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jamais obtenir les parts de prises, qui me revenaient selon la loi.
Il est temps que je termine aussi ces Mémoires. Je crains que le lecteur n’ait eu plus d’une fois l’envie d’en voir arriver la fin , car , malgré mes précautions pour ne rien exprimer d’inutile , je n aurai pu sans doute éviter une certaine couleur de monotonie , qui s’attache ordinairement à la peinture des évènements dont le fond se reproduit sans une variété sensible.
Parmi les jeunes gens qui me liront, il s’en trouvera peut-être quelques-unsauxquels ma longue carrière dans la marine servira d’exemple. Voyant de quel point je suis parti sans protection pour arriver à Fun des premiers grades , sans jamais en avoir sollicité un seul , ils apprendront que la persévérance , au milieu des plus cruelles traverses , peut aplanir de grandes difficultés, triompher de nombreux obstacles , et mener au but que l’on se propose parle chemin de 1 hon¬
neur.
DtJ CAPITAINE LANDQLPHE.
Si j ai fait quelque bien à mon pays, si j’ai pris soixante-quatre bâtiments à ses ennemis (!) et coulé bas huit cent trente de leurs canons *, je n’ai point l’org-ueil de m’en glorifier, puisque je ne dois ces divers succès qu’aux efforts réunis de mes braves compagnons d’armes. C’est par le sincère
(0 Voyez /• Avertissement, page 18, où il est dit que le capitaine se récrie contre moi de ce que je rends public ce qu’il écrit ici. On sentira que le passage in diqué ôte à l’auteur la faculté de garder le silence en cette occasion.
Je dois observer aussi que les quatre individus Pouponneau, Tondu , Olivier, Sainte-Anne , qui n’ont jamais voulu quitter l’auteur ( page io5, tome a), né s’en sont réellement séparés que par force majeure. Les deux premiers s’embarquèrent sur le Ça-Ira ( page i24r tome 2 ).
* Ces captures ont causé la faillite de sept à huit négociaflts de Liverpool et de Bristol. On se rappfrlle que les incendiaires de mon établissement venaient de la première de ces deux cités.
éloge de leur valeur, que je me plais à finir l’écrit qui en porte si fréquemment le témoignage. Puissent-ils honorer quelquefois d’un souvenir leur vieux capitaine ! C’est encore un souhait bien naturel à ma reconnaissance (i).
(i) Si divers lecleurs pensent que cet ouvrage enferme beaucoup de notes, et que l’attention est trop souvent distraite par la suspension du sens qu’entraîne toute espèce de remarque, je dois déclarer pour excuse que l’intérêt de la majorité a déterminé mon jugement dans cette matière. En effet, peu de personnes possèdent six dictionnaires ; il s’en trouve encore moins qui interrompent leur lecture , à dessein d’y recourir pour apprendre la définition d’un terme, ou l’explication d’un sujet. Il est donc utile, sans détourner leurs regards du livre, de satisfaire l’envie qu’elles peuvent manifester de voir éclaircir ce qu’elles ne comprennent point.
Il y a même ici des expressions de marine dont on ne rencontre nulle part le vrai sens, et dont pourtant on use presque tous les jours , soit dans le commerce ou les journaux, comme, par exemple, le terme
pu CAPITAINE LANDQLPHE. 4^3
Lettre de marque ( i ). D’autres défini lions plus ou moins longues, et diversement employées dans quelques dictionnaires, ont été ramenées plus brièvement, et j’ose dire peut-être plus clairement, à leur justesse, tantôt par mon expérience, tantôt par le secours des lumières de M. Landolphe. Bien que son manuscrit ne contienne pas une seule note , et que j’en aie indiqué un assez grand nombre sous des astérisques, elles deviennent certainement les siennes, puisque ce sont ses propres explications qui m’en ont fourni le sujet et le développement.
D’après ces mois , j’espère que je trouverai grâce devant tout lecteur raisonnable , et même un peu difficile.
Je passe de suite à un objet plus relevé , et que j’aurais placé ailleurs si l’occasion me l’eut permis; mais la date que l’on va lire indique assez que cet objet n’a pu entrer plus tôt dans mes remarques.
