‹ Mémoires du baron de BesenvalChapitre 28 sur 34 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

maladie i mais qui que ce soit ne se douta de U petite vérole , d autant qu'on était persuadé que le roi l'avait eue. ëq effets dans sa jeunesse y il eut à Fontainebleau une éruption à la peau qui y quoique qualifiée de petite vérole , n'y ressemblait point , puisque y le cinquième jour de la maladie y il était déjà levé et convalescent.

X>aa& cette opinion, la factilté ordonna une saignée do bras 9 et Véœétique» Le mal de t^ 6e et des veins y les vomîssemens et la fièvre ne divniiviiaiAt point y oa réitéra la saignée y le 29 au soir , q» on ^X très-eopîeuâe. On a depuis attribué à cette sai^ gttée loi mauvaise marche de la maladie , et Mifin la Quort du roi y comraie ayant été faite dans te com- UEiencemient de 1 éruption. Ce qu'il y a de cerlaîa, «est quj& dans la nuÂt^ fort peu de temps après celte deraîèf e saignée y la petite vérole se déclara. \m médecins l'annoncèrent.

Cette nouvelle causa une grande agitation à b cour et à la ^ ille. M. d' Aiguillo«i y madame du Barry, les courtisais qui s'étaient déclarés pour eux, ainsi que la multitude de fripons, d'intrigans et d'espions doitt ils avaient peuplé la cour y et qui formaient la kur , éprouvèrent les pkis vives alarmes sur l'état 4«r roi. Une petite vérole à soixante * quatre ans était une raison suffisante pour leur en causer. A cette inquiétude se joignail encoire ceUe du moment des sacremens. Us se rappelaient Metz, lapusilla* uimité du roi , la manière dont madame de Chàteaur roux* avait été chassée; et calcsilaienl [uste e9

redoutant cet instant, et en craignant encore da*vantagse la mort du roi , qttî mettait 9nr le- trône un jeune prince et une jeune princesse , braves par mad^^me du Barry, ^e M. d'Aiguillon délaissait pour cette maîtresse, et qui ëlaicnt journellement éclairés et aigris par leurs entours , sur les outrages cpioa leur faisait, ef Tafbandon où ils vivaient. Ce quaa appelant les barriens et tes aiguillonistes , avaient donc contre euiî deux cbances h redouter. L'une des deux était presque inévitable.

PrécisémenI , ces deux cbduces , par un effet contraire, faisaient nenaître les espérances des opprimés et des hon«ètes gens , qui ne pouvaient prétendre à rien sous une administration où Fou ne vofiïkit que de ces hommes corrompus, vendus à la faveur, et prêts à tout faire. La barrière était d'autant plus forte , que M. d'Aiguillon, qui était parvenu à prendre to«ut le crédit , n'accordait aucune grâce^ qu'elle n eèt passé par madame duBarry, et qu'oa ne se fût adressé à eWe pour Tabtenir. A l'intérêt particulier, se joignait la haine pei^son- »ôMé qu'on portait généràlemctït à ce ministre , dont le caractère dur et malfaisant lui avait telleinenf aliéné les esprits , qu'on ne l'avait vu entrer dans le ministère qu^avec le plus grand chagrin et la phis grande frayeur, et qu'on ne soupirait qu'après l'instant qui l'en chasserait.

Le peuple , surchargé d'impôts pour fournir à la déprédation des finances, dissipées en luxe, et engloulie& par la cupidité de k maîtresse et des in-

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trigans qui lentouraient , d'ailleurs indigné du désordre où vivait ce prince , regardait le mo-ment de sa fin comme le seul moyen de sortir d'oppression y et s'en expliquait hautement dans les

rues.

Telles furent les différentes impressions que la maladie du roi produisit sur les esprits y sans que qui que ce fût témoignât le moindre intérêt pour lui y tant il était perdu dans l'opinion générale. 11 n'y eut que le duc de Noailles et le maréchal de Soubise qui furent ou firent semblant d'être aflligés. Toujours avec lui depuis sa plus tendre jeunesse , comblés de ses faveurs y en ayant été constamment bien traités^ ils lui devaient des démonstrations d'attachement y quand bien même ils n'en auraient pas éprouvé.

