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LE LOUVRE ET LES TUILERIES

Pendant la Domination Romaine, le Palais des Thermes situé hors la ville, sur la rive gauche de la Seine, recevait les Empereurs qui visitaient les Gaules, et les souvenirs du séjour qu'y fit TEmpereur Julien, transmis d'âge en âge, appartiennent à l'Histoire de Paris.

Les Rois de France de la première et de la seconde Races ont laissé de moindres marques dans la Cité même, avant Eudes, qui fortifia « le Palais » contre les invasions des Normands (888).

Robert, fils de Hugues Capet, développa ces constructions (996).

Au xii* siècle, Louis le Gros et Philippe-Auguste, son pelit-fils, en complétèrent les défenses par l'érection de trois tours, qu'on voit encore. L'une d'elles, sur le Quai de l'Horloge, porte même le nom de Philippe- Auguste.

Mais ce Prince, auquel est due la première enceinte complète de Paris, où toute une ville nouvelle s'était fondée, fit aussi construire antérieurement, au bord du fleuve, en aval, la première tour et les premiers bâtiments du Louvre.

Sans doute, il protégea par ce moyen l'extrémité la plus exposée de son rempart. Toutefois, il est permis de supposer que Philippe -Auguste se préoccupait, comme d'autres puissants Rois après lui, de se ménager en môme temps, hors la ville, une résidence à l'abri des agitations fréquentes et des entreprises possibles au dedans.

Cependant, ses successeurs, tout en accroissant le Louvre jusqu'à faire de son ensemble une véritable forteresse, continuèrent à demeurer au Palais, où saint Louis édifia, non seulement la Sainte-Chapelle, mais encore le Donjon appelé Tour de Montgomery, depuis la captivité du Sire de ce nom, la grande Salle et le Trésor des Chartes.

Philippe le Bel y fit faire d'autres constructions importantes et de nouvelles défenses de ses murs, sous la direction de son infortuné Contrôleur Général des Finances, Enguerrand de Marigny.

Ce Roi tint au Palais de la Cité la première Assemblée des États-Généraux, et quand il institua les Parlements, il y logea celui de Paris.

C'est Charles V, qui, sous l'impression du meurtre de Jean de Conflans et de Robert de Clermont, commis au Palais même, en sa présence, par les suppôts du Prévôt des Marchands, Etienne Marcel, transféra le siège de la Royauté dans le Louvre, en 1358, durant la captivité du Roi Jean, son père. Lui-même alla résider à l'Hôtel Saint-Paul, qu'il avait acquis, agrandi, puis, entouré de vastes jardins, et surtout, de vergers renommés, et qu'il donna, dès 1364, au Domaine, lors de son avènement au Trône. Mais il se servait des grandes salles du Palais pour ses festins et réceptions. Le banquet splendide, qu'il offrit à l'Empereur Charles IV, eut lieu dans la salle de la Table de Marbre.

Les successeurs de ce Roi, sage et prudent, résidèrent au Louvre, officiellement, bien que plusieurs, Louis XI, Charles VIII, Louis XII, aient fait de notables embellissements au Palais.

Mais, à partir du règne de François I", les Rois s'oc-

cupèreni surtout du Louvre en premier lieu, des Tuileries ensuite.

C'est dans la dernière année de la vie du Roi-Chevalier (1847) que furent projetées, et, sous le règne de Charles IX, que furent continuées et nettement caractérisées les constructions nouvelles, par Pierre Lescot, Seigneur de Clagny, le grand Architecte. On lui doit le Pavillon dit de THorloge et ses ailes, qu'il bâtit sur remplacement de la Grande Salle Gothique du Trône de Charles V et des Rois suivants, de Charles VI à Louis XII, dans la vieille forteresse de Philippe-Auguste, considérablement agrandie avant que le Prévôt des Marchands, Etienne Marcel, fît abattre une partie de l'enceinte élevée par ce grand Prince, pour la reporter en aval du Louvre, afin d'englober la demeure du Souverain dans Paris, et de mieux tenir son Maître sous sa puissance factieuse.

