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chés à ces places; fait facile à vérifier, maintenant qu'elles sont passées en d'autres mains; quoique sa conduite dans tout le cours de sa carrière puisse seule montrer comment les revenus de l'homme d'Étal fournissaient au savant le moyen de poursuivre ses travaux, comment l'homme au pouvoir protégeait le naturaliste, comment enfin «le nouvel Aristote était devenu son propre Alexandre. »
Il serait difficile de décider dans quelle partie de sa vie publique M. Cuvier a déployé les lalens les plus élevés; les seules affaires de l'Université eussent suffi pour occuper et remplir la vie d'un homme , car non-seulement ces fonctions exigeaient de lui une quantité énorme de lettres, de notes, d'observations, mais, outre ce travail de chaque jour dont les personnes placées à la tête de cette administration peuvent seules se former une idée, il rédigea des mémoires et des rapports sans nombre, soit pour éclairer le ministère du moment sur la nature de cette institution , soit pour le mettre à même de la défendre contre ses nombreux ennemis. Appelé à faire partie du conseil de l'Université (1808), il attira bientôt l'attention du grand-maître, M. de Fontanel, qui le nomma commissaire
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pour soutenir une discussion qui devait avoir lieu au conscil-d'Elat en présence de l'Empereur, au sujet de l'Université impériale. M. Regnault de Saint- Jean- d'Angely parla d'abord contre l'Université , et soutint son opinion avec beaucoup de chaleur et avec le talent qui le distinguait. M. Cuvier lui répondit; et quand il eut cessé de parler , Napoléon, qui les avait écoutés tous deux avec la plus grande attention , se tournant vers M. Regnault . lui dit : « Je crois que vous êtes atteint et convaincu d avoir tort, etc.» Celte discussion et les rapports que fit M. Cuvier à son retour d'Italie et de Hollande , révélèrent ses taiens législatifs à l'Empereur, qui le nomma maître des requêtes au conseil-d'État. 11 donna même une plus forte preuve de la haute opinion qu'il avait de M. Cuvier, car il le chargea de faire le choix des livres qui devaient servir à l'éducation du roi de Rome. La liste en fut dressée et mise sous les yeux de Napoléon aux Tuileries; mais la guerre de Russie arrêta l'exécution de ce projet.
Elevé au rang de conseiller d'Etat (i) en 1 8 1 4?
(i) Cette nomination causa quelque surprise à la plupart des courtisans, et l'un d'eux, ayant eu l'occasion d'en parler à Napoléon, lui demanda « pourquoi il avait fail entrer un savant au conseil d'Etat. »
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M. Cuvier employa tous ses talens à détendre le corps dont il faisait partie ; non-seulement il lui prêta son appui dans les attaques qu'il eut à soutenir, mais il fut souvent obligé d'apprendre aux ministres eux-mêmes le rôle que jouait ce corps dans le gouvernement, et combien il était important pour eux de le conserver. Les archives des ministères contiennent un grand nombre de mémoires de lui sur ce sujet , dans lesquels il démontrait la nécessité de séparer le pouvoir judiciaire du pouvoir administratif, comme l'avait voulu l'Assemblée Constituante; et prouvait en même temps que cette séparation ne pouvait s'effectuer sans la création d'un conseil-d'Etat. Les devoirs de ce corps consistent à préparer les lois, à examiner ies ordonnances, et à décider si les plaintes portées contre les agens du gouvernement doivent être renvoyées par devant l'autorité judiciaire. Il est composé d'hommes éclairés, qui offrent plus de chances d'impartialité que les employés des bureaux surlesquels ces attributions retomberaient nécessairement. Un petit nombre d'années aprèssanomi-
L'empereur répondit : « Afin qu'il puisse prendre quelque re|K><ï. » Il savait que , pour un homme tel que M. (Juvier, le seul repos possible était un changement d'occupations.
