MixoiRBS son M. eoviER
faut à présent voqs le montrer daâs une autre carrière , luttant contre la nature dee cholies ^ qui a voulu que leurs premiers principes restas-sent couverts d[un voile impénétrable à Dott% raison r cherebant à souiaettre le monde i aës^ coi^eclures; consumant presque toute sa* vie dans ces vains efforts, et se .ptécipitaiit enfin dans Tabime du malheur. Ioi| j'ai bespin^ commf» loi » de toute votre inddgenoe. Peut*- ^tre les détails oà je 'tais entrer para^ront-ils à quelques personnes un |ieu' étrangers au lien où je parle; mais je crois quee'est dans ce lieu surtout que* rexèuaple terriUe feju'ii^ Retracent a; droit d'èthe entendu avec ^Q^^ûe inféi^M.' Je v0ils!lii dit que Priestley était eoclésiantique*; H faut que j'ajoute qu'ihpassa aoccessi^fflent f/ar quatre religions avant de se déteritflii'ér à 'en «enseif^er une dans ses ouvnfgeiis'publîcs^;* Élevé dans; toute la aéiérilé.de la^ommbnfôn {Presbytérienne que nous apposions >baMtiiste ,'ét dan^ toute ^-âpreté 'de la ^rédèstioatton telle que l'enseigna fiomarj.ilieommeiïça (à peine k^réBé^ chtr-qU^I se. tourna ver» la 'dootrttie' plus dbuce d^Anhidius. sMais ià> mesure qu'il "Irvanç^it,- i\ semblait qu'il troUvil; loojoQrs trdp à" crbire. 11 en vint donc à adopter l'opinion des 'Ariens
SBCONDB FABTIE. I99
qaif après avoir été ^prds d'envahir la chrécienlé soot» les successeurs de GoDStantio , n'a pkis aujourd'hui d^asite qu'en Angleterre , man que les noms de llilton, de Claitke, de ^Locke, et même / k ce que quelques*uns disent , celui de Newton y déebnsnt et dédommagent en quelqms sorte , dans les temps modernes , de son ancienne puissance.
aUnianisme, 'tout en déclarant le Chrièt une créatuiie , le croit léependant un> être d'une nature supérieure , produit avant' le monde , ei l'organe '" du Oréatear dans la. production des autres êtres : c'est la doctrine revêtue d'une poésie si magnifique dans le Famdis perdu.
Prteslley'^' après l'avoir professée long*temps » rnbanidotfna encore potir devenir unitaire / ou ce que nous nommoas socinien. il en est peut^ être bieri peu parmi >ceuxqui'm'écoutenl qui se soient jamais informés en quovces deux sectes différent : c'est que les seiciniens nient la pré«^ existence du Christ, et ne le regardent que comme on homme , quoiqu'ils révèrent en lui le Sauveur du monde, et qu'ils reconnaissent que la divinité' s'est unie à 'lui pour eè grand ouvrage. Cette isobtile nuance entre deux héi^é-** sies occupa pendant trente ans une tête que
aoO HÉMOIRES SUR M. CCVIER.
réclamaient les questions les pi^us importantes des sciences , et fit produire à Priestley incomparablement pins de volumes qu'il n'en a écrit sur les différentes espèces d'airs.... Ses derniers momens furent remplis par les épanchemens de cette piété qui avait animé toute sa vie et qui ^ pour n'être pas bien gouvernée , en avait causé toutes les erreurs. II se faisait lire les évangiles, et remerçait Dieu de lui avoir donné une vie utile et une mort paisible* Il mettait au rang des principaux bienfaits qull en avait reçus, celui d'avoir connu personnellement presque tous ses contemporainscéièbres.flcJevaism'enflormir <c comme vouSy dit-il à ses petits enfans qu'où em- «menait; mais, ajouta-t-il en regardant les assiste tans, nous nous réveillerons tous ensemble, et a j'espère pour un bonheur éternel, 9 témoignant ainsi dans quelle croyance il mourait Ce furent ses dernières paroles. Telle a été la fin de cet homme que ses ennemis accusèrent si longtemps de vouloir renverser toute religion -et toute morale » et dont le plus grand tort fut cependant de méconnaître sa vocation , et d'at* tacher trop d'importance à ses sentimens parti* entiers sur des matières où le plus important de tous les sentimens devrait être l'amour de la paix..»
Le sujet de TÉloge sDivant, M. Cels, étak un cultivateur botaniste, à qui Paris doit le jardin célèbre qui porte son nom , et la France plusieurs lois excellentes en faveur de lagriculture, qui furent rendues d'après les idées qu'il avait émises.
Il n'y avait qu'un naturaliste profondément instruit qui pût apprécier les travaui de M. Adansofl , et il ne faNait pas moins de pénétration que d'impartialité pour séparer ces beaux et rares lalens de cette bizarrerie et de cette exagération d'idées qui furent la cause de ses erreurs. Ce voyageur àe rendit au Sénégal , parce que c'était celui de tous les établissemens français dont l'accès était le plus difficile , dont le séjour étail le plus malsain , le plus dangereux à beaucoup d'autres égards, et par conséquent le moins connu des naturalistes. L'Afrique fut en conséquence le théâtre de ses découvertes, et c'est à lui qu'est due la description la plus complète de ce géant du règne végétal , le Baobab, ou, pour parler plus exactement, VAdan'- Sonia digitata.
M. Broussonet, professeur de botanique à l'Ecole de médecine de Montpellier, fut appelé à rinstitut par la section de zoologie et d'anatomie , en considération de plusieurs ouvrages
202 MÉMOIBES 6UR M. COVIER.
qu'il avait publiés sur la premièrède c^aciences. Il mourut d'où coup de soleil , après une ne si^ gaahée par des dangers de toute espèee^àuxquels il u'écbappa que par une espèce de miracle.
M« Lassus avait exercé la chirurgie , et ^quoique très-habile dans celte profeâsiou , il eut ua jour le malheur de toaiguer deux fois sans succès une princesse du sang h>jat. Ce petit événement causa une rumeur unîverBelle.