A la suite de ses premières constructions, Pierre Lescot installa le nouveau logement royal, dans un bâtiment perpendiculaire au Quai ; il édifia la Petite Galerie, parallèle au fleuve, décorée par Jean Goujon dans le goût le plus pur de la Renaissance , galerie qui porte le nom de Henri II, et qui forme retour à rOuest, jusqu'à l'ancien Pavillon de Lesdiguières.

En aval de celui-ci, la Tour dite en Bois (bien qu'elle fût en pierre), à cause des engins de balistique la surmontant, terminait la clôture de Paris, modifiée de ce côté, comme je viens de le dire, par Etienne Marcel, et nommée Enceinte de Charles V. On y pratiqua la Porte-Neuve, bien après l'ouverture de celle qui donnait accès à la Rue Saint-Honoré, laquelle ne descendait pas plus bas que cette Enceinte, à Tavënement

de Charles IX et de Tinfluence prépondérante de la Reine-Mère : Catherine de Médicis.

Je note, en forme de parenthèse, que l'Empereur Napoléon III, pour conserver les compositions de Jean Goujon, fit remplacer les pierres effritées des façades de la Petite Galerie, par d'autres, où Ton reproduisit fidèlement les anciennes sculptures, conformément aux modèles fournis par des moullages exécutés avec le plus grand soin.

Il est impossible de supposer que Henri II, quand il fit construire cette galerie en retour, le long du Quai, pensÀt réunir, un jour, les Tuileries au Louvre; car les Tuileries n'existaient encore qu'à l'état de projet !

Ce fut seulement plusieurs années après sa mort, que sa veuve, sur l'indication de Pierre Lescot, — de M. de Glagny, comme on le désignait, — chargea le Lyonnais Philibert Delorme d'en dresser le plan et, plus tard, d'en exécuter les constructions, en vertu d'une Ordonnance obtenue du Roi, son fils, sur des terrains précédemment acquis hors ville et complétés par de nouveaux achats.

Le projet de Philibert Delorme ne comprenait que le Pavillon Central des Tuileries, les Pavillons dits de Médicis et les ravissantes galeries intermédiaires, qui n'avaient primitivement qu'un étage et la demi-épaisseiur de ces hautes et massives constructions. Elles offraient, à l'Ouest, du côté du jardin, des terrasses ornées de magnifiques vases, supportées par des arcades formant, au rez-de-chaussée, des promenoirs couverts. L'effet de l'ensemble, que j'ai vu, non encore

modifié, sous les règnes des Rois Louis XVIII et Charles X, était incomparable.

Philibert Delorme mourut avant d'avoir complètement terminé son œu\Te capitale, dont Jean BuUant fut le continuateur. Il est certain que, loin de songer à rattacher les Tuileries au Louvre, il méditait une combinaison inconciliable avec ce dessein.

D'ailleurs, Tenceinte fortifiée de Charles V, qui suivait à peu près la ligne actuelle de la grille des Tuileries, sur la Place du Carrousel, constituait un obstacle dont on n avait pas lieu de prévoir la disparition prochaine, et qui ne fut détruit quen 1634, sous le règne de Louis XIII.

Le nouveau Louvre ne se composait encore, alors, que des constructions de Pierre Lescot.

Après la mort de Philibert Delorme et pendant une longue suite d'années, les Tuileries ne dépassaient pas, je le répète, les Pavillons de Médicis.

Ceux de Flore et de Marsan ne furent élevés que sous le règne de Henri IV, par Jacques Androuet Du Cerceau, qui les relia par deux corps de logis aux précédents.

C'est également sur Tordre de Henri IV que le même Architecte construisit « à telles fins que de raison », ainsi que le disait ce Prince habile, la Grande Galerie se décrochant à fausse équerre du Pavillon de Flore, pour aller, en remontant, gagner celui de Lesdiguières et se réunir de 'cette façon à la Galerie de Henri II, en dépit de Tenceinte de Charles V.

Henri IV montrait, paraît-il, une grande hâte d'obtenir ce résultat. Il ne s'agissait pas d'une combinaison

architecturale décorative. Ce Roi vaillant, chez qui le Courage n'excluait pas la Prudence, tenait à s'assurer une voie, toujours ouverte pour lui, traversant la muraille fortifiée de Paris, et lui permettant de sortir de la ville sans donner Téveil à personne autour de lui.

