‹ Mémoires du baron HaussmannChapitre 13 sur 91 · CLASSEMENT DES VOIES NOUVELLES · texte numérisé non relu

CLASSEMENT DES VOIES NOUVELLES

J'ai pris soin d'expliquer, dans une autre partie de ce Livre, que le groupement en Réseaux des voies nouvelles de Paris n'avait été déterminé par aucune corrélation des boulevards, avenues et rues que chacun d'eux embrassait, comme l'est, par exemple, la division en Bassins, de nos fleuves, rivières et de leurs affluents. Mais, je ne crois pas inutile de rappeler ici que ce classement était une mesure d'ordre financier.

Le Premier Réseau réunissait l'ensemble des opérations originaires et de leurs compléments respectifs, que l'État subventionnait ou non, d'une façon ou d'une autre, et dans des proportions diverses, en conséquence

de traités sanctionnés par des lois, notamment, par celle du 4 Octobre 1849.

Le Second Réseau comprenait exclusivement les voies considérables et nombreuses, désignées dans le traité du 18 Mars 1858, dit des 180 Millions, approuvé parla Lo*. du 28 Mai suivant qui fixait au tiers de la dépense nette la proportion du concours de TÉtat, limitée toutefois à 60 millions, au maximum.

Le Troisième Réseau se composait de toutes les autres opérations entreprises par la Ville seule.

En bonne justice, l'État aurait dû concourir à toutes les améliorations de la Voie Publique dont il avait reconnu l'opportunité, voire même provoqué l'exécution, et pour moitié de la dépense nette de chacune d'elles ; car il contribuait, dans cette proportion, aux frais d'entretien de l'ensemble de nos boulevards, avenues et rues de tout ordre, formant un seul Service, placé sous le régime de la Grande Voirie. Depuis on avait constaté que la division en deux catégories groupant, d'une part, les traverses des Routes Nationales, au compte de l'État, et d'autre part, les voies d'intérêt communal, incombant à la Ville, exigeait deux Services distincts, en conflit perpétuel, et partant, peu pratiques; qu'en définitive, le résultat était de grever le premier groupe (dont l'entretien était naturellement et de beaucoup le plus coûteux par mètre superficiel) d'une dépense annuelle sensiblement égale à celle du second, bien plus étendu, mais bien moins fatigué par la circulation des voitures lourdement chargées.

Pour des raisons analogues, les dépenses annuelles de la Police Municipale et de la Garde de Paris étaient

également supportées de moitié, par TÉtat et la Ville.

Mais, si Ton s'efforça de faire valoir ces arguments auprès du Corps Législatif, au sujet des améliorations de la Voie Publique comprises au traité des 1 80 millions , on ne put rien en obtenir au delà de 60 millions, au plus; tant étaient grandes, contre les « embellissements » de la Capitale, les jalousies de la Province, très largement représentées, à côté de l'Opposition systématique, dans cette assemblée puissante.

En réalité, la proportion du tiers fut généralement adoptée pour le concours de TEtat à ceux de nos Grands Travaux de Voirie que le Corps Législatif consentit à subventionner, mais avec fixation d'une limite que ce tiers ne pouvait excéder et qui laissait au compte de la Ville tous les aléa !... Si, dans les opérations de dégagement des Tuileries, du Louvre, du Palais-Royal et du Théâtre-Français, la subvention du Trésor Public fut portée, pour les unes, aux deux tiers, et pour les autres, à moitié de la dépense nette, ce fut à cause de l'intérêt exceptionnel de l'État.

Somme toute, l'addition des subventions diverses obtenues pour les entreprises figurant aux Premier et Deuxième Réseaux s'élève, en tout, à 98,850,741 fr. 66, ramenés à 98,130,760 fr. 66, par la compensation d'une créance de l'État, remontant au delà de 1882, réglée à 419,981 fr., et non compris 18,800,000 francs mis au compte de l'État pour la valeur des terrains incorporés au Louvre et aux Tuileries. — Cette subvention n'est pas un dixième de la dépense nette totale de nos Grands Travaux de Voirie, s'élevant à 1,042,440,480 fr. 99, plus 665,000 pour dommages temporaires, ensemble

1,043,105,480 fr. 99 : La déduction de ces deux sommes, 98,130,760 fr. 60 et 18,800,000, a fait descendre la charge réelle de la Ville h 932,474,720 fr. 33, comme cela ressort du Bilan général de la Transformation de Paris, au Chapitre XIV du deuxième Volume de ces Mémoires.

Et, cependant, Teffet de ces opérations, et de toutes les autres œuvres de la Ville constituant la Transformation de Paris, n'a pas été moins marqué sur le produit des impôts directs et indirects perçus par le Trésor Public dans Paris, que sur les différentes sources du revenu municipal.

M. Magne, alors Ministre sans Portefeuille et Orateur du Gouvernement, le déclarait en ces termes au Sénat, dans sa séance du 26 Février 1862 :

« On considère, en général, que TÉtat fait, pour la « Ville de Paris, des sacrifices exorbitants et impro- « ductifs. Eh bien! c'est le contraire qui est la vérité. « Je ne parlerai pas du côté moral des Grands Tra- « vaux qui s'exécutent dans Paris, et qui donnent l'air « et la vie aux quartiers qui n'avaient jamais joui de « pareils bienfaits ; je ne dirai pas que la Ville de Paris « agrandie, transformée, sera considérée comme un des « plus beaux fleurons de la Couronne Impériale; je veux « examiner la question au point de vue matériel.

« Quelle est la somme qui, depuis Tannée 1882 « jusqu'à 1860, a été engagée par l'État dans l'intérêt « de la Ville de Paris? A peu près 93 millions. Quelle « est l'augmentation des revenus perçus par l'État, « pour son compte, dans la Ville de Paris, durant le « même intervalle de temps? 60 millions, et si l'on

« défalque le produit de quelques taxes nouvelles, ce 45 millions.

« En deux ans, TÉtat recouvre ses déboursés ! » En 1863. M. Devinck^ Rapporteur du Budget de la Ville pour 1864, en citant, au Conseil Municipal, ce passage du discours de M. Magne, établissait que, de 1860 à 1862, en deux années, Taugmentation s'était élevée à 58,829,399 francs, c'est-à-dire de 11 millions, en somme ronde, savoir :

Sar les quatre contributions directes, de. 1 8,525,778 fr. Snr les droits d'entrée des boissons, de. 17,510,426 — Sur le timbre et l'enregistrement, de. . 19,793,195 —

Somme égale. . . 55,829,399 fr.

Elle avait donc suivi une progression moyenne annuelle de 5 millions et demi.

En supposant que ce mouvement, au lieu de s'accroître toujours, se soit maintenu jusqu'en 1869, dernière année de mon administration, le gain annuel du Trésor eût été, pour celle-ci, de près de 95 millions : soit, d'une somme balançant toutes les subventions allouées à la Ville par l'État.

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