PREMIERE PARTIE
du Gymnase, et pendant les fréquentes visites qu'il faisait à l'un de ses parens qui possédait un exemplaire complet de Buffon. Doué d'une mémoire qui retenait tout ce qu'il voyait ou lisait , et qui ne l'abandonna à aucune époque de sa carrière, il devint, à douze ans, aussi familier avec les quadrupèdes et les oiseaux qu'un naturaliste de premier ordre. Il copiait les planches de l'ouvrage de Buffon et les enluminait soit avec des couleurs, soit avec des morceaux d'étoffe qu'il découpait et fixait ensuite sur le papier. On ne le rencontrait jamais sans qu'il n'eût sur lui un volume de ce dernier auteur qu'il lisait et relisait sans relâche; souvent môme, dans la classe, il partageait son attention entre les pages de Buffon et les auteurs latins qu'on expliquait. L'admiration qu'il •'prouvait à cette époque de sa jeunesse pour son illustre prédécesseur dura autant que sa vie, et il n'omil jamais aucune occasion de l'exprimer en public , ou dans ses entretiens particuliers. Les charmes du stvle de Buffon firent
toujours sur lui la plus vive impression, et il ressentait pour cet écrivain une sorte de reconnaissance , non-seulement pour le zèle qu'il avait déployé en faveur de l'histoire naturelle,
l/| MÉMOIRES SUP. M. CUVIER.
ou pour les jouissances qu'il lui avail procurées pendant ses jeunes années, mais encore à cause des prosélytes qu'il avait gagnés à la science par la magie de son langage. Lorsque le disciple fut devenu à son tour un grand maître, me trouvant un jour profondément occupée d'un passage de Buffon, M. Cuvier m'expliqua quelles avaient été ses sensations en le lisant pour la première fois, et ajouta qu'elles ne s'étaient pas affaiblies dans un âge plus mûr, et que forcé , dans l'intérêt de la science, de relever quelques erreurs commises par ce grand naturaliste, il n'avait jamais cessé de l'admirer et de témoigner hautement son admiration.
Les premiers indices du talent que devait montrer plus tard M. Cuvier comme législateur, commencèrent à paraître dès l'âge de quatorze ans. 11 choisit à cette époque un certain nombre de ses condisciples, et les constitua en une académie don!: il fut nommé président. Il en arrêta les statuts, et fixa le jour des séances au jeudi de chaque semaine à une heure déterminée. Là, assis sur le pied de son lit , tandis que ses jeunes collègues étaient rangés autour d'une table, il faisait lire quelque ouvrage, soit d'histoire naturelle, soit de philosophie ou d'histoire ou de