‹ Mémoires du baron de BesenvalChapitre 5 sur 34 · SUR LE BAKON DE BESENVAL. XVII · texte numérisé non relu

SUR LE BAKON DE BESENVAL. XVII

lettes , son héroïsme bouffon , sa grossièreté qu'il croyait un ton militaire , le corps-de-garde et l'étude mêlés dans son langage , sa valeur dont il parlait sans cesse , comme un fripon parle de sa probité , sa raison gâtée par des livres qu'il n'entendait pas, son ignorance acquise et sa sottise naturelle, furent pour M. de Bes^val une v(éritable jouissance. La douceur de se moquer de M. Bourdon était une consolation de tous les momens.

Le baron de Besenval fut ti;:ansféré , le ^ iiovembre 178g, dans la chambre de l'aumônier du Ghàtelet; et sui*le compte qu'en rendirent les journaux , les préventions excitées contre lui se ranimèrent. Une foule immense entourait sa prison , soir et matin. Le peuple demandait , à grands cris , qu'il fût jugé 5 la populace , plus pressée , demandait sa tète. Ceux qui n'ont pas lu notre histoire , ne reconnaissaient plus la nation française.

M, de Besenvaîl raconte qu'au milieu de ces hurle-» mens , un petit billet lui fut apporté par un geôlier. H était ainsi conçu : a Us viendront-, mais j'y serai. ^ M. de

ne monta jamais à la tribune, qae pour opprimer Tinupcence, combattre la justice , faire taire la pitié. Deux mots le peindront mieux que tout ce qu'on pourrait dire : Léonard Bourdon en fut jaloux.

Nommé membre du Conseil des Cinq-Cents , il ioquiéta le pouvoir ombrageux du Directoire; et, quoiqu'il fût trop méprisé pour être dangereux, les triumvirs de fructidor renvoyèrent pourir dans le^ fanges de Sinamari. Bourdon eut Thonneur de partager Pexil des Bar-!* thëlemy, des Pichegru, des Barbé-Marbois , et de quelques autres hommes non moins estimés. On assure quUl leur dit , dans le cours de la traversée : « Partout où le sort vous mènera , vous trouverez intérêt et 3) considération ; mais , Bourdon de TOise I ! » • .

U mourut, presque en arrivant, d'une fièvre putride, compliquée à» remords et de hopte.

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Besanval ajoute : « Je n'ai jamais pu déconi^rir d^oà me 31 venait cet avis. » •

En effet , il ne négligea rien ponr le bavoir ; mais ce fat en vain. On a su depuis que cet invisible ami de M. de Besenval était Dumouriez qui croyait lui devoir de la reconnaissance.

Le décret de TAssemblée traduisait le barcm de Besenval devant le tribunal du Ckàtelet (i) , institué juge des crimes de lèze^nation. Ce mot , dont s'enrichissait la langue révolutionnaire , indiquait un délit qu'on se garda bien de définir, afin dVn rendre l'application •pins commode. Disons-le , sans craindre de nous tromper ] il préparait de loin le crime JCêtre suspect^ ainsi que la loi qui le punissait , et que la sagacité malfaisante de son auteur étendit sur toute la France , en i ^^3 , comme un filet inévitable.

Un comité, dit de recherches^ avait été créé dans le sein de l'Assemblée nationale. Peu de jours après , la municipalité de Paris eut aussi ses inquisiteurs. Jamais le régime des lettres-dé-cacbet n'approcha de la tyrannie de ces deux comités. Charles f^oidel n'inspirait pas moins d'effroi que ce féroce Laubardemont , le Foidel du cardinal de Richelieu.

Ce fut le comité de la commune qui fournit les charges produites contre le baron de Besenval. Elles portaient spécialement sur le projet d'assiéger la cajHtale , de brûler les maisons , de massacrer les habitans ; roman

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(i) L'attribution faite an Chfttelet de la cause du baron de Besenval était une infraction foritieHe dn décret portant que la poursuite du eriike de ièse^ftMthn appartient aux mpréstfntans de là nation, et non m Wauti'os.

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^sstrdky et qvà n'en alliât cfue plus dirccteiaent à $(m but , celui d'exaspérer la multitude. Ne loi fit-on pft$ croire 9 pendant la Fronde ^ que M. le Prince ne se nourrissait que d'oreilles, de bourgetns de Parts (i)? On iie prend guère la peine de persuader le.petiple , quand on peut l'abuser» '

M, Garran de CouIwî, rapporteur du eondté dea reelierclies , enfia son. acte d'accusation de toutes ces pauTretéa dont il ne doutait pas. L'accusé réfuta ce long tissu de mensonges ^ et, sans user de l'avantage que lui donnaient des détaila ridicules , il prouva que , loin de former le proy^t d'attaquer, on ne s'était pas môme oecQpé du soin de se défendre»

Le tribimal, non moins éclairé par l'insignifianee des dépositions , que par la netteté des réponses , ac* quitta pleinement le baron de Besenval et ses coae^ çusesa

Ce jngemoit fut précédé d'un plaidoyer éloquent de M. Desèze : il préludait à la périlleuse et noble omission qui l'immortaUse.

Voici comment est terminé l'article de la Biographie , canstamment défavorable au baron de Besenval : « Il « disparut de la scène politique , et finit dans une obs^ » enrité peu* glorieuse. Il eat nifort ir 97 juin i jg^ , à y% » ans. »

Rien de tout cela n'est vrai. Mieux informé> l'auteur

(i) Il n'y a ni petite ni grande réToli^tion ssms favx bruita , sait parce qae les parties inte'ressées 'croient nécessaire de cacher leurs in-* tentions au public , soit plutôt parce que le public s^aVeugle lui-'méme, et n'attmd janais quVn prenn* la peiae d« le dét^oiaper.

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