X>ès que la petite vérole fut déclarée y toute communication fut interceptée entre le roi et la famille royale y dont aucun n'avait eu cette maladie^ à l'exception de madame la dauphine. 11 n'y eut que madame Adélaïde , madame Victoire et madame Sophie , qui crurent devoir à leur père de s'enfermer avec lui. Ce courage et cette piété filiale y qui méritaient certainement des éloges y ne firent pas grand effet,;. outre que ce siècle^ porté à blâmer avec acharnement y par cette même raison se refuse à la louange y l'objet de ce dévouemetit était plus qu'indifférent y ce qui ternissait l'éclat du sacrifice. D'ailleurs y Mesdames ïi'étaient pas aimées; elles avaient donné , en trop d'occasions y des

HISTORIQUES. HO/i

preuves de la faiblesse de leur caractère et du peu de sincérité qui en est la suite y pour n'avoir pas cessé depuis long-faemps d'être intéressantes y surtout madame Adélaïde et madame Victoire ; la première , gouvernée par madame de Narbonne ^ et la seconde par madame de Durfort , toutes deux dames d'atour. Madame Sophie , qui joignait à la figure la plus déplaisante , Tesprit le plus médiocre, était un personnage entièrement passif. Les princes se partagèrent. M. le duc d'Orléans, M. le prince de Condé , et M. le comte de La Marche s'enfermèrent avec le roi. M. le duc de Chartres et M. le duc de Bourbon restèrent avec M. le dauphin. M. le prince de Conti avait défense de paraître à la cour.

Quelque maladie qu'aient les princes , jamais ce qui les entoure , ni les médecins , ne conviennent qu'ils soient mal, que lorsqu'ils sont morts. La flatterie et la politique les conduisent jusqu'au tombeau. Quoique la petite vérole du roi fût confluente et d'assez mauvaise espèce , qu'il eût beaucoup de fièvre et des- redoublemens , ainsi que des disparates , on publiait , les premiers jours , que cela allait à merveille. M. d'Aiguillon , madame du Barry, et leurs partisans , s'en flattaient; le parti opposé le craignait. Comme ce dernier espérait beaucoup des sacremens, et que la décence seule exigeait qu'ils fussent administrés dans une maladie de cette nature , il ne cessait de les de-, mander ^ et l'on entendait crier au scandale ^ des

g4 miiTAn/î

Itommes et des femmes qu'au sayait ne pas ccx>m en Dieu»

Mais tous ces cris efaeLieat impuis&aM ; le parti anti-barrien et anti-atguîllonîste était compoeé de gens honnêtes , peu faits pour Tintrigue , et «pi , par honnêteté y s'étant éloignés de ce qu'ils appelaient le tripot de la coujr^ avaient perdu tout moyen d y produire aucune révolution ; et de femmes incapables de conduite^ inconsidérées dans leurs propos , qui les rendaient odieuses à leurs adversaires, et dangereuses pour leurs amis.

Mt d'Aiguillon , au contraire , avait rempU Versailles de gens à lui ^ et gagné tous les entours , de manière que rien ne pouvait se faire , ni revenir au roi y que de son consentement. Il était d'autant plus sûr de réussir y qu'il dirigeait seul , et sans paraître y ses intrigues y qu'il n'avait point de confident , et que par conséquent il ne craignait aucune indiscrétion. Assignant à chacun son role , s;ius l'instruire du but cpx'il se proposait , il l'atteignait y sans que les gens qu'il mettait en mouvement sussent , la plupart du temps , l'effet qu'ik devaient produire. Ceux qui le servaient lui étaient entièrement dévoués. S'étant rangés sous l'étendard ; de madame du fiarry^ ils sentaient que leur existence dépendait de celle de la maltresse et du mimatre.

. C'est ce qui fit que M. le duc d'Aumont y pre-

.miér gentilhomme de la chambre , d'aûnée, les

prèo^iei» jours de la maladie^ sous prétexte

qu*II j avait trop àe monde dans ta ehâtnbre du roi y aima mieux renoncer aux devoirs de sa charge, et s'éloigner du chevet du lit de son maître y que de courir risque , en laissant entret ceux qui en avaient le droit, que quelqu'un n^ dît un mot qui eût pu faire rentrer le roi en lui** même , et le déterminer à la cessation du scandale^ U eut même , à ce sujet , une altercation très-fortt avec M. le prince de Beauvau, capitaine des gardes, qui , dans la chaleur de la dispute , taxa ces arran-^ gemens de platitude y et qui satisfît ensuite à la Va'*nité blessëe de M. d'Aumont , en déclarant que ce mot ne tombait que sur les arrang^mens y et non sur la personne ; distinction qui pacifia tout.

