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DEUXIÈME RÉSEAU

Le Traité des 180 millions fut passé le 18 Mars 1858, entre l'État, représenté par M. Rouher, Ministre de

l'Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics, et par M. Magne, Ministre des Finances, sous toutes les réserves de droit, d'une part; et la Ville de Paris, que je représentais, comme Préfet de la Seine, sous réserve de la ratification du Conseil Municipal, d'autre part. Il énumérait, dès son article 1*'% en neuf paragraphes, les voies publiques nouvelles que la Ville prenait l'engagement d'exécuter, dans un délai de dix ans, avec le concours de l'État pour un tiers (limité, comme je l'ai dit, à 60 millions), de la dépense totale nette.

Les contractants avaient cherché, par ces divisions , à classer topographiquement de leur mieux les voies projetées. Cependant, il est facile de reconnaître que la plupart des groupes ainsi formés sont restés incomplets, malgré mes efforts, par suite des éliminations auxquelles je dus me résigner, pour ne pas risquer de tout compromettre devant les exigences de mes contradicteurs et dans l'appréhension des résistances du Corps Législatif.

En fin de compte, je fis admettre dans le Traité, par les Ministres de l'Empereur, presque tous les percements indiqués au plan primitif de Sa Majesté, plus ou moins revu par Elle, après les études théoriques du Service du Plan et les miennes, c'est-à-dire presque tous les projets incontestablement dus à Son initiative personnelle.

Le premier groupe embrassait trois voies magistrales partant de la Place du Chàteau-d'Eau (maintenant de la République) :

V Le Boulevard du Prince-Eugène (Voltaire), allant, en ligne droite, de cette Place à celle du Trône;

2** Le Boulevard du Nord, nommé depuis Boulevard Magenta, se dirigeant sur la Barrière Poissonnière, et, accessoirement, l'élargissement de la Rue de Saint- Quentin ;

3** Une rue de 20 mètres de largeur, la Rue de Turbigo, devant aboutir à la Pointe Saint-Ëustache.

Le plan de régularisation de la Place du Châteaud'Eau, que l'Empereur avait accepté, en fit ce qu'on voit depuis 1867 : un quadrilatère allongé, dont le Boulevard du Prince-Eugène, notre voie principale, divise le côté droit par le milieu, dans le prolongement du grand axe de la Place, tandis que le côté gauche forme, en face, un pan coupé, devant lequel fut replacé le Château-d'Ëau légendaire, au milieu d'une sorte de square sans grilles. Aux angles du quadrilatère : à droite, l'ancien Boulevard du Temple, continué par le Boulevard Beaumarchais jusqu'à la Place de la Bastille, et la nouvelle Avenue des Amandiers (aujourd'hui, de la République), devant aboutir, d'abord, sur le Boulevard de Ménilmoutant, à la pointe occidentale du Père- Lachaise, et, depuis l'annexion de la Banlieue Suburbaine, à la Place des Pyrénées, où se trouve la Mairie du XX' arrondissement ; à gauche, l'ancien Boulevard Saint-Martin et le nouveau Boulevard du Nord. Enfin, au milieu du grand côté supérieur, l'entrée de la Rue du Faubourg-du-Temple, et, en face, le départ de la Rue de Turbigo, au point où venait aboutir la Rue du Temple (Sainte-Elisabeth).

Ce bel ensemble, d'une heureuse symétrie, semblait digne de voir inscrire au Traité les quatre voies nouvelles y participant ; mais je ne pus jamais y faire ad-

mettre TA venue des Amandiers, malgré Tabord direct et facile du Père-Lachaise qu'elle devait assurer aux convois funéraires . Elle fut re jetée dansleTroisième Réseau .

Je n'eus le temps de la voir ouvrir que jusqu'à la rencontre du Boulevard Richard-Lenoir. Il parait qu'on songe à la continuer dans toute son étendue, pour relier le centre du XX' Arrondissement au cœur de la Ville. Ce serait une œuvre excellente sous ce rapport.

J'ai précédemment montré le rôle de l'importante Rue de Turbigo.

