‹ Mémoires du baron HaussmannChapitre 74 sur 91 · MM · texte numérisé non relu

MM

Boudet, Sénateur, Ancien Ministre de llntérieur, Président;

Dumas, Sénateur, Membre de l'Académie des Sciences, Ancien Ministre de l'Agriculture et du Commerce, Président du Conseil Municipal;

Chaix d'Est-Ange, Membre et Secrétaire du Sénat, Vice- Président du Conseil Municipal;

Maës, Manufacturier à Clichy, Membre du Conseil Général ;

Le Docteur Tardieu, Professeur à l'École de Médecine, Membre du Conseil Municipal ;

M*' Sural, vicaire général du Diocèse de Paris;

Barbier, Conseiller à la Cour de Cassation ;

David, Conseiller-Maître à la Cour des Comptes ;

Les Docteurs Robinet, Bouchardat et Bussy, Membres de l'Académie de Médecine ;

Le Docteur Brochin, Rédacteur en Chef delà Gazette des Hôpitaux.

Le Rapport de cette Commission, rédigé par M. Barbier, après une longue suite de séances consacrées à l'examen approfondi de toutes les questions soulevées, concluait, par un vote unanime, à l'adoption du projet; il ne me fut remis que le 19 Novembre 1867.

Les Commissions d'Enquête nommées par le Préfet de Seine-et-Oise réunies : celle de Ponloise, le 22 Août, et celle de Versailles, le 23, reconnurent de même, à l'unanimité, savoir : la première, Futilité publique de la création du Nouveau Cimetière de Méry-sur-Oise et de l'établissement du Chemin de Fer Spécial projeté ; la seconde, l'utilité publique de cette voie.

Le 30 Août, le Conseil Général du Département, satisfait d'avance par une des variantes de l' Avant-Projet de M. Bassompierre, émit le vœu qu'on étudiât un tracé de Chemin de Fer Municipal qui s'éloign&t, autant que possible, des habitations de plaisance de la vallée de Montmorency.

Le Rapport, très développé, très complet de M. Barbier, un des plus remarquables documents du dossier de l'affaire, où l'on en rencontre beaucoup de tels, constate que, suivant la Commission, depuis l'achèvement du Chemin de Fer de Ceinture, il n'existait plus de raison d'hésiter. Le système d'un lieu de sépultures unique au Nord de Paris devait prévaloir sur la combinaison qui partageait le service entre le Cimetière proposé de Méry-sur-Oise, et celui dont l'étude avait été consciencieusement accomplie par MM. de Hennezel, Belgrand et Delesse, au sud, dans un sol moins parfaitement convenable aux inhumations, entre Wissous et Massy. Ne serait-il pas toujours temps, d'ailleurs, de revenir à cette combinaison onéreuse, puisqu'elle exi-

geait la construction d un second Chemin de Fer Spécial, si, ôontrairement à l'opinion mûrie de la Commission, l'expérience de Méry démontrait la nécessité d'une Seconde Nécropole affectée aux arrondissements de Paris situés sur la Rive Gauche de la Seine, et reliée avec le Cimetière Mont-Parnasse?

La Commission repoussait nettement, par des considérations de salubrité, ridée, incessamment reproduite, des cimetières périphériques, hors zone, dans les terrains glaiseux ou marneux du hassin de Paris. Ils devaient être trop près de la Ville pour qu'on les mît en communication avec elle par des voies ferrées, trop loin pour que l'on pût, sans des fatigues excessives, y conduire à pied les restes d'êtres aimés.

La Commission se montrait sympathique à la pensée d'assurer à tous les morts, quelles qu'eussent été leurs conditions d'existence, non seulement l'inhumation séparée voulue par l'Empereur, mais encore le repos de la tombe pendant une « éternité relative », la seule que la fragilité des choses humaines comporte.

Dans l'examen des objections faites, en Seine-et- Oise, au projet de l'Administration Municipale de Paris, la Commission eut sujet de réfuter la prétention qu'une Commune, fût-ce la Capitale, ne pouvait, pas plus en droit qu'en équité, faire supportera d'autres, et notamment à des Communes d'un autre département plus ou moins rapprochés, la charge de ses morts. Elle y répondait que Paris n'avait pas de territoire au delà de ses murs ; que toute inhumation y était interdite par le Décret-Loi du 23 Prairial an XII; que cette ville se trouverait dans « l'impossibilité légale » d'avoir aucun Cimetière, si, comme en 1804, 4824 et

1828, elle se voyait interdire la faculté d'en établir sur le sol d'autres communes. L'exercice de la servitude née, en faveur de Paris, de cette situation exceptionnelle, « servitude d*ordre public » ainsi que la Commission la qualifiait, n'était pas laissé, d'ailleurs, à la discrétion, à l'arbitraire de son administration municipale. L'Enquête même prouvait qu'en définitive, il appartenait au Gouvernement d'en régler de haut l'application, et de concilier, autant que possible, les exigences du service des inhumations parisiennes, avec les motifs sérieux allégués à l'encontre par les localités qui s'en défendaient, et l'intérêt supérieur de la santé des Populations avec les intérêts particuliers provoquant les appréhensions et les résistances des Opposants.

