GRANDS TRAVAUX DIVERS
Entre les nombreux architectes chargés des autres Grands Travaux dont il me reste à parler, je ne saurais établir un ordre de mérite. Je vais donc suivre l'ordre alphabétique pour les nommer, en désignant les œuvres accomplies par chacun d'eux.
M. Aldrophe : Synagogue de la rue de la Victoire et Maison Consistoriale contenant l'habitation du Grand Rabbin de Paris, sur la rue Saint-Georges (1867). — Dépense : 3,260,000 francs.
Cet Architecte, étranger au Service municipal d'Architecture, fut désigné par moi, sur l'indication du
Consistoire Israélite, pour l'exécution de l'ensemble des constructions exceptionnelles dont il s'agissait.
M. Bonnet, Grand-Prix de Rome, Architecte d'arrondissement : Hôtel de la Mairie du XIII* Arrondissement de Paris agrandi, sur le terrain formant trapèze, laissé libre, à cet effet, au point de rencontre de l'Avenue des Gobelins et du Boulevard de l'Hôpital, Place d'Italie, eh face de l'Avenue de ce nom (1867). — Coût: 980,000 fr.
Cette œuvre, rendue laborieuse par des travaux de consolidation du terrain au-dessus de plusieurs étages de catacombes, a été fort remarquablement exécutée par TArchitecte, et lui fait honneur.
M. Caillât, Architecte d'arrondissement : Caserne de la Cité ; Hôtel des États-Majors de la Garde de Paris et des Sapeurs-Pompiers, Boulevard du Palais (4862- 4867); Presbytère de l'Église Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
J'ai décrit précédemment la première et de beaucoup la plus importante de ces constructions, de très belle ordonnance. Sa plus grande portion est affectée, provisoirement, aujourd'hui, non plus à servir de caserne, mais à loger les bureaux de la Préfecture de Police, tandis que le Préfet habite l'Hôtel des États-Majors.
Le Presbytère de Saint-Nicolas-du-Chardonnet témoigne aussi du mérite éprouvé de l'architecte.
M. Chat, Architecte d'arrondissement : Nouvelle École Turgot, construite sur un terrain provenant de la Prison des Madelonnettes, démolie pour livrer passage à la rue Turbigo (1866). — Dépense : 1,400,000 fr.
Cette Ecole municipale professionnelle, considéra-
blement agrandie alors, peut recevoir 1,800 externes, divisés en quatre sections ; car les études y durent quatre ans. Elle est pourvue des amphithéâtres et des laboratoires nécessaires à renseignement spécial qu'on y donne, et, dans son ensemble, répond bien à sa destination.
La façade sur la rue est d'aspect monumental et les constructions intérieures sont d'un bon style.
M. Gancel, Grand-Prix de Rome, Architecte d'arrondissement : Hôtel de la Mairie du XI* Arrondissement nouveau, sur la Place du Prince-Eugène, entre le Boulevard de ce nom et l'Avenue Parmentier (1862- 1867). — Coût : 2,000,000 de francs, mobilier compris.
Cet édifice, en forme de traverse, que la rue Sedaine isole des constructions voisines, est un des mieux réussis de tous ceux du môme ordre que je fis construire.
M. Godebœuf, autre Grand-Prix de Rome, Architecte d'arrondissement : Hôtel de la Mairie du XVP, construit sur l'Avenue de l'Empereur, entre les rues de la Pompe et Mignard, avec façade postérieure sur la rue de Latour (1868). — Dépense, aggravée par les travaux de consolidation du terrain qui recouvrait d'anciennes carrières : 2,350,000 francs.
M. Guillaume : Monument commémoratif de la belle défense de la barrière de Clichy, par le maréchal Moncey contre les Alliés, en 1814 (1868.) — Dépense: 131,800 francs.
En 1863, un concours, ouvert entre 28 architectes et 28 sculpteurs désignés par la Commission des Beaux-
Arts pour rérection de ce monument, donna la victoire à MM. Guillaume et Doublemard.