Le Boulevard de Magenta est également une de ces voies diagonales utiles qui réduisent les distances. En montant vers l'ancienne Barrière Poissonnière, par une pente qu'atténue sa prise en écbarpe des hauteurs des Faubourgs Saint-Martin et Saint-Denis, il coupe le Boulevard de Strasbourg, en avant de la Gare de l'Est, croise la rue Lafayette, autre diagonale très précieuse, au droit de la Gare du Nord, desservie par l'Avenue de Denain élargie, qui s'amorce juste à leur point de rencontre, dans l'axe même de ce monument ; il traverse enfin la rue de Maubeuge, au droit de l'Hôpital La Riboisière , auquel mène pareillement la rue Saint-Vincent-de-Paul.

Après l'Annexion, le Boulevard Magenta fut continué dans l'ancienne Banlieue Suburbaine, au delà des Boulevards de Rocbechouart et de La Chapelle, jusqu'à la porte de Clignancourt, sous le nom du Maréchal Ornano, remplacé de nos jours, sur une partie, par celui de Barbes!...

Quant au Boulevard du Prince-Eugène, j'ai donné déjà des explications détaillées au sujet de l'utilité de

cette longue artère, des difficultés que son exécution présentait, et du procédé par lequel je parvins à les résoudre : rabaissement du Canal Saint-Martin, et l'établissement, sur sa couverture, du Boulevard Bichard- Lenoir.

Je dus le faire aboutir à gaucbe de la Place du Trône, à la même distance que le Boulevard Mazas (maintenant, Diderot), à droite, de Taxe du Faubourg Saint- Antoine, qui fait face à l'Avenue de Vincennes. J'eus à régulariser le contour de la Place, et à couper les arcs de cercle égaux se développant, du nouveau Boulevard et de l'ancien, jusqu'à cette avenue : d'un côté, par le Boulevard de Philippe-Auguste, allant rejoindre celui de Ménilmontant, et les Avenues de Bouvines et de Taillebourg, aboutissant au Boulevard de Charonne ; de l'autre, par l'Avenue du Bel-Air, correspondant à celle de Taillebourg et débouchant dans l'Avenue Saint- Mandé; enfin, par les amorces de deux voies, ne dépasr sant pas la rue de Picpus, et se rattachant à des plans restés sans suite. Elles sont désignées, d'après une carte récente de Paris, sous les noms de Fabre-d'Églantiue et de Ménard-Dorian.

La dépense de ces travaux incomba naturellement aux ressources du troisième Béseau.

Le deuxième paragraphe de l'article 1" du Traité concernait exclusivement une voie de 33 mètres de largeur, l'Avenue Daumesnil, commençant à la Place de la Bastille et se dirigeant sur le Bois de Vincennes, par la Barrière de Reuilly .

Après l'Annexion, elle fut prolongée jusqu'à la Porte de Picpus, pour s'engager, au delà, dans le nouveau

Parc Municipal, entre TÉcole d'Arboriculture et le Lac de Charenton.

Il fallait bien procurer à la Population Parisienne le moyen de jouir de ce magnifique présent.

Le troisième paragraphe ne comprenait que deux des larges rues devant concourir à former le périmètre du nouvel Opéra, dont il ne fait même pas mention : la Rue Auber, désignée sous le nom de Rue de Rouen, et la Rue Halévy, qualifiée, sans aucune dénomination, d'embranchement de la première.

Voici les termes du Traité : « Rue de Rouen, de 22 mètres de largeur, entre le Boulevard des Capucines et la Rue du Havre, avec embranchement se dirigeant sur la Rue delaChaussée-d'Antin. » De la Place destinée à leur servir de point de départ commun ; des rues Scribe et Meyerbeer, qui devaient les croiser, pour former deux carrefours de dégagement à droite et à gauche de l'édifice, pas un mot I Même silence quant à TAvenue Napoléon (de TOpéra, maintenant), à ouvrir, de Tautre côté du Boulevard, dans Taxe de la nouvelle Académie Impériale de Musique, jusqu'à la Place du Théâtre Français ! — Tout cela se retrouvera dans le Troisième Réseau.

Mais le même paragraphe admettait toute une série d'opérations nécessaires au dégagement de la Gare de rOuest, sous cette rubrique : « Ouverture de la Rue de Rome, sur une largeur de 20 mètres, entre laRue Saint- Lazare et la Barrière dite de la Réforme, ensemble la rectification de la Place de l'Europe et le prolongement de la Rue de Madrid jusqu'à la Rue Malesherbes, avec embranchement sur la Rue de la Bienfaisance. »

Ce n'est pas le lieu de faire Thistorique de la reconstruction deTOpéra. Gela m'obligerait d'entrer dans une foule de développements étrangers au Service de la Voirie, qui n'a joué qu'un r6le accessoire dans cette affaire.