« Une princesse piquée deux fois et qui n'a pas saigné ! quel accident effro^yabie \ i» disaient les courtisans. Lqs médeorns de la cour remuaient ta tète d vn ahr mystérieux et signiJBcatif ; mais la princesse , plus généreuse , prdèuria à M. Lassus Un autre' emploi en échange de celui qu'elle ne : pouvait loi conserver dans sa maisob, et s'assura 'ainsi d'un serviteur déroiié , tandis que le public y gagna en m^tùe temps un homme dé ^lenl. Pei^nt la révolu'tioUy M; Lapsus ioyàgea en Italie avec la ^Tiocesse "et la soeur ée ééilt dernière. A son retour il* montra ses portefeuilles pour prouver qu'il n'avait quitté sa^atrie qu'afin de trènricfiir ^de c^tmaisdà^tek tftiles; il échappa de ei^tte manière aMx lois portées contre lés émijgjirés , et fut ùoùimé professeur à l'École de médecine de Paris*
raCORDB PARTIS. 2o5
M. Veàteilat était un éccléBiastrqae très-in<^ situii en botanique. Prbiégé par Joséphine , il a décrit les richesses végétâtes du jardin de la
Le nom de M. de Saossare sera toujours cher aux : botanistes ; son étoge , ainsi que cehài de M* Broussonet , célèbre naturaliste de Geilètè, terminent Je voliinre dont je parle. Daof^ dette double biograpltie se trouve uii exemple du ta* lent descriptif de M.' Covier ^ talent qu'il a eu si rarement l'occasion^ de manifester, 'que je crois devoir citer ce passage : # Comme le voyageur est ravi d'admiration lorsque^ dads un beau jour d'été^ après avoir péniblement traversé tes scim*mets dtt Jura ^ il arrivid à cette gorge où sé^dé^ ploie subitement devant lui Timm^se bassih de Genève , qu'il voit d'un coup d^œil ce beau lac, dont Ifs eaux réfléchissent le bléii du èièf, mm plus par et plus proforHl i c^ttetas^ caki^pagne si bien cultivée, peuplée d'habitàticHiB'sri riante»; ces. coteaux* qui s'étèVent par degrés et jfpe nevèt une riche végétatidorè^e^aàontagùeli couvertes >de f forêts toujours v^i^tes ; ' la trêCé aourciHense» des* Hâutea- Alpes , ce^ffvant -de' 'iit^ peibe ampfailhéit^e/et te Ifont^Btàné , M'^éa^ des montagnes européennes, se et>uronnaM ^e
ao4 MÉMOIRES SUR M. CUTIER..
cet immense groupe de neiges où la disposition des masses et l'opposition des lumières et des ombres produisent un effet qu'aucune expression ne peut faire concevoir à celui qui ne Ta pas vu.
a Et ce beau pays , si propre à frapper Timagination , à nourrir le talent du poète et de l'artiste , l'est peut-être encore davantage à réveiller la curiosité du philosophe , à exciter les recherches du physicien. C'est vraiment là que Ja nature semble vouloir se montrer par on plus grand nombre de faces.
(c Les plantes les plus rares , depuis celles des pays tempérés jusqu'à celles de la zone glaciale , n'y coûtent que quelques pas au botaniste; le jBoologiste peut y poursuivre des insectes aussi variés que la végétation qui les nourrit ; le lac y forme , pour le ph|fsicien , une sorte de mer par sa profondeur, par son étendue, et- même par la violence de ses mon* vemens ; le géologiste , qui ne voit ailleurs que l'écorce du globe , en trouve là les masses centrales, relevées et perçant de toutes parts leur enveloppe pour se montrer à ses yeux ; en- 6n, le météorologiste y peut à chaque instant observer la formation des nuages, pénétrer dans
SECONDE PAETIE. ao5
leur iotërieury ou s'élever au-dessus d eux. n
L'Éloge de Fourcroy , du brillant , de Téloqueut , du catomuié Fourcroy , ouvre le second volume. Les obstacles qu eut à surmonter sa jeunesse , sa lutte vigoureuse contre Tinjustice et la pauvreté, le récit de ses découvertes, for* noient un des plus beaux morceaux biographiques qui aient jamais été écrits. La description suivante de son cours rappelle ceux de M. Guvier lai-même , et peut, sous beaucoup de rapports, s appliquer à tous deux : « Pendant plus de vingt-cinq ans, 1 amphithéâtre du Jardin des Plantes a été , pour M. de Fourcroy j le principal foyer de sa gloire. Les grands établissemens de cette capitale, oà des maîtres célèbres exposent à un public nombreux et digne d'être leur juge les doctrines les plus profondes de nos sciences modernes , rappellent à notre souvenir ce que Tantiquité eut de plus noble. On croit y retrouver à la fois ces assemblées où tout un peuple était animé par la voix d'un orateur, et ces écoles où des hommes choisis venaient se pénétrer des oracles d'un sage. Les leçons de M. de Fourcroy'^ du moins , répondaient complètement à cette double image; Platon et Démosthènes y semblaient réuuis;et il faudrait
ao6 kÉMOtABS SUR H. CUViSft.