M. Héret : Église Notre-Dame-de-la-Croix, dont une des façades latérales, à l'Est, borde la chaussée de Ménilmontant, et le chevet, au Nord, la petite Place de ce nom, tandis que Tautre façade latérale, à l'Ouest, longe la rue d'Eupatoria. La façade principale prend accès, au Midi, sur la rue Julien-Lacroix, par un perron, qui n'a pas moins de 50 marches divisées par deux paliers intermédiaires, établi dans le prolongement de Taxe de la rue Etienne Dolet(1863). — Dépense : 2,600,000 fr.
Cette disposition déclive du sol permit à l'Architecte de ménager, sous l'Eglise, une grande crypte, de facile accès, affectée aux cérémonies funéraires.
Le clocher, à flèche en pierre, surmonte le porche qui précède la nef, dont la charpente est en fer apparent, ainsi que celles des bas-côtés et du transept.
L'aspect de cet édifice religieux, bien conçu dans toutes ses parties, est monumental.
M. Janvier, Architecte d'arrondissement : Grand Abattoir de la Villette, rue de Flandre.
Ce vaste établissement est une des œuvres les plus considérables accomplies par mon administration, parallèlement aux Grandes Opérations de Voirie, puisque la dépense totale s en est élevée à plus de 23 millions. Mais, ce ne sont pas les constructions sans caractère architectural qu'elle a motivées, et dont le plan bien combiné justifie le choix de M. Janvier pour la direction d'une pareille entreprise, qui firent - son importance.
Le programme de ces constructions, très nombreuses, très diverses, comprenait, indépendamment des logements d'employés, bureaux, magasins, écuries et remises, un large abri pour le Marché à la Criée; des étables à bœufs et veaux, parcs à moutons, porcheries, pouvant contenir le nombre de tètes nécessaire à la consommation de Paris pendant plusieurs jours : les échaudoirs, brûloirs, pendoirs, etc., etc.
Commencé dans le cours de Septembre 1863, T Abattoir de la Villette, relié, par un embranchement, au Chemin de Fer de Ceinture, et par un embarcadère au Canal de TOurcq, fut mis en service à partir du 1" Janvier 1867.
Je ne dois pas oublier de dire que les millions qu'il coûta furent compensés, dans une très large mesure, par le prix de vente ou la valeur d'emploi des terrains, mieux situés, des anciens Abattoirs qu'il remplaça.
M. Lassus : Église Saint- Jean-Baptiste, à Bellevillo (1854-1889). — Dépense : 980,000 francs.
Ce monument, d'une belle ordonnance, est dans le style du xm"* siècle. Deux tours, surmontées de flèches en pierre, se dressent, à droite et à gauche du porche, dont le fronton est orné d'une belle rosace. Le tympan de la porte principale fut décoré de sculptures de M. Perrey qui rappellent divers faits de la vie du Saint. Ces tours donnent à la façade de l'Église une grande importance.
A l'intérieur, la nef est séparée par des piliers à colonnettës en pierre; sur les bas-côtés s ouvrent des chapelles établies entre les contreforts de la voûte. Les sacristies, construites à l'extérieur, sur les deux
flancs de la chapelle de la Vierge, derrière le chevet de l'Église, sont en communication facile avec le chœur.
M. de Mérindol : Marché du Temple ; Marché Saint- Honoré; Grand Marché aux Bestiaux de La Villette.
Cet Artiste distingué, qui n'appartenait pas à mon administration, fut mis en relations avec elle, comme Architecte du Gouvernement^ à l'occasion des bâtiments de l'Ancien Temple, compris dans son service. La plus grande partie en fut cédée, en 18Si, à la Ville, par l'État, sous la condition d'y construire un Marché spécial pour les revendeurs de vieux linge, de vieux effets de toute sorte, et les revendeuses à la toilette, qu'abritaient la Rotonde et les baraques y attenant. M. de Mérindol resta chargé de l'entretien de ces abris, pour le compte de la Ville, jusqu'à la réalisation du projet, qui lui fut confiée, avec mon assentiment^ par la Compagnie concessionnaire de l'entreprise, et qu'il exécuta de 1863 à 1865.