Quant au dégagement de la Gare de rOuest^qui risquait moins de soulever un débat sérieux au sein du Corps Législatif , il a surtout consisté, sous prétexte de rectification, dans la suppression de la Place de l'Europe, et son remplacement par un Pont-Carrefour, sur lequel, perpendiculairement à l'axe du Cbemin de Fer, se rencontrent et se croisent en diagonales : la Rue de Londres, continuée par celle de Constantinople, prolongée elle-même, dans l'ancienne Plaine de Monceau par l'Avenue de Villiers, et la Rue de Vienne continuée par celle de Saint-Pétersbourg, jusqu'à la Place de Clichy.

La Rue de Rome, ouverte à 20 mètres et montant au Boulevard des BatignoUes, à gauche de la voie ferrée, comme la Rue d'Amsterdam à droite, fut, après l'Annexion, prolongée jusqu'à la Place Pentagonale où se trouve la station d'embranchement du chemin d'Anteuil, en face de la Rue Jouffroy, et où commence le Boulevard Péreire, bordant ce railway des deux côtés.

Le quatrième paragraphe, comme le deuxième, avait un seul percement pour objet : cette fois, il s'agissait du Boulevard Malesherbes.

On songeait à l'ouverture de cette voie, pour continuer la ligne des anciens Boulevards Intérieurs, dès la construction de l'Église de la Madeleine. Commencée en 1763 par Constant d'Ivry, mais bientôt suspen-

due, elle fut reprise en 1807, après concours, par Pierre Vignon, chargé d'en faire le monument que Napoléon!" comptait dédier à la Grande Armée, puis, délaissée encore une fois, en 1 81 4, à la chute du Premier Empire.

Je me rappelle avoir vu, pendant toute ma jeunesse, sous la Restauration, les fûts des colonnes du monument, restés à quart de hauteur, et couverts de paille, ainsi que les rudiments des murs. En 1816,une Ordonnance Royale rendit la Madeleine à sa destination première ; mais, ce fut le Gouvernement de Juillet qui fit terminer la construction, achevée enfin par M. Huvé, dans le cours de 1843, et consacrée au Culte, dont elle satisfait mal tous les besoins.

Dans l'arrangement de la Place que Ton fit alors, on ménagea, entre les rues de la Madeleine et de la VillerÉvèque, le passage, sinon d'un Boulevard, au moins d'une importante voie. On lui donna d'avanôe le nom de Malesherbes, ce courageux défenseur de Louis XYl, comme on avait inscrit celui de Ghauveau-Lagarde sur les plaques d'une des rues du quartier voisin de la Chapelle Expiatoire édifiée sous la Restauration. Le percement de la Rue Rumfort, entre les rues Lavoisier et de la Pépinière, indiqua le tracé de cette voie, de même que la Rue Malesherbes (maintenant du Général- Foy), montant de la Rue de la Bienfaisance à la Barrière de Monceau.

Le plan de l'Empereur Napoléon III prévoyait l'ouverture d'un vrai Boulevard dans la même direction.

Je fis observera Sa Majesté que la Barrière de Monceau, située au point culminant de la ligne des Boulevards Extérieurs, serait d'un accès difficile, à partir de la Rue de la Pépinière et de la Place de Laborde, et qu'il

conviendrait de diriger la grande artère projetée vers le point bas de cette ligne, derrière le Parc Monceau, en lui faisant subir un infléchissement, à partir de la Hue de la Pépinière, sauf à justifier cette déviation par la construction d'une Église, réclamée pour ce quartier, dans Taxe de la première section du Boulevard, — rÉglise Saint-Augustin. ^

Sa Majesté se rendit à mes raisons, et Ton peut voir, au Chapitre XIX de mon second Volume, comment gr&ce à la cession gratuite de vastes terrains due à l'initiative de M. Emile Pereire, j'assurai l'ouverture, à titre de Routes Départementales: l^'d'un prolongement de la seconde Section du Boulevard Malesherbes, dirigée vers le point bas du Boulevard de Courcelles, jusqu'à la Porte d'Asnières, à travers la plaine de Monceau ; T d'un prolongement des rues de Londres et de Constantinople, jusqu'à la Porte de Champerret; 3« enfin de la belle Place Malesherbes, ménagée à leur point de croisement, et dont on peut apprécier tous les jours les plantations, les pelouses et les massifs d'arbustes et de fleurs, malgré le voisinage élégant du Parc Monceau transformé.

