‹ Mémoires du baron de BesenvalChapitre 3 sur 34 · SUR LE BARON DE BESEI9VAL. IX · texte numérisé non relu

SUR LE BARON DE BESEI9VAL. IX

duc de Choiseul, on pardonnerait à M. de Besenval une évaluation trop complaisante des talens de cet homme célèbre : rien n^est moins offensant que les erreurs de Tamitié. Mais celle du baron de Besenval n'est point aveugle^ En accordant au duc de Gboiseul le génie des affaires, une perception rapide, un coup d'œil pénétrant, une facilité rare , il semble reconnaître que tout ce ministère ne fut qu'une illusion brillante. Nous n'aimons pas qu'il insiste sur la gaieté du duc de Choiseul , sur l'élégance de ses mœurs , sur le charme de sa conversation. Sully n'était point aimable. Au reste, le duc de Choiseul eut le mérite de dédaigner l'appui d'une courtisane (i) , et son exil releva plus son caractère , que le travail de son administration n'honora sa politique. Le baron de. Besenval obtint la permission de suivre M. de Choiseul à Chaiiteloup. Un ambitieux n'eût pas demandé cette grâce-là.

Louis XV mourut épuisé par les fatigues de la débauche , accumulant les fautes et les malheurs de deux règnes sur l'avenir de son successeur (2) , et traînant au tombeau ce sntuonide bien-aimé, qui n'étaitplus qu'une injure.

Introduit à la cour de Louis XVI , le baron de Besenval y jouit presque aussitôt d'une bienveillance dont raflection de S. A. R. M. le comte d'Artois fut le premier degré (ce prince était , depuis 1775, colonel-géné-

(1) Madame du fiarry.

(1) Louis XIV , eu mourant , laissa deux milliards six cents millions

de dettes , à a8 livres le marc.

Louis XV emprunta plus d'onze cents millions dans la guerre de 1756 j

et que ne coûta point la guerre de i^4' •

(Voltaire.)

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rai des Siû$fte$ ). Le général plut au roi , non par le» agrémens , auxquels Louis XVI attachait peu de pri« , maïs par cette franchise adroite qu'un homme e!KerGé montre à propos , et relient encore mieux. Admis dans= le cercle que la reine s'était formé, le baron y porta tout ce qui réussksait auprès d'elle : une galanterie dé-r^ Ucate 9 un esprit enjoué, Fart de raconter, d'enjoliver des riens , et même un peu de médisance , comme on la prépare à la cour. En inspirant le désir de lui plaire , cette princesse en rendait les moyens faciles. Ennemie de la contrainte , elle s'en débarrassait dans les habitudes d'une condition privée. De la cette familiarité dont on a tant calomnié les motifs, et qui n'était qu'un besoin d'échapper à son rang.

Le baron de Besenval jouissait'd'un assez grand crédit dont.il n'abusa point. On lui reproche , dans la Biogra* phie , la prétention ^affichée d'influer sur le choix des ministres. Il suffisait de dire, d'après lui, qu'il ne fut pas inutile à la nomination du maréchal de Ségur au ministère de la guerre. Cette nomination put étonner; mais elle ne déplut qu^à ceux qu'elle écartait ; elle n'alarma que ceux qui s'enrichissaient du désordre. Les fonds de l'administration de la guerre étaient livrés à l'émulation du pillage. En y plaçant un homme incorruptible, on allait au plus pressé. M. de Ségur fît succéder l'économie la plus, sévère à des déprédations effrontées ; il retrancha les dépenses superflues , et modéra les dépenses nécessaires. Il pesa les droits de ceux qui sollicitaient ; il repoussa de grands noms qui ne méritaient rien ; il se refusa même à de hautes recommandations prodiguées ou surprises , ne demanda rien pour sa famille , et se retira pauvre. L'archevêque de Toulouse parvint au ministère

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par le prestige du talent qu on lui supposait. Sans vues , sans idées, sans physionomie politique, il était déji renversé quand ses amis s'écriaient encore : « Le vmli donc à sa place ! »

Et cependant la révolution s'annonçait par sespremiers symptômes. Le baron de Besenval ne dissimula point ses craintes , et fit sourire de pitié les jeunes courtisans qui ne voyaient , dans ces mutineries , qu'une conjuration de quelques hommes , et qui ne s apercevaient pas de la conjuration des choses.

n commandait dans Tintérieur du royaume : ce commandement embrassait TIle-de-Franee , le Soissonnais , le Bourbonnais , le Maine, le Berri, rOrlé^iiais«, la Touraine.