Dans l'intervalle, M. de Mérindol reçut de moi la mission de reconstruire le Marché Saint-Honoré, qu'on nommait alors Marché des Jacobins, parce qu'il occupait l'emplacement d'un ancien couvent fondé sous l'invocation de Saint-Jacques. Les nouveaux pavillons, en fer, reposent sur des socles de pierre et sont entourés de murs eu briques et couverts en zinc.
Mais son œuvre capitale est le Grand Marché aux Bestiaux de La Villette, très largement conçu, très habilement exécuté, suivant le programme de la concession adjugée à la Société « l'Approvisionnement », aux conditions que j'ai précisées ailleurs, et dont la dépense totale excéda 15 millions et demi.
Le choix de M. de Mérindol, comme Architecte, fut soumis à mon approbation, que je n'avais, on le comprend, aucune raison de refuser.
M. Roger, Architecte d'arrondissement : Collège RoUin, avenue Trudaine (1866).
On avait décidé la translation de ce Collège Municipal, des hauteurs du Quartier Latin, où son installation, rue des Postes, était insuffisante, sur les pentes de la Butte- Montmartre dans remplacement demeuré libre par la suppression de l'abattoir de ce nom, entre l'Avenue Trudaine et le Boulevard Rochechouart, des rues Turgot et Bochard-<le-Saron. Ce fut une mesure capitale, au double point de vu© de l'utilité pour les quartiers avoisinants, jusqu'alors dépourvus de tout établissement d'instruction secondaire, et de la grosse dépense qu'elle motiva : près de 7 millions et demi de francs, savoir :
Terrain : 3,129,000 ; Constructions, 4,047,247 ;Mobilier, 276,066.
L'élévation de ce chiffre tient en partie à ce que chacun des 800 internes a sa chambre ou cellule : on a renoncé complètement aux dortoirs communs.
D'ailleurs, ces 500 internes et les 800 externes, pour lesquels ce nouveau Collège fut construit, y sont répartis en quartiers, affectés aux grands, aux moyens, aux petits, aux minimes, et absolument distincts.
L'exécution du plan arrêté par mon administration justifie le choix de l'Architecte.
M. Roguet, Architecte d'arrondissement : Restauration de l'Hôtel Carnavalet (1866).
Je ne mentionne ici, parmi les Grands Travaux d'Ar-
chitecture entrepris sous mon administration, l'œuvre plus modeste de M. Roguet, que pour avoir l'occasion de louer Tintelligence et le goût dont il a fait preuve en vue de Tinstallation du Musée spécial et de la Bibliothèque de la Ville dans l'ancienne demeure de M"* de Sévigné : le prix d'acquisition ne dépassa guère 90,000 francs.
M. Roguet fut l'utile auxiliaire de M. Baltard, pour la construction des Bâtiments-Annexes de l'Hôtel de Ville.
M. Salleron, Architecte d'arrondissement : Hôtel de la Mairie du XX% Place des Pyrénées (1867). — Coût: 1,480,000 francs.
La construction de ce monument de bonne apparence, sur un terrain de forme trapézoïdale, isolé sur les quatre côtés par la Place, par l'Avenue de la République, la rue du Japon et la rue Belgrand, présenta de grandes difficultés. La nature glaiseuse du sol exigea l'établissement d'un vaste [plateau de béton, sur lequel ses fondations sont assises.
M. Train, Architecte d'arrondissement : Collège Chaptal, transféré de la rue Blanche au haut de la rue de Rome, à l'angle du Boulevard des BatignoUes, sur un terrain qu'isolent les rues Andrieu et Bernouilli (1861 ). — Dépense : près de8 millions et demi de francs.
Le déplacement de cet établissement municipal d'instruction secondaire, où l'enseignement diffère, en la forme, de celui des Lycées et du Collège RoUin, est, comme la translation de celui-ci, l'une des mesures notables de mon administration.
Rue Blanche, le Collège Chaptal ne recevait que des externes. Ses nouvelles constructions furent disposées pour loger 880 internes et abriter 480 externes, divisés en trois quartiers séparés : le grand, le moyen et le petit collège.