M. d'Aumont laissait donner Tordre y dans là chambre , à Laborde ,«valet de chambre de quar-* tîer , mauvaise tête y homme insolent , vendu au ^Mirti du Carry, qui , faisant exactement sortir tout le monde , le soir, allait chercher la favorite , et ramenait au lit du roi y d où y autant qu on a pu le savoir, elle sortait peu contente , le roi, soit accablement, soit aliénation d'idées, ou indifférence , lui montrant peu d empressement et de plaisir k la voir.

Les gens qui désiraient du diangement, voyant tout accès fermé auprès du roi , n'eurent plus guère d'espérance qu'en l'archevêque de Paris. En effet , il était simple de croire qu'uti archevêque, dans des circonstances pareilles, se transporterait à Versailles , et , remplissant ses devoirs , parlerait de

2q6 détails

sacremens à un roi qui prend le tilre de très-chrétien et fils aine de l'Église. On était d'autant plus fondé à le penser^ que M. de Beaumont, archevêque de Paris 9 attaché aux jésuites autant qu'on peut l'être, souvent exilé pour défendre leur cause, de peu d'esprit et fort entêté , comme les gens dont les lumières sont courtes , avait toujours eu la réputation et la conduite d'un prélat pieux et d'un homme de bien. On s'étonnait de ne le point voir arriver, malgré l'état fâcheux où il se trouvait, tourmenté des douleurs de la pierre,

Enfin il s'annonça pour le lundi matin 2 mai. M. le duc d'Orléans , qui ne penchait pour aucun parti , et qui voulait surtout aflScher la neutralité , crut de son devoir de parler à madame Adélaïde , comme à celle qui devaii donner l'ordre; car M. le dauphin n'était compté pour rien par qui que ce fût , et personne ne songeait seulement qu'il était dans les possibles que, sous peu de jours, il devint le maître. M. le duc d'Orléans demanda à cette princesse ce qu'elle pensait sur les sacremens, et s'il n'était pas temps de s'en occuper. Elle lui répondit que c'était aux médecins à en décider, et sur-le-champ ils furent assemblés. Us prononcèrent unanimement que, dès les premiers instans, ils les avaient proposés aux grands-ofHciers , miai&que ces messieurs n'avaient pas osé lo prendre sur eux ; que dans le moment présent de la suppuration , ce serait causer une révolution ,~et donner le coup de

la mort au roi. On sent bien que c'était M. d'Ai-

guilloa qui répondait par leur voix. Si tous n'étaient pas entièrement à lui y il en avait du moins le plus grand nombre à sa dévotion : ce qui restait n'osait parler. Madame Adélaïde y qu'on soupçonnait grandement d'être gagnée pour ce ministre y saisit avec vivacité le danger que Ton ferait courir à son père ; et disant qu'elle craignait que l'archevêque , qui allait arriver, ne fît quelques démarches, elle pria M. le duc d'Orléans de ne le point quitter pendant tout le temps qu'il serait dans la chambre du roi , et de*l'empecher de rien dire qui pût l'effrayer.

Peu de gens étaient instruits de ce fait, au moyen de quoi on avait les yeux ouverts sur la conduite de M. de Beaumont , les uns par intérêt , les autres par simple curiosité.

Enfin il arriva le lundi matin, ainsi qu'il l'avait fait dire. Comme on prenait garde à tout , aussitôt qu'il parut on vit le maréchal de Richelieu s'empresser de sortir de l'appartement du roi, et aller au-devant de lui jusque dans la salle des gardes ; là le tirant à part, ils s'assirent sur une banquette. On remarqua le maréchal lui parler avec une grande véhémence, et des gestes animés; quoiqu'on n'entendit pas ce qu'il disait , il n'était pas diflicile de juger qu'il cherchait à le détourner de la proposition des sacremens, et, par la contenance embarrassée de l'archevêque , qu'il allait manquer à son devoir. L'indécence de ce tableau attira les

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regards de tout le tiwmde , et suc^jessivènietit tihacun voulut s'en convaincre par ses y^u^.

