NOUVELLE ORGANISATION
La réforme radicale du Service d'Architecture, dont je reconnus bientôt la nécessité, ne pouvait être Toeuvre d'un jour. II me fallait y procéder graduellement, par une transformation successive de l'ancien état de choses.
Selon mon habitude, je voulus, avant tout, me rendre bien compte du fonctionnement de tous les rouages de ce service, et de la valeur propre de chacun des hommes que j'avais à ma disposition ou dont je pouvais m'assurer le concours. Cette double étude me fit comprendre que, même pour unifier les diverses nches de l'entretien et, à plus forte raison, pour ramener sous une direction commune les travaux neufs de toute nature, je devrais user de ménagements infinis.
Je commençai par débarrasser M. Baltard de la plus
grande partie de ses occupations courantes; mon intention était de le placer à la tête de l'ensemble du service. Je ne lui laissai plus en dehors des grands travaux qu'il achevait, que l'entretien de l'Hôtel de Ville et des Édifices Religieux, et les Beaux- Arts. Je fis des Ecoles, des Salles d'Asile communales et des Ouvroirs une section distincte, et j'en confiai l'entretien à M. Uchard, Grand-Prix de Rome, attaché depuis longtemps à la Ville. Quant aux établissements d'Instruction Supérieure et Secondaire, j'en formai avec les Mairies et la Bourse, dont je déchargeai M. Foy, une section nouvelle, dont M. Bailly devint le chef.
Je réseiTai les travaux neufs les plus considérables aux architectes déjà connus, dont les œuvres antérieures m'offraient les meilleures garanties, et je répartis les moindres entre le plus grand nombre possible d'artistes, choisis parmi ceux qui, dans des rangs secondaires, faisaient preuve de capacités spéciales, ou parmi les architectes d'avenir, notamment, les jeunes Grands- Prix de Rome dont un certain stage, dans les agences de grands travaux, avait mis en relief les aptitudes.
SE RVICE ORDINAIRE.
Après l'extension des limites de Paris, qui m'obligeait à prendre désormais les distances en très grande considération dans le règlement des attributions des fonctionnaires de tout ordre, je résolus de diviser le Service Ordinaire d'architecture dans la Ville (le Service Permanent), non plus par nature de monuments et d'édifices, mais par sections territoriales comprenant
chacune deux des vingt nouveaux arrondissements. C'était, du reste, l'application à Paris du système précédemment adopté pour les arrondissements de Saint- Denis et de Sceaux, qui demeurèrent confiés, l'un à M. Lequeux, l'autre à M. Naissant, mais bien diminués d'importance par l'annexion à Paris des communes ou portions de communes comprises dans le Mur d'enceinte des Fortifications,
Or, M. Baltard était devenu Directeur du Service, et M. Bailly, Architecte en chef divisionnaire, avec MM. Gilbert, Duc et Ballu. D'un autre côté, MM. Foy, Jolivet et Ménager, anciens architectes de sections, d'abord, avec M. Baltard seul, puis, avec MM. Baltard, Uchard et Bailly, avaient pris leur retraite.
M. Uchard restait donc seul de l'organisation précédente. 11 fut mis à la tète de la première des nouvelles sections territoriales.
Je lui donnai pour collègues M. Huillard- Roger, que recommandaient à mon attention de très bons services antérieurs ; M. Caillât qui avait fait, de concert avec M. Leroux deLincy, la remarquable monographie de l'Hôtel de Ville; MM. Gancel, Garnier, Godebœuf, Le Bouteux, et Vaudremer, cinq Grands-Prix de Rome, et M. Janvier, jeune artiste de grand talent, employé précédemment, avec eux, comme architecte-inspecteur d'agences.
Ces dix élus reçurent le titre d'architectes ordinaires de la Ville.
M. Garnier justifia bientôt sa nomination en devenant, après un concours solennel, architecte de l'Opéra.
Je le remplaçai par un autre de nos jeunes architectes-inspecteurs, qui lui avait sérieusement disputé la
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palme de ce concours, M. Ginain, comme lui, Grand- Prix de Rome.
