‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 40 sur 62 · QUATRIÈME PARTIE. 'j.Ç)i · texte numérisé non relu

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a dirigé la construction de la plupart des cartes géographiques de M. Selves, dont il a lui-même colorié les modèles (1).

M. Cuvier était dune taille moyenne , et svelte dans sa jeunesse; mais sa vie sédentaire lui avait fait prendre de l'embonpoint dans ses dernières années, et ses épaules s'étaient un peu voûtées par suite de sa vue qui était trèsbasse; ses cheveux, qui étaient blonds autrefois, et dont l'âge avait altéré la couleur, ont cependant, jusqu'au dernier moment, orné sa belle tête de leurs boucles pittoresques. La grandeur de son cerveau avait, été remarquée par MM. Gall et Spurzheim, qui assuraient n'en avoir jamais vu d'aussi vaste, et leur opinion a été constatée après sa mort; ses traits étaient d'une régularité remarquable, son nez aquilin, sa bouche pleine de bienveillance et son front très- développé : mais il est impossible de donner par une simple description une idée juste de ses yeux. Ils réunissaient à la fois l'intelligence, la vivacité et la douceur; longtemps avant qu'il nous fût enlevé, i'erpression céleste de ses regards m'avait frappée et m'in-

M. Laurillard.

aQI MÉMOIRES SUR M. CUV1ER.

spirait une sorte de frayeur, car elle semblait déjà n'être plus de ce monde. Il existe un grand nombre de poi traits de tous genres de M. Cuvier; mais excepté le médaillon de M. Bovy, la médaille en cuivre , le buste en plâtre de M. Lavi de Turin, la lithographie de M. Maurin et le portrait à l'huile de M. Pickersgill, ils donnent à peine une idée de sa physionomie ; quelques-uns même sont de véritables caricatures. Le buste en bronze modelé et si généreusement offert à la Société Royale de Londres, par le célèbre sculpteur M. David, a été fait sur un moule pris après la mort. Sous le rapport de l'art , ce buste ne mérite que des éloges, mais il est évident que M. David, en sa qualité d'artiste, a été surtout frappé de la beauté classique de la tête et des traits de M. Cuvier, et qu'en s'attachant trop à la rendre, il a perdu de vue le caractère de bienveillance qu'exprimait sa physionomie (i). Le bas-relief en bronze exécuté d'après le buste, présente nécessairement les mêmes défauts. Le portrait de M. Pickersgill est incontestablement le meilleur de tous; on peut, en le voyant, se former une idée juste

(i) Depuis que ceci a été écrit , j'ai vu le buste en marbre, exécuté d'après le même modèle, el offert à madame Cuvier par ce généreux

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de la régularité des traits , de l'expression de ce regard où se peignaient si bien les grandes et sérieuses pensées du dedans et qui voyaient au-delà de ce inonde. Pour me servir des propres paroles de M. Pickersgill : « il a essayé de saisir l'essence de l'homme , » et son talent s'est trouvé à la hauteur de cette difficile entreprise (1).

M. Cuvier portait dans les moindres détails de la vie , cet amour de l'ordre qui le caractérisait à un si haut point dans les grandes choses. Son costume de dissection n'était pas brillant , à la vérité; mais en toute autre occasion sa toilette était toujours soignée; les costumes de l'Université ont été dessinés par lui , et ces dessins accompagnaient le décret rendu à ce

et patriotique artiste. Il est supérieur au buste en bronze, et repose maintenant sur un piédestal dans la chambre et à l'endroit même où ont été déposés les restes du grand homme jusqu'au moment où ils ont été enlevés pour être transportés à sa dernière demeure.

