TOME I
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plusieurs fois jusqu'à la vivacité^ tant que dutaTeutretiea.
M. du Chàtelet sortit^ outré de voir jusqu'à quel point M. d'Aiguillon le compromettait, en le choisissant pour négociateur dans une affaire qu'il voyait bien qu'il tacherait de tourner tout au plus mal pour M. de Choiseul; ce qui ne manquerait pas de lui donner dans le monde le tort de sacrifier l'ami dans la disgrâce à l'ami tout-puissant; et ce qui le blessait d'autant plus, qu'indépendamment de son intérêt particulier, celui de M. de Ghoiseul l'affectait véritablement.
Dans cette perplexité, il courut chez madame du Barry avec laquelle il avait assez de liaisons, pour y avoir recours. Animé comme il l'était, il lui peignit avec chaleur l'énormité de l'injustice qu'on faisait à M. de Qioiseul^ la dureté et la mauvaise foi avec lesquelles on traitait vis-à-vis de lui; et retombant ensuite sur ce qui lui était personnel , il lui fit voir la fâcheuse situation dans laquelle M. d'Aiguillon le réduisait, et combien il abusait de l'amitié qui avait toujours été entre eux.
Madame du Barry lui répondit fort bien, et entra dans toutes ses raisons. Elle lui dit que, quoiqu'elle eut beaucoup à se plaindre de M. de Ghoiseul, elle ne 'devait être comptée pour rien; que M. de Ghoiseul avait attaqué en elle le goût du roi, et que c'étaient là ses véritables torts; que cela ne l'empêcherait pourtant pas de tacher de
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lui procurer le meilleur traitement possible, et qu'elle le lui promettait.
M. du Châtelet lui répliqua que, émue par la force des vérités qu'il lui avait alléguées, et par l'injustice qu'on voulait commettre^ elle abondait dans son sens; mais qu'il craignait que, lorsque M. d'Aiguillon viendrait lui tenir un langage contraire, elle ne changeât de façon de penser et n'oubliât ses promesses. Elle le rassura et lui dit qu'il pouvait compter sur sa parole.
Le lendemain M. du Châtelet, profitant des entrées qu'il a diez le roi , fut dans son cabinet attendre qu'il y vint pour se mettre au conseil^ et saisir cet instant pour lui donner la lettre de M. de Choiseul. Dès que le roi entra et l'aperçut, il vint à lui , et le prenant à l'écart , il lui dit : F^ous nas^ez qu^à vous adresser à M. d'Aiguillon pour tout ce qui regarde V affaire de M. de Choiseul ; âest lui que fai chargé de la terminer ; et, le quittant brusquement, il ne lui donna pas le temps de lui répliquer un seul mot, encore moins de lui remettre la lettre de M. de Choiseul.
M. du Châtelet, infiniment affligé de la tournure que prenait sa négociation, retourna chez M. d'Aiguillon qu'il trouva dans les mêmes dispositions, et monté sur le même ton. Il était de plus muni d'une lettre qui lui remettait l'affaire entre les mains, et dans laquelle il était assez durement exprimé qu'on ne voulait pas accorder
plus de 5o,ooo francs de pension, dont 5o,opo
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réversibles à madame de CLulseul^ et 200^000 francs d'argent comptant*
Ne pouvant obtenir autre chose, M. du .Chàtelet dépêcha un courrier à M« de Choiseul y par lequel il Tinforma fort au long de tout ce qu'on vient de détailler. 11 lui ajoutait que, vu les dis«< positions où il voyait les choses, il jugeait qu'on voulait le pousser pour le fâcher, dans l'espérance qu'il refuserait sa démission, et qu'alors on porterait le roi aux dernières rigueurs; qu'incessamment on le chargerait vraisemblablement de lui demander cette démission; qu'il se pressait de lui en donner avis, pour qu'il eût le' temps de faire ses réflexions; qu'il la conjurait die bien peser le parti auquel il se déterminerait; que*, jsi c'était celui de la résistance , il devait s attendre k tout; qu'au reste n'ayant pu parvenir à donner sa lettre au roi, il l'avait jetée au feu, préférant ce parti à celui de la remettre à M d'Aiguillon.
