QUATRIÈME PARTIE
lui leur.tra?ail devait marcher aussi ?ite que son imagioalion. II se promenait sans cesse de long en large sur le lieu de-- Ig scène , en s'écriant à chaque instant : « Mais dépêchez - tous donc ! » ce qui d'ordinaire ne faisait que retarder la besogne. Malgré tout le plaisir qu'il trouvait dans ces petits arrangemens intérieurs, il ne savait pourtant pas s'en amuaer seul , et je l'ai vu quelquefois ramener ses filles aussi souvent qu'elles lui échappaient y pour qu'elles lui tinssent compagnie jusqu'à ce que l'ouvrage fût terminé. Un jour qu'on déballait un portrait de sa belle-fille , exécuté par Lawrence , et qui arrivait d'Angle-^ terre, il se trouva présent par hasard; et pour l'empêcher de le voir par degrés et de perdre ainsi l'effet qu'il devait produire, elle fut obligée de lui couvrir les yeux avec ses majns, sans quoi il n'eût pu résister à sa curiosité. Lorsqu'il chargeait quelqu'un d'une commission dans ce pays , il lui faisait sans cesse écrire pour accélérer son zèle ; mais je dois ajouter qu'il réité* rait ses remerciemens aussi souvent que ses recommandations. C'est peut-être un contraste curieux 9 qu'un homme qui toute sa vie s'était soumis à des travaux aussi minutieux, se montrât aussi impatient lorsqu'il était question de
'jgo M^.MOlKES SUR M. GUVIER.
I'acti?ité d'autrui ; mais il faut remarquer qu'il trouvait très-peu de pe^onoes qui pussent travailler avec autant de rapidité que lui-même , et que 9 dans le cours de ses travaux , son esprit absorbé par Tëtude de chaque fait qui devait par degrés le conduire au résultat désiré , perdait de vue l'espace qui séparait la pensée de l'exécution. Cependant M. Guvier possédait au plus haut degré cette patience qui a toujours été regardée Coknme si nécessaire pour la découverte de quelque .vérité importante , et qui 9 selon Bùffon et selon M. Cuvier luimême , constitue le génie. Aucun travail , quelque minutieux qu'il pût être , ne lui coûtait quand il le regardait comme propre à le conduire à un but ; et cette patience était une véritable vertu dans l'homme dont un manvais raisonnement ou un sophisme faisait bouillonner le sang , et qui ne pouvait supporter la lecture des premières pages d'un livre qui n'apprenait rien, ou parcourir sans un vif sentiment d'irritation tout ouvrage qui portait l'empreinte des préjugés ou de la passion : il poussait si loin cette patience d'investigation , qu'il examinait jusque dans leurs moindres détails les livres élément aires destinés à propager l'instruction-, et qu'il