‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 6 sur 62 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

voyages; puis on se livrait à des discussions sur l'objet de la lecture; chacun présentait ses réflexions; après quoi, le jeune président faisait un résumé, et prononçait une espèce de jugement dont les conclusions étaient toujours unanimement adoptées par ses camarades. M. Cuvier possédait déjà à un degré remarquable l'art du débit ; et il en donna une preuve lors de l'anniversaire de la fête du souverain du pays, le duc Charles de Wurtemberg, en composant sur la prospérité dont jouissait la principauté de Montbéliard, un discours en vers qu'il prononça avec un aplomb qui surprit tous ses auditeurs. De même que la plupart des jeunes gens de Montbéliard que leurs talens en rendaient dignes et qui n'avaient point de fortune, on le destinait à l'Eglise. Il existait à Tubingen une école libre qui avait été fondée en faveur des jeunes gens de cette classe, et où ils recevaient une éducation complète. Mais le chef du Gymnase qui ne pardonnait point à G. Cuvier quelques épigrammes dont il s'était senti blessé, changea sa destinée en n'accordant que le troisième rang à sa composition , lorsque les élèves présentèrent leurs productions pour obtenir les places vacantes. M. Cuvier avait la conscience que cette dernière

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composition égalait celles qui jusque-là lu iavaien t presque constamment valu la première place dans ses classes; aussi cette partialilé l'indigna-t-elle, et il ne songea plus à Tubingen où il ne desirait se rendre que pour y trouver les moyens de continuer ses études : plus tard il se regarda comme très-heureux d'avoir éprouvé une injustice qui avait donné une direction si différente à sa carrière.

Le duc Charles, oncle du roi actuel de Wurtemberg, informé des progrès du jeune Cuvier, et frappé de l'éloge qu'en faisait la princesse sa sœur, le fit paraître en sa présence, pendant un voyage qu'il faisait à Montbéliard. Après lui avoir adressé plusieurs questions et avoir examiné ses dessins, il déclara son intention de le prendre sous sa protection spéciale , et de lui faire terminer ses études à l'université de Stuttgard, dans l'académie fondée par lui sous le nom d'Académie Caroline. M. Cuvier n'avait alors que quatorze ans, mais les études préparatoires qu'il avait faites au Gymnase de Montbéliard l'avaient mis à même de prendre place parmi les étudians les plus distingués de l'académie. 11 quitta donc le toit paternel pour la première fois; on l'envoyait parmi des étran-

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