«tre 1*QA ou L'autre pour «n donner une iàèe. Ëuchataeipeut dao&la méthode^ abondance di^os félpcutipn, noblesse 9 justesse, élégance daoe i(dB termes» comme a'ik eussent été longuement choi^iâ.; rapidité , éclat, nouveauté , comme s'iU eussent .été subitement inspirés; organe fle|;,ibl9^ sonore, ao^ntin , se prêtant à tous les mpuY^mens ^ {pénétrant dans toqs les recoins dp pins. Ma^ auditoire ( la. nature lui avait tout 4o]Mié. TantôA.son discoura coulant également et, avec majesté; il imposait par la grandeur. des images et la pompe du style ; tantôt , variant àes accens, iJ passait insensiblement à la familiarité ingénieuse ,. et rappelait l'attentien par des tr^itii d'une gaieté aimable. Vous eussiea vu des centaines d'auditeurs de tontes les classes , de toutes les nations, passer des faeares entières-, pressés les uns contre, les autres, craignant presque de respirer, les yeuK fixés sur les siens, suspendus à sa bouche, comme dit un poète {pendent abore hquentis). Son regard de feu parcourait cette foule ; ii savait distingaer dans le rang le plus éloigné l'esprit difficile qui doutait enicore , l'esprit lent qui ne comprenait pas ; il redoublait pour eux d'argumens et d'images ; îl variait ses expressions jusqu'à ce qu'il eût
SIGONDB PAIITIB. ^07
rencontré celles qoi . pouvaient les frapper ; la langue semblait multiplier pour lui ses richesset. Il ne quittait une matière que quand il voyait tout ce nombreux auditoire égalanent satisfît.» . . ! )
Il . est difficile de parler de Fourcroj sans rappelertfodieose accusation qui s'attacba longtemps à son nom (j)« Yoici ce qde dit à ce sujet M.'Cuijier dans lé même Éloge : « Peut-» être me blâmera-«tHon de rappeler ces tristes aouivenirs; mais quand un bomme célèbre a eu le malb^nr d'être accusé comme M. de Four-* croy ; lorsque ceUe'accusation a jhil le toumient de sa vie , ce serait en vain que 4on bistoriea essaierait delà faire oublier en gardant le silence. Noés devons môôie le dite : ^si,:daas lés sévères rechercbes que nous avons faites, nous avions trouvé la moinére preuve d'une si borrible atrocité^ aucune puissance bumaine ne nous aurait contraints de souiller notre boucbé de son éloge.
(i) Go prétendait qu'il aurait pu sauTer Lavoisier pendant le règne de la terreur, eomme il avait fait pour beaucoup d^autrei , par louînfliieace ; naiaau fiooient où lAvnîaier fut arrêté, il était menaeé lui-même, et dans l'iniDosiibilité de sevvir pfçfonpe. Lavoitier ^é^ sur Vécfaaiaud , et Fourcrôy fut accusé d*a?oir pris part a cette mort qui le dâitrait d'un rival redoutable.
So8 MÉMOIRES SUR M. CDVIBR.
d'en faire retentir les voûtes du tempie qui ne doit pas être moins celui de l'honneur que celui du génie. »
La France doit au médecin Desessarts , dont l'Éloge vient ensuite, l'abolition de ces maillots, de ces horribles cuirasses da baleine qui étaient autant d'espèces de serres chaudes , où l'on emprisonnait le corps et l'esprit des enfans depuis le moment de leur naissance. M. Desessarts rappela aux devoirs de la nature les mères qui abandonnaient leurs nourrissons à des soins étrangers lorsqu'elles pouvaient les allaiter ellesmêmes ; et , sans le citer, Rousseau lui dut les premières pages de YÉmile.
La notice biographique suivante est consacrée au savant physicien anglais, Henrj Cavendish, qui, malgré son immense fortune et sa haute naissance , se livra à l'étude des sciences avec l'ardeur la plus désintéressée. Dans le passage suivant , M, Guvier rend ainsi justice à ses travaux : « Tout ce que les sciences lui ont révélé semble avoir quelque chose de sublime et de merveilleux ; il a pesé la terre ; il a préparé les moyens de naviguer dans l'air; il a dépouillé Teau de sa qualité d'élément ; et ces doctrines si nouvelles et si opposées aux opinions reçues ,
SECONDE PARTIE. aog
il les a mues dans une évidence plus étoDnaute encore qUe leUr découverte iaêrne^ Les écrits oh ii les expose sont autant de cbeis-d'œuvre de sagacité et de méthode ^ parfaits dans ieUr ensemble et dans leurs détails ^ où aucune autre ^^ main n'a rien eu ^à rtfaîre , et dont Téclat n'a fait que s'accroître avec les aûàées ; en sorte qu'il û'y a nulle témérité à présager qu'il fera rejaillir sur sa maison autant de lustre qu'il en a reçu d'elle , et que ces recherches , qui exci* tâient peut-être la pitié et le mépris de quelques-uns de ses proches » feront encore retentir son nom à une époque où son rang et ses aieux auraient eu peine à le porter. L'histoire de trente siècles nous enseigne , en effet , bienclairetnedt que les vérités grandes et utiles sont à la longue le seul héritage durable que puissent laisser les hommes. »
Immédiatement après ces grands noms, parait celui de Pallias, voyageur éclairé qui parcourut le nord de l'Asie, habitant de la Criméis, et natura*
liste aussi infatigable que profond.
Les éloges de M. Parmentier et- du comte de Rumford scHit réunis, et précédés d'ttne sorte d'introduction où sont exposés leurs tra* vaux, qui avaient pour but principal de proM*
210 MéHOlRËS SUR H. CCTIER.
curer de la chaleur et des alimens aux classes ' les plus pauvres. Le premier, qui avait appris à connaître la valeur de la pomme de .terre dans les prisons de l'Allemagne , dissipa les préjugés qui régnaient contre cette racine en France , où on l'accusait d'engendrer la lèpre , la fièvre , et je ne sais combien d'autres maladies. M. Parmentier employa un moyen curieux pour la rendre populaire et faire naître l'envie de la cultiver. Il en planta en plein champ dans des lieux très* fréquentés 9 les faisant garder avec appareil pendant le jour seulement, heureux quand ii apprenait qu'il avait excité ainsi h ce qu'on lui en volât quelques-unes pendant la nuit. Il obtint ehsuite du roi. qu'il portât en pleine cour, dans un jour de fête solennelle , un bouquet de fleurs de pomme de terre à sa boutonnière; et il n'en fallut pas davantage pour engager plusieurs grands seigneurs à en faire planter. Mais ce ne fut qu'à la fin de sa vie qu'il vit ses efforts couronnés d'un succès complet; et pendant la révolution , il fut exclus d'une place de magistrat pour avoir inçenté les pommes de terre.
