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Mémoires du baron Georges Cuvier

Avant d'entrer en matière, je crois devoir expliquer à mes lecteurs les motifs qui m'ont engagée à composer cet ouvrage, afin d'échapper au reproche de présomption que doit naturellement encourir une personne étrangère aux sciences , qui essaie d'exposer la vie d'un savant aussi illustre que M. Cuvier.

Lorsque la mort nous a ravi ceux sur qui nous avions placé tout notre amour et notre respect, et que le premier accablement du désespoir est passé , le sentiment qui s'éveille en nous avant tout autre est le besoin d'honorer la mémoire , et de faire connaître à tous les

i» MÉMOIRES SUR M. GUVIER.

hommes les vertus de l'être chéri que nous regrettons; sentiment qui prend sa source, non-seulement dans le noble orgueil de rendre justice à celui qui n'est plus , mais encore dans le désir de l'offrir comme un modèle à la postérité. Ce fut ce que j'éprouvai en sortant de la douleur profonde qui m'avait d'abord accablée ; je recherchai avidement toutes les notices qui parurent en Angleterre sur le baron Cuvier, dans l'espoir de rencontrer un éloge qui fût digne de lui ; mais bien que tous l'estimassent à sa valeur en le plaçant au-dessus des premiers naturalistes , aucun ne parlait de ses talens comme législateur, et tous gardaient également le silence sur sa vie privée. Cela, ainsi que l'inexactitude des détails , provenait plutôt de l'ignorance que d'une omission volontaire. Néanmoins, malgré le sentiment de regret que j'éprouvais en voyant que mes concitoyens connaissaient si peu l'un des hommes les plus admirables de notre temps, rien, à cette époque, n'était plus loin de ma pensée que de songer à éclairer l'opinion publique à cet égard.

Ceux qui étaient le plus empressés à me questionner sur la famille que laissait M. Cuvier, ou à m entourer de leurs soins dans

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