On se souvient qu'au mois de juillet 1788, une grêle afireuse détruisit la moitié de nos récoltes -, la disette , qui devait en être la suite , faisait redouter la famine , puissante auxiliaire des révolutions. Il fallut employer les troupes stationnées dans les provinces à protéger la marche des grains dirigés sur la capitale ^ et ce fut en cette occasion que M. de Besenval rendit de véritables services. Il parcourut lui-même tous les lieux de son commandement, que devaient traverser les convois , et prit de si sages précautions,, que l'objet de sa tournée fut rempli y sans qu'un seul habitant eût été molesté , sans qu'une seule plainte eut été portée contre les troupes , quoique le grand nombre de détachemens à fournir ne permit pas qu'ils eussent toujours des ofûciers à leur tête.

Ce succès chagrina la faction qui pourtant ne désespéra point d'une pénurie très-prochaine. Elle jouait , comme on dit , à jeu découvert ^ et la cour s'obstinâlt à l'ignorer. Si quelques honiimes énergiques la pressaient

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d'agir y des considérations pusillanimes Ten détour^ naient. Le gouvernement craignait tout le monde , et n'effrayait personne. La Journée du 12 juillet le surprit dans cette inertie qu'il prenait pour de la modération.

Le commandement des tro.upes , dans Paris , appartenait aux chefs des deux corps d'infanterie de la garde du roi , tous deux lieuteuans-généraux *, mais on ne devait rien attendre du premier (M. le comte d'Affry ) , malade et languissant^ et moins encore du second (M. le duc du Châtelet), dont le régiment lui refusait obéissance. Le baron de Besenval portait donc seul le poids de ce fatal moment*, et ce qui rendait sa situation encore plu9 criljque , c'est qu'il n'osait rien entreprendre sans l'autorisation de M. le maréchal de Broglie, généralissime d'une armée qui n'existait pas , et qui , traitant la fougue d'un peuple insurgé comme une guerre régulière , faisait sa liste d'officiers-généraux, pendant qu'on assiégeait la Bastille.

Le Biographe que j'ai cité plus haut , est donc injuste, quand il dit que le baron de Besenval ne prit que des mesures timides, ne donna que des ordres vagues^ etc., etc. Il n'eut point d'ordres à donner, puisqu'une lettre du ministre delà guerre (i) lui prescrivait de les attendre. Ce ne fot même qu'au moment d'être forcé dans un poste accessible de tous côtés , qu'il se replia sur Versailles. S'il eût hésité , la défection était inévitable. Cette armée du Champ-de-Mars se composait de deux régîmens français et de trois régimens étrangers. Les deux premiers met-'

(î) \,les Mémoires. M. de Besenval y rapporte la letlredu ministre de la guerre y au moins en ce qui concerne Tordre formel de ne point .i^ir san» l'autorisation du maréchal de BrogHe.

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taient de Thonneur à désobéir. * L'aident produisait le même effet sur les. trois autres.

Le baron de Besenval éprouvait tous les înconTéniens d'une fausse position. Les uns lui faisaient un tort et même un crime de sa conduite modérée ; les autres le

signalaient comme un instrument du despotisme du

despotisme ! ils savaient bien, ceux qui s^armaient

encore de ce mot , que le despotisme s'était déplacé , le jour où s'ouvrit F Assemblée nationale.

« Enfin, dit M. de Besenval lui-même, le roi, qui fut » informé des bruits qui grondaient contre moi , me > pressa de me soustraire au péril ^ et, sur .ma résis- » tance, il me Tordonna. Je me déterminai donc à re- » tourner en Suisse. »

Le baron fut arrêté , le 27 de juillet, pai^ la milice de Villenox .qui n'eut point d'égard à l'ordre du roi.

Toutes les horreurs que Sylla commit d%ns Rome pour établir l'oppression , se renouvelaient, en ce moment, à Paris , au nom de la liberté. Ce hasard qui savait si bien le baron de Besenval, ne l'abandonna point. M/Necker revenait en France , redemandé par le cri public. Il changea de chevaux dans le. lieu même où le général était retenu prisonnier (i). M. Necker n'ignorait pas les

(1) Le trait que nous allons citer n^honore pas moins M. de Besen- ▼al qoePhomme gëoëreux qui lui donna cette marque de dévouement. On n^a de pareils amis que^ lorsqu'on les mérite.