Benjamin Thomson , comte de Rumford , était Américain de naissance et avait servi dans Tarmée royaliste pendant la guerre entre l'Âme-
tique et TÂngleterre. Lorsque la paix fut faite, il passa dans ce dernier pays , où Georges III le créa cheralier; ce prince le recommanda en-^ suite à l'électeur de Barière, à la cour du* quel il parvint, aux plus hautes dignités. Ce fut alors qu'il porta toute son attention sur la condition malheureuse du pauvre, et qu'en cherchant les moyens de l'améliorer, il fit ces belles découvertes dont ont profité tontes les classes de la société. *
La vie du célèbre voyageur en Orient, M. Olivier, fait l'objet de l'éloge suivant; l'histoire de cet homme recommandable fournit une nouvelle preuve de l'avantage que procurent les connaissances médicales à celui qui se trouve au milieu de peuples d'une civilisation arriérée.
M. Cuvier nous fait ensuite connaître M. Tenon le chirurgien. Sa jeunesse s'écoula dans les privations de toute espèce : son âge mûr fut paisible et honoré, et il atteignit sa quatreviagt-deuxième année sans éprouver aucune infirmité intellectuelle.
L'éloge <lu célèbre Werner offre , sous une forme concise, un résumé extrêmement intéressant de tout ce .qu'a fait ce grand homme , sans oublier ces singularités de caractère qui privèrent
2ia MÉMOIRES SUR M. GDYIER.
le dioade savant des résultats écrits de ses travaux et de ses vastes connaîssaDces. U aima mieux , ea ^ffet , confier le soin de sa réputation à la justice de ses élèves que de recourir lui** même à sa plume pour l'établir aux yeux de la postérité.
Vient ensuite la vie de Desmarets^ l'antagoniste de Werner, le champion des volcans^ dont les découvertes firent naître les disputes des plutonîstes St des neptunistes, dispute» qui non-seulement placèrent le monde entre le feu et l'eaii , mais qui furent soutenues de part et d'autre avec plus d'animosité que ne Ta jamais été aucune autre question scientifique.
 la fin de ce volume se trouvent deux éloges lus à la Société philomatique de Paris, le discours de M. Cuvier lors de sa réception à l'Académie française , et la réponse du président de l'Académie. Le premier éloge est celui de M. Riche , dont la vie ressembla à celle^ d'un héros de roman , et qui mourut à trente-cinq ans, des suites de ses soufirances morales et des fatigues qu'il avait éprouvées. Le second est consacré à Bruguières , le compagnon d'Olivier dont il a été question plus haut. Dans son discours à rAcadémie, M. Cuvier fût preuve de
qualités littéraires brillantes, que ses études habituelles lui permettaient rarement de dëployer, mais qu'il possédait à un aussi haut degré que ceUes nécessaires à ses recherches ficientifiqaes; il y prodigue les richesses de ITmaginalioD et )es allusions classiques les plus délicates; ce discours paraît Touvrage d'un homnte qui a consacré sa vie aux lettres , et montre combien est admirable Talliance de la science et de la littérature dans un même esprit. La réponse de M. te comte Deeèze offre un excellent résumé des travaux exécutés jusque-là par M. Cuvier.
Le troisième volume commence par l'éloge de M. de Beauvois, le voyageur africain , à qai le monde savant doit la flore d'Oware et de Be- 4iiQ, et qui, après avoir résisté au climat bràUnt de l'Afrique et de FAmérique , siourut par suite des changemens soudains de température auxquels est sujet celui d'Europe. Celte notice biographique contient quelques passages renarquables sur l'esclavage.
Les sentîmens fraternels , la reconnaissance , ai l'on peut s'exprimer ainsi, qu'éprouvait M. Cuvier envers tous ceux qni contribuaient aux progrès des .sciences, ne sont nulle part
•4 1 4 MEMOIRES SDR M. GCVIER.
pluÀ frappans que dans son éloge de sir Joseph Baaks , ce protecteur éclairé et généreux des savans. Il raconte d'une manière animée ses Toyagès et ses aventures , et effleure , avec cetVe' délicatesse qui le caractérisait , cette fameuse dispute an sujet des pointes ou des boulons arrondis à donner aux conducteurs électriques , dispute qui plaça sir Joseph Banks à la tète de la Société royale de Londres , et qui , racontée par un autre que M. Cuvier, eût pu donner matière à quelque ridicule. Cet éloge n'est pas moins remarquable par Thonorable témoignage donné à une nation qui n'a que trop souvent été l'objet de la jalousie, et qui trop souvent elle-même n'en a pas été exempte à l'égard des autres peuples, a Les savans anglais , dit M. Cuvier, ont pris une part aussi glorieuse que ceux d'aucune autre nation à ces travaux de l'esprit communs à tous les peuples civilisés. : ils ont affronté les glaces de l'un et l'autre pôle ; ils n'ont laissé dans les deux océans aucun recoin qu'il n'aient visité ; ils ont décuplé le catalogue des règnes de la nature : le ciel a été peuplé par eux de planètes, de satellites, de phénomènes inouis; ils ont compté , pour ainsi dire , les étoiles de la voie
SBCONDK PARTIE. Sl5
lactée. Si la chimie a pris une face nouvelle , les faits qulls hii ont fournis. ont essentiellement contribué à cette métamorphose. L'air inflam* mable, l'air pur, l'air phlogistique leur sont dus^ ils ont découvert la 'décomposition de l'eau; des métaux nouveaux, et en grand nombre, sont les produits de leurs analyses^ La nature des alkalis fixes n'a été démontrée que par eux;- la mécanique, à leur voix^ a enfanté des miracles, et placé leur pays au-dessus des autres dans presque tous les genres de fabrication. »
A répoque où parut M. Duhamel le mineralogiste , De Saussure n'avait point voyagé, Deluo n'avait point écrit , Werner n'avait point encore , par la force d'un génie supérieur, coordonné en quelque sorte l'univers minéral. Après plusieurs années de travaux scientifiques, M. Duhamel fui attaché à TEcole des mines de Paris, et M. Cuvier s'exprime ainsi en parlant de l'influence qu'il exerça dans cette place : « Nos exploitations de fer, de houille se sont quadruplées ; les mii^s de fer qui vont s'ouvrir près de la Loire, dans la région du charbon de terre et au milieu du combustible, vont produire le uiélal aux mêmes prix qu'en Angleterre. L'antimoine , le manganèse , que nous importions
2l6 MÉMOUBS SDR M. CUVIER.