nation au conseil-d'Klat, nous voyons M. Cuvier nommé président du comité de l'intérieur; et, à partir de ce moment, ses devoirs législatifs et ceux que lui imposaient ses fonctions universitaires, eurent une marche tellement simultanée, qu'il devient difficile, pour ne pas dire impossible, de les examiner séparément. Appelé à ces emplois importans à une époque où tout avait besoin d'être vivifié et réorganisé , les difficultés qu'il rencontra sur sa route sont à peine croyables ; mais avec quelle énergie et quel talent n'imprima-t-il pas à tout le mouvement et la vie! L'instruction publique était attachée à la présidence du comité de l'intérieur; il lui fallut créer des plans pour les éludes, régler la discipline des écoles, prendre des résolutions d'après les besoins présens d'un nouvel ordre social, tout en n'obéissant à ces besoins qu'autant qu'ils n'étaient pas en opposition avec ces principes d'ordre public ou privé , sans lesquels il n'y a de repos ni pour l'État ni pour les familles; enfin, il lui fallut donner à la génération naissante l'instruction et les habitudes les plus propres à conserver les liens de la société, et choisir les hommes les plus dignes de répandre ces bienfaits dans toutes les parties du royaume.
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Quelle ne devait donc pas être la force de cette intelligence, qui, outre ces devoirs multipliés , embrassait encore tontes les branches de la science et de la littérature! Je n'oserais avancer que d'autres hommes n'ont pas reçu d'en haut des facultés aussi éclatantes , mais j'affirmerai sans hésiter que le principe d'ordre dont M. Olivier avait fait la règle de sa conduite, fut le moyen humain qui lui servit à donner aux heureux dons que lui avait faits le ciel , tout le développement dont ils étaient susceptibles.
M. Cuvier s'occupa beaucoup des lois municipales et départementales, ainsi que des lois sur l'instruction publique , et travailla constamment à les améliorer dans toutes leurs parties. Mais ses projets ne furent que trop souvent modifiés avant l'exécution , car il avait dans les jésuites , ainsi que cela devait être , des ennemis redoutables. Non content d'expédier des ordonnances au ministère de l'intérieur, il y joignait un grand nombre de mémoires où leurs motifs étaient exposés avec la plus grande lucidité, et qui formaient ainsi autant de commentaires précieux pour chacun de leurs articles. Il crovait tout aussi nécessaire de faire connaître les mol ifs des lois que les lois elles-mêmes, attendu
que l'opposition et les attaques qu'elles éprouvent souvent , naissent de ce que le public ignore les raisons sur lesquelles elles sont appuyées.
Sous le ministère créé le 26 septembre i8i5, et composé de MM. de Richelieu, Marbois, Corvetto, le duc de Feltre, Vaublanc, Dubouchage et Decazes, M. Cuvier rendit à la France un service signalé , dont je ne puis mieux parler qu'en transcrivant une note qu'il a laissée sur ce sujet: « J'eus alors occasion de rendre à la France de grands services qui n'ont pas été publiés, mais que je serais fâché qu'on ne connût point. R. C. me soutint dans tous les adoucissemens que nous fîmes apporter dans le conseil aux lois de terreur que l'esprit du temps y faisait préparer; mais les modifications qui rendirent celles des cours prévotales presque inoffensives ne sont dues qu'à moi seul. Dans le premier projet on leur attribuait juridiction , non seulement sur les révoltes et attentats publics et à force ouverte , mais sur les complots et tentatives tramées dans le secret, et non-seulement sur ceux de ces crimes qui auraient lieu après la loi , mais sur tous , sans distinction d'époques. 11 était évident que dans un pays comme
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le nôtre, où il y a tant d'hommes de tontes les classes toujours prêts à suivre le torrent, ces deux dispositions pouvaient faire des cours prévotales autant de tribunaux révolutionnaires. Cependant nous n'obtînmes rien aux comités réunis de l'intérieur et de législation, où la loi se préparait; mais après une séance du conseild'Etat, qui avait été présidée par le duc de R.., je lui demandai de faire discuter ces questions en sa présence par une nouvelle réunion des comités. Je crois que je n'ai jamais parlé avec tant de force ; et malgré la chaleur qu'y mirent MM. . . je réussis, par le bon esprit et le caractère honnête et pur du duc do R., à faire rayer l'article des complots secrets. Il restait la rétroactivité- M. de S. la combattit dans la commission de la
