‹ Mémoires du capitaine Landolphe (volume 2)Chapitre 15 sur 19 · lV« , , l · texte numérisé non relu

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Nous restions sans gardes , et pourvus de vivres. On nous accordait la liberté de descendre la montagne, de nous promener aux environs, et de nous baigner chaque fois que le désir nous y poussait

Quelquefois nous parcourions de charmantes habitations, parfaitement cultivées, couvertes de cannes à sucre et de cafiers. Les habitants nous accueillaient comme des frères. Le fils du vice-roi nous rendait de temps en temps des visites ; il ordonnait de nous fournir des chevaux , et nous entraînait à quatre

lieues dans l’intérieur des terres; ces cavalcades, qui nous réjouissaient , n’étaient pas moins utiles au corps qu a l’esprit. •

Les jours s’écoulaient ainsi, et l’armement de la frégate avançait. Quand elle fut près de mettre à la voile , je m’y embarquai avec le commandant de la Médêe , d’autres officiers,

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et le lieutenant adjudant-major Dufour. En appareillant, le capitaine portugais décida que tout son équipage et les passagers n auraient qû’un verre d’eau en vingt-quatre heures, pendant la traversée. On essuya de grands cal mes auprès de l’équateur. Le voyage fut long et pénible ; il dura près de cinq mois. Plusieurs matelots moururent de soif.

A mon arrivée à Lisbonne, j’écrivis au consul français pour le prier de nous faire obtenir un cautionnement qui nous éviterait la prison. 11 nous adressa son secrétaire. Celui-ci nous prévint qu’une embarcation nous conduirait de l’autre côté du fleuve, que de là nous irions à Badajoz (i), accompagnés d’un alcade de distance en distance. Ce fonctionnaire, sorte de juge de police, tient toujours à la main une baguette noire à pomme d’ivoire ries habitants lui témoignent un grand respect. Nous étions montés sur des

(0 Capitale de l’Estramadoure : on y voit un fameux pont bâti par les Romains sur la Gttadiana.

nu CAPITAINE LANDOLPIIE, 4*^3

chevaux et les alcades sur des mulets. Chaque alcade ne faisait jamais plus de quatre lieues 5 nous doublions ce chemin tous les jours.

Nous en mîmes six à traverser diamétrale-

ment le Portugal jusqu’à la Guadiana , qui le sépare de PEspagne , et que nous passâmes à gué.

Le gouverneur de Badajoz nous accorda de suite des passe-ports jusqu’aux frontières de France. Nos chevaux furent vendus quatre fois au-dessous du prix qu’ils nous avaient coûté. Nous séjournâmes quatre jours en ce lieu. Nous louâmes, pour aller à Madrid , une voiture assez semblable aux diligences, tirée par quatre chevaux dont la course était , sans relayer, d’une douzaine de lieues par jour. Le soir, le conducteur nous menait dans une auberge que l’on nomme posàda . Bon Dieu, quels tristes logements que ces posadas ! ja-

mais on n’y trouvait de Subsistances. Obligés d’aller à la découverte de quelques provisions , nous ne rapportions que des œufs , ou des côtelettes de mouton et de porc frais ,

qu’il fallait prendre patience à voir cuire , en ce que la cuisine est loin de se faire lestement dans cette belle contrée de l’Hespérie.

Après le soupé que, sans faire injustice à

notre jugement, nous pourrions comparer à la diète ordonnée par certains docteurs, la servante nous montrait de mauvais lits, quand il s’en trouvait, car ils étaient encore assez rares pour en exposer ici la remarque. Lors donc que ce cas advenait , la couche consistant en quelques planches et une natte de jonc très-mince, sans couverture aucune, élevée à trois pouces des carreaux , nous dégoûtait passablement des douceurs du sommeil. Chaque fois que l’hôtellerie était privée de ce meuble précieux , désigné par plusieurs Espagnols austères comme un luxe d’agrément plùtôt que d’utilité, la nouvelle mari tome nous entraînait gravement dans un lieu où toute une compagnie de soldats pouvait s’étendre à l’aise, malgré une soixantaine de mulets alignés au râtelier, touchaut aux vastes cuisines de ce palais des muletiers.

