‹ Mémoires du baron de BesenvalChapitre 2 sur 34 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

SCJR LA VIE

JLe baron de Besenval fut un de ces hommes à qui tout réussit. Il écrivait à madame de jRoU, en 1^87...... ce Ne

» me sachez pas gré de mon bonheur. Le hasard seul » en fait les frais et m'a toujours bien servi. Moi, je ne » m'en suis pas mêlé , si ce n'est par un certain tour » d^esprit qui me montre les choses du bon côté , quand V il me serait permis de les regarder autrement...... »

Il avoue, dans la même. lettre, que sa prospérité, qui ne s'est jamais démentie , l'a conduit à reconnaître une sorte de fatalisme. H s'efforce même de donner quelque poids à cette idée superstitieuse qui ne déplaît pas à la vanité.

Pierre- Victor ^ baron de Besenval , naquit à Soleure, d'une famille patricienne , originaire de Savoie. La comtesse Bielïnskay sa mère, était polonaise , et tenait aux Leczinski, par une étroite parenté. Son père, ministre de France en Saxe, depuis 1707 , s'y trouvait encore au milieu de l'année 1715, quand Charles XII , de revers en revers et de folies en folies , se voyait à la veille d'être accablé par les Prussiens , les Danois et les Russes. La France résolut d'agir , en qualité de médiatrice , entre

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ce prince et ses ennemis ; et le maréchal d^Uxelles , président du conseil des affaires étrangère», chargea le baron de Besenval de se rendre auprès du roi de Suède , pour lui proposer cette intervention.

A la fin de juin 1720, c'est-à-dire au moment de la chute du système , et lorsque Paris , désenchanté par Tine banqueroute insolente, menaçait, à grands cris ^ d'arracher Law du Palais-Royal si le régent ne le chassait pas , le baron de Besenval eut ordre d'envoyer une compagnie de gardes - suisses protéger l'asile de cet Ecossais : et, par une singularité qui peut être remarquée, ce fut le baron de Besenval , son fils , qui , dans la journée du 12 juillet 17B9, à la tète de la même troilpe, eut i <M)ntenir le peuple delà capitale , qui demandait le rappel de M. Necker.

Au reste , on ne compare ici que les époques.

Pierre - Victor entra fort jeune et presque enfent au régiment des gardes. Son père était colonel de ce corps. Au printemps de i ySy , la guerre se ralluma ; toute l'Europe était en 'armes d^ Quelle en était la cause? Le traité de Versailles , entre la France et l'Empire. On sait que ce traité, signé le i''mai i^Sô, était, en grande partie * l'œuvre de la marquise de Pompadour. Cette dame , qui commençait à se défier du pouvoir de ses charmes , cherchait à remplacer le crédit d'une maltresse usée , par une certaine consistance politique. Ajoutons que l'impératrice-reine avait écrit à la favorite avec moins de dignité que de politesse (1) , et que la marquise, fière d'être re-

(i) Marie-Thërèse, dans cette lettre étrange, appelait madame de Pompadour, ma cousine, H était tont simple que le prince de Kaunitz n'eût pas ((ié'fr|if|>é de* cette ideoBsrenaaee j elle le menait à aon bot.

St7R LE BARON D^ RESENViL. Vit

cherchée « se dévouait par reconnaissance aux intérêts de cette souveraine. Madame de Pompadour protégeait Ma* rie-Thérèse.

Le baron de Besenval fit la campagne de i ^67 , comme aide-de-camp de M. le duc d^Orléans(i). Il s^ <fistingua par une valeur portée souvent jusqu'à Timprudence , et surtout par on enjouement continuel au fort du péril ; enjouement qui n'est pas toujours très-sincère y mais qui charme le soldat français.

Le compte que rend le baron de Besenval , de Taflaire iLHastembech où nous battîmes le duc de Cumberland , met le lectenr à portée de juger si le maréchal d'Estrées manqua d'audace, ou Maillebois de loyauté. Cette der<nière opinion fut celle qui prévalut & la cour , parce cpi'à la cour tout parait probable. Quoi qu^il en soit, le vain-» qiieur d^ffastembeck fut disgracié , comme s'il eût avili nos armes. Il est vrai que M. deSoubise, couvert de la honte de Rosback, reçut le bâton de maréchal de France» Toute cette conduite était conséquente. On donna le doc de Richelieu pour successeur au maréchal d'Estrées ^ et tel' était l'accord qui régnait dans les opérations du" Gouvernement , que ce changement s'effectua sans que le ministre de la guerre en eut connaissance. Etait-il possible de mieux servir un ennemi qui n'avait pas besoin de notre secours pour nous vaincre ?

Le duc de Broglie , nommé maréchal de France , ouvrit la campagne de 1760 par la défaite de 3o,ooa Hanovriens. Il importait au prince Ferdinand de réparer promptement cet échec. Il donne 1 8,000 hommes au prince héréditaire de Brunswick , avec ordre de se porter

(0 Pèro de Philippe Égalité,

AMIl NOTICE

sur le Bas-Rhin , €l d'assiéger Wesel. Ce projet nous était funeste , s'il n'eût été prévenu. Le maréchal envoya le marquis de Castries au secours de la place. Ce choix, fait peut-être en courtisan (puisque M. de Castries était neveu du maréchal de Belle-Isle ) , se trouva le meilleur qu'on eût pu faire. M. de Castries , officier plein de ressources , estimé des officiers , aimé du soldat , emporta Rhinberg , battit le prince héréditaire à Clostercamp, et sauva Wesel. Lebaron.de Besenval, qui commandait une portion de la petite armée du marquis de Castries, se conduisit, au combat <)e Clostercamp, avec autant d'intelligence que de vigueur et de résolution.

En 1761 , on forma deux armées , dont l'une devait opérer en Hesse ^ ^et l'autre en Westphalie. Le maréchal de Broglie comnia^dait la' première ^ la seconde était sous les ordres du maréchal de Soubise. Le baron de Besenval servait datis la dernière à la tête du régiment des gardes-suisses. Un conseil irréfléchi provoqua la réunion de deux corps que leur destination séparait. Le prince Ferdinand les battit à Fillings-Hausen , le 1 5 de juillet 1761-, et les deux chefs s'accusèrent mutuellement de leur défaite. Le maréchal de Broglie fut exilé dans ses terres , et vengé par l'opinion. La cour ménagea IVI. de Soubise ; mais le public ne l'épargna point. Les épigrâmmes et les vaudevilles abondèrent. On ne disait guère la vérité qu'en chansons.

La paix ramena M. de Besenval à Paris , et les rapports que sa place de lieutenant-colonel des gardessuisses établissait entre le duc de Choiseul et lui , le lièrent avec c^ ministre.

Quoique le temps , qui réduit les réputations à leur juste mesure, ait porté plus d'une atteinte à celle du

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