PREMIERE PARTIE
Georges-Léopold-Chrétien-Frédéric-Dagobert Cuvier naquit à Montbéliard , département du Doubs , le 10 août 1769. Cette ville, qui appartient maintenant à la France, faisait alors partie du royaume de Wurtemberg. Sa famille était originaire d'un village du Jura qui porte encore le nom de Cuvier, et s'établit à Montbélîard à l'époque de la réforme. Son aïeul eut deux fils : l'un se vendit célèbre par son savoir; et l'autre, le père de Georges Cuvier, entra dans un régiment suisse au service de France. La conduite brillante qu'il tint dans plusieurs circonstances lui valut d'être créé chevalier du Mérite militaire , ordre qui équivalait pour les protestans à ce qu'était !a croix de Saint-Louis pour les catholiques. Après quarante années de service , il so retira avec une modique pension à Montbéliard, où il fui parla suite nommé com-
mandant de l'artillerie de la place. 11 avait épousé, à l'âge de cinquante ans, une jeune personne d'un grand mérite , de laquelle il eut trois fils. Le premier mourut pendant que sa mère était enceinte de son second enfant ; et le chagrin qu'en éprouva celle-ci mina lentement ses forces, au point que Georges, qui était cet enfant, s'en ressentit long-temps. Il vint au monde avec une constitution si débile que , pendant ses premières années, il promettait à peine d'arriver à l'adolescence. Les soins que lui prodigua cette excellente mère pendant cet intervalle, firent sur lui une impression qui ne s'est jamais effacée, même dans les derniers temps de sa vie, et au milieu des occupations qui absorbaient toute son existence. Tout ce qui se rattachait à la mémoire de celle dont il tenait le jour lui fut toujours cher. Il aimait à se rappeler sa tendresse et à s'arrêter sur les circonstances les plus insignifiantes qui réveillaient son souvenir.
11 éprouvait, par exemple , un vif plaisir à s'entourer des fleurs qu'elle préférait; et celui qui plaçait dans sa chambre , ou dans son cabinet de travail , un bouquet de giroflées rouges était sûr de recevoir ses remerciemens les plus affectueux pour lui avoir offert ce qu'il appelait « sa