J'étais encore à Chanteloup , lorsque le courrier de M. du Chàtelet arriva; et je dois la jicstice à M. de Choiseul, qull n'hésita pas un instant. Il écrivit au roi une lettre très*-succincte , où il lui mandait que ce n'était que d'après ses ordres qu'il avait demandé des dédommagemeas de sa charge de colonel-général des Suisses; qu'ayant appris par M. du Chàtelet, qu'il avait chargé de remettre sa lettre à Sa Majesté , qu'elle n'avait pas voulu la recevoir, et qu'elle persistait à désirer sa démission , il lui remettait cette charge qu'il tenait uni-
^uement de ses bontés y s'en rapportant entièrement à elle pour les dédommagemens , si elle jugeait a propos de lui en accorder. Il joignit sa démission à cette lettre ^ et fit repartir le courrier sur-le-champ.
M. du Châtelet^ muni de cette démission^ se trouva fort soulagé de n avoir plus à craindre pour M. de Choiseul les persécutions qu'il aurait éprouvées^ s'il s'était déterminé à la résistance. L appréhension de M. du Chàtelet , ainsi que celle de plusieurs des amis de M. de Choiseul y n'était pas fondée dans cette occasion. Le parti de la démission pure et simple^ était le plus noble dans les circonstances où il se trouvait; on devait être bien sûr que ce serait celui auquel il donnerait la préférence.
J'ai oublié de dire que y dans la dernière entrevue entre M. du Chàtelet et M. d'Aiguillon ^ il y avait eu beaucoup d'aigreur de part et d'autre, M. du Chàtelet n'ayant pu se taire sur les griefs personnels qu'il avait de sa conduite vis-à-vis dç lui. Cependant il coupa court sur cet objet , eu lui disant que, dans cet instant, il n'était question que des intérêts de M. de Choiseul; que, quant à ce qui le regardait, c'était une autre affaire qu'il traiterait dans son temps. Fort en froid avec M. d'Aiguillon, et s'en méfiant comme de raison, il ne lui fit point part qu'il eut la démission de M. de Choiseul.
Cependant , désirant que le rai fût instruit qu'il
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eu était dépositaire, pour qu'il ne refusât pas, comme la première fois, de prendre la lettre dont il était chargé , ce qui l'aurait renvoyé à M. d'Aiguillon y il alla chez madame du Barry pour le lui dire , certain qu'elle le redirait au roi. 11 fut encore fort content de la conversation qu'il eut avec elle; il lui parla de même avec véhémence des intérêts de M. de Choiseul, et des plaintes qu'il avait à former contre M. d'Aiguillon; il alla jusqu'à attaquer son caractère, à remontrer à madame du Barry le tort qu'elle se faisait en suivant ses conseils qui la conduisaient à faire. des choses qui lui attiraient la haine , au lieu qu'elle serait aimée si elle ne se guidait que par ses propres mouvemens, l^adame du Barry lui répondit qu'on se trompait ; qu'il ne fallait pas croire que personne eut de l'autorité sur elle; que, quant à ce qui regardait M. de Choiseul, elle en avait parlé au roi; qu'elle espérait qu'on lui donnerait plus , c'està-^dire 60,000 francs de pension sur la charge, et 100 mille écus d'argent comptant. M. du Chàtelet ayant demandé si c'était seulement une espérance, ou bien une certitude, elle lui dit qu'elle croyait pouvoir l'en assurer.