chambre; elle y fut défendue par MM ; on
m'invita à me joindre à eux, comme je l'aurais dû naturellement en ma qualité de commissaire du roi, mais je m'y refusai, et elle ne passa pas. Les cours prévotales ont fait assez de mal telles qu'elles ont été établies, mais j'ose dire que leurs effets eussent été incalculables si l'on n'eût pas changé le projet sur ces deux points. A l'égard des complots, j'en suis la seule cause; à l'égard de la rétroactivité, j'y ai contribué aver M. de S. »
Toujours guidé par le sentiment du bien qu'il pouvait faire et du mal qu'il pouvait empêcher, on vit M. Cuvier, sous tous les ministères, nonseulement défendre les institutions dont l'existence était menacée, niais encore réussir en général dans les chambres, et dans le conseil, à prévenir les changemens intempestifs qui les
auraient affaiblies. Sous le ministère de M
la proposition fut faite d'introduire les jésuites dans l'Université; c'eût été la livrer entre leurs mains, et c'est à la résistance ferme et éclairée de M. Cuvier, qu'est due la non adoption de cette mesure qui, selon toute apparence , eût amené la destruction de cet établissement. Son refus de faire partie de la commission de censure pour la presse, dans un moment où ce refus eût pu entraîner les plus fâcheuses conséquences pour lui , prouve d'une manière encore plus éclatante, qu'il n'était pas homme à sacrifier sa conscience h ses places. Cette affaire ayant été présentée dans le temps sous un faux jour, je crois devoir la rapporte» avec toutes ses circonstances. M. Cuvier, en sa qualité de conseiller d'Etat, avait été un des premiers à s'opposer énergiquement à l'établissement de la censure , et avait soutenu vivement son opinion en plein conseil et à la
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• hambre des dépotés, ne négligeant, aucun argument ni aucun effort pour arrêter cette mesare. Jusque-là il était resté dans les limites du droit que lui donnait sa position dans le gouvernement ; mais la démarche d'un autre corps le plaça dans une situation beaucoup plus délicate. L'Académie Française résolut de s'interposer dans cette affaire ; on disputa beaucoup sur la question de savoir, si une assemblée purement littéraire avait le droit de se joindre aux partis et de s'immiscer dans les affaires de l'Etat. M. Cuvier était d'avis «pie ce corps, en agissant ainsi, perdait de vue le caractère qui lui était propre; qu'il compromettait par là l'harmonie qui régnait entre ses membres , qu'il perdait les moyens d'être utile en se dépouillant de son indépendance politique, enfin qu'il sortait entièrement des bornes légales en présentant une pétition au nom d'un corps, privilège qui, en France, n'est accordé qu'aux individus. Ces motifs seuls l'engagèrent à employer toute son éloquence pour que la pétition ne fût pas présentée au roi. Il exposa sans hésiter tous les inconvéniens, toutes les odieuses conséquences de la loi de censure, mais en même temps il persista à soutenir que l'Académie n'avait aucun
droit de prendre part aux questions politiques , et que, si elle s'arrogeait une fois ce privilège , elle finirait par devenir l'instrument des partis. Néanmoins, son éloquence et ses argumens ce servirent à rien dans cette circonstance; la pétition de l'Académie fut rédigée, mais Charles X ne voulut pas même recevoir la deputation. Les membres qui venaient d'éprouver ce refus gagnèrent par là les bonnes graces de la multitude, tandis que M. Cuvier et ceux qui avaient partagé son opinion, furent accusés de sacrifier la cause de la liberté à leur intérêt personnel. La résistance de la chambre des pairs, qui avait alors plus d'influence qu'elle n'en a aujourd'hui, fit néanmoins abandonner le projet de censure pour un certain temps. Il fut présenté de nouveau la même année, et les ministres, sans demander à M. Cuvier son consentement, avant même qu'il connût la résurrection du projet , le portèrent sur la liste des censeurs. Le lundi, i4 juin 1827,8 minuit, il reçut une dépêche officielle du gouvernement écrite par M. Peyronnet , par laquelle il apprit que sa nomination paraîtrait le lendemain à neuf heures du matin dans le Moniteur. Refuser de telles fonctions, prévoir lescon-