M. d'Aumont s'était déjà trop distingué depuis le commencement de la maladie , pour ne pas paraître dans cet événement. Il ne tarda pas a se mettre en tiers dans la conversation ; et après qu'elle eut encore duré quelque temps ^ prenant larchevêque entre eux deux y ils Tînlroduisirent dans la chambre du roi^ où était M. le duc d'Orléans. Il j resta un quart d'heure , et tout se borna en questions réciproques sur la sanlé. Il fallait, pour achever le scandale, qu'au lieu de rester à Versailles, l'archevêque s'en retournât à Paris : c'est à quoi il ne manqua pas.

D'après la dîflerente disposition des esprits, on peut juger que les uns triomphèrent , et que les autres accablèrent l'archevêque, qui en effet méritait bien quelque blâme. Ceux qui cherchaient à l'excuser, disaient qu'à la rigueur la proposition des sacremens ne le regardait point , et que c'était l'affaire du grand aumônier. M, le cardinal de La Roche Aimon , grand atmionier de France , chargé de la feuille des bénéfices , s'était élevé aux premières dignités de l'Eglise , par une conduite souple et par une certaine indifférence sur le choix des moyens. Il avait fort négligé l'estime de son corps , au sein duquel il avait essuyé quelques amertumes. Il était à la dévotion de M. d'Aiguillon et de madame du Barry ; il l'avait prouvé de reste , en plusieurs occasions. La plupart des évéques qui se

donnaient Yklr de désapprouver sa 'Con<]iiite , n'en étaient pêut-étre pad fAcbes -dans l« fond du coeur, et tn profitaient pour leurs affaires particulières et po«H* celles du clergé.

Cependant , dans une o^x^sion aussi décisive pour 4a religion ^ îis crurent devoir faire des démarcbes. Plusieurs furent le trouver , et lui parlèrent avec la fermeté convenable à leur caractère , i la circonstance , a la dureté qui leur était familière avec lui. Le cardinal se trouva dans le plus grand embarras. Résister aux évêques , c'était se perdre , si le roi en mourait ; leur céder , c'était manquer à M. 4' Aiguillon et à madame du Barry; par conséquent > se perdre aussi , si le roi en revenait. ♦

Dans cette perplexité , il suivit son caractère ordinaire , et demeura attaché au ministre et à la maîtresse, en disant aux évéques qu'après la décision des médecins il ne pouvait proposer îes Sâcremens ouvertement , mais qu'il veillerait à saisir la moindre occasion pour en profiter ; et depuis cet instant, lorsqu'il allait chez le roi, ce qui lui arrivait plusieurs fois par jour , il s'approchait ue son lit, et lui parlait si bas , que personne ne pcmvait l'entendre. Parce moyen, il se procurait la facilité de donner, en rapportant ses propos, la version qui convenait à chacun.

Quoique le roi allât de plus mal en plus mal , '^8 bulletins étaient toujours bons ; et il n'y avait <ïue les gens de l'intérieur , et -leurs amis les plus

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intimes^ qui sussent la vérité ; encore ces mêmes gens de l'intérieur étaient-ils trompés par les médecins 9 auxquels il n'échappait pas un seul propos dont on put inférer la moindre chose. Cependant ils mirent, dans le bulletin du 2 au 5 mai, le mot de délire; ce qui choqua tellement M. d'Aiguillon, qu il arriva le matin chez le roi, où il fit une scène publique à la faculté , alléguant qu'il ne savait comment annoncer cette nouvelle dans les pays étrangers. Jusque-là, M. d'Aiguillon n'avait paru en rien; il s'était contenté de faire agir les siens. Depuis ce moment, il se conduisit à découvert, et montra une fermeté et un courage qui surprirent d'autant plus, qu'on ne l'en croyait pas capable.

Plus il agissait ouvertement, et plus ceux qui lui étaient opposés désespérèreût de voir aucun changement favorable^ On conçut qu'il n'y avait plus de ressource que la mort du roi , et tous les vœux se dirigèrent de ce côté ; car on ne croyait pas qu il eût assez de tête pour que la peur du ' diable lui fit demandeur un confesseur et chasser sa maîtresse; ce qui aurait détruit le minisire , qui ne tenait qua elle : par conséquent on mit tout son espoir dans l'événement.