La Commission ajoutait : « Sur qui tomberont les « conséquences de cette servitude? Dans quelque direc- « tion que la Ville de Paris se tourne, quelque point « qu'elle choisisse pour y établir sa Nécropole, elle est a certaine, d'avance, d'exciter des réclamations et des « plaintes. » Et, cependant, ainsi qu'elle en faisait la remarque, c'était à son voisinage de cette Cité populeuse, dont elle aurait voulu décliner les charges, « voi- « sinage (on semblait trop l'oublier) fécond en avance tages de toute nature, que la grande Banlieue de « Paris devait sa prospérité! «

Au sujet du Chemin de Fer Spécial, je crois intéressant de citer les passages suivants du Rapport de M. Barbier :

« La distance de 22 kilomètres qui sépare de Paris « le cimetière projeté, rend impossible l'emploi des « moyens de transport ordinaires. Au surplus, l'emploi « des chemins de fer pour le transport des corps n'est

« pas un fait nouveau, et qui soit de nature à éveiller « les susceptibilités des familles. Sans parler des exem- « pies que nous offrent des pays étrangers, il est certain « que nos grandes lignes de chemins de fer sont fré- « quemment parcourues par des corps envoyés loin de « Paris dans les sépultures de famille. C'est ce mode de « transport, jusqu'ici réservé aux personnes opulentes, « que la Ville de Paris se propose de généraliser, en « l'appliquant aux pauvres comme aux riches. Il est à « peine besoin de dire qu'il ne s'agit pas, comme l'ont <' supposé gratuitement certaines critiques empreintes « d'une regrettable exagération, d'entasser les corps « dans un même compartiment, comme dans un wagon « de bagages. Chaque mort aurait, au contraire, son « compartiment distinct, dans le système de l'Adminis- « tralion, qui entend concilier toutes les exigences du « service avec les conditions de la décence la plus par* « faite. »

A l'appui de cette citation, je voudrais pouvoir donner exactement le nombre des corps envoyés chaque année de Paris, dans des sépultures de familles établies en province, ou bien à l'étranger. Mais, il se compose de deux éléments qui ne m'offrent, ni l'un ni l'autre, une précision suffisante : le chiffre des morts dont les cercueils sont portés directement de l'Église, du Temple, de la Synagogue, au Chemin de Fer, et celui des corps déposés aux cimetières, dans des caveaux appartenant à des marbriers ou déjà mis en tombe, qu'on exhume pour les transports au loin. Je crois ce nombre très supérieur au total des corps amenés, au contraire, de l'extérieur dans les cimetières de Paris, lequel dépasse 800 par année. Dans tous les cas, le caractère habituel

des faits relevés de part et d'autre démontre que la répugnance au transport des cercueils par chemins de fer n'est pas aussi grande que les opposants le prétendaient.

Je poursuis :

« La pensée d'utiliser les chemins de fer déjà exis- « tants a dû se présenter d'abord à l'esprit; elle se re- « commandait par des considérations d'économie... « Mais la réflexion a bientôt démontré qu'on devait y « renoncer. Comment songer, en effet, à accoler une « gare mortuaire à chacune des grandes gares du Gbe* « min de Fer de l'Ouest, et du Chemin de Fer du « Nord, les seules d'où l'on pourrait se diriger vers « Méry-Sur-Oise? Outre l'inconvénient grave de l'ag- « glomération des personnes dans les gares, déjà en- « combrées, des raisons de haute convenance repous- « sent une pareille idée : la juxtaposition d'une gare « funéraire dans l'un de ces centres du mouvement et « de la vie répugnerait au sentiment public.

« Ce n'est pas tout. La Ville de Paris doit se réserver « de faire face à toutes les mesures que l'Hygiène Puce blique peut commander en cas d'épidémie.

« Ces mesures pourraient être contrariées par les exi- « gences d'un grand service public : le chemin destiné « aux convois des Morts doit donc être entièrement à la « disposition de la Municipalité Parisienne...

« Enfin, la population, obligée de se transporter « à 33 kilomètres pour accompagner ou pour visiter « ses morts, doit pouvoir compter sur de grandes faci- « lités et sur des prix de transport extrêmement réduits. a La Ville de Paris veut arriver à procurer ces avan- « tages au Public, et elle pourra le faire aisément sur « un Chemin Spécial , tandis qu'il serait bien dif*

« ficile à une Compagnie d'établir et de maintenir des « tarifs différentiels pour des distances égales, et de « créer des catégories de voyageurs se rendant sur un « même point...