On a dû voir, dans une foule de passages de ces Mémoires , combien les . noirs de Guinée montrent de , bon sens dans leur conduite, ainsi que dans leurs discours. N’est-il point surprenant qu’on ait attendu jusqu’au dix -neuvième siècle pour proposer l’interdiction du commerce des esclaves, c’est-à-dire , d’indi-
(i) Tome s, page 83»
vidus dont la peau seule est noire (i), et dont l’esprit ayant moins d’éclat , offre souvent plus de rectitude que Celui d’une foule d’hommes libres , polis et civilisés ?
Dans la Chambre des communes d’Angleterre , séance du i5 mai 1825 ? M. Buxton, développant sa proposition d’abolir l’esclavage dans lés colonies des Indes occidentales , s’exprime ainsi :
a II fut un temps où , d’après les opinions alors ré- » pandues , on pouvait très-honorablement placer ses » capitaux dans ce genre de propriété : aujourd’hui les » opinions ont complètement changé $ et la propriété » consistant en esclaves est vue avec une prévention * défavorable, et est considérée par les hommes sages » etvertueux comme contraire à la morale, à la justice b et à l’honneur. »
Tout ce que l’on peut avancer pour la défense des hoirs est renfermé dans ce peu de mots, d’une manière très-convenable* II est à regretter que la précision du style , la propriété dès termes , et la justesse de la pensée ne se rencontrent pas à un si haut degré dahs la réponse des plénipotentiaires de France au mémoire du duc de Wellington.
« Toutes les lois des nations civilisées , » disent les ministres français, « le Portugal excepté, prohibent
(i) Quand un nègre se fait uue blessure, la cicatrice reste toujours blanche.
DU CAPITAINE LANDOLPHE. 4^f>
» aujourd’hui la traite des nègres; il s’ensuit qüë ce » crime ? autrefois lëgàl7 est devenu ün crime illégal , » et qu’il est absolument condaitths pâr la nature et » par les lois. » (i)
On sait que , malgré des exemples opposés ^ le langage de la politique* étant naturellement élevé* doit être aussi rempli de clarté , puisqu’il embrasse de grands et nombreux intérêts. Ici l’on se demande si jamais un crime a pu être légal , et si l’on doit dire qu’un crime devienne illégal. Un crime étant une action
méchante et punissable par les lois, ne saurait emporter
«• " l’idée de justice ou d’injustice dans aucun temps. Quand
les lois permettent une action , elle n’est point criminelle tant que la loi existe. Crime et loi se combattent et se combattront toujours. Le mot illégal, appliqué au crime, n’offre pas plus de sens, puisqu’en cela même qu’un crime existe, il est contre les lois. C’est donc s’exprimer d’une manière qui pèche contre l’exactitude que de donner aux termes une acception repoussée par le sentiment universel.
J’aurais évité cette remarque si elle eut atteint un obscur écrivain; mais l’objet qui la fait naître, tombant de la plume de fonctionnaires éminents dans une circonstance très-grave, m’a semblé me faire un devoir
(i) Celte réponse a été reproduite, le ai mai i8a3 , dans un journal accrédité.
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de le relever. Je ne sais si ma pensée s’écarte de la voie d’un jugement droit, mais je crois observer plus de profondeur, de justesse et de solidité dans les hautes discussions du parlement anglais, que dans les discours, même étudiés , de la plupart de nos ministres.
Qu’il me soit permis, en ce lieu , de prévenir une question que beaucoup de dames ne manqueront point de faire à la lecture des Mémoires du capitaine, et qui a pour motif de savoir si, dans une longue vie et le cours de tant de voyages , quelque amoureuse passion n’a point enflammé son cœur. Je suis autorisé à répondre le fameux mot jamais , encore que M. Landolphe' ait eu constamment pour le sexe toute la politesse, toute la considérafion, tous les égards , tous les respects que mérite cette adorable moitié du genre humain.
NOTES
NOTES
Il n’est peut-être point sans intérêt de comparer ici la manière dont M. Landolphe raconte la ruine du fort et des habitations de l’île de Boro do , avec plusieurs extraits publiés par divers auteurs sur le même sujet.
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h ti*j. t . 1 * - il.'. •> ^ 1 M * *■* t c,k liS r.
« XJne colonie française s’était établie en Afrique dans l’île de Borodo , sur la rive gauche de la rivière Formose, soumise à la domination du roi d’Owhère. En vertu d’une transaction authentique et écrite entre le prince , et le capitaine Landolphe , qui commandait l’expédition, une compagnie formée sous le nom d’Owhère , sous la protection du gouvernement , qui lui-même était intervenu dans la négociation , et à l’abri des litres fondés sur le droit public et sur le droit positif des nations, s’était livrée avec confiance à ses opérations , et en avait multiplié le? rapports.