M. le comte deSaint-Chamans, dont la terre est voisine de Villenox, apprit, à neuf heures du soir, que le baron de Besenval venait d'être arrêté par la mUice de cette ville. On ajoutait même que ses jours étaient 01 péril.

La prenûëre idée de M. de Saint-Chamans fut de voler au secours à^ ee général, avec les ha^itans dç sa commune. Mais, à. cette heure.

UT ffOTKE

atrûchës pcçuUîres. Il ap^t en route iqne Foulon et Bertîer avaient trouvé des bourreaux avant qu'on leur donnât des juges^^ et ne douta point qu'un pareil sort n'attendit. le baron dé Besenval , s'il était conduit à Paris. En feisant différer son départ , il lui sauva la vie.

Ai. Ne(^&er x^entra dans la capitale, comme un ifno-^ narque clîéri dont les jours auraient été menacés. Les aodamations le suivirent jusqu'à rH6tel-de-Ville , où les représentans de la commune et les électeurs lui prodiguèrent toutes ieé loiianges que Colbert a méritées. Plein du danger de M. de Besenval , il s'empressa de solliciter , non sa grâce , comme on Va dit, mais sa liberté, qui fut accordée. Le roi ne l'eÀt pas obtenue.

La démarche de ce ministre était délicate ; un re&s eût compromis sa popularité. Si cette chance ne s^iofirît point à M. Necker , il eut plus de générosité ' que de prévoyance. I^rabeau, qui le haïssait personnellement et dont son retour déjouait les espérances , ne perdit pas cette occasion de l'htnnilier. Le soir inème il souleva le district dé l'Oratoire contre l'arrêté qui proclamait l'élargissement du baron de Besenval. Telle était, en ce moïRent ,- la confusion des idées , qu'une fraction de la république municipale de Paris se crut en droit d'en-

comment les réunir? H rebâtissait une aile de son château ; la charpente en était presque- terminée : il j met le fea. Le tocsin , la flamme et les cris font «ecourir, et d^mtant phis diligemment que l^habitation seigneu^ riale touchait aux dernières maisons du village. Pendant ce mouvement , deutle comte de Saint-Chamans se disposait & profiter, le bruit se répand que M. Nèckér, impatiemment attendu, change dedhevanz à la poalè. M. deâanit**€hanians j conrt, aborde le ministre, lai peint* avec chaleur la situation d)e M. de Besenval , lui persuade qn^un mot de sa main à la municipalité de Vilienox sauvera le prisomiier. M. Necker nliésila point.'

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YOjer des ordres à trente lieiœs de la capitale 9 sous les yeux d'une Assemblée souveraine. Une contradiction non moins étrange , c*est que la décision qu'attacpait un district, était émanée des représentans de la Commune » revêtus des pouvoirs de tous les districts.

L'arrêté des représentans était juste ; mais un;4hcte de justice était une faute qu il fallait réparer. Aussi , se hâtèrent-ils d'en prendre un autre , par lequel ils révo-* quaient celui de la veille , en disant qu'ils Vexpiiquaieni* Ds se présentèrent à la barre de l'Assemblée nationale y pour lui soumettre cette lâche interprétation de kur premier arrêté.

Cette affaire était simple* Un offideivgénéral , chargé par le roi de commander des troupes destinées à main* tenir la tranquillité publique , remettait ce commande* ment inutile et se retirait dans sa patrie. Personne ne l'acctisait : pourquoi la milice de Yillenox attentait-elle à sa liberté ?

Mais les districts menaçaient , et l'Assemblée natio-* nale ménageait les districts. Elle ne dédaignait même pas de plaire au Palais-Koyal , puissance ignominieuse qui s'élevait dans l'asile de la prostitution , et qui dictait impérieusement ses lois. Un excellent discours de M. Garât (i) et l'honorable caution du duc de Liancourt

(1) Ce bMo dÎ8c<Mifi rappelait ëloqnemiiaeiit è rAMemblëe tout ce <{a'elle oubliait. 11 fut applaudi comme une onoûon académique, et n'eut pis d*atttre efTef .

Combien il «st A regnftter que M. Oaratn^Bxï pas joint aux lumières' d'an esprit distingué cette force de caractère , sans laquelle le talenlf a^est qu^nn avantage A pen prés inutile ! Osons le dire : ce n^est pas un moindre dommage pour la litte'rature et la philosophie , qu'il ait été poussé dans une carrière pour laquelle il était peu fait , et qui ne l'a

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