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PLACES PLANTÉES

La distinction établie entre les plateaux garnis d'arbres, de massifs d'arbustes, de pelouses fleuries et souvent ornées de bassins, de fontaines ou de gerbes d'eau qui décorent certaines de nos places et les squares proprement dits, vient de ce qu'aucune clôture ne protège ceux-là comme presque tous ceux-ci ; car, pour le reste, la ressemblance des uns et des autres est à peu près complète.

Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit précédemment des dispositions de la Place de l'Étoile, du Rond- Point des Champs-Elysées, de la Place du Roi-de-Rome, de celles du Trône et du Chàtelet, etc., etc.

Mais je ne puis omettre :

La Place du Château-d'Eau (maintenant de la République), dont le plateau principal faisait face à la caserne du Prince-Eugène. Je fis remplacer au centre la fontaine monumentale qui donnait son nom à l'ancienne Place, par une fontaine nouvelle, à trois

vasques superposées et à gradins accostés de lions, d'où Teau tombe dans un vaste bassin. Ce plateau forme un véritable square, à la dififérence des deux autred, entre lesquels prend naissance le Boulevard du Prince- Eugène (aujourd'hui Voltaire) ;

La Place de la Madeleine, dont les angles rentrants devinrent également des squares non clos, décorés au milieu de gracieuses fontaines de marbre blanc, à coupes remplies de fleurs, tranchant avec la sévérité des allées d'arbres garnissant les plateaux latéraux de rÉglise;

La Place Malesherbes, de forme carrée, traversée diagonalement par le prolongement du Boulevard de ce nom, et l'Avenue de Villiers, en se croisant au milieu môme et formant en avant de ses quatre faces autant de plateaux décorés. Les deux plus importants ont reçu des bassins à gerbes d'eau ;

La Place du Théâtre-Français, à l'entrée de l'Avenue de l'Opéra bordée par deux plateaux triangulaires où s'élèvent, au centre de bassins entourés de fleurs, les charmantes fontaines de M. Davioud, dont les vasques appuyées de groupes d'enfants sont surmontées de colonnes portant d'élégantes chimères ;

Enfin, les Plateaux plantés d'arbres de nombreuses places donnant accès à des édifices publics, telles que la Place du Louvre, ou décorés de bassins et d'effets d'eau, comme les Places Saint-Augustin et du Prince-Eugène.

ARBRES d'alignement

Avant tout, je chargeai le service des Promenades et Plantations de remplacer les arbres dépérissant des

Boulevards intérieurs et extérieurs, et des Avenues existantes. Puis, à peu d'exceptions près, je fis planter d'une rangée d'arbres en alignement, à S mètres des habitations, et garnir de bancs comme toutes nos autres promenades, les trottoirs des voies publiques anciennes et nouvelles d'une largeur minima de 20 mètres. Les voies très larges reçurent deux lignes d'arbres de chaque côté. C'est ainsi que le nombre des arbres d'alignement fut porté de 80,466 à 95,877, c'est-à-dire presque doublé sous mon administration, comme on l'a vu déjà dans la récapitulation des Grands Travaux de Paris, au chapitre XX de mon Second Volume.

On doit à mon goût prononcé pour les Marronniers des jardins de nos palais, l'emploi très généralisé de cette essence d'arbres dans nos plantations de tout ordre.

Je m'accuse aussi d'avoir favorisé les Platanes, dont le nom vient de la largeur de sa feuille. J'en avais éga» lement admiré de superbes dans le Midi. Mais cet arbre a le défaut d'étendre trop ses branches, mal groupées, et son feuillage sec, impropre à tout engrais, doit être incinéré quand il tombe.

L'Orme, qui bordait seul jadis nos voies plantées, négligé beaucoup à cause du « scoly te destructeur » qui l'attaque, ne mérite pas ce mépris. C'est un arbre de beau port, très résistant, et j'estime fort l'espèce à larges feuilles. On peut tirer grand parti de son genre, le Planera, dont le tronc est lisse, le port magnifique et la feuille dentelée, abondante.

Le Tilleul a l'inconvénient de perdre h&tivement son feuillage.

Le Vernis du Japon donne peu d'ombrage et l'Acacia bien moins encore.

Les Érables et les Sycomores sont des arbres de demitige et les Catalpas et Paulownias se prêtent mal à l'alignement.

La Population de Paris, désireuse de verdure et d'ombre, habituée d'ailleurs à l'aspect des anciens Boulevards, était mieux préparée à mon entreprise que les Ingénieurs du Service Municipal, chaînés de l'entretien de la Voie Publique. Imbus d'un préjugé professionnel au sujet de l'humidité que l'ombre des arbres prolonge dans les chaussées macadamisées, ils ne tenaient pas assez compte de l'influence heureuse de leur feuillage sur la salubrité des villes, ni du bien-être que sa protection assure contre les ardeurs du soleil.

Depuis longtemps je connaissais la résistance du corps des Ponts et Chaussées à la plantation des routes, et je ne l'avais pas toujours combattue sans succès :

Durant un séjour que je viens de faire dans la Gironde, j'ai pu contempler avec satisfaction, j'allais dire avec un certain orgueil, de magnifiques arbres bien appréciés des voyageurs, plantés sur plusieurs routes ray cannant de Bordeaux, en 1853 (voilà 38 ans passés), pendant ma courte administration de ce beau département.

A Paris, je n'avais pas seulement affaire au peu de zèle des Ingénieurs, en dehors de M. Alphand et de son adjoint, M. Darcel. Je dus, en bien des cas, user de ménagements pour obtenir de l'Empereur l'autorisation de placer des rangées d'arbres sur les contre-allées de nouvelles Avenues.

A roccasion de l'avenue de l'Impératrice, j'ai dit que l'Empereur éprouvait autant de répugnance à laisser masquer par des plantations les grands espaces ouverts qu'à permettre l'abatage d'arbres tout venus, si gênants qu'ils pussent être.

Je rappelle ici que cette superbe Avenue, créée comme Route Départementale en 18S4, bien avant l'extension des limites de Paris, coûta 300,000 francs au Département de la Seine. J'ajoute que la Ville consacra 3S0,000 francs à l'établissement des pelouses latérales et de quelques travaux, inutiles, à la Route nouvelle.

L'Avenue de l'Empereur fut ouverte après l'annexion de 1863 à 1866 : d'abord entre la Place du Roi-de-Rome à la Muette, puis, de cette place à travers celle d'EyIau, jusqu'à la naissance du Quai de Billy, devant le Pont de l'Aima, sur une longueur totale de 2,400 mètres et une largeur de 40. Elle ne coûta guère moins de 3,350,000 francs, à cause des mouvements de terrains fort considérables et des murs de soutènement qu'ils motivèrent. Son profil en travers, bien différent de ceux de nos autres voies plantées, se compose de deux trottoirs plantés, de 6 mètres de largeur chacun, et de deux voies carrossables de 9 mètres, flanquant^ une allée cavalière centrale de 10 mètres, bordée de deux autres rangées d'arbres.

Les terrains en façade sont frappés des mêmes servitudes que ceux de l'Avenue de l'Impératrice.

Le Boulevard Richard-Lenoir, exécuté de 1861 à 1863, est encore une Avenue plantée d'un type spécial.

Toute sa partie centrale porte sur la voûte du Canal Saint-Martin abaissé. Elle est bordée de deux allées

.dWbres de haute venue, entre lesquels on rencontre une série de parterres plantés d'arbustes et de fleurs, entourés de grilles et dissimulant tous les regards d'aération et d'éclairage du souterrain.

A droite et à gauche de ce grand plateau, sont des voies carrossables avec trottoirs du côté des maisons.

La surface totale des parterres est de 3,703"', 02.

La dépense d'établissement du Boulevard Richard- Lenoir a été faite au compte des Grands Travaux de Voirie. Le coût des plantations des parterres et de leurs grilles monte à près de 510,000 francs.

Les arbres nécessaires à nos plantations d'alignement, comme ceux qu'il nous a fallu pour la transformation des Bois de Boulogne et de Yincennes, des Champs-Elysées et du Parc de Monceau, pour la création des nouveaux Parcs des Buttes-Chaumont et de Montsouris, de nos squares et places plantées, ont été puisés à peu près tous, ainsi que les arbustes des massifs de toutes ces promenades, dans des pépinières préexistantes, dont nous avons utilisé les ressources et conservé de notre mieux l'installation, en la modifiant suivant les circonstances. De nouvelles pépinières ont été établies sur divers points.

L'ancien Bois de Boulogne avait des pépinières importantes d'arbres résineux ; les unes, comprises dans le nouveau périmètre de cette promenade, et peuplées de sujets de toute venue, furent confondues avec les massifs forestiers les avoisinant; nous gardâmes les autres, placées au fond du Parc des Princes, ou depuis longtemps détachées du Bois par l'Enceinte fortifiée.

De plus, près de la Mare d'Auteuil, il existait de très belles collections dWbres et d'arbustes de toutes espèces, à feuilles caduques ou persistantes, oh nous puisâmes largement à partir de 18S3, pour tous les besoins de notre nouveau service des Promenades et Plantations.

Pour dégager les abords de la Mare devenue Lac, nous réunîmes au Bois les deux tiers de l'espace que ces plantations occupaient, et nous concentrâmes sur les quatre hectares restant, dûment clos, unarboretum formé des essences les plus nouvellement acclimatées en France, afin d'en assurer la conservation et la multiplication.

En 1859, dans les mêmes parages, fut établi sur un terrain clos, de 32,088 mètres carrés, une autre collection dite des conifères, parce que près des deux tiers de cette contenance furent consacrés à la reproduction des innombrables variétés des sujets de cet ordre. On afTecta le reste aux arbustes à feuilles persistantes et aux plantes vertes.

Dès 1856, une pépinière nouvelle, d'une étendue de 45,500 mètres carrés, avait été créée dans la Plaine de Longchamps pour toutes les variétés d'arbres et d'arbustes à feuilles caduques. Précédemment un véritable arboretum avait été composé de la réunion par groupe du plus grand nombre possible d'essences dans les massifs de l'Avenue de l'Impératrice.

Enfin, la Ville acquit pour 130,000 francs, en 1859, au delà de Vincennes, à Petit-Bry, 184,000 mètres carrés de terrain. Une pépinière y fut établie spécialement affectée à l'éducation en masse des arbres d'alignement dont le transport et la mise en place dans

Paris s'effectue chaque jour au moyen de chariots exclusivement propres à cet usage.

Je mentionne pour ordre le Jardin d'arboriculture, établi près de la Porte Daumesnil^au Bois de Vincennes, et presque en entier consacré aux arbres et arbustes à fruits.

Mais tout cela ne suffisait pas. Il fallait faire de toutes pièces une organisation semblable pour la multiplication des plantes et des fleurs des corbeilles de nos pelouses et des bordures de nos massifs.

En 185S, une collection de serres de toutes espèces fut créée dans le Clos Georges appartenant à la Ville, près de la Muette; « le Fleuriste de la Ville », successivement développé jusqu'en 4865, renferme, à côté du logement et des bureaux du Jardinier en Chef, des magasins, des écuries et remises : serres chaudes, tempérées, froides, couvrant au delà de 12,000 mètres carrés. Des caves furent installées pour la conservation de plantes demandant l'obscurité pendant l'hiver, et de vastes espaces pour les multiplications à ciel ouvert.

En 1868, l'insuffisance de la surface de cet établissement si complet lui fit adjoindre une succursale de S4,000 mètres carrés, dans le Bois de Vincennes, au pied des glacis des fortifications, entre les Portes de Picpus et de Charenton.

L'ensemble des dépenses motivées par la création des deux Fleuristes excède un million de francs.

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