‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 2 sur 62 · I KO!) I (I ION. J · texte numérisé non relu

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mon affliction, paraissaient, pour la plupart, regarder comme une chose naturelle que je publiasse ce que je savais sur celui dont je déplorais la perte ; mais je sentais trop vivement mon insuffisance pour ne pas refuser de me livrer à cette entreprise. Quelques semaines après, cependant , ayant été priée par une ou deux personnes influentes de composer une courte notice sur ce sujet pour l'une de nos feuilles publiques, et craignant de m'en rapporter à ma seule mémoire, je sollicitai de la famille du baron Cuvier quelques dates dont j'avais besoin pour cet ouvrage. Ces dates me furent données avec un empressement qui m'assurait des sentimens de la famille, et je commençai mon travail. Mais les souvenirs s'accumulèrent sur les souvenirs , les anecdotes sur les anecdotes, jusqu'à ce qu'enfin il devint très-difficile de faire un choix parmi ces matériaux. La conviction de mon incapacité me fit hésiter longtemps ; mais je cédai enfin au désir général qu'on exprimait de me voir publier les docuinens nombreux que j'avais puisés aux meilleures sources. L'impatience que tous montraient de connaître le grand homme, dans sa vie privée et ses habitudes domestiques, semblait même m'indiquer la partie spéciale de

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sa carrière que je devais m 'attacher à décrite. Une voix secrète me disait que j'étais à même de détruire quelques erreurs répandues dans ie public ; que, peut-être, il n'y avait que moi en Angleterre qui , ayant été admise dans le sein de la famille de M. Cuvier, pouvait parler avec certitude de certains événemens ; et, en songeant à l'affection et à la tendresse qu'elle m'avait toujours témoignée , je commençai à croire qu'il y aurait quelque ingratitude de ma part à garder le silence. Je me déterminai alors à révéler à mes compatriotes le plus noble présent que la nature eût fait à M. Cuvier, je veux dire son cœur.

Tel est le but principal de cette biographie. Les travaux de M. Cuvier attestent la puissance surprenante de son intelligence; et le temps seul pourra montrer dans toute son étendue l'influence qu'il exerça sur la science. C est du temps également que nous devons attendre une opinion impartiale sur sa carrière politique ; mais il appartient à ceux-là seulement qui ont vécu avec lui, de rendre justice à ses hautes qualités morales ; et c'est dans l'espoir que ce livre pourra être utile, après moi, à ceux qui voudront composer un ouvrage plus étendu , que

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j'ai rassemblé les faits dont il se compose.

Ayant ainsi prévenu , a ce que j'espère , le sentiment de défaveur qui s'attache à toute espèce de présomption , et qui sattàqueraitpprobablement à ma personne, si je me croyais le talent nécessaire pour écrire la biographieM'un grand homme, je n'ai plus qu'un mot à dire à ceux à qui je suis inconnue ; car tout individu qui sort du cercle deses amis particuliers pour entretenir le public d'un personnage illustre, doit, avant tout, donner une garantie de la vérité de son récit, et faire connaître les circonstances qui lui ont fourni ses observations. Je ne puis mieux remplir cette obligation qu'en donnant en peu de mots quelques détails sur mes rapports avec la famille de M. Cuvier, à laquelle je fus présentée par un ami cher à tous les deux , le docteur Leach, conservateur du muséum britannique.

M. Bowdich et moi, nous étions de retour en 1818, lui de son second, moi de mon premier voyage en Afrique, lorsque, peu de temps après, il se rendit à Paris où l'avait précédé sa réputation de voyageur. La lettre d'introduction qu'avait remise à mon mari le docteur Leach était presque superflue près du baron Cuvier, qui le

reçut avec cette bienveillance encourageante qu'il témoignait toujours aux jeunes talens , et qu'il étendait à tous les hommes dont la vie était consacrée à la science. Frappé des facilités qu'offrait pour l'étude la capitale de la France , M. Bowdich résolut de s'y fixer pendant quelque temps , afin de se préparer à un second voyage en Afrique, principal objet de son ambition. Nous partîmes en conséquence tous deux pour Paris en 1819; et, depuis ce moment , la vaste bibliothèque de M. Cuvier, ses collections et ses dessins furent mis à notre disposition. Nous devînmes les amis intimes de la famille avec laquelle nous eûmes , pendant près de quatre années , des rapports de chaque jour. Nous emportâmes ses bénédictions en quittant la France; et quand je revins seule en Europe, je fus accueillie par elle comme si j'eusse été l'un de ses membres. Ma correspondance avec la belle-fille de M. Cuvier, et d'autres personnes de sa famille , n'a éprouvé aucune interruption depuis cette époque. J'ai reçu souvent l'hospitalité sous leur toit ; et, pendant quatorze années, aucun nuage n'a passé sur l'affection profonde qui caractérise notre intimité.

INTRODUCTION. n

Maintenant que j'ai exposé les motifs qui m'ont fait agir, et les droits que je crois avoir à la confiance de mes lecteurs , il ne me reste plus qu'à exprimer ma sincère reconnaissance à ceux qui m'ont aidée, soit par des notes, soit patleurs ouvrages (i), et à donner une esquisse du plan que j'ai cru devoir suivre.

Afin d'éviter la confusion que produiraient un trop grand nombre d'anecdotes intercalées dans dans le récit des évènemens , ou des travaux scientifiques et législatifs dont je dois parler, j'ai divisé cet ouvrage en quatre parties, de manière à ce que chacune ait à supporter sa part de détails. La première donnera les dates des évènemens les plus importans de la vie de M. Cuvier. La seconde contiendra l'examen de ses divers ouvrages comme savant ou philosophe. La troisième sera consacrée à sa carrière législative; et la quatrième enfin se bornera principalement aux anecdotes propres à faire connaître son caractère. En suivant cette marche, je pourrai peut-être tomber dans quelques ré-

(i) Je dois citer principalement parmi ces derniers, MM. le baron Pasquier, Lauriilard , le docteur Duvernoy et le baron de H.

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petitions; mais j'espère qu'on me le pardonnera, si l'on considère que chaque partie formera ainsi un tout complet par elle-même, ce qui rendra les recherches plus faciles.

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