DU CAPITAINE LANDQLPHE.

Là, notre aimable et gracieuse conductrice, dont les attraits étaient si parfaitement semblables aux charmes de celle qu’a jadis vantée avec tant de bonheur l’immortel Cervantes, étendait à terre de sa main robuste quelques vieilles et fort sales couvertures, destinées à reposer nos membres. L’odeur des cuisines mêlée à celle des mulets était le parfum que nous respirions au milieu de la variété de nos songes.

Un jour que Morphée s’obstinait à nous montrer sa rigueur, nous fîmes retentir toute la nuit cet édifice delà beauté de nos chants. Le lendemain , dès six heures du matin , nous demandâmes la carte de la dépense. A la vue de cinq francs par tête pour n’avoir pas reçu seulement un morceau de pain , ni même un verre d’eau, nous criâmes, comme de raison, fortement à Fin justice. L’hôte, pour nous irriter , ajouta qu’il exigeait encore dix francs , afin de le dédommager du bruit que nous avions causé la nuit dans son écurie.

Le commandant Lerch jurait en allemand

fyi6 MÉMOIRES

aussi fort qu’un charretier de son pays ; iï ne cessait de s’informer de la demeure du juge de paix pour lui porter ses plaintes d’un traitement si révoltant. Tout-à-coup, Lerch, frappant du pied la terre, en fait sortir des hommes, car un nombreux rassemblement d’individus armés de gros bâtons, s’avance et nous dit en espagnol : « Seigneurs français , » il faut payer et passer. » C’est le parti qu’il nous fallut prendre, mais avec force murmures emportés par les vents.

Fuyant ce vilain lieu où l’on paie des vivres que l’on n’a point consommés , et où l’on rançonne les étrangerspour avoir chanté, comme si jamais une contribution devait atteindre quelques éclats de voix, nous remontâmes dans la voiture jusqu’au soir.

Nous la quittâmes pour entrer dans une hôtellerie nouvelle, mais qui n’offrait rien de nouveau quant à la manière d’y loger. Cette fois, un lit s’y trouvait; on y voyait même une mauvaise espèce de traversin sous lequel je déposai ma bourse, contenant

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une dizaine de pièces de vingt francs pour les dépenses journalières sur cette route. J’oublie à mon lever le petit trésor , et je pars.

A trois lieues de là, l’on déjeûne. Je veux tirer une pièce afin d’acquitter ma part des frais du déjeuné. Surprise extrême !... Je me souviens du lieu qui couvre mon dépôt. L’aubergiste me donne deux chevaux et un guide, que je paie treize francs en tout. Pressés par mon impatience autant que par le besoin y les coursiers prennent le galop. J’arrive, je vole au grabat : cent fois mes mains tournent et retournent le fatal traversin ; rien ne brille à mes tristes yeux; j’ai même la douleur de voir les fidèles domestiques de cette honnête maison me railler d’un air goguenard, en me disant tout crûment que j’étais un fou. Si la recherche de mon or n’avait point le caractère de la folie , la vérité m’oblige d’avouer que j’étais fort humilié devant ces fripons.

Je reviens donc aussi léger d’aigent qu’au para vaut, avec un surcroît de dépense pour

cet inutile voyage. Mes compagnons apprenant ce résultat ine consolèrent par le dicton si commun : « Nous voyons , dans ce » trait , qu’il y a d’honnêtes gens partout. » On reprit la diligence jusqu a Madrid, où nous arrivâmes le jour même.

Cette capitale commença de nous réjouir en observant que ses usages approchaient un peu des coutumes françaises. Nous descendîmes à rhôtel de Malte , tenu par des Italiens. On avait lieu de s’en louer; c’était assurément en ce genre une des meilleures maisons de Madrid. Nous y vîmes M. le contreamiral Dumanoir (i), allant organiser à Ca~