(i) Je ne puis quitter ce sujet sans citer le trait suivant , qui fait encore plus d'honneur à M. Pickersgill que son admirable talent d'artiste. Après la mort de son noble époux , madame Cuvier, sentant tout le prix du portrait dont je parle, désira naturellement en posséder une copie de la même main qui avait si habilement exécuté la première. Je fus chargée de négocier cette affaire , et le résultat fut que M. Pickersgill exécuta lui-même la copie désirée , qui n'est pas inférieure pour la ressemblance à l'original, et l'offrit à madame Cuvier, en disant qu'entre la veuve du grand Cuvier et lui ses services

sujet. Je désirais beaucoup le voir dans son grand costume universitaire, et j'eus ce plaisir un jour qu'il le revêtit pour assister à une séance solennelle. La longue robe flottante de velours violet bordée d'eraiine , ajoutait à la hauteur de sa taille et déguisait sa corpulence ; la toque de velours laissait voir une partie de ses cheveux; ainsi vêtu et décoré de tous ses ordres, il était véritablement imposant. Lesbâtimens du Jardin , élevés sous sa direction , sont autant de monumens qui attestent le bon goût qu'il portait jusque dans les plus petits détails. La ménagerie des animaux féroces est d'une simplicité et d'une beauté classiques , et a été construite entièrement d'après ses dessins et sous son inspection lorsqu'il occupait le poste

ne pouvaient être une question d'argent. Le plaisir douloureux avec lequel ce généreux don fut accepté, était la récompense la plus précieuse que pût recevoir l'artiste, else peint mieux que je ne pourrais le faire dans le passage suivant d'une lettre que m'écrivait une personne de la famille : « C'est lui , c'est sa pensée noble, pure, élevée et souvent mélancolique, quoique toujours bienveillante et calme comme la vraie bonté; c'est son anie dans ses yeux, c'est le grand homme passant sur la terre, et sachant qu'il y a quelque chose audelà. « Ou me pardonnera de révéler ainsi les sentimens secrets de personnes vivantes, quand on songera combien il est consolant et utile de rencontrer des actions de ce genre au milieu de l'égoïsme universel.

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de directeur annuel. L'aile nouvelle du Muséum qui touche au corps-de-garde, a été également construite sous sa direction.

Les manières de M. Cuvier rappelaient par leur politesse aisée celles des Français du dernier siècle ; cependant on lui reprochait quelquefois un peu de raideur; et l'on ne peut nier que dans de rares occasions il ne montrât une hauteur réelle , mais seulement lorsqu'il la jugeait nécessaire. L'accueil qu'il faisait aux jeunes gens était toujours encourageant , et ceux-ci n'étaient jamais plus sûrs de lui plaire, qu'en parlant en sa présence avec toute la franchise de leur age. Envers les femmes il se montrait plein de respect et de bienveillance; il savait distinguer celles qui avaient droit à quelque chose de plus que les égards ordinaires dus à leur sexe, et le leur prouvait en recherchant leur conversation. Les soins qu'il prodiguait à ses hôtes étaient remarquables de la part d'un homme aussi occupé; il cherchait à prévenir leurs désirs; il s'informait si rien ne leur manquait dans leur appartement, les engageait à se rendre au salon s'il y arrivait quelqu'un dont il pensât que la présence pût exciter leur curiosité ou leur intérêt, A l'époque où lenthou-

siasine pour les Grecs avait, tourné toutes les têtes à Paris, nous le vîmes un jour, après qu'il eut pris congé de nous, reparaître tout à coup avec un bel enfant grec , le fils de Colocotroni, qu'il avait rencontré en sortant du Jardin; pensant que nous le verrions avec plaisir, il avait pris la peine de revenir sur ses pas pour nous le présenter. Si l'on exprimait le désir de lire un livre rare qui n'existât point dans sa vaste bibliothèque, il l'apportait en revenant de l'Institut; en un mot , malgré les devoirs importans qu'il avait à remplir comme savant et comme législateur , il trouvait encore le temps de penser aux plaisirs de ses hôtes. De temps en temps, lorsque l'été apportait quelque relâche aux nombreuses fonctions de sa vie publique , il aimait à partager nos promenades, et je me rappelle qu'une fois, en parcourant le Jardin, il remarqua la fleur brillante de la coreopsis tinctoria , qui était alors nouvelle en France , et que personne de nous ne connaissait. Il nous quitta surle-champ pour aller aux informations, et nous rapporta bientôt le nom de la fleur, celui du genre, de l'espèce , etc. , et se retira , enchanté d'avoir acquis cette connaissance nouvelle. Tel il se montrait dans toutes les circonstances,

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