‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 23 sur 62 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

La partie des travaux du baron Cuvier, que je vais maintenant examiner, est, si je ne me trompe , la moins connue et certainement la moins comprise de toutes en Angleterre, à cause des différences prononcées qui existent nécessairement entre la législation de deux pays aussi dissemblables par les mœurs , les sentimens et le caractère. Mais, avant de commencer cet examen , je prierai mes lecteurs de ne pas perdre de vue les trois points suivans : premièrement, que l'unique ambition de M. Cuvier était de rendre les hommes meilleurs; secondement, que son entier dévouement aux progrès de la science avait pour mobile principal d'atteindre ce but ; troisièmement enfin, que par inclination naturelle, autant que par le résultatde ses réflexions, l'ordre était la maxime invariable et

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la règle constante de sa vie. Ces trois propositions bien établies, on conçoit que tout ce qui tendait à les contrarier était repoussé par lui avec l'attention la plus scrupuleuse ; que tout ce qui tendait à les affermir était au contraire l'objet de sa prédilection. II tenait à ses places, parce qu'elles lui donnaient le pouvoir de réaliser en partie ses généreux projets, et il aimait de préférence la forme de gouvernement qui favorisait le plus ses vues éclairées et philanthropiques; mais en même temps, il rejetait bien loin de lui, avec une fermeté qui ne s'est jamais démentie, tout ce qui aurait pu altérer ce repos de la conscience dont il avait absolument besoin pour exercer ses facultés dans toute leur étendue.

De ce que M. Cuvier a prêté son appui aux divers gouvernemens sous lesquels il a vécu, de ce qu'il a défendu leurs lois, leurs institutions , leur existence elle-même, soit en qualité de commissaire du roi devant les chambres, de conseiller de l'université ou conseiller d'état, on aurait tort d'en inférer qu'il fût aveuglément attaché aux formes existantes. Il voulait, au contraire , il appelait de tous ses vœux les perfectionnemens et les améliorations dont sa haute raison apercevait la nécessité; mais sa connais-

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sance de l'histoire de toutes les nations, et l'expérience de sa jeunesse, lui ayant appris que le renversement subit des formes et des institutions n'enfante que le désordre et l'anarchie , et arrête toute espèce de progrès, il voulait que ces améliorations n'eussent lieu qu'après de profondes méditations , qu'après une discussion calme , et une consciencieuse recherche des besoins véritables. Il sentait que la passion des innovations de toute espèce qui possédait son siècle , produisait un changement perpétuel de systèmes plus propre à détruire qu'à perfectionner ; et en conséquence ses actes et ses conseils tendaient à conserver tout en étant progressifs. «Toujours médiateur entre les temps passés et les temps à venir, entre la France et les autres nations , il combattait l'antipathie de ses concitoyens à l'égard des peuples qu'ils traitent de barbares, et cherchait de toutes ses forces à détruire les obstacles que leur vanité et leur versatilité opposent quelquefois à ce qui est sage et utile.»

On a souvent reproché avec amertume à M. Cuvier le grand nombre de places qu'il occupait. La meilleure réponse à cette attaque est la manière donl il s'acquittait des devoirs alta-

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