(i) Neveu de l’ancien ministre de la marine , Plé ville

le Peley. Selon Tune de nos Biographies , « il fut » témoin de la bataille de Trafalgar sans y prendre » part, avec l’avant-garde qu’il commandait. Mis en » jugement pour ce fait, il eut quelque peine à se » tirer d’affaire, et fut pris peu de temps après, aux » auérages de Piocheforl , avec toute sa division , après )) un combat opiniâtre où il reçut une blessure à la » tête; il, débarqua à Plirnouth, resta quelque temps » prisonnier sur parole, et revint en France . »

MJ CAPITAINE LANOOLPHE. 429

dix line escadre de vaisseaux de guerre. Je me présentai devant lui ; j’en reçus un accueil très poli, très-distingué. Il desira savoir si quelques uns des officiers de ma division voudraient servir sous ses ordres. Je lui désignai M. Dufour , lieutenant de vaisseau, comme un officier de mérite et rempli d’instruction.

Cet adjudant-major consentit avec un grand plaisir à suivre le contre-amiral qui/ de son coté /sembla satisfait de cette rencontre,

]STous passâmes une semaine entière h Madrid. J’allai présenter mes hommages à l’ambassadeur français , M. Lucien Buonaparte. J étais accompagné dans cette visite du commandant Lerch, du capitaine Gou* dain, de l’abbé Darté, deM. Guillet,cqmmisr saire de la marine, agent comptable de la division, Son excellence nous accueillit. avec une extrême politesse, et nous fit délivrer, sur notre demande , des passe-ports par la chancellerie.

Avant de partir, je vis le palais du roi;

43o mémoires

il est sur une éminence , et d’une grande beauté ; une rivière peu profonde coule par derrière le long de ses murs. Tout près de là se voit le Prado, jardin royal où Ion admire de fort belles promenades publiques , ainsi qu’une vaste ménagerie qui. renferme des animaux de toutes les parties du globe. Le cabinet d’histoire naturelle m’a semblé magnifique. Les minéraux et les métaux rares y abondent : l’or, l’argent massif du Pérou, les diamants , et d’autres pierres précieuses, en complètent l’ornement. Les connaisseurs assurent que ce cabinet est le plus riche de l’Europe.

En quittant cette grande ville , nous prîmes la direction de Bayonne. Un conducteur, bien que sa voiture fût attelée de quatre chevaux , nous mena paisiblement , à petites journées de huit lieues. Notre société s’accrut d’un personnage qui avait fait quelque temps les délices de la bonne compagnie de Paris; c’était le célèbre danseur Duport dont la renommée, éclipsant l’astre jusque-là si

éclatant de Vestris , l’avait appelé sur les bords du Tage pour offrir aux Portugais la perfection d’un art si cher à Therpsichore , dans les pas merveilleux du premier de ses favoris. Son congé venait d’expirer ; il avait refusé un nouvel engagement , parce que soit indisposition , soit caprice , un jour ses jambes d’accord ou non avec sa volonté ne firent point sur les planches le service accoutumé, et qu’une prison fort malsaine, plus basse que l’eau du fleuve qui pénétrait dans ce lieu quand le Tage grossissait, l’avait trop dégoûté de leur montrer plus long-temps la grâce de ses pirouettes.

Retournant à Paris pour remonter au trône de l’Opéra , vacant par son absence, si toutefois on peut avancer que la danse y soit jamais sans monarque, il avait acheté un singea Lisbonne qu’il affectionnait étrangement. Cet animai , dans la voiture, nous

récréait par ses gentillesses et dissipait l’ennui du voyage. De Madrid aux Pyrénées, on éprouva la douceur du printemps* mais

auprès des montagnes le froid se fit sentir. La neige tombait abondamment. A mesure que l’on s’élevait dans cette région, la température augmentait de rigueur. Le pauvre singe mourut gelé , dans les bras de son maître, dont les soins infinis ne purent prolonger son existence jusqu’au sommet des

monts.

Parvenus là, nous tournâmes nos regards sur l’immense plaine que nous sortions de parcourir. Quel aspect ! Quel admirable contraste dans les accidents de lumière ! et que de réflexions touchantes font naître les profondes impressions d’un si divin spectacle î Je crois que jamais la nature n’a tenu au

cœur del’homme un langage plus éloquent, et n’a rempli son arne de sentiments plus dignes de sa céleste origine.