autrefiiiu , s'expovtent; aojourdliui en quantité coBsidërable s le ohrôuie, déocmvert^ de dos ehixaistei , est aujourd'hui le produit très-utile de l'une de nos mines. Déjà on a extrait de trèsbel élain des mineis des cotes de Bretagne. L'al«a y le TÎtriol , autrefois presque Joconnus en France , s'y recueillent en abondance. Un amas immense de sel gemme vient d'être découvert en Lorraine; et tout annonce que ces créations , extrêmement nouvelles, ne se borneront pas 1^. Sans doute ce n'est pas à un seul homme , ni à l'érection d'une seule chaîne^ que tout ce bien peut s'attribuer ; muis il^i'en est pas moins vrai que cet homme , que cette chaire en ont été la première occesien . »
Le nom d» M. Baiîj>, le créateur de la cristallographie, est regardé comme une autorité par le monde savant; et j'éprouve d'autant phis de plaisir à m 'arrêter sur son éloge , qu'il est un des plus beaux de tous ceux qu'ait fait M. Cuviev. L'homme extraor<]Knafre dont il est ici question, commença sa carrière par être enfant de chœur, et apjMpit pour son amusement l'histoire naturelle et la botanique. Ses goûts le conduisaient fréquemment au Jardin des Plantes , el le hasard fit qu'un jour il entra avec la
foule daos Taiupbitbéâtre pour entendre une leçon de Daubenton sur la minéralogie. Cette science lut inspira dès-lors an vif intérêt ^ ef le hasard le aerrit encore dans cette nouvelle di* reolion donnée à ses études. Examioaal quelques minéraux ckes un de ses amis , il eut Theiireuee maladresse de laisser tomber un beau groupe de spath calcaire cristallisé en prismes. La fracture d'un de ces prismes lui ouvrit un nouveau monde d'idées , et il devint le législateur de la minéralogie, le fondateur d'un système qui a été adopté par le monde entier. Emprisonné à l'époque la plus désastreuse de la révolution , il poursuivait tranquillement ses travaux dans sa cellule ; et ce ne fut qu'après une vive résistance de sa part , que son ami , M. Geoffroy Saint-Hilaire , parvint à l'en arracher, la veille du fatal ù septembre. En t8b», il fut nommé professeur au Muséum d'histoire naturelle. Pieux , bienveillant, tolérant , et entièrement dévoué à l'étude , aucunes coa^idérations mopdaines ne le détournèrent )amai3 de ses exercices religieux et de ses travaux scientîBques. Sa manière de vivre fut toujours auflsi simple qae la position d'où il était parti. Il se promenait chaqi:ie jour dans les mêmes lieux, prenait le mèn>e exercice^, s'habillait de la
ai8 MEMOIRES 8GA M. CCTU».
même façon ;8es manières et son langage étaient également remarquables par leur simplicité primitive. Une chute dans sa chambre lui occa* siona une fracture dont il ne guérit jamais , et , pendant les longues souffrances qui précédèrent sa mort, il partagea son temps entre la prière, les soins qu'il donnait^à une édition de ses œuvres, et ceux que réclamaient le sort futur de ses élèves.
Le comte Bertbollet était un cKimiste du premier "ordre : c'est à lui que sont dues la méthode actuelle de blanchir la toile , et de nombreuses améliorations dans lart de la teinture.
M. Richard reçut le jour à Âuteuil dans un jardin appartenant à Louis XY, et dont il devint par la suite le directeur. Né au milieu des plantes , il connu! leurs noms avant de savoir lire , et apprit à les dessiner avant d'écrire correctement. Sa vie entière fut consacrée à la botanique ; ce fut pour elle qu'il se perfectionna dans le dessin , pour elle qu'il apprit Je grec et le latin, pour elle qu*ii refusa des offres avan* tageuses qui lui étaient faites s'il voulait se vouer à l'Eglise, pour elle enfin qu'il fut mis hors de la maison de son père avec une chétive pension
SBGOHDB PARTIE. 219
alimentaire. Consacrant ses nuits à dessiner et ses journées à étudier la botanique ^ il amassa une somme d*ai^ent assez considérable ^ mais cet argent était destiné k sa science de prédilection. Il fut envoyé dans les colonies françaises en Amérique pour y propager la culture des plantes de l'Inde, et étudier celles de ces pays qui pourraient à leur tour être utiles. Il revint en France chargé de trésors scientifiques ; mais pendant son absence tout avait changé de face : Bufibn était mort, le gouvernement se trouvait plongé dans des difficultés de toute espèce ; personne ne se souvenait des promesses qui lui avaient été faites^ des gens qui voyaient chaque jour leur tête menacée, ne pouvaient guère se soucier beaucoup du girofle de Cayenne. Ainsi, M. Richard se trouva avoir employé son temps, altéré sa santé, perdu sa fortune, sans conserver Tespoir dun meilleur avenir. Il ne lui restait qu'à recommencer le genre de vie auquel il s était voué à l'âge de quatorze ans. Mais il demeura aussi grand que jamais comme savant.
Ses dissertations sont autant de preuves de Tétendue et de la sagacité étonnante de ses vues ; mais son caractère aigri par tant de malheurs,
220 MÉMOIRIS SUR H. CUVIER.
ne rederint jamais ce qu'il était auptrava»! , et ^ mouitit à Kftge de soixante-^sept ans , après de loilgues souffances du corps et de Vame.
It n'est personne parmi ceux qui ont fréquenté le Jardin des Plantes > pendant ces dernières quarante années, qui n'ait co»nii, an moins de nom, M. Thouio. Il y avait succédé à son père , dans la place de jardinier en chef; réunissant la science aux connaissances pratiques les plus étendues, voué tout entier k l'amélioration du Jardin, il devint par degrés le centre' d'une correspondance qui s'étendait à toutes les parties du monde. Sa belle figure , son maintien noble et doux; sa conversatien pleine d'intérêt, te fti.satenl rechercher des personnes du rang le plus élevé , conuaie de celles de la condition la plus modeste. Il mourut
en i8a4-
L'éloge du comte de Lacépède, no<ts le présente sous trois aspect dîfférens; d'abord coosme musicien tAs-habile dans la théorie et la pratique, ensuite comme savant, et enfin comme homme d'Etat , apportant dans toutes les actions de sa vie la politesse la plus exquise, les dispositions les pliis affectueuses et les plus
bienveillaatea , unies aax qualités morales les plus élevées. Il mourut de la petite véroiç à Tige de soixante-neuf aD.«.