NOTES
De nouvelles expéditions de vaisseaux étaient parties
d’Europe. Six années dé travaux opiniâtres avaient
donné de l’importance à rétablissement. Ses magasins étaient remplis ; tout promettait à la compagnie une
prospérité certaine et des bénéfices immenses.
« Mais celte prospérité avait éveillé l’envie du commerce anglais. Les capitaines Gordon , Potter et
OnltPrrm . PYnédiés dp T.ivprnnnl nmir 1p "Rprnn pn
nuit du 3o avril au ièr mai 1792 , en pleine paix , ces
silence jusqu’au logement dü. capitaine Làndolplië ,
qui fut réveillé par une décharge d’artillerie (1) à laquelle il eut le bonhBU? d’échâpper. Surpris par ces brigands , il se précipita nu par sa fenêtre ; mais à peine tombé, il reçut une deuxième décharge qui l’atteignit à la jâmbe gauche et le renversa. On le crut
mort, et lës assassins* Cédant à la fureur du pillage , ne songèrent plus qu’a se charger de tout ce que l’habitâtion et les magasins offraient de précieux.
« Cependant Laudolphe , épuisé par la perte du sang qui coulait de sa blessure , se traînait à la faveur des tenebres vers un fossé ou , pour échapper aüx récherches , il se mit datts l’eau jusqu’au cou.
K OTES. 45g
« C’est de là qu’il vit livrer aux flammes le fruit de tant de peines et de travaux ; le fort et les maisons furent embrasés. En peu d’instants, tous ces édifices construits en bois offrirent l’image de la destruction.
L explosion terrible de dix milliers de poudre renfermée dans un magasin fut la dernière catastrophe
de cet effrayant incendie. Les débris couvrirent les environs et entourèrent le capitaine sans l’atteindre.
« Las de détruire et chargés de butin , les brigands se rembarquèrent et prirent le large. L’infortuné Landoîphe fut alors trouvé et recueilli par les naturels du pays. Le fils du roi d’Owhère, que le capitaine avait conduit en Europe et qu’il avait ramené , vint au secours de son ami ; il pansa lui-mème ses blessures, et le roi lui prodigua les soins et les égards les plus
affectueux.
« L’anglomanie ne manquera pas d’opposer à cette violation du droit des gens , la destruction des
établissements philanthropiques de Serra Le'one, piais
du moins , la terrible loi de la guerre semblait couvrir l’odieux de cette expédition (i). Mais , dans la ruine de l’établissement d’Owhère , tous les principes
(i) Elle eut lieu durant la guerre d’Amérique. Le capitaine Renaud , commandant un vaisseau rasé et deux frégates , détruisit cct établissement anglais situé sur la côte d’Afrique, sous
NOTES
sacrés parmi les hommes ont été violés , et cet at* tentât impuni fournirait une victorieuse récrimination. » -
( Durand , V oyage au Sénégal 7 tome 1.-1802. )
« Landolphe ( Antoine ) , ancien capitaine de la marine française , né à Montbelet , en 1760 (i)t était , avant la révolution , directeur de la société coloniale philanthropique d’Ouère en Afrique, dont l’institution avait pour but d’étendre le commerce français dans le vaste royaume de Bénin. M. Landolphe avait pru-
ïa^|atitude de 8 degrés la minutes. Celui de M. Landolphe était sous la latitude de 5 degrés 3o minutes.
Le souverain du pays improuva fortement cette violation de son territoire. Tl avait résolu de refuser désormais tout établissement en ce lieu. Cependant il y souffrit depuis une colonie libre. En 1799 , le Directoire Exécutif ordonna de la respecter , « cjuoi- » qu’elle soit , » disait-il , « sous la protection de la Grande-Breta- » gne 5 l’intention du gouvernement étant de ne porter aucune at- » teinte à l’existence d’un établissement foi'mé par des amis des » hommes et de la liberté. »
M. Durand a vraisemblablement ignoré ces dernières circonstances. Je les reproduis ici pour éclairer le lecteur sur tous les points qui se rattachent à cet ouvrage.
(1) On doit se rappeler qu’il y a trois erreurs dans ce peu de mots. ( Voyez tome 1 , page a 2.)