Au moment qu'on se croyait le plus éloigné de la catastrophe , elle s'opéra par le moyen auquel on avait le moins de confiance^ Madame du Barry ayant été, à son ordinaire , introduite dans la chambre , par Laborde , le 4 ^^ ^^^^ y ^^^^ ^ ^^ ^^ P^^ surprise d'entendre ie roi lui dire : « Madame, je

HISTORIQUES. Sot

suis mal; je sais ce que j'ai à faire. Je ne veux j)as recommencer la scène de Metz; il faut nous sé^ parer. Mlez-vous-en à JRuelj chez M. d'aiguillon; soyez sûre que j aurai toujours pour vous V amitié la plus tendre. On peut juger de Timpression que ce discours fil sur elle : le trouble qu ou remarqua sur SOQ visage y en sortant de la chambre , apprit plus son arrêt y que le propos du roi y qui a été répété tel que je le rapporte y sans certitude qu'il se soit servi des mêmes paroles.

Bientôt il se répandit un bruit sourd de ce qui venait de se passer. Ceux qui désiraient le renvoi de la maltresse y et qui formaient le plus grand nombre ^ furent d^autant plus agités^ m^^y sans détails et sans être sûrs du fait^ ils ne pouvaient 1 approfondir. Ceux qui perdaient tout , en perdant madame du Barry y plus instruits et plus agités encore y dissimulaient y et n'avaient garde de divulguer la moindre circonstance d'un événement qui faisait triompher le parti opposé.

La perplexité dura jusqu'au lendemain 5, à trois heures après midi y que madame du Barry monta en voiture. La joie fut pourtant diminuée^ en la voyant partir pour Ruel. On sentait de reste que n étant qu'à deux lieues de Versailles, si le roi en revenait, M. d'Aiguillon , qui avait audacieusement pris toute l'autorité y la lui ramènerait au chevet de son lit y et qu'elle serait reçue à bras ouverts par un homme qui ne connaissait de loi que ses goûts, de bienséance que sa volonté , et qui n'avait de carac-

tère que celui que lui donnaient les gens qui l'eniCMiraieat*

Le dépari tani souhaité de madame du Barry^ ^ ccHisiderant le Ueu où eUe ae retirais , devint un iliQuveau sujet d'inquiétude et de ckagriu , d'aulaot mieux fondé , qu'on ne pouvait pkis rien se |nx>mettre de^ sacremens qu'il était doorénavast libre d'adnoîmstrery sans même pa^rkr de la nialtresse, puisqu'elle n'était plus dans le même lieu. Sî ce qui se passait était l'ouvrage de M. d'A^uîlk)»^}) faut convenir que la chose était dirigée de mdin de maître. Quoi qu'il en soil, les aiiti-aigutUoiiist€s pi'îrent d'autant plua d'assurance y qu'il n'y avait de ressources que dana la moa-t du roi y et ne se cachèrent pas trop d'y mettre toia4 leur espoir.

D'après cette façon de penser , l'attention se }K)r9a à savoir exactement saa état. Quoique les niédecins et les courtisana tinssent toujours les mêmes propos , cependant il perçait que cela s^ail mal, et même les niédecina osèrent convenir que la nature ne faisait rien du tout, et que ce u'était qu a force d'art et de remèdes qu'ils parvenaient à produire des efifets bien légers. Les gens n^ass qui entraient dans la ehambre^ disaient que le roi U' avait pas sa tête; il faut pourtant avouer qu'elle lui revenait par intervalles. Ce qu il dit k itifSêdame du Barry était certaktement d'un homme dans tout sou bopu sens ; il y a lieu de croiw qu'il était à lui dans la nuit du 5 au 6, qu'il demanda l'ald^élliofi' dou, son confesseur. •

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Comme c'était le tour de M. de Duras ^ premier gentilhomme de la chambre , à veiller^ et qu'il était tunemi déclaré do M. d'Aiguillon , on le fil venir $ur-*le-cbamp. 11 y a grande apparence que si c'eut été a M. d'Aiimont ou h M. de^ Richelieu de passer la mit 2 ils auraient essayé d'éloigner la confession; peut-être même M- de Fronsae y survÎTancier de M. de Bichelieuy son père^ ne se serait -il pas n^ieu3( conduit. Dans les premiers temps que ma^ doof^ du Barry fut à la cour^ mvlgré la façoa de penser de son père et ses mauvais trailemens, M. de Froosac s'était montré ferme > et avait tenu avec le$ honnêtes gens i mais depuis quelque temps il était changé ^^ et ^'était entièrement retourné du côté de spn cousin, M. d'Aiguillon > el de madame du Barry.