M. Train s'est acquitté de sa tâche d'une manière très remarquable à tous égards.
M. Uchard, doyen des Architectes d'arrondissement : Église Saint-François-Xavier, construite sur la petite Place de ce nom, entre le Boulevard des Invalides et le point de rencontre des Avenues de Breteuilet Duquesne (1861-1868). —Dépense : 3,400,000 francs.
Un premier projet de cet édifice religieux, dressé par M. Lusson, était demeuré sans suite, après les premiers travaux, comme trop considérable et trop onéreux.
Celui de M. Uchard, plus sagement conçu, remplissait parfaitement le but que se proposait la Yille : pourvoir d'une église convenable la Paroisse des Missions, qui n'en avait qu'une provisoire et peu digne. L'exécution répondait bien à ce que j'espérais de l'expérience et du goût de son auteur.
La façade, sobre d'ornements, est décorée d'une rosace importante, au-dessus de la porte principale, et de sculptures occupant le pignon du toit de la nef. Des deux côtés s'élèvent des campaniles d'une hauteur modérée, mais d'un effet satisfaisant.
La voûte de la nef est ornée de peintures de M.Laumière, représentant de saints personnages.
M. VarcoUier, Architecte d'arrondissement : Synagogue de la rue des Toumelles; Maison consistoriale,
contenant Thabitation du Grand Rabbin de France, Place des Vosges; Écoles de Garçons et de Filles contîguês, etc, etc. (1867). — Coût : un million.
Le Temple de la rue des Tournelles, moins luxueusement décoré que celui de la rue de la Victoire, contient deux étages de tribunes, portées par des piliers en fer, et réservées aux hommes, comme le rez-dechaussée; deux grands amphithéâtres reçoivent les femmes.
Toute l'ossature des voûtes est en fer.
Les Grands Travaux du Service d'Architecture et des Beaux-Arts figurent au Bilan Général de la transformation de Paris, sous mon édilité, pour une dépense totale de 282,752,696^49 employée, savoir : 193,H6,002S77, dans l'ancien Paris, et 89,676,693^72, dans la Zone annexée.
Au sujet de ces entreprises, les personnes curieuses de détails plus complets que les indications résumées dans ce chapitre et les deux précédents, les trouveront avec une collection de plans, coupes, élévations des plus intéressants, dans le beau recueil intitulé : Paris, Monuments élevés par la Ville, 4850 à 4880, — publié par M. Félix Narjoux, Architecte de la Ville, sous le patronage de l'Administration Municipale, en 4883.
En mentionnant ce bel ouvrage, je tiens à reproduire ici les passages suivants, relatifs à la Transformation du Paris d'autrefois, par lesquels débute, pour ainsi dire, l'Avant-Propos :
« Il était réservé à notre génération de voir se réali- « ser cette entreprise immense, quiausé tant d'hommes,
« a exigé tant d'années, et absorbé tant de millions.
« La transformation de Paris est une œuvre multi- « pie, embrassant plusieurs grandes divisions, qui se « réunissent pour former un ensemble, un tout com- « plet et harmonieux !... »
Aucun lecteur ne supposera qu'un écrivain aussi peu banal attribue un tel résultat à quelque heureux hasard ; chacun restera persuadé qu'en traçant les lignes ci-dessus, dont je lui suis reconnaissant on ne peut plus, cet artiste expérimenté reportait sa pensée je ne dis pas à l'Empereur, pour lequel ses opinions républicaines le rendaient médiocrement sympathique, du moins vers le Préfet qui, malgré tout, le fit entrer à l'Hôtel de Ville, dans le Service de la Voirie. M. Narjoux y occupe maintenant le plus haut grade, qui lui fournit ainsi nombre d'occasions de constater, dès cette époque reculée, qu'une main ferme, dont l'action se faisait constamment sentir jusque dans les moindres parties des Services Municipaux, conduisait tous et chacun, sans déviation possible, au but commun, à l'ensemble harmonieux qu'il met si bien en relief.
Citer mon nom, avant d'aborder l'énumération d'œuvres accomplies, pour la plupart, sous mon administration, était donc absolument inutile pour ne rien dire de plus, à côté de ce témoignage précieux.
FÏN