestueuse et polie des courtisans de Louis XIV, aux débauches effrénées et grossières des roués du régent , avaient succédé une corruption de principes et, si l'on peut dire, une ostentation d'immoralité, qui caractérisent particulièrement l'époque dont nous parlons. La licence des mœurs était plutôt un sujet de vanité que de scandale dans les hautes classes de la société, et le baron de Besenval , révélateur indiscret des intrigi;es du temps, a trop bien peint ces désordres, pour ne pas donner lieu de croire qu'il les avait partagés quelquefois.
Le baron a poussé loin la franchise de ses aveux et la liberté de ses pinceaux. L*on concevra facilement par quels motifs les éditeurs n'ont pas cru devoir joindre des notes à cette partie fort piquante de ses Mémoires. Ce n'est pas que les matériaux manquassent pour y faire d'assez bons commentaires; mais il ne convenait point d augmenter le scandale des révélations , aux risques d'en partager le blâme. Le tableau que trace l'écrivain dans ce
premier n^olvaiie^ est cei«i de& ûirco&Btances qui ont coocoum à. la Tev^olution^et Tion le récit des érénemeos quelle embrasse; et c'est sur plusieurs de ces éTénemciM», rapportes dans -le second voliime.9 i|ae les éditeurs se réservent de publier des notas eit des éclaircissemens importans.
Ces Mémoires ayaot vu le jour pour la pre« mière fois , d'une manière en quelque façon subreptîce y les matériaux qui les composent avaient été classés confusément et publiés presque sans correction. Ce recueil les présente aujourd'hui classés dans un meilleur ordre. Nul homme de lettres ne pouvait entreprendre ce travail avec plus de succès, que celui qui a bien voulu consentir à tracer la Notice qui précède les Mémoires du baron. 11 était son ami ; il a vécu quiuze ans dans son intimité y au milieu du cercle d'hommes aimables y d'écrivains instruits et spirituels qu'avaient rassemblés près dé lui son goût pour les lettres et sa bienveillance pour les talens.
Nos lecteurs nous sauront gré d'avoir déterkniné Fauteur de la Notice à prendre la plume pour esquisser des scènes dont il fut le témoin ; pour rassembler des souvenirs intéressans dont sa mémoire seule a conservé des traces. Nous irons toujours au-devant de ce qui peut ajouter du prix à la collection que nous avons entreprise : le nom des écrivains qui veulent bien lui donner des soins, le choix des matériaux qui la compQsent doivent ajouter au succès qu elle obtient. Nou9^>possédoQ$ plu-
lY AVERTISSEMENT DES LIBRAIRES-ÉDITEURS.
sieurs Mémoires manuscrits; ils seront publiés avec le même soin. Mais absolument étrangers à toute publication qui ne porterait point notre nom y nous n'imprimerons jamais de Mémoires.
inédits sur la rés^ohuion française y qu'ils ne soient dignes de justifier leur titre y de satisfaire la curi<^ site I et de fixer l'attention du public.