LETTRE I
Pont-Saint-Maxence, dimanche iS mai 1 8 r i, au soir.
Ma tendre amie ,
Le temps , les chemins , les chevaux et les postillons se sont trouvés si excellens, que nous sommes arrivés à Pont-Saint-Maxence avant six heures, et que j'ai amèrement regretté les deux ou trois bonnes heures que j'aurais pu encore passer avec toi sans retarder en rien le terme de mon voyage ; crois du moins que je les y passe bien en imagination , et que le souvenir de tes caresses et de ta douce amitié fera le bonheur de toute ma route. Dis, je te prie , à Sophie combien j'ai été touché de ses adieux ; dis-le aussi à ma bonne Clémentine; pour Georges, il ne
pensait encore qu'au malheur de ne plus avoir de bêtes tous les soirs; mais je te prie de lui en promettre , et même de lui en donner quelquefois de ma part , en bois , en plomb , ou en toute autre matière solide ; car il m'a très-bien fait remarquer ce matin que des bêtes en gravure ne pouvaient pas se tenir debout. Ce pauvre enfant ne se doute pas combien il pourrait rencontrer chaque jour de bêtes qui se tiendraient debout. Ma bonne amie , nous nous portons bien; nous sommes dans une auberge supportable; notre voiture paraît vouloir résister; ainsi jusqu'à ce moment tout s'annonce bien. Prie Dieu que cela dure ; tu es si bonne qu'il ne peut te refuser. Adieu ; mille tendres baisers. C. G.