HOTES
déminent recherché l’amitié du roi d’Ouère; et, aidé de son appui, il avait fait construire un fort à l’em bouchure du fleuve de Bénin î un terrain très étendu avait été mis en culture par ses soins, et plusieurs centaines de nègres secondaient ses vues par un travail actif. Cet établissement recevait chaque jour de nouveaux accroissements , lorsqu’on 1792, deux vaisseaux de commerce anglais , armés de canons, débarquèrent près du fort quelques individus qui s’annoncèrent comme étant au service de la maison Dobson et compagnie de Liverpool , et comme chargés de remettre à M. Landoîphe de riches présents , en reconnaissance des services qu’il avait rendus, l’année précédente, à un bâtiment de cette compagnie. M. Landoîphe, forcé par des instances réitérées, accepta ces présents consistaient en objets d’ameublement , et il donna aux anglais. un dîner splendide. La journée se passa dans des témoignages réciproques d’amitié. A minuit, M. Landoîphe fut réveillé au bruit des armes , et il se vit entouré de soldats , la baïonnette au bout du fusil. Il n’avait avec lui que deux Européens: les nègres qifl auraient pu le défendre, ayant pris part à la gaieté de la journée , étaient ensevelis dans un profond sommeil ; poursuivi à coups de pistolet , et 11’ayant aucun moyen de résistance , il se précipita du haut d’une fenêtre dans les fossés du fort qui étaient pleins d’eau. Les assaillans le croyant mort, se mirent à piller les
&OTES.
magasins y et chargèrent leurs canots de butin : mais quelques nègres, qui s’étaient éveillés , ayant sonné 1 alarme , on courut aux armes y et les pillards, se Voyant sur le point d’être attaqués , se sauvèrent en mettant le feu aux habitations , et en faisant sauter le magasin à poudre.
« Cet acte de brigandage, commis en pleine paix,.
excita une vi ve indignation en Angle terre j mais l’affaire
n’a jamais été éclaircie. La guerre , qui éclata six mois après cet évènement , empêcha les réclamations de M. Landolphe , et les recherches qu’il tenta , lors du traité d’ Amiens, sont restées sans résultat. Il n*avait pas encore obtenu justice en 1817 (1). n
( Biog. des Hom, viv. )
Landolphe ( Antoine ), ancien capitaine de la marine française , est né à Montbelet , en 1 760. ( On voit que
l’auteur de cet article commet ici les mêmes erreurs que la Biographie des Hommes vivants. ) Les connais-
(1) Il en est encore de même en 1823. Comment l’Angleterre , qui a été si fort indignée de cet attenta! , n’a-t-elle point tâché depuis d’en atténuer l’effet, en reconnaissant les droits sacrés du capitaine, elle qui a reçu en i8i4eli8l5 d’énormes sommes pour remplir des indemnités ou couvrir des réclamations, dont l’équité quelquefois douteuse a paru céder au pouvoir des circonstances ?
NOTES
5üticcs qu il avait acquises clans ses fréquents voyages sur les côtes d'Afrique, Pavaient appelé, avant la révolution, à la direction de la société coloniale philanthropique d’Ouère en Afrique. Comme le but de cette société était d'établir et d’étendre le commerce français dans le vaste royaume de Bénin , M. Landolphe avait mis tous ses soins à se concilier d'abord la bienveillance du roi d’Ouère. Il y réussit complètement, et en obtint la permission de construire un fort à l'embouchure du fleuve de Bénin , et de mettre en culture un terrain très- étendu. Cet établissement prospérait, et ses soins continuels, soutenus par les bras de plusieurs centaines de nègres libres, lui donnaient chaque jour de nouveaux accroissements. En 1792 , quelques individus mis à terre près du fort , par deux vaisseaux de commerce anglais armés de canons , se présentent au nom de la maison Dobson et compagnie de Liverpool , et se disent chargés de remettre à M. Landolphe de riches présents en reconnaissance des services rendus l'année d'auparavant à un bâtiment de cette maison. M. Landolphe accepta sans méfiance les présents, et donna aux Anglais un dîné aussi somptueux que la localité le permit. La journée se passa en compliments et en témoignages mutuels d’estime et
dr • . • * 1
amme.
A minuit, et lorsque les nègres, qui d’ailleurs avaient pris quelque part à la fêle, étaient profondément