Pour ne point interrompre le fil du discours, je n'ai p^s dit que M. du Chàtelet avait mandé à M. d0 Choiseul, par son premier courrier, qu'il croyait que ce serait M. le comte de Provence qu'il aurait pour successeur dans la charge de colonel-général des Suisses; que même quelqu'un
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de sa maison le lui avait dit en confidence. En effet , quand je revins à Paris , je trouvai public que M. le comte de Provence avait écrit une lettre au roi^ par laquelle il lui demandait d'être colonelge'aéral des Suisses. On savait aussi que M. d'Aiguillon avait été enfermé trois heures avec lui^ pour composer cette lettre ; ce qui donna lieu de croire que les ennemis de M. de Choiseul^ ne pouvant déterminer le roi à lui ôter sa charge^ avaient employé cette démarche pour l'y porter. La cabale avait eu d'autant moins de peine à y engager M. le comte de Provence ^ que ce prince était favorable au parti qu'on appelait vulgairement de madame du BarrjTj et que, quoique jeune encore 9 il calculait ses démarches avec art^ disons même avec un* peu d'artifice (i).
M. du Chàtelet , pour s'acquitter de sa nouvelle commission y fut^ comme là première fois^ attendre le roi dans son cabinet; et lorsqu^il parut ^ il lui présenta la lettre de M. de Choiseul^ en lui disant : w J'ai l'honnelir de remettre à S. M. quelque » chose qui^ je croîs ^ lui sera agréable^ puisque » c'est la démission de M. de Choiseul. » Le roi lui répondit : J^ous êtes bien vif, monsieur du Chdtelet; il répliqua : Sire y je le suis toujours, lorsqu'il s'agit de remplir mes devoirs.
Les ennemis de M. de Choiseul furent un peu
(i) n est probable que M. de Besenval n'avait point, sur ce fait , des renSeignemens bien exacts , et Ton voit , par ce passage même ^ que le zèle de son amitié Fëgare. ( Note des noui^, édit. )
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déconcertés de sa conduite. Lorsque madame de Marsan apprit qu'il avait envoyé sa démission pure et simple , elle s'écria avec transport : Il n'est donc pas possible de rendre cet homme-là malheureux ! Ce mot est de caractère.
Tout demeura suspendu y et comme dans Toubli , pendant quelques jours. M. du Chàtelet , en étant inquiet, écrivit à M. d'Aiguillon, pour lui demander où en était cette affaire. Il lui répondit, avec sécheresse et ironie : « Que vraisemblablement il le sa- » vait mieux que qui que ce fût , et que si lui- » même en voulait savoir des nouvelles , ce serait » à lui qu'il s'adresserait. » Voulant apparemment lui faire sentir que, puisqu'il la traitait directement vis-à-vis du roi et de madame du Barry , sans l'y admettre, il n'y prenait plus aucun intérêt.
M. du Chàtelet lui récrivit pour lui demander un rende?- vous, et n'en reçut point de réponse. Ce silence augmenta d'autant plus son inquiétude , que , précisément dans ce temps-là , il reçut par la poste une lettre de M. de Choiseul, dans laquelle il faisait le tableau de sa position, et celui de tout ce qu il avait à essuyer, après avoir servi l'État utilement et sans reproche pendant douze ans. Il ^ avait dans cette lettre des choses directes pour le roi, d'une grande force'. M. de Choiseul avait exprès choisi la poste, instruit de reste que tout ce qui allait par cette voie était remis par des copies, ou des extraits, sous les yeux de S. M. : et que c'était le moyen de lui faire connaître que , quoiqu'il se fût
conduit par des motifs nobles et modérés ^ cependant il sentait jusqu'à quel point il devait être ulcéré des traitemens qu'il éprouvait.
Cette démarche , qui aurait pu être utile vis-à-vis de tout autre y devenait infructueuse auprès du roi^ qui pouvait sentir combien il était injuste, n^ais qui n'écoutait que sa faiblesse pour les gens qui le gouvernaient, malgré les reproches intérieurs qu'il pouvait se faire. Cette démarche, dis- je , assez mal vue, et que vraisemblablement M. de Choiseul se permit pour satisfaire son indignation, pouvait avoir des suites fâcheuses, en indisposant le roi, et donnant matière aux ennemis de M. de Choiseul de détruire le bon effet que devait naturellement produire l'envoi de sa démission. M. du Châtelet, qui le sentait, craignit que ce ne fût la cause dix refroidissement qu'il voyait. Pour s'en éclaircir, il fut à Choisy, où était le roi, et débuta par se présenter à l'appartement de madame du Barry. Ou lui dit qu'il était impossible de la voir dans ce moment. Ayant insisté pour une autre heure, on lui répondit que cela ne se pouvait de toute la journée , ce qui le confirma dans l'opinion que tout était perdu.
