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PREMIER RÉSEAU

Il convient de placer, en tète de ce groupe, l'opéra tion de la Rue des Écoles, celle par laquelle s'essaya l'administration municipale de Paris, cédant à l'influence et aux directions du Prince-Président de la République dans les entreprises de Voirie. J'ai dit mon opinion sur celle-ci d'une façon très nette, trop nette peut-être, ce qui me dispense d'y revenir.

Je dois faire figurer ensuite, dans ma nomenclature, le percement du Boulevard de Strasbourg, œuvre mieux conçue à tous égards, comme première section d'une grande voie de pénétration dans Paris, perpendiculaire à la Seine, ouverte aux arrivages du Chemin de Fer de l'Est, Tune des plus importantes de ces routes internationales modernes, dont les gares sont devenues les principales entrées de la Ville, aussi rapprochées que possible de son point central.

La Seine avait seule jadis un tel rôle pour les personnes et les marchandises transportées par ses coches et ses chalands.

Je loue d'autant plus librement la pensée créatrice du Boulevard de Strasbourg, qu'elle était déjà réalisée lors de mon entrée en fonctions.

Je reproche seulement à ceux qui tracèrent sur le terrain cette portion de l'avenue magistrale qui devait percer, de part en part, du Nord au Sud, le centre du Vieux Paris de la Rive Droite, d'abord, et de la Rive Gauche, ensuite, de ne pas s'être préoccupés de la perspective finale à ménager au bout de son alignement droit, de la Gare de l'Est au Quai. En effet, il eût suffi d'une déviation d'axe, absolument insensible au point initial, pour le faire aboutira quelques mètres plus à gauche, sur la Place du Châtelet, après un parcours de plus de S kilomètres, et avoir, en regard, la façade monumentale de cet édifice essentiellement utilitaire, le Dôme de la Sorbonne, abritant le chef-lieu de l'Etude, au cœur du Quartier La tin, sur les hauteurs de la Montagne Sainte-Geneviève. Car, ce Dôme se trouve dans le prolongement du trottoir gauche du Boulevard de Sébastopol.

J'ai raconté comment je profitai de la construction du Palais du Tribunal de Commerce, dans la Cité, pour remédier à cet oubli de prévoyance.

L'ordre chronologique amène Tinscription, en troisième rang, de toutes les opérations constituant le prolongement de la Rue de Rivoli ou s'y rattachant, savoir :

1"^' Section, du Passage Delorme à la Rue de la Bibliothèque, comprenant le dégagement complet du Carrousel, des abords du Théâtre-Français et du Palais-Royal ;

2" Section, de la Rue de la Bibliothèque à la Rue des Poulies, embrassant le dégagement et la réunion des Places du Louvre et Saint-Germain-FAuxerrois ;

3* Section, de la Rue des Poulies àla Place de Grève, y compris l'abaissement complet du quartier des Ârcis et toutes ses conséquences ; i

4* Section, de la Place de Grève à la Place Birague qui comprit le dégagement complet des abords de THôtel de Ville et de la caserne Napoléon.

Viennent après : la formation et l'extension du périmètre des Halles Centrales et le dégagement de leurs accès.

Enfin, se présentent l'ouverture du Boulevard du Centre ou de Sébastopol, continuant le Boulevard de Strasbourg jusqu'à la Seine, et les opérations accessoires de cette grosse entreprise ; puis, les portions de son prolongement sur la rive gauche, comprise entre le Pont Saint-Michel et la Place de ce nom, sorte de carrefour en pente, de forme très irrégulière, formé par la rencontre des rues de La Harpe et de Monsieur-

le-Prince, d'une part, et des rues à'Enfer, Saint- Hyacinthe et des Grés, de Tautre.