Sous le règne de Charles IX, une enceinte nouvelle, qui reçut le nom de ce Prince, avait été construite par les ordres de la Reine-Mère, à Fextrémité des jardins des Tuileries, sur l'emplacement actuel de la Place de la Concorde, — que recouvraient alors, comme celui de nos Champs-Elysées, des terres en culture et des marais, — mais seulement afin de préserver son Palais préféré des attaques extérieures.

Celte enceinte, perpendiculaire au fleuve, suivait Talignement de notre Rue Royale. Elle se terminait, sur le Quai, par la Porte de la Conférence, dont la clé représentait, pour elle et pour le bon Roi Hjenri, la clé des champs. De l'autre côté, la Rue Saint-Honoré, dont la première Porte, celle de l'Enceinte de Philippe- Auguste, se trouvait à la hauteur de la Rue du Louvre, et la seconde, celle de l'Enceinte de Charles V, à la hauteur de la Rue du Rempart, disparue sous mon administration, en eut une troisième, au point qu'indique une tradition locale, en face de l'entrée de notre aristocratique Faubourg, à l'Elysée où résident les chefs de l'État.

C'est l'existence de cette Enceinte de Charles IX, qui permit de raser, en 1634, celle de Charles V, comme, en 1358, la construction de celle-ci même avait permis au Prévôt Etienne Marcel de faire démolir

la partie correspondante de TEnceinte de Philippe- Auguste.

Le Cardinal de Richelieu fit reprendre T œuvre de Pierre Lescot, par Tarchitecte Le Mercier, qui reproduisit, au Nord, mais avec des modifications regrettables, le côté du nouveau Louvre construit, en regard du Couchant, par « le Seigneur de Clagny ».

Sous le règne de Louis XIV, nous voyons TArchi tecte Le Vau chargé de la construction du côté Sud.

En 1664, le Roi fit venir à grands frais dltalie, pour prendre la direction supérieure des travaux, le Cavalier Bernin, déjà fatigué par Tâge, mais dont il n'adopta pas les plans.

En 1667, Claude Perrault, Médecin de profession. Architecte de goût, parvint à se faire confier par ce Monarque la mission de compléter le quadrilatère, et commença du côté du Levant, qui fait face, en regard de la cour, à Tœuvre de Pierre Lescot, et que décore, à l'extérieur, la célèbre Colonnade. Mais la mort vint l'interrompre aussi dans son travail.

Rien dïmportant ne signala, sous Louis XV et Louis XVI, rintervention des successeurs de l'illustre Médecin-Architecte, pas même celle de Soufflot. Des portions de bâtiments n'étaient encore ni closes ni couvertes, et des échafaudages délabrés attristaient la vue sur nombre de points, quand l'Empereur Napoléon I" prît en main l'achèvement de l'œuvre successive de tant de Rois, impuissants pour la mener à terme, et dont il chargea les Architectes Percier et Fontaine.

C'est lui, d'ailleurs, qui fit construire le Pont des Arts (1808), afin de relier au Louvre le Palais de llnstitut, dit « des Quatre-Nations ».

Mais le temps lui manqua pour terminer la jonction du Louvre et des Tuileries, commencée activement sous son règne.

Lors de l'ouverture de la première section de la Rue de Rivoli, de la Rue Saint- Florentin au Passage Delorme, les Architectes firent édifier une portion degrande Galerie allant duPavillon deMarsan àla grille de la Cour des Tuileries. Plus tard, ils amorcèrent, sur la Rue du Musée, la continuation de l'aile du Louvre correspondant à celle que termine l'ancien Logement Royal, afin de reproduire celui-ci dans l'emplacement qu'occupait l'Hôtel de Beauvoir. Les événements de 1814 paralysèrent l'achèvement de la Rue de Rivoli, du Passage Delorme à la Place du Louvre, et, partant, la construction du complément de la galerie commencée en face de celle du Bord de l'Eau.

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