J'aurai sujet d'expliquer ailleurs les difficultés de construction de l'Église Saint-Augustin, causées par l'exiguïté du terrain disponible et par la sujétion pour l'Architecte de placer son Dôme, tout à la fois, dans Taxe de la première section du Boulevard Malesherbes et dans le prolongement de celui de l'Avenue de Friedland.

Le cinquième paragraphe du Traité du 18 mars 1858 comprenait justement l'ouverture de cette Avenue,

confondue, à l'origine, avec la dernière Section du Boulevard Haussmann, sous le nom de Boulevard Beaujon, dans le projet de régularisation des abords de TArc de Triomphe de TÉtoile, arrêté par un Décret du 13 Août 1884.

La Place de l'Éloile était hors de l'enceinte de Paris, au moment de la conclusion du Traité du 18 Mars 18S8, et j'avais dû, comme je Tai expliqué dans mon second Volume, faire classer l'Avenue de l'Impératrice, ouverte directement de cette Place à la Porte Dauphine du Bois de Boulogne, sous le titre de Route Départementale, avec la largeur exceptionnelle voulue par le Décret de 1884 et les dispositions spé* ciales dont la Ville de Paris, propriétaire du Bois, couvrit les frais.

Le Plan primitif de l'Empereur ne prévoyait, en plus de cette voie et du Boulevard Beaujon, de l'autre côté de la Place de l'Étoile, que l'ouverture d'une avenue nouvelle dans le prolongement de l'axe transversal de l'Arc de Triomphe. Traversant les terrains occupés par l'ancien Hippodrome et les Pelouses de l'Etoile, elle aboutissait par le Boulevard de Longchamp au Trocadéro, c'est-à-dire à l'emplacement du Palais jadis projeté du Roi-de-Rome, en face de l'École Militaire.

Cette voie, appelée par nous Avenue du Roi-de- Rome (aujourd'hui Kléber), correspondait de l'autre côté de la Place, avec l'ancien Boulevard de Bezons, que nous appelâmes Avenue Wagram, et qui fut continuée jusqu'à la Place Circulaire, où vint aboutir, après l'Annexion, le Boulevard Malesherbes, près de la Porte d'Asnières.

La réunion de ces deux Avenues, sous l'Arc de

Triomphe , formait une ligne droite croisant d'équerre TAvenue des Champs-Elysées, continuée par TAvenue de Neuilly (de la Grande-Armée).

A l'exception de cette « croisée », de TAvenue de l'Impératrice et du Boulevard Beaujon, le plan multicolore de l'Empereur ne prévoyait rien.

En dehors de ces indications, j'avais à tenir compte de l'existence de l'Avenue de Saint-Cloud, autrefois de Charles X, que nous appelâmes Avenue d'Eylau , mais qui n'a pas conservé ce nom; le gouvernement actuel, heureux cette fois dans ses innovations, lui fait porter celui de Victor-Hugo, qui l'habitait à sa mort.

Il n'était pas facile, avec de telles sujétions, de trouver un arrangement symétrique de la Place.

Je commençai par ouvrir l'Avenue de l'Impératrice, à moitié distance de l'Avenue de la Grande-Armée et de l'Avenue d'Eylau, de manière à ménager deux terrains à b&tir égaux, à sa droite et à sa gauche ; je fis un lot unique, à peu près double, du reste du quart de cercle compris entre les Avenues de la Grande-Armée et du Roi-de-Rome.

Je coupai de la même façon, mais dans un ordre inverse, le quart de cercle allant de cette dernière Avenue à celle des Champs-Elysées, par les amorces des Avenues d'Iéna et Joséphine (aujourd'hui Marceau), ce qui me donna un grand lot et deux petits, absolument semblables aux précédents.