Les éloges de MM. HaUé, Gorvisart et Pinei, tous trois médecins d un grand mérite , $onC réunis en on secri. Le premier fut le pcOpaga-^ teur infatigable de la yabciné , très-babile. dans lé traitement des maladies chroniques , et renommé pour sa bienfaisance. M. Gorvisart» après avoir perdu plusieurs occasions d'avancement pour n'avoir pas voulu porter une perruque à marteaux , fut en6n nommé médecin en chef de l'hôpital de la Charité , et ensuite professeurà l'Ecole de médecine. Sa renommée se répandu dans l'Europe entière , et quelque temps avant sa mort « il devint médecin de la cour de Napoléon. M. Pinel se prépara à l'étude de la médecine par celle des mathémartbiques et de l'histoire naturelle ^ mai^ une timidité insurmontable qui lempèchait de s exprimer^ s'opposa long-temps à ce qu'il fût connu. Néanmoins^ lorsque son mérite se fit jour^ sa réputation grandit rapidement. Il fut nommé médecin en chef à la Salpétrière , puis à Bicêtre, et plus tard professeur à l'Ecole* de médecine. Il se rendit célèbre » surtout par sa
^m MBHOItlES SUR M. CtJVIER.
classification des maladies et sop traitement des aliénés.
Les bornes étroites où je suis obligé de me renfermer, s'opposent à ce que je rende une justice complète à l'éloge de M. Fabronî , dont le génie et les connaissances variées exigeaient des qualités semblables de son biographe.
Comme la plupart de ceux qui sont arrivés à une grande célébrité, M. Fabroni passa sa première jeunesse dans les privations et les difficultés de toute espèce. Son premier ouvrage était intitulé : « Réflexions sur l'état actuel de l'agriculture, ou exposition du véritable plan pour cultiver son bien. » Il devint sousdirecteur du beau Muséum de Florence , et y fonda des chaires de plusieurs espèces. Enlevé à cet établissement par Marie •Louise^ reine d'Etrurie, il continua de servir son pays; et tot|t en remplissant diverses fonctions administratives, il publia ses idées sur les arts, l'a* griculture, l'économie politique et les questions générales qui se rattachent aux plus profondes théories des sciences. Les vignobles de l'Italie s'améliorèrent beaucoup par ses soins, et la Toscane manquant de combustible , le grand duc le chargea de découvrir des mines
de charbon de terre. Lorsque les Français jetèrent l'alarme dans tonte lltalie par leurs conquêtes, M. Fabroni chercha un refuge dans les études chimiques appliquées aux arts utiles, et quand la Toscane eut reconnu la république française, il fut chargé d'une mission en France pour vérifier l'unité des poids et mesures. Se trouvant à Paris lorsque la guerre fut déclarée à l'Autriche et à la Toscane, il obtint .qu'un conservateur spécial fut envoyé à Florence, pour veiller aux collections, et par suite de cette précaution elles ne perdirent que la Vénus de Médicis qui , par le fait , avait été enlevée clandestinement avant l'arrivée des Français, et qui leur fut livrée par le roi de Naples. La vie entière de M. Fabroni fut remplie par des travaux utiles; on le voit tantôt chargé de missions politiques, délicates, tantôt de rechercher les causes d'une contagion qui régnait alors et les moyens de la prévenir, ou d'établir des routes, des paratonnerres, tout çn conservant la direction et l'administration de la monnaie à Florence, et en continuant d'aider le gouvernement de ses conseils. La France l'employa comme directeur des travaux des ponts-et-chaussées dans les départemens ao»
delà des Alpes. En cette qualité , il fit jeter des poots magnifiques sur des torrens /usqu'alors iodoraptés, ouvrir des routés nouvelles dans toutes les directions, et deux magnifiques voies militaires qui, s élevant le long des clrètes les plus escarpées, s'appuyàni sur des terrasses, des vôûles d'une élévation prodigieuse, perçant lorsqu'il Ta fallu le sein de ces âpres montagnes, ont changé en promenade un trajet qui , autrefois effrayait Timagination .
A cet éloge succèdent deux discours funèbres ; Tun prononcé aux funérailles de M. Tan Spaendonck , professeur de dessin pour la bo-* tanique , au Jardin des Plantes , et artiste du talent le plus élevé; l'antre sur la tombe du célèbre astronome M. Delambre. Gé dernier était l'ami personnel de M. Guvier, et dans ce discours tn^ peu étendu pour admettre une énumération de ses travaux, ses excellentes qualités privées ont reçu un juste tribut d'é-» loges de la bouôhe de son coUègue.
Ce volume se termine par delix de ces admirables rapports où M* Covier donnait an libre cours à son génie et déployait toute l'étendue de ses connaissances* Le premier, qui a pour objet les progrès de Thisloire naturelle depuis
SECOUTDK PARTIE. fàlS
la paix maritime jusqueo i8a49 contient un expose des voyages les plus importans exécutés dans cet intervalle. Le second , qui traite des jSrincipaux changemens qu'ont subis les théories chimiques et des nouveaux services rendus par cette science à la société, a été lu à la séance générale des quatre Académies, en i8ao.
Le volume de ces éloges qui reste à publier, paraîtra sous peu , si aucun incident imprévu ne s'y oppose, et contiendra ceux de M. Ramond, le voyageur dans les Pyrénées, de M. Bosc le successeur de M. Tbouin, de sir Humpbrey Davy, de MM. Yauquelin et Lamarck; quelques oraisons funèbres^ le discours de M. de Lamartine lors de sa réception à l'Académie Française , la réponse de M. Cuvier , et une nouvelle édition du rapport sur le prix de vertu. Tous ces discours ont été lus en public , mais beaucoup de détails qui avaient été supprimés lors de la lecture, seront rétablis à l'impression , car personne ne savait mieux que M. Cuvier séduire un nombreux auditoire, en faisant un choix de ce qui était d'un intérêt plus général, et en évitant la fatigue que fait naître une attention trop prolongée .