Il descendit dans le salon , fort tourmenté ; et quand le roi et tout le monde y fut rassemblé , il s'approcha de madame du Barry, et lui dit quil avait désiré de la voir pour savoir où en était l'affaire de M. de Choiseul ; qu'il fallait pourtant que cela finit, et qu'il comptait toujours que ce serait de la manière dont elle le lui avait dit , la dernière
fois qu'il Favait vue . Madame du Barry lui répondît d'une façon vague , embarrassée , et pour le coup il crut que la chose était sans ressource.
Agité y niais examinant tout , il remarqua que madame du Barry prenait M. d'Aiguillon à part^ et par leurs gestes il jugea qulls avaient une conversation animée. Un moment après ^ madame du Barry le quittant brusquement, en se retournant, dît assez haut pour être entendue : Iljaut bien que cela soit comme cela. Elle s'approcha ensuite du roi qui était à la cheminée , et lui ayant parlé bas quelques instans , elle appela M. d'Aiguillon. Ils eurent tous les trois une conversation qui se termina assez promptement, et l'on entendit le roi leur dire , en les quittant pour se mettre au jeu : 60 mille francs de pension ^ et 100 mille écus d' argent comptant.
Peu de temps après , M. d'Aiguillon vînt à M. du Châtelet et lui dit : Le roi m'a chargé de vous dire y Monsieur y qu'il accordait à M. de Choiseid 60 mille francs de pension sur la charge de colonel- général des Suisses^ dont 5o mille resfersihles à madame de Choiseul , e^ 1 00 mille écus d'argent comptant. M. du Châtelet fut bien soulagé en apprenant cette nouvelle , à laquelle il ne s'attendait point du tout. 11 chercha et trouva l'occasion de remercier madame du Barry ; elle lui dit que , d'après la façon dont M. de Choiseul avait donné sa démission, le roi s'était déterminé, de lui-même, à lui accorder cette augmentation.
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Ce fut à la fin du mois de décembre 1771 , que cette affaire fut consommée ; et tout étant arrangé du côté de M. de Choiseul , on fut fort étonné , pendant plusieurs jours , de ne point voir nommer ^ . M. le comte de Provence , que tout le monde était convaincu devoir être son successeur. On ne savait que penser de ce que les partisans de ce prince^ et toute sa maison j niaient qu il eût écrit au roi pour demander la charge de colonel-général des Suisses^ et d'entendre dire aux créatures de M. d'Aiguillon y qu'il était contre la bonne politique de revêtir de cette charge un prince aussi près du troue. On sut bientôt que M. le dauphin^ excité par madame Adélaïde sa tante , avait fait une scène à M. le comte de Provence ; qu'il lui avait reproché en termes fort durs le tort de demander la place d'un autre. Il avait fini par lui dire qu'il pouvait prendre cette place ; mais qu'il y fit' ses réflexions , car il ne le lui pardonnerait jamais. Ce ton de décision et d'autorité consterna M. le comte de Provence j et encarl^plus les gens qui le conseillaient, et qui déterminèyent ce prince à dire au roi qu'il ne voulait plus être colonel-général des Suisses.
Le désistement tie M. le comte de Provence ouvrit la porte à plusieurs prétendans. Le maréchal de Soubise fut un des plus ardens^ et naturellemetit il y avait beau jeu : car anciennement le roi luj\ avait pronfiis cette charge que M. de Choiseul luiN^vait enlevée par le crédit de madame de Pompadoujçi. M^' Aiguillon , n'osant se mettre sur
les rangs y poussa en avant le maréchal de Hîcïie* lieu y soutenu par madame du Barry, dans lespe^ rance qu'à la mort du maréchal y qui ne pouvait être éloignée y cette place lui reviendrait» Pendant deux ou trois jours > il y eut une grande fermentation à la cour sur cet objet.