Cette première section du futur Boulevard Saint- Michel fut exécutée sans subvention, en vertu d'une Loi du 19 Juin 1857, ainsi que les opérations ci-après s'y rattachant :

1* L'amorce du Boulevard Saint-André, qui lui fait pendant, àl'angle opposé de la Place nouvelle, ménagée à l'issue du Pont, et au fond de laquelle je fis construire, en pan coupé, la belle Fontaine Saint-Michel, qui les divise ;

2° Les opérations du Boulevard Saint-Germain, dont une section allant d'abord à la Rue Sain^Jacques élargie, fut conduite de proche en proche, à la Place Maubert, puis, au point d'arrivée de cette grande artère de la Rive Gauche sur le Quai Saint- Bernard; et dont l'autre s'arrêtait à la rue Hautefeuille, où la rejoignit ensuite la partie principale du nouveau Boulevard, venant du Quai d'Orsay, pour compléter une seconde Croisée de Paris, coupant cette rive du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, au pied de la Montagne Sainte-Geneviève et du Quartier des Ecoles.

Evidemment, cette croisée des Boulevards Saint- Michel et Saint-Germain ne méritait pas moins que celle du Boulevard de Sébastopol et de la Rue de Rivoli prolongée, le concours de l'Etat ; il fut accordé plus tarda la section supérieure du Boulevard Saint-Michel.

J'ai donné, touchant les opérations des trois premières sections du prolongement de la Rue de Rivoli, puis, au sujet du dégagement du périmètre et des abords des Halles, des détails multiples qui m'ont paru

nécessaires pour bien faire comprendre la portée des omissions ou des imprévus des projets primitifs de ces grosses entreprises, auxquelles je dus aviser avant tout.

La même raison n'existait pas de compliquer par des chiffres l'énoncé des autres opérations classées dans le Premier Réseau. Tout ce qui se rapporte au côté financier des Grands Travaux de Paris me paraît avoir été suffisamment exposé dans le second Volume de ces Mémoires. Quelques lecteurs me reprochent même de l'y avoir surabondamment développé.

J'observerai pareille réserve, sauf les cas où, par exception, je devrais m'en départir pour la clarté de mes explications, dans le résumé des opérations des Deuxième et Troisième Réseaux.

Avant de quitter le Premier Réseau, je crois bon de dire que, si la conception du Boulevard du Centre ne reçut pas, dès le principe, l'accueil favorable qu'elle méritait du Public Parisien ; si d'ardentes critiques ont été dirigées contre elle et pendant bien des années, toute justice lui fut rendue et de très haut, mais longtemps après l'ouverture de cette grande voie, à la fin de mon administration, comme maintenant, arrivé au terme démon existence, pour l'ensemble de la Grande Œuvre de la Transformation de Paris.

On a pu lire, dans mon second Volume, en quels termes élogieux le Rapporteur de la Loi qui sanctionna les Traités de la Ville et du Crédit Foncier, en 4869, l'honorable M. Du Mirai, avait apprécié l'utilité des voies publiques réparties entre les trois Réseaux. A cette occasion, j'ai mentionné que M. Thiers avait

donné son approbation la plus complète à Texécution des travaux qui figuraient dans le Premier Réseau. Voici dans quels termes cet Homme d'État jugeait le Boulevard de Sébastopol :

« Je n'hésite pas à le dire : tout est bon dans le Pre- « mier Réseau.

« Il y a la Rue de Rivoli, pour laquelle on a un peu « cédé à la légende; mais, enfin, il faut bien faire « quelque chose pour la légende!...

« La Rue de Rivoli n'est pas aussi utile que le Boute levard de Sébastopol ; mais elle a dégagé une partie « intérieure de la cité.

(( Le Boulevard de Sébastopol est encore meilleur : « il a dégagé les deux rues Saint-Martin et Saint-Denis.

(( Je suis partisan de l'élargissement pur et simple « des voies encombrées; mais, là, il aurait fallu élargir « deux rues : on a donc bien agi en faisant courir, « entre les deux, le Boulevard de Sébastopol; car on « a eu l'avantage de ne pas déplacer les intérêts.

« De plus, on a élevé le beau bâtiment des Halles « Centrales; puis, par le prolongement du Boulevard « de Sébastopol sur la Rive Gauche, on a dégagé le « quartier des Ecoles.

« Ainsi donc, je n'ai rien à dire contre le Premier « Réseau. »

(Corps Législatif. Séance du Mardi 23 Février 1869.)

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