Oa doit regretter k jainai$ qne les dernières leçons faites par M. Cuvier^ soient en quelque sorte perdaes pour les amis des sciences. Ces brillans discours, dont a retenti Tenceinte du collège de France, étaient improvisés sur de simples notes et n'eiistent plus maintenant que dans la mémoire de ceux qui les ont entendus. M. Cuyier éprouvait une aversion prononcéepoor les notes prises à la hâ^e sur ses leçons, et les regardait comme toutrà-fait impropres à être publiées c il n'avait pas le temps , disait*il , de les mettre en ordre lui-«mème , ni de surv^Uer la publication que d'autres en faisaient. Lesirag^. mens imparfaits donnés dans les feuilletons du Teinps et dans les sténographies de M. Magdeleine de Saint- Agj , ont été publiés sans son autorisation, et même sans qu'il eût eonnai»» sance des dernières ; mais tout troiMpiés qu'ils sont, ils peuvent donner une id^e générale du plan qn'il avait «uivi.
Remplissant .conscieno^usement quelques* unes des plus impertaales fonctions de l'État, déivoué à ses devoirs de secràtaive dé riestitteit , et éprouvant le besoin de se reposer d'un eùsei-* gne#>e«it de ti*enté années, enfin si'a^ançant ebiH que jour dans la roule des découvertes les plus
SCCONDE PA.RTIE. 227
profondes , il n'est pas étoonaôt que M. Cuvier n'eût guère le loisir de faire des cours. Cependant , frappé des erreurs qu'il apercevait dans le système de Topitë de composition, et craignant Viûfiamce dangereuse que ces idées pou^ paient av.pir sur la jeunesse , il résolut de les cçmh^iire opiquement par amour de la science. Dans ce but il profita de Tamélioration de sa sçmté pour rouvrir ses cours au Collège de France, et prenant pour sujet Thisloire toute entière des sciences naturelles , il la développa dans toute son étendue , en portant la profon«deur de;^ r^cherdbes, la (>récisiony la clarté, la justesse et l'élévation des vues, nées de l'éruidilion et des méditations les plus profondes, enfin le pouvpjr 4e séparier l'erreur de la vérité , au plus .li$nU .degré que puisse atteindre l'intelligeii^ humaioe. h^ charme de sa voix flexible et sonore, qvvi ae faisait entendre distinctement jnème dans les tons les pliis bas , la bienveilr laiice et le jeiu aoipié de sàphysionoipie, attiraient de$ anditeors de tout sexe et de tout âge. MèiDfà d993 la ^isoB la plus rigoureufie , i'audi- Iwre se réanissait une heure avant l'ouverture dfiL cour3 , et beaucoup se montraient satisfaits 4e reste;r à l'entrée de la salle, pourvu qu'ils pus*
2^8 MEMOIRES SUR M. CÙVIER.
sent saisir quelques-unes de ses éloquentes pa-* roles.L'entbousiasme avec lequel il était toujours accueilli, l'obligeait souvent à s'ouvrir un passage à travers la foule pour parvenir à sa chaire , et faisait naître sur ses lèvres un sourire bienveillant « plus propre à encourager qu'à imposer silence à ces marques universelles d'admiration. « Le principe fondamental de ces leçons , dit M. Laurilkird , était que, la société s'étant développée par suite de la découverte des propriétés naturelles des corps, chacune de ces découvertes correspond à un degré analogue de civilisation y et que l'histoire de cette civilisation , et par conséquent de l'humanité, est intimement liée à l'histoire des sciences naturelles. » Quelles n^avaient pas dû être les recherches de H. Guvier pour posséder k fond un pareil sujet! L'examen de sa vie entière, peut seul expliquer ' comment il était devenu capable de l'approfondir. Quelques écrivains ont pu jeter de la lumière sur certaines époques à l'étude desquelles ils s'étaient consacrés; mais ses recherches embrassaient la science historique et philosophique toute entière. Il avait consulté tous les livres afin de remonter k l'origine de toutes les découvertes; et le jugement nécessaire pour co-
SEGOifDE PARTIE. aag
ordonner des roatériauz ainsi rassemblés était d'autant plus admirable^ que la plupart des écrivains ne déposent que le germe de leurs idées dans leurs écrits, et laissent les faits dans lamènie obscurité où ils sont plongés dans la nature»
Dans la première leçon par laquelle M.. Cuvier ouvrit son cours , il divisait les progrès de la science en trois époques : l'époque religieuse , qui prit naissance principalement chez les Egyptiens et les Hébreux; l'époque philosophique, qui commença dans la Grèce ; et la troisième, dont l'origine peut être reportée jusqu'à Âris* tote , bien que son déreloppement ne date que du seizième siècle. L'âge du monde , les vestiges du grand déluge et la valeur des annales astronomiques des. nations primitives, étaient également soumis à l'examen dans cette leçon.
La seconde donnait une esquisse des quatre grandes nations qui ont existé à l'époque la plus reculée avant l'ère chrétienne, et.sur lesquelles l'histoire nous donne des renseignemens certains. L'étendue et l'influence de leurs connaisrsances étaient appréciées, et, en parlant de Moïse, M. Cuvier remarquait que, bien que ce grand législateur eût été initié à toute la science des Egyptiens , il avait prévu les incon-
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véùieDS de leur coutume de la voiler sous des emblèiDes mystérieux , et avait fait de grands eflfoKs pour labolir. Que Moïse (ut en possession de la vérité pour ce qui concerne les cbangemens éprouvés par le globe, c*est ce que prouve évidemment son système cosmogonique , que toutes les découvertes modernes n'ont fait que confirmer. La marche des nations qui sortirent des Egyptiens , la différence de leurs connais • sances , les poètes » les philosophes , les écoles de la Grèce , furent l'objet de six leçons où l'éloquence rivalisait avec l'intérêt du sujet.
