TROISIEME PARTIE
aui amis qui lui prodiguaient leurs soins dans ce triste moment. M. Pasquier, qu'il avait rencontré dans la mémorable journée du mardi, étant venu le voir, il le reçut en lui disant : c Vous le voyez ! il y a loin de l'homme du mardi à celui du samedi; et tant de choses cependant qui me restaient à faire! trois ouvrages importans à mettre au jour! les matériaux étaient préparés, tout était disposé dans ma tête j il ne me restait plus qu'à écrire ; et voilà que la main me fait faute , et entraîne avec elle la tète. » M. Pas-^ quier, que sa douleur empêchait presque de parler, essaya de lui exprimer l'intérêt général dont il était l'objet, or J'aime à le croire , répliqua M. Cuvier ; il y a long-temps que je travaille à m'en rendre digne. » Vers le soir, la fièvre se déclara avec force et persista toute la nuit ; elle produisit une inquiétude cruelle chez le malade et des désirs incessans de changer de position ; en même temps l'activité des bronches cessa et fit craindre pour celles des poumons. Dans la matinée du dimanche, la fièvre disparut, et le malade put goûter quelque repos; mai6, en s'éveillant, il se plaignit que des rêves incohérens l'avaient agité, et qu'il sentait que sa tête allait s'engager. A deux heures de l'après-midi,
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et les dépenses qu'il a faites avec tant d'abandon pour l'avanceuient de la science. Après avoir rempli de si hautes fonctions dans l'Étaè , après avoir été chargé, sous l'empire , de missions , dont un homme avide eût profité pour s'enrichir y le fruit tout entier de ses économies ne s'élève qu'à cent mille francs (i). Sa bibliothèque lui avait coûté autant ; en outre , jamais il n'hésitait à se procurer de toutes les parties du monde , à ses frais, des objets d'histoire naturelle , non pour les garder, mais pour en faire don au Muséum. Si à cela
( i) Outre les livres qu*achetait lui -même M. Cutwt, sa bibliothèque s'augmentait de ceux publiés aux frais du GotiTerattroeot, qui lui en o&ait toujours un exemplaire, et des dons nombreux qu'il recevait des auteurs de toutes les parties du monde , qui s'empressaient de lui donner cette marque de respect , même lorsque leurs ouvrages n'étaient pas relatifs à Thistoire naturelle. Ils se montent, tous compris, i plus de dix-neuf mille volumes, sans comfller les brochures , les allas , etc. ; beaucoup portent en marge les notes de M. Cavier. U était vivemeol à souhaiter que cette bibliothèque restât entière, et madame Cuvier ayant désiré que cela (ùt ainsi, les légataires, qui étaienjt M. Frédéric Cuvier, son fils, M. Valenciennes et M. Laurillard, s'y prêtèrent sans hésiter, et le gouvernement consentit à acheter la collection complète. Lea fonds nécessaires pour cette acquisition ont été votés en' nlême temps que la pension de madame Cuvier; seulement il est à regretter que la valeur des livres ait subi une si forte baisse en France dans ces dernières années, et encore plus qu'il n'existe aucun bâtiment où l'on puisse déposer cette bibliothèque, et où le pu*