Enfin y sans que j'aie pu en savoir précisément le motif ^ qui cependant n'est autre^ je crois, que les sollicitations de madame Adélaïde, le roi envoya chercher M. le comte d'Artois, qui , peu accoutumé à être mandé hors pour quelques réprimandes, crut qu'il allait être bien grondé , et arriva tout tremblant dans le cabinet du roi. Il fut fort sur-> pris , quand S. M. lui dit qu elle le faisait colonelgénéral des Suisses. Sa frayeur avait été si grande, que dans le premier instant il ne témoigna pas la joie qu'il a montrée depuis , et qui est très-naturelle à un enfant de quinze ans qui voit des officiers et dés soldats sous ses ordres. Tout le monde fut ravi de ce choix , et de la petite disgrâce qu'essuyait M. le comte de Provence qu'on n'aimait pas.
M. le comte d'Artois étant encore trop jeune pour administrer par lui-même , il fut décidé que, jusqu a ce qu'il fût en âge , M. d'Affry , colonel des gardes -suisses , aurait tout le détail et le travail avec le roi ^ et que le comte d'Artois signerait simplement les ex>péditions*
M. du Châtfelet, ulcéré au dernier point contre M./ d'Aiguillon, mais qui ne s'était rien permis de personnel^ tant qu'avait duré la négociation de
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Taffaire de M. de Choîseul^ aussitôt quelle fut finie eut avec M. d'Aiguillon y dans son cabinet , une explication des plus vives : il lui reprocha la façon dont il lavait compromis y et toute sa conduite en général. Il affecta même de dire y en sor«taat , assez haut pour être entendu de tout ce qui était dans l'antichambre y que c'était pour la der-^ nière fois qu'il mettait les pieds chez lui. Ce trait couronna la façon dont M. dû Châtelet avait agi depuis le commencement de cette affaire y dans laquelle il ne s'est jamais démenti un instant y en montrant autant de noblesse et de fermeté y que d'intérêt empressé pour son ami malheureux et opprimé.
De tout cela , on peut conclure que l'étoile qui semble présider à la destinée de M. de Choiseul , ne s'est pas plus démentie dans cette occasion y que dans mille autres. Car ^ à quoi ont abouti toutes les menées de ses ennemis ? A lui faire ôter une charge dont il se souciait fort peu, et à lui en laisser le revenu. 60,000 livres de pension et loo mille écus à fonds perdus font bien 90,000 livres de rente : sa place ne les lui valait pas tout-à*fait. Un petit-fils du roi ne craint pas de demander sa charge , et , par un événement hors de toute vraisemblance, nonseulement il ne l'a pas , mais M. de Choiseul a la satisfaction de yoir qu'il est contraint de s'en désister, avec la mortification qui suit une petite manœuvre avortée . Cependant , pour qu'il ait l'agrément d'être remplacé par un petit-fils de France,
il s en trouve un autre auquel on donne sa charge , prince de la plus grande espérance y et successeur qu il ne sera point embarrassé de rencontrer^ si jamais il revient à la cour. M. d'Aiguillon y acieur principal de Tintrigue y n'en retire d'autre fruit que de voir augmenter la haine publique contre lui , et de perdre un ami de tous les temps ; tandis que M. de Choiseul voit dissiper les nuages qu'il avait sur le compte de ce même ami. Le cardinal de Mazarin, lorsqu'il s'agissait de charger quelqu'un d'une commission y s'informait moins de ses talens^ que s^il était heureux : il avait bien raison ; il y a des gens à qui tout tourne bien.
Une remarque assez singulière y c'est que le cardinal de Richelieu , arrière-grand-oncle de M. d'Aiguillon y persécuta M. de Bassompière y arrière-* grand-^hcle de M. de Choiseul y pour la charge de colonel-général des Suisses^ qu'il lui. fit ôter. Il est étrange que le même événement soit arrivé cent ans après^ entre les deux arrière-petits-neveot.
jinecdote sur le renvoi des Jésuites.