Dans la huitième, M. Gùvier commença à parler d'Âristote , le créateur de l'histoire naturelle. Il se montra, comme on devait s'y attendre, plus éloquent, plus entraînant que jamais ; le sujet devait l'inspirer, et ses auditeurs ne furent pas trompés dans leur attente.
La doueième leçon fut consacrée à rappeler les progrès que les travaux d'Aristote ont fait faire à la science. De là, M. Guvier passa à une esquisse rapide de l'histoire des Ptolémées ; et avant de mettre sous les yeux de ses auditeurs l'état où était plongé le monde sous la domination des Romains , il jeta un coup d'œil sur les Carthaginois et les anciens habitans de l'Etrurie.
SECONDE PARTIE. 23l
Armant eofiD à ces dominateurs du monde , il peignit ces fêtes pompeuses, ce^ combats d'aniasiauz pour Jesquels toutes les parties de la terre étftient mises à contribution , et passa en . revue tous les saYans de Rome. Traçant ensuite le tableau de la science pendant les longs troubles auxquels donna lieu rétablissement du christianisme 9 et l'état de langueuif où elle fut plongée sous le Bas-Empire f SL Cu?ièr dirigea Tattenlion de ses auditeurs sur les Arabes , qui ont cultivé quelques-unes de ses branches avec succès. Il la suivit ensuite chez les diverses nations qui se formèrent des débris de l'empire d'Occident, signala les faibles lueurs qu'elle jeta pendant le moyen âge, et répandit l'intérêt le plus vif sur ces diverses époques , puis il arriva enfin à celle de la renaissance des lettres, où une carrière plus vaste s'ouvrit devant lui. Ici, en efiTet , la science change de face ; ce n'est plus nne aurore douteuse ou une décadence qui, parfois, paraît sans remède; c'est une suite de découvertes brillantes qui étendent leur influence jusque daqs les régions les^plos éloignées du globe. Commençant par l'imprimerie dans la leçon qui ouvrit la seconde partie de son cours, il annonça que désormais il lui serait
23a MEMOIRES SUR M. CUVIER.
impossible de donner autant de détails que sur les siècles prëcédens. Le sujet devenait si vaste , et les auteurs se multipliaient tellement pendant les dix -septième , dix «huitième et dix-neuvième siècle, qu'il lui était impossible de faire plus que de choisir les plus importans, et de diviser la science en plusieurs branches afin de se faire mieux comprendre.
La première de ces branches était l'anatomie^ dont il rapporta le développement au milieu du dix-septième siècle. Il passa ensuite à la zoologie et aux voyages, qui ont tant contribué à ses progrès; puis vinrent la botanique, la mi* néralogie et la chimie , qu'il suivit dans leur marche jusqu'à la même époque que les sciences précédentes.
Les découvertes de Galilée et de Descartes , et l'influence qu'ils eurent, ainsi que leurs écrits, sur la science, furent l'objet de la onzième leçon du second cours ; c'est à cette influence qu'on peut attribuer la formation des diverses académies ; leur histoire ainsi que celle des hommes qui en firent partie dans leur origine fournirent à M. Cuvier des détails du plus grand intérêt. Après avoir ensuite démontré, en citant les ouvrages et 1rs découvertes, que le dix-sep-
tième siècle fut la grande époque de la science, et en avoir tracé l'histoire complète , il termina son second cours en résumant en peu de mots tout ce qu'il avait dit jusque-là.
Le troisième cours s'ouvrit par le dix-huitième siècle, qui fut passé en revue comme les précédens; mais l'importance et l'activité des travaux qui Je signalèrent, exigeaientdes divisions encore plus nombreuses , et quelques-uns de ces travaux une analyse particulière. Ainsi, par exemple, M. Guvier consacra à Buflbn deux leçons entières qui passèrent dans le temps pour les plus belles et les plus éloquentes qu'il eût jamais faites. Ce troisième cours fut interrompu depuisPâques jusqu'au mois de décembre suivant où M. Ciivier le reprit pour continuer son histoire depuis le temps de BuBbn. Il commença par donner un résumé lumineux et éloquent de la philosophie de Kant , de Fichte et de Scbelling; et il consacra à l'achèvement de cetie immense entreprise un jour par semaine , malgré les devoirs nouveaux que lui imposait sa nomination h la pairie. L'intervalle de repos qui suivit et que sa santé rendait absolument indispensable, fut prolongé bien au-delà du temps qu'il avait calculé, parla terrible invasion
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da choléra; mais le 8 mai iSSa , il reparut dans sa chaire et prononça Tua des discours les plus admirables qu'il ait jamais faits. Jamais il n'avait parlé a?ec plus de feu, et avec moins de fatigue. «J'aurais pu, disait-il , continuer encore pendant deux ou trois heures, si je n'avais craint de fatiguer mon auditoire* » Mais c'était la dernière fois que cet auditoire devait l'entendre ; cette leçon , les n^émoral>les paroles qu'elle renfermait, etl'eflTet qu'elle produisit, me paraissent si inséparables de sa mort, que j'ai remis à en parier plus au long à la fin de cet ouvrage où se trouvent les tristes détails de ses derniers momens.
Ayant ainsi tâché , sans réussir peut-être , de donner une idée des travaux scientifiques de M. Guvier, je ne peux mieux terminer cette partie de mon ouvrage qu'en revenante ceux que je soie suis proposé plus spécialement de faire connaître. Les deux exemples de son style familier, que je donne plus bas, appartiennent à son caractère privé. Le premier, qui est unç lettre qu'il écrivait à ' madame Guvier quelques heures après son départ pour un voyage , montre d'une manière si naïve et si vraie l'homme , l'époux et le père , que je ne puis exprimer trop vivement ma reconnaissance
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de la bicnveUlance précieuse qui m'a perniia de la rendre publique. La seconde lettre a été adressée, à M. Yalencienoes pendant la dernière maladie de la fille de M. Cuvier. Toutes deux parlent assez éloquemment pour n'aioir pas besoin de commentaires.