MM. Garnier el Ginain sont aujourd'hui mes confrères à llnstitut, comme M. Vaudremer, leur ancien collègue d'alors; comme M. Bailly, Tun des quatre architectes en chef du nouveau Service ; comme le furent les trois autres : MM. Gilbert, Duc et Ballu, et leur Directeur commun, M. Baltard.
Ces divers choix de TAcadémie des Beaux-Arts sont venus successivement sanctionner les miens.
En 1864, je dus porter de 10 à 14 le nombre des sections territoriales et des architectes ordinaires de Paris, dont six seulement restèrent chargés de deux arrondissements.
Les quatre architectes-inspecteurs promus, cette fois, Chefs de Sections, étaient MM. Bonnet, Grand-Prix de Rome, Train, Villain et VarcoUier, fils de Tancien Chef de Division devenu Conseiller de Préfecture de la Seine.
A partir de 1866, chacun des vingt arrondissements eut son architecte ordinaire.
Les six nouveaux postes furent attribués à MM. Chat, Dejean, Hénard, Lucas, Radigon et Salleron.
Les Architectes ordinaires des vingt arrondissements de Paris et des arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux , et les architectes de tout ordre et de toute origine chargés de travaux neufs, relevaient des architectes en chef divisionnaires, qui se trouvaient placés eux-mêmes sous l'autorité du Directeur, M. Baltard.
Tous les projets de travaux, quelle qu'en fût la nature, étaient soumis au Conseil d'Architecture, composé du Directeur, Président, et des quatre Architectes
en chef, entre lesquels les diverses parties du Service, groupées en grandes divisions, étaient réparties.
Quand Texécution de ces projets exigeait le concours d'artistes sculpteurs ou peintres, ils étaient communiqués à la Commission des Beaux-Ârts que j'avais instituée à THôtel de Ville et qui siégeait sous ma présidence ; elle comprenait des conseillers municipaux, des membres de l'Institut et des fonctionnaires d'un ordre élevé. Cette Commission donnait son avis sur le choix des artistes à qui la Direction me proposait de faire des commandes, sur les esquisses ou maquettes que ces artistes devaient présenter, avant toute exécution, et sur la réception de leurs œuvres.
Lorsque les projets approuvés par le Conseil d'Architecture me laissaient quelque doute sur leur valeur, ou que je prévoyais des critiques sérieuses, je priais le Ministre compétent de consulter la Commission des Bâtiments civils et de me faire connaître ses conclusions.
M. fialtard avait, pour l'entretien de l'Hôtel de Ville et le détail des Fêtes, le concours d'un architecte spécial, M. Pellieux, assisté d'un inspecteur, et, pour les Beaux-Arts, celui d'un autre architecte, M. Perron.
Comme le Directeur du Service Municipal des Travaux Publics, M. Baltard ne dirigeait pas seulement le service technique d'architecture. Il avait aussi dans ses attributions le travail des Bureaux de l'Hôtel de Ville auquel ce service ressortissait, et qui formaient, au nombre de trois, une Section, sous les ordres de M. Michaux, ancien Sous-Chef de mon Cabinet.
A la Direction étaient attachés, comme dessinateurs, un architecte ayant rang d'Inspecteur et trois Sous- Inspecteurs.
Chacun des quatre Architectes en chef divisionnaires avait, comme dessinateur, un Architecte-Inspecteur.
^ Chaque Architecte Ordinaire était assisté d'un Architecte-Inspecteur de travaux.
Tout ce personnel, hiérarchiquement organisé, qui formait le Service permanent d'Architecture, jouissait d'appointements fixes, sujets à retenues en vue des retraites qui lui étaient assurées. Il se devait tout entier à la Ville et ne pouvait entreprendre de travail extérieur qu'en vertu d'une autorisation spéciale.