Ecrit en 1777,
Tout le monde a cru que c'élait le duc de Choiseul qui avait fait renvoyer les jésuites.jJe tiens de lui que ce fut à un voyage de Choisy qu'il entendit parler de cette affaire pour la première fois.
Le roi ayant reçu un paquet du chancelier de Lamoignon ^ qui contenait le premier arrêté que. le parlement ait fait contre cette société ^ démarche proposée et rédigée par TM. de Laverdi , alors conseiller de grand'chambre y et depuis contrôleurgénéral , ce prince le communiqua à M. de ChoiseixV^ et lui demanda ce qu'il en pensait. M. de Choiseul répondit qu'il serait assez difficile de dire sur-le-champ son opinion sur plusieurs objets que renfermait l'arrêté y qui tous demandaient beaucoup de réflexions ; mais que ce n'était pas là l'état de la question : qu'il fallait y avant tout y savoir s'il voulait conserver les jésuites y ou s'en défaire. Que si son intentiou était de les chasser, il n'y avait qu'à laisser faire le parlement ; que si y au contraire, il prétendait les garder, il fallait sur-lechamp casser l'arrêté du parlement , parce qu'alors l'affaire changerait de nature , la chose devenant une querelle particulière du souverain avec son
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parlement , querelle qui traînerait , mais où le souverain aurait gain de cause. Que, si on attendait, bientôt ce premier arrêté serait suivi d'autres qui engageraient tellement le compromis y qu'il ne serait plus possible de s'en tirer. Le roi adopta ce dernier avis , et répondit au chancelier que sou intention était quil cassât l'arrêté du parlement.
Il s'en fallait de beaucoup que les lumières du chancelier fussent aussi étendues que celles de M. de Choiseul. Au lieu de suivre l'ordre du roi, îl lui écrivit une nouvelle lettre , où il lui mandait qu'il n'était pas encore temps de prendre des partis violens. Il en arriva ce que M. de Choiseul avait prévu. A la première démarche contt*e les jésuites , le parlement en ajouta beaucoup d'autres , et l'affaire fut tellement engagée , qu'il fallut bien la suivre. Pendant cet intervalle , M. de Choiseul avait eu le temps de faire des réflexions qui le portèrent à être lui-même contre les jésuites; et de nouveau consulté par le roi , il lui dit qu'il fal* laît absolument se défaire de ces gens-là. Soit, lui répondit le roi en riant , je ne serai pasjâché de voir le père Desmarets en ahbé (i). Dans tous les traits de la vie de ce prince , on retrouve la même insouciance etf le même caractère indéfinissable.
(i) Le père Desmarets , j|ësuité , confesseur du roi.
Mort du roi Louis XV.
Ecrit en 1774»
Le roi se trouva mal le 28 avril 1774 5 ^^ petit Trianon ^ dans un de ce^ voyages de deux ou trois jours , dont il essayait sans cesse de remplir Finutilité de sa vie , pour chasser le désœuvrement et Fennui qui le suivaient partout. Madame du Barry^ craignant que la moindre inquiétude sur son état ne rappelât en lui cette terreur du diable ^ qui se réveillait au plus petit prétexte , et ne lui fît demander un confesseur , voulait le déterminer à rester à Trianon. Là ^ entourée de cette vile partie de courtisans qui s'était déclarée en sa faveur, elle n'avait rien à craindre de la famille royale j ni des intrigues qu'on aurait pu faire contre elle. Mais M. d'Aiguillon , trouvant cette conduite trop hasardée , l'engagea à ramener le roi à Versailles , où il revint, d'après l'avis de La Martinière, premier chirurgien de S. M. , qui opina pour ce retour, avec son honnêteté , sa franchise et sa brutalité ordinaires.
Tous les symptômes , et l'accablement surtout , ainsi que quelques faiblesses , firent juger aux médecins de la cour, de même qu'à Leroi et Bordeu , qu'on avait appelés de Paris, que ce serait une