QUATRIÈME PARTIE. 3l
fille dévouée, Tbabiteot constamment, entourées toutes deux des portraits de ceux qu'elles oût aimés 5 et se réfugiant dans le souvenir du passé avec un douloureux plaisir.
Après la mort de sa propre fille , M. Cuvier devint, s*\\ est possible, encore plus attaché à mademoiselle Duvaucel i jamais il n'avait fait dans sa conduite aucune différence entre elle et mademoiselle Cuvier; mais la mort de celleci lui rendit les soins de sa belle-fille plus nécessaires encore , et joignit à son affection pour elle un sentiment d'inquiétude que de douloureux souvenirs éveillaient sans cesse et qui se manifestait de la manière la plus touchante, soit qu'il aperçût sur son visage quelques traces de souffrance, soit qu'il l'entendît tousser, symptôme qui lui causait, toujours un grand effroi et semblait rouvrir toutes les plaies de son cœur.
En i83o, M. Cuvier, ainsi que nous l'avons vu, visita pour la dernière fois l'Angleterre, accompagné de mademoiselle Duvaucel, de la présence de laquelle sa mère avait consenti à se priver; car tel était le dévouement avec lequel toutes deux s'étaient données à sa personne, qu'il ne pouvait se passer d'avoir constamment
•3j8 mémoires suk m. cuvier.
Tune ou Tautre auprès de lui. Ce voyage ayant eu Heu, par hasard, au inomenl où Tenait d'ë* dater la réyolutioo de juillet, quelques bruits coururent à Londres qu'ils étaient partis pour fuir le danger. Le fidèle valet de^ chambre de M; Cuvier, apprenant ce qui ce disait à ce sujet dans les environs de Thôtel qu'il habitait, se hasarda à le rapporter à son maître, et loi demanda s'il ignorait réellement les événemens qui allaient se passer au moment de son départ, ce Croyez-vous , Lombard , répondit doucement M. Cuvier, que si j'eusse eu connaissance de ce qui allait avoir lieu , j'aurais abandonné madame Cuvier? a Pour ceux qui connaissaient l'homme, cette réponse était la meilleure réfutation d'un pareil bruit. La vérité était , qu'ayant si rarement la possibilité de s'absenter, et sentant la nécessité de se rendre en Angleterre pour quelques recherches scientifiques relatives à son grand ouvrage sur les poissons, que sa santé affaiblie par des travaux excessifs , exigeant , en outre , un changement d'air, de simples craintes ne pouvaient lui faire abandonner un projet dont l'exécution avait déjà été traversée par un concours singulier de circonstances. Dabord il avait été in^possible que M. Cuvier quittât mo-