« La Ville de Paris a surtout en vue de ne pas froisser « les habitudes du Service Mortuaire dans la Capitale. « Elle veut donc continuer à diriger les convois vers les (( trois grands cimetières actuels, où s'accompliront les « cérémonies religieuses, où ks derniers adieux pourront « être adressés aiuc morts; elle veut prendre chacun « de ces cimetières pourpoint de départ des trains morte tuaires, et faire arriver ces trains dans la Nouvelle <c Nécropole, par la voie la plus directe et avec le plus « de rapidité possible. »

La Commission terminait cette partie de l'Exposé des motifs de ses conclusions, par ces observations essentielles :

« La volonté bien formelle de la Ville de Paris est de « laisser ouverts les cimetières actuels...

« Les familles y conserveront les concessions perpé- « tuelles qu'elles ont acquises, à moins qu'elles ne préce fèrent, conformément à l'Ordonnance du 6 Décembre « 1843, réclamer des concessions d'une superficie égale « dans le Nouveau Cimetière. Celles qui sont proprié- « tairesde caveaux continueront à y déposer des corps, (( jusqu'à ce que ces caveaux soient remplis.

« Les terrains occupés par la tranchée gratuite et par « les concessions temporaires seront conservés dans « leur état actuel aussi longtemps que possible.

(( En un mot, toutes les mesures seront prises pour « donner la plus large satisfaction aux pieux sentiments « de la Population Parisienne. »

La Commission espérait que, familiarisée avec les conséquences du projet, cette Population en reconnaîtrait peu à peu Furgence et les avantages. — Elle oubliait Faction incessante exercée par la coalition intraitable des opposants de parti pris !

A Fégard du tracé du Chemin de Fer Spécial proposé, la Commission déclarait que son croisement avec la grande ligne du Nord, à la station d'Ermont, où vient aboutir la ligne, dite circulaire du réseau de FOuest, devait être maintenue, comme une sujétion indispensable ; qu'il fallait préférer à toute autre la direction de Paris à cette station, favorable aux convenances des visiteurs de Méry ; conséquemment, rejeter le tracé par le territoire d' Argenteuil et la vallée de Cormeilles, que le Conseil général de Seine-et-Oise avait recommandé pour affranchir complètement la vallée de Montmorency du passage de trains mortuaires, et dont le Ministre des Travaux Publics s'était empressé de faire faire une étude (sans doute à cause de la résidence, à Saint-Gratien, Fêté, d'uiïe Princesse de la Famille Impériale, étrangère à ce fait, j'en suis persuadé) mais quïl convenait d'accéder à la demande, singulièrement contradictoire, des Communes de la vallée de Montmorency, tendant à << faire profiter les vivants du champ des morts », au moyen de l'organisation de trains distincts, à Fusage des premiers, pour leurs communications avec Paris!...

Voici maintenant le texte de l'avis de la Commission :

« 1* Il y a utilité publique à établir le nouveau Cime- « tière Parisien sur le territoire de Méry-sur-Oise et des « communes voisines ;

(( S"" Il y a utilité publique à établir un Chemin de « Fer entre Paris et ce nouveau Cimetière, et Içs em- « branchements nécessaires, pour le mettre en commu- « nication avec les Cimetières actuels de la Capitale ;

« 3M1 y a lieu d'adopter le projet présenté par M. le « Sénateur, Préfet de la Seine, d'après lequel le Che- « min de Fer, partant des abords du Cimetière du Nord « (Montmartre) et aboutissant par la voie la plus directe « au cimetière de Méry, formerait une ligne principale « passant par la station d'Ermont, en se rapprochant le « plus possible des villages situés au delà ;

« 4** Il y a lieu d'adopter également les dispositions a proposées pour mettre en communication les Cimece tiëres de TËst et du Sud avec la ligne principale, en « empruntant une partie du Chemin de Fer de Cein- « ture de Paris ;

« 5° Il y a lieu de faire profiter les localités traversées « par le Chemin de Fer ou les embranchements des « avantages qu'apportent avec elles ces voies rapides, « à la condition que le Service mortuaire et celui des « visiteurs soient d'abord assurés en vue de toutes les « éventualités, et que ce double Service reste toujours « distinct de celui des voyageurs ordinaires.

« 6° L'Administration Municipale devra faire tous les « sacrifices nécessaires pour conserver intact le culte « des morts, si vivace à Paris, en organisant le Service « de manière à rendre facile et peu onéreux les « voyages de Paris à Méry-sur-Oise, et d'en étendre le « plus possible sa gratuité. »

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