Nous descendions doucement les monts ?

le voiturier nous pria de mettre pied à terre

pour enrayer. Il nous prévint que nous allions passer dans un vallon fort dangereux, où rodaient quelques vagabonds toujours

MJ CAPITAINE LANDOLPHE. ^

prêts à dévaliseriez voyageurs. Il: s’étendit beaucoup sur le genre de leurs professes,;

nous prenions en gaieté ses réejfs qui devenaient fort plaisants en passant nar sa,hnup.hp

et surtout quand le ton du discours lui donnait l’accent de la frayeur.

En arrivant à l’endroit le plus étroit du

vallon, vingt cavaliers aussi bien $rmés

que montés, coururent à nousau grand trott Soudain leurs rangs s’ouvrent ; ils nous arrrêtent , demandent qui nous sommes , où nous allons. On imagine que la plus extrême

surprise devait se peindre dans nos traits. Nous répondîmes tontefois qu’étant Français, prisonniers de guerre des Anglais , nous ve-

nions de Lisbonne ppur retrouver nos foyers. Après nous avoir examinés quelque^0mp- * ments avec beaucoup d’attention, le chef de l’honorable compagnie dit à sa troupe : % Lais- » sez passer ces Français ; ils ne sont bons à » rien. » Ces paroles furent aussitôt répétées en espagnol par l’un d’eux .* « Passez , pas-

T. II

ÿ § 4 ~ H.S.I O G v MElM O I H KS’ ■ ' -

itous n’êies bons à

4>i L‘-^ iyUt ••’• • ■ '-*• ■•'■'■

Ÿrdtf» ptixt fort ;• jamais

j^ssè^poït tt’a paru plus utile. Je crois que f&iïk ïé dùftieS à l'apparence de nos vêtements où l’absencé du ïùxe se faisait essentiellfetnêiit remarquer , car ‘ il* est bien rare que 1 les 1 haillons couvrent For • je dis haillon^ /c est peut-être friser l’exagération y mais là vérité doit dire que nôs habits étaient passablement fatigués : cette expression vaut Pautre.

Le conducteur nous rejoignit au bas de la colline ; il se hâta de nous féliciter d’avoir échappé au mouvement habituel de ces messieurs': « Ce sont', » dit-il, « de grands »• voleurs, pillant tout ce qu’ils rencontrent,

»' mâis ne tuant jamais personne, à moins » qu'on ne leur offre de la résistance. »

A 'l’entrée de Vittoria , jolie ville (i) où

iôi h-»».. iflfllfcU fefrUriiuU Ci W — -U

(i) Les mandes rues de çette cité sont bordées de beaux arbres.

commence la première ligne des douanes, un employé nous prescrivit de nous rendre au bureau du directeur, pour y déclarer l’or ou l’argent que nous possédions, en ce qu’il était défendu d’emporter ces matières hors du royaume d’Espagne,, sous peine de confiscation. « Prenez bien garde , » observat-il , ce de faire une fausse déclaration , car , « outre la confiscation , elle entraînera perte » de la liberté pendant un temps, » On nous laissa la somme suffisante pour le reste du voyage; c était toute celle dont nous étions porteurs, parce qua Madrid, connaissant la loi relative à cet objet, nous avions échangé notre or contre du papier de France.

Avant de pénétrer à Saint-Jean de Luz(i), d’autres douaniers suspendirent notre marche. On nous contraignit d’entrer séparémen t dans une chambre : on exigea le bulletin particulier de notre déclaration, délivré à

(i) Dernière ville de France, du côté de l’Espagne; elle est à deux cent huit lieues de Paris.

Vittoria. Excepté moi, auquel on épargna ta visite rigoureuse appliquée à mes compagnons, tous furent mis à nu, les jambes écartées , pour s’assurer qu’un peu d’or n’y demeurait point caché. Le conducteur et sa

voiture furént non moins sévèrement exa-

minés.