Le roi resta une heure tète*à*tête avec l'abbé Mondou; et, lorsqu'on rentra dans sa châmbs'e, il 4it <iu'il recevrait ses sacr^snens le lendemaiD, La Martin^ière lui représenta que , puisqu'il avait fait las frais de sq confesser, il valait mieux achever taut de suite ce qu il y avait encore à faire ; qu'il serait tranquille ensuite. Le roi, sans répoiidve ,, ordonna cfu'oa allât chei^eher M. d'Ai^îllon. »

Fort peu de gens ont su que c'était pofur lui confier que son confesseur avait déclaré qu'il ne lui donnerait point l'absolution tant que sa maîtresse serait aussi près d;e lui, et pour ordonner à ce mi-^ nisLra de àiuQi de sa pari à madame du Barry de

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s'en aller a Ckiaoa y terre appartenant à M* de Richelieu.

M. d'Aiguillon y sentant que tout était perdu, si cet éloignement avait lieu , répondit au rai qu'il y avait sûrement du mal-entendu ; qu'il allait parler au cardinal de La Roche- AJraon et à Pabbé Mondou, et qu'il se chargeait d'arranger cette affaire. En effet, îl courut chez le cardinal qu'il détermina aisément. Il eut plus de peine vis-à-vis de Vabbé Mondou. Cependant, soutenu par le cardinal, il en vint à bout, sans qu'on ait su par quel moyen. Ce qu'il y a de certain , c'est que le roi fut communié le 6 , à six heures du matin. Il témoigna une grande impatieujce de voir arriver les sacremens , envoyant plusieurs fois M. de Beauveau à la fenêtre , pouir voir s'ils n'étaient point en chemin.

Ce fut le cardinal de La Roche-Aimon qui , en qualité de grand-aumônier, les lui administra. Ou remarqua que la cérémonie achevée, comme *le cardinal se retournait pour s'en aller, l'abbé Mondou le tira par son roche t, et lui dit quelque chose à l'oreille. Le cardinal, élevant sur-le-champ la voix , dit tout haut que le roi était dans les sentimens les plus purs du christianisme, se repentant des sujets de scandale qu'il avait pu donner, et qu'il était dans l'intention de les éviter à l'avenir. Sur quoi le maréchal de Richelieu , d'une voix assez haute pour être entendue de tout le monde, gratifia le cardinal de l'épithète la plus insultante.

L'action de l'abbé Mondo\i a fait juger que peut-

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être cet abbé n'avait consenti à donner Tabsolution sans un plus grand éloigneraent de madame du Barry, que sous la condition d'un témoignage public qui put mettre une barrière entre elle et le roi , s'il en revenait ; et que le cardinal , chargé de ce témoignage ^ quoiqu étant convenu de la démarche avec le confesseur ^ avait promis de la soustraire aux partisans de la maltresse ; mais qu'arrêté y pressé par le confesseur, il n'avait pu s'y refuser ; conduite qui revenait trop à sou caractère , pour qu'elle ne lui fut pas attribuée.

Dès cet instant , tout fut dit. Il n'y eut plus de matière à intrigues : la mort ou le rétablissement du roi furent les seuls buts où tendaient les vœux, suivant les diflerens intérêts. La maison de M. d'Aiguillon était le c^tre où se réunissaient les gens qui tenaient à lui et à madame du Barry, et où^ suivant le style de cour, on ne se permettait seulement pas de dire . que le roi fut en danger. Dans celle de madame 4e' Be***, de madame de Te*** et de madame de Br***, par un excès contraire , on se réjpi^ssait ouvertement au plus petit détail fàcheuÀ qui perçait de l'état du roi ; et il ne ma9quait pas de gens qui , tristes chez 3^. 4'Aigi^Uon y et gais dans les maisons que je viens de cker^ rapportaient mutuellement à chaque parti ce àui se passait dans l'autre. Ces délations auraient (Iccasioné bien des proscriptions^ si le roi en fût revenu, par le caractère méchant et vindicatif du i^inistre.

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