‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 43 sur 53 · QUATRIÈME PARTIE. SlQ · texte numérisé non relu

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mentanément le secrétariat de rAcadémie des Sciences , dont les travaux avaient été doublés par la mort de son collègue, le baron Pourier, jusqu'à ce que M. Arago fût élu à la place de ce dernier. Ensuite il lui avait fallu lire ses beaux éloges de sir Hurophry Dàvy et de M. Yauque* lin, dont j'ai déjà parlé, à la séance générale de rinstitut, et cette séance ayant été remise, avait apporté un nouvel obstacle à son départ. J'ai déjà dit comment il avait été induit en erreur par le calme apparent qui régnait dans Paris le matin du jour où il le quitta , ot les motifs qui l'engagèrent à continuer sa route, même après qu'il eut pris à Calais la résolution de revenir sur ses pas.

Puisque j'ai parlé de la séance générale des Académies du a6 juillet , je m'y arrêterai un instant pour détruire un fait controuvé qui a beaucoup circulé en Angleterre. On a prétendu qu'une querelle avait eu lieu, ce jour-là , avant la séance , entre M. Cuvier et M. Arago , querelle dans laquelle on avait eu beaucoup de peine à empêcher le premier de tirer son épée. Ce qui a pu donner naissance à ce bruit , c'est que M. Arago devait, dans cette solennité, prononcer l'éloge de M. Fresnel , dans lequel il

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avait inséré un passage très-violent contre le ministère Glermont -Tonnerre , passage qu'on eût pu aisément appliquer au gouvernement d'alors. M. Guvierfit entendre à M. Arago qu'il serait plus sage et plus prudent dV>mettre à la lecture cette partie de Téloge , et d'éviter tout ce qui pouvait exciter les esprits dans un pareil moment. Ce conseil fut donné de la manière la plus amicale , et M. Arago ayant défendu son passage avec beaucoup de chaleur , M. Guvier n'insista pas davantage. Quelques instans après, les deux secrétaires parurent ensemble en présence du public , dans la salle de 11nstitut, et au sortir de la séance, M. Arago alla diner chez M. Guvier; ils passèrent paisiblement la soirée ensemble, sans se douter que la simple différence d'opinion qui avait existé eatre eux y se convertirait, en passant le détroit, en une querelle violente et presque meiutrière.

M. Guvier avait d'abord été dans rintehtion de prendre la route de Douvres; mais, à la prière de mademoiselle Duvaucel, il remonta la Tamise et débarqua à la Tour. Depuis, il se félicita souvent de cette condescendance à laquelle il dut de voir les bords de la Tamise et les milliers de navires qui la sillonnent, spectacle

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dont aucun étranger ne peut se former une idée sans l'avoir vu. A son arrivée à Londres , il consacra une de ses premières sorties à voir toutes les caricatures nouvelles ; car il admirait beaucoup nos productions dans ce genre , et il possédait déjà une riche collection des meilleures qui eussent été publiées. Elles n'étaient pas un simple amusement pour lui , mais il les regar* dait comme des monumens curieux de l'histoire morale et politique de certaines époques ; souvent au milieu d'une conversation sérieuse sur les événemens de notre temps ou vobins de nous, il lui arrivait de citer diverses circonstances que la vue d'une caricature anglaise avait gravées dans sa mémoire. Pendant les quinze jours qu'il passa à Londres , il fut dans un mouvement continuel; mais l'inquiétude que hii faisaient éprouver les événemens politiques troublait tous ses plaisirs. Un accident dû au hasiaird ayant retardé l'une des lettres que madame Guvier lui écrivait chaque jour, il ne put goûter aucun repos pendant ces heures d'attente* Un matin il entra subitement , et sans s'annoncer, dans la chambre où j'étais avec mademoiselle Duvaucel, et nous embrassa toutes deux en s'écriant : « Enfin j'ai des nouvelles de

ai

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ma femme ! » Il nous lut ensuite la lettre, et nou3 demanda si nous n'étions pas aussi heureuses que lui ; puis il nous quitta , le cœur évidemment plein de joie , et sortit pour un rendez-vous au Muséum Britannique. U profita de son séjour pour prendre un grand nombre de notes, et exécuter plusieurs dessins relatifs à sesossemens fossiles et à son ichthyologie; lé peu d'heures qu'il dérobait à ces travaux étaient eoaployés à visiter les curiosités de la ville. L'aimable et spirituel baron Seguier, mortdepuis, était alors consul-général de France à Londres, et notre petit cercle se réunis* sait souvent chez lui ; les événemens qui se passaient alors en France étaient constamment l'objet de la conversation ; et ces deux hommes éclairés prédirent une partie de ceux qui sont arrivés depuis* M. Cuvier visita aussi Richmond qu'i| avait souvent entendu vanter; ce jour-là, le ciel était à l'orage avec des alternatives de pluie et de solei) qui ajoutaient encore à l'effet de la scène, et à cette occasion, M. Cuvier remarqua, qu'avec un pareil ciel sur un si faneau pays, il ne fallait pas s'étonner de la perfection à laquelle les Aurais ont porté le talent du paysage. Il avait l'intention de revoir Oxford, et de visiter Cambridge qu'il ne connaissait que par descrip-

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