Près de Bayonne , il fallût encore essuyer une visite des douaniers français. On ouvrit nos malles ; quatre pièces de mouchoirs des Indes furent trouvées dans la mienne ; elles étaient prohibées à mon insu ; je les avais achetées à Madrid. L’employé les portant au directeur , je le suivis chez ce fonctionnaire, qui me dit ne pouvoir autoriser l’entrée de cette marchandise, et que je devais la renvoyer aux frontières d Espagne» «Cependant,» ajouta-t-il après un moment de réflexion , « comme je prends part au malheur qui î vous a livré aux Anglais, et que vous ne » portez pas sur le visage l’air d un eontre- » bandier, je ne confisquerai point vos » mouchoirs. Passez dans la cour \ vous y

» trouverez une femme à qui vous pouvez » accorder de la confiance. On croira qu’elle » reporte ces pièces à la frontière; et dès » que vous aurez monté dans votre voi- » ture , elle vous les remettra. »

Cela fut exécuté selon l'avis du directeur; je donnai à cette femme une récompense dont elle me sembla fort contente : je n’étais pas moins satisfait de son obligeance , croyant bien tous mes mouchoirs perdus. A Bayonne, nous abandonnâmes notre conducteur. Nous restâmes quatre jours dans cette ville. On y voit une barre fameuse qui rend l’entrée du fleuve* très-difficile, surtout quand les vents

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d’ouest et d’ouest-nord- ouest soufflent avec violence. Dans ce cas, les navires sont contraints de relâcher au Passage.

Nous prîmes tous la voiture de Bordeaux, tirée par six chevaux vigoureux. Ayant à peine fait une lieue, la diligence arriva sur une montagne. Une dame âgée d’environ

( i ) L’Adour.

quaranteans et sa demoiselle de dix -sept, souhaitent d’y entrer* $ le conducteur ne put » les placer qu’au cabriolet : il les connaissait pqi^r être l’épouse et la fille d’un brigadier de la gendarmerie3<qu’elles allaient retrouver au premier relais. 11 montra de l’empressement

à les ranger à ses côtés. Jl’offris ma place à là

dame qui la refusa poliment, en observant que le relais était peu éloigné.

U,avait beaucoup plutoutcHa nuit. Les ornières étaient remplies de sable ; la route semblait parfaitement u&ie, ce qui engage les postillons à pousser leurs chevaux au grand

trot. La diligence fait ainsi une demi-lieue. Tout-à-coup deux roues s’engagent dans une

proionde ornière, avec une telle secousse que la voiture est renversée. Les deux dames et le conducteur sont jetés au loin. La mère a le

bras cassé , sa demoiselle éprouve à la jambe

une forte entorse , et le conducteur»se relève avec un bras démis. Aucun voyageur de l’intérieur ne reçoit de blessure. Seulement tous étaient^ tombés les uns sur les autres.

DU CAPIT.UNfi ^ffDOLPlIK. N

Des hommes très-gros

viens à me dégager. de ce; ^uelf^^P|.QpT vrant la glace de la portai, p^çpendiculaire à nous dans cet instant , je soïs^par, cette ouverture. Mes ppuapagnpns; t '

vainement de suivre mon exemple^ leur côivt pulence résiste à leurs désirs* - i;.f.

Des postillons après les plus grands efforts, viennent à bout de redresser une masse si pesante; on y employa les chevaux et des bœufs. On mit sur une civière les femmes blessées, on les porta le plus vite possible à Bayonne , pour y recevoir tous les secours de Fart dont elles avâient un si pressant besoin. iù>7 o! «

Quand tout le monde fut sorti de Ja voi-

ture , des cris de colère retentirent aux oreilles des pastillons <Le commandant Lerch, dont les jurons allemands avaient une prodigieuse énergie 5 tira son sabre en leur disant : « Goquins! il faut que je vous passe » ma lame au travers du corps pour vous » empêcher de verser encore une diligence. »

4Î6 *V!!?u'‘;h' MEMOfJRES ’ , '

ÀU résteV ce malheur nous plongeait dans urîé ptëtimêe èonstërnatiun.

OU remonta dans la voiture. Nousarrivâmes à Bordeaux , où les voyageurs se séparèrent. J’y passai quelques jours. J’allai voir le commissaire général de la marine qui me refusa un passe-port pour Paris , attendu que je devais m’adresser au commandant des armes de Roehefort. Peiné d’on contre- temps dont la suