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DÉVELOPPEMENT DE LA DISTRIBUTION

Pendant que M. Belgrand poursuivait le cours de sa consciencieuse étude, je continuai sans relâche, à

m'occuper avec M. Dupuit, Ingénieur en chef, Directeur du Service Municipal des Travaux Publics, d'améliorer le régime de la distribution, dans Paris, des eaux que déjà la Ville possédait. Je préparai les moyens d'accroître provisoirement l'importance de ces ressources, bien que je ne pusse pas supposer qu'il me faudrait huit années de travaux et de luttes pour obtenir l'autorisation d'en aller chercher d'autres au loin. Avec lui encore, j'étudiai le projet de modifier, en le développant, le réseau des égouts, qui, jusqu'à la construction de celui de la rue de Rivoli, ne se composait que de galeries dans les plus hautes et les plus larges d^iquelles nos ouvriers ne pouvaient pas se tenir debout ni se mouvoir aisément.

M. Dupuit, auquel j'ai déjà consacré une notice, au chapitre IV de ce volume, était, comme M. Belgrand, un homme de science, de progrès et, aussi, d'un talent technique très réel. On lui devait un traité fort estimé sur la Conduite des eaux, cité par M. Belgrand, qui n'hésitait pas à reconnaître, comme provenant de cet ouvrage, la forme ovoïde adoptée par lui pour ses aqueducs de toutes dimensions, parce qu'elle permettait d'augmenter la section des ouvrages de ce genre, tout en réduisant le cube des maçonneries. — Il avait pu, du reste, en voir un beau type dans la galerie achevée alors de la rue de Rivoli. — Cet utile traité donne également, au sujet des conduites forcées et des tuyaux de distribution, des formules très précieuses pour le calcul des pertes de charge occasionnées parle frottement de l'eau contre leurs parois, et l'indication des moyens propres à les réduire autant que possible.

Mais, s'il se montrait de premier ordre en tant que

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mathématicien, M. Dupuit, à la différence de son collègue, était un géologue de très mince valeur. Certes il connaissait la théorie des puits artésiens; cependant, lorsque je lui parlais des couches alternatives de terrains perméables et imperméables constituant le sol du bassin de la Seine, il me regardait à travers ses lunettes, comme on dévisage un monomane : avec une inquiète curiosité.

Sans doute, ce fut avec déférence qu'il m'écouta, quand je lui fis Texposé de mon projet d'amener à Paris Teau de sources lointaines; car il avait un certain respect pour un Préfet capable de comprendre ses formules, n'ayant pas peur des x^ appréciant ses machines et croyant à l'avenir de leur rôle en bien des choses. Mais, en principe, il tenait l'eau de rivière pour supérieure àl'eau de source, parce que, battue et suroxygénée par l'air, durant son cours, elle était, suivant lui, beaucoup plus légère que sa rivale sortant des entrailles de la terre. A son avis, aucune eau ne valait, pour l'alimentation de Paris, celle de la Seine, puisée en amont du pont d'Ivry,par exemple. Il voyait un remède facile à son impureté dans le filtrage en grand, pratiqué (je ne le contestais pas) avec succès, en Angleterre, et utilisé chez nous, à Marseille, pour clarifier Feau si trouble de la Durance, dérivée par l'aqueduc de Roquefavour. Quant à sa température variable, il n'en avait souci.

La consommation quotidienne comme boisson, était une quantité négligeable. Il suffirait d'approvisionner largement Paris en glace à rafraîchir et de la distribuer publiquement, l'été, comme dans certaines villes d'Italie, pour résoudre ce petit côté de la question.

La pensée ne pouvait donc me venir de confier à cet Ingénieur distingué la direction du service spécial d'études au dehors, dont M. Belgrand s'acquitta si bien. M. Dupuit l'aurait acceptée sans conviction. Puis, son service normal était assez chargé pour un homme qui touchait au terme de sa carrière. Sïl ne me vit pas avec indifférence appeler M. Belgrand, son conscrit, pour occuper un poste indépendant, sous mon autorité directe, et traiter des questions de sa compétence exclusive jusqu'alors, il ne jugea pas sérieux ni durable ce démembrement de la Direction des Travaux Publics de Paris, et, s'il dut changer bientôt de sentiment à cet égard, le résultat des premières études faites par M. Belgrand ne le convertit pas à ses idées.

C'est avec le concours de M. Dupuit, que, dès la première année de mon administration, j'ai fait établir, sous le Boulevard de Strasbourg, la grande conduite d'eau d'Ourcq continuée depuis sous les Boulevards de Sébastopolet Saint-Michel; la conduite transversale de Tégout de la rue de Rivoli , qui solidarise le service des conduites maîtresses allant de l'Aqueduc de Ceinture aux réservoires de la Rive Gauche, et bien d'autres moins considérables. C'est à lui qu'est due la transformation des Pompes à feu de Chaillot et l'accroissement très notable de la distribution d'eau de Seine, qui en fut la conséquence, aussi bien que l'initiative de la construction de la galerie de Rivoli, commencée sous l'administration de mon prédécesseur, qui devint le point de départ d'une véritable révolution dans le service de nos égouts. Enfin, je lui confiai la première application, qu'il fit avec beaucoup d'intelligence dans cette galerie, du système de curage mécanique par wagonnets-

vannes, dont je suis Timportateur et que j'ai décrit dans une autre partie de ces Souvenirs.

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