Je reproduisis cette disposition dans le quart de cercle allant de l'Avenue des Champs-Elysées à l'Avenue de Wagram, où je fis arriver l'Avenue de Friedland et l'Avenue de la Reine-Hortense (nommée Hoche, au-

jourd'hui), venant du Parc Monceau, sous les mêmes angles que les Avenues Joséphine et dléna; puis, dans le quart de cercle compris entre TAvenue de Wagram et celle de la Grande-Armée, où je ménageai sous le nom d'Avenues du Prince-Jérôme (Mac-Mahon et Niel) et d'Essling (Carnot) deux voies correspondant aux Avenues d'Eylau et de l'Impératrice, (du Bois-de-Boulogne) aboutissant : Tune, à la Place Péreire; l'autre, à l'Avenue des Ternes.

Enfin, je décrivis, au delà de mes douze lots à bâtir, une rue circulaire nommée Rue de Tilsitt d'un côté de la Place, et Rue de Presbourg de l'autre, destinée à donner des issues aux hôtels d'architecture symétrique, précédés sur leur façade de parterres, enceints de grilles uniformes, dont je .fis déclarer l'établissement obligatoire. Je dégageais ainsi la Place des encombrements que la circulation des voitures pourrait y produire à certains jours.

Cette belle ordonnance, que je suis très fier d'avoir su trouver, et que je considère comme une des œuvres les mieux réussies de mon administration, apparaît dans son ensemble, comme sur un plan, du haut de l'Arc de Triomphe, où montent beaucoup plus d'étrangers que de Parisiens.

Quoi qu'il en soit, je ne pus faire inscrire au Traité de 1858, en vue d'une subvention de l'État, que les opérations ci-après : « Boulevard de Beaujon, entre le Boulevard de Malesherbes et la Place de l'Étoile; rectification et nivellement du Boulevard extérieur de Passy; complément de l'exécution du Décret du 13 Août 1854, pour les abords de l'Arc de Triomphe de l'Étoile. »

Le vague de cette dernière indication aurait pu me servir; mais, la limitation à 60 millions du concours de l'Etat aux dépenses nettes du Deuxième Réseau, qui dépassèrent 410 millions en fin de compte, ne m'a pas permis de l'utiliser.

Le sixième paragraphe du Traité du 18 mars 1888 s'appliquait à deux Boulevards de 40 mètres de largeur, partant du Pont de l'Aima (Rive Droite), savoir :

1" L'un, nommé depuis lors Avenue de l'Aima, percé dans le prolongement direct du Pont et allant du Quai de Billy à l'Avenue des Champs-Elysées ;

2° L'autre, nommé Avenue de l'Empereur (mainte* nant, du Trocadéro), devait faire, à l'Ouest du premier, le pendant régulier de l'Avenue Montaigne, à l'Est; il monte diagonalement d'abord, du Quai jusqu'au débouché de l'Avenue Joséphine (Marceau) ; puis, prenant en écharpe le coteau du Trocadéro, il croise l'Avenue diéna, au point d'arrivée de la Rue Pierre Charron, et aboutit à l'ancienne Barrière Sainte-Marie, sur le Boulevard de Passy, au centre de la Place du Roi-de-Rome (actuellement du Trocadéro).

La première de ces voies faisait partie du système du quartier de Chaillot, complété par les rues François P**, Pierre-Charron, Marbeuf et de Marignan.

La seconde (Avenue Henri-Martin), prolongée, après l'Annexion, jusqu'à la Muette, où l'Avenue Victor- Hugo vient se confondre avec elle, forme un des plus agréables accès du Bois de Boulogne.

Le septième paragraphe, relatif à tout un ensemble d'opérations de Voirie projetées aux abords de l'École-

Militaire et des Invalides, nécessite peu d'explications. Il embrassait :

1*^ Un Boulevard de 30 mètres (l'Avenue Bosquet) entre le Pont de TAlma (Rive Gauche) et TÉcole- Militaire, au point de convergence des Avenues de La Bourdonnais, de La Motte-Piquet, de Tourville et Duquesne ;

i"" Une Avenue (Rapp) allant du même point àl'extré* mité de la Rue Saint-Dominique, c'est-à-dire à Tentrée centrale du Champ de Mars, — voie très utile en cas d'Expositions universelles ;

3* Et le prolongement de l'Avenue de La Tour-Maubourg, longeant à l'Ouest l'Hôtel des Invalides jusqu'au pont de ce nom.

Le huitième paragraphe constituait, sur la Rive Gauche, une sorte de réseau partiel desservant, au revers méridional de la Montagne Sainte-Geneviève, les faubourgs Saint- Jacques et Saint-Marcel.

Voici les énonciations mêmes du Traité : '< Boulevards Saint-Marcel et de Port-Royal, entre le Boulevard de l'Hôpital et le Boulevard du Mont-Parnasse, avec embranchement de la Rue MoufiFetard à la Barrière d'Enfer (Boulevard Arago). Élargissement à 40 mètres de la Rue MoufTetard, entre la Barrière d'Italie et le carrefour formé par les rues de Lourcine et Censier (Avenue des Gobelins), et ouverture d'une rue de 20 mètres entre ce carrefour et l'extrémité de la Rue Soufflot (rues Claude-Bernard et Gay-Lussac) et d'une autre rue de 20 mètres, entre ce carrefour et la Place Maubert. »

" J'ai dit précédemment que les Boulevards Saint-

Marcel et de Port-Royal complétaient la ligne des Boulevards intérieurs de la Rive Gauche, tracée au plan primitif de l'Empereur. L'embranchement dirigé sur la Barrière d'Enfer avait été proposé par le Service du Plan de Paris, pour dégager, à TEst, celle-ci, comme le faisait, à TOuest, le Boulevard d'Enfer (Raspail), allant rejoindre le Boulevard Mont-Parnasse. Sa Majesté l'avait accepté sans objections, ainsi que le projet bien important, laissé de côté par le Traité de 1858, d'un prolongement de ce Boulevard d'Enfer jusqu'au pli formé par le Boulevard Saint- Germain, à sa rencontre avec la rue du Bac, où l'on voit une amorce de cette voie magistrale que j'ai fait ménager entre les rues Saint-Dominique et de Grenelle. Une autre fut réservée occasionnellement au point de rencontre des rues de Babylone et de Sèvres.

Je considère ce prolongement comme capital pour le haut du Faubourg Saint-Germain , le quartier de l'Observatoire et les abords du Chemin de Fer de Sceaux, et je me permets de le signaler à l'attention de nos édiles présents et futurs.

L'Avenue des Gobelins, entrée magistrale de la Ville par l'Avenue dltalie, a dégagé le bel établissement national qui lui donne son nom, et tout le fond de la Vallée de la Bièvre dans Paris. Quant aux voies de première utilité, contournant à l'Est et à l'Ouest les flancs de la Montagne S ainte- Geneviève , elles sont dues à ma connaissance personnelle du quartier. L'Empereur les substitua, dans son plan, à des combinaisons moins simples et moins efficaces.

Enfin, voici le neuvième et dernier paragraphe du

Traité : « Élargissement du Boulevard de Sébastopol dans la Cité; prolongement du même Boulevard entre la Place Saint-Michel et le Carrefour de l'Observatoire, et ouverture d'une rue de 20 mètres, isolant le Luxembourg, allant du Carrefour formé à la rencontre des rues de Yaugirard, Molière et Corneille, au Boulevard de Sébastopol, en face la Rue Soufflot. »

Le nom de Sébastopol n'avait pas encore été remplacé, sur la Rive Gauche, par celui de Saint-Michel, donné, après son achèvement complet, à cette portion du Boulevard du Centre.

Dans la Cité, la vieille Rue de la Barilierie, élargie, devint le Boulevard du Palais.

L'élargissement de la Rue d'Enfer suffit à l'exécution de la dernière section du Boulevard Saint-Michel; mais elle exigea d'abord un abaissement du sol de l'ancienne rue, entre la Place et l'École des Mines, qui descendit à deux mètres devant la Rue Soufflot; puis, le dénivellement complet de la section inférieure de celle-ci, percée par le Gouvernement de Juillet, et la démolition de toutes les maisons en bordure. Il est vrai que cela me permit de lui donner la largeur de la section primitive, allant du Faubourg Saint-Jacques à la Place du Panthéon.

La transformation de l'Avenue de l'Observatoire en square fut la conséquence de l'achèvement du Boulevard Saint-Michel.

Quant à la rue d'isolement du Luxembourg, Rue de Médicis, elle fut, dans le sein du Sénat, le sujet d'une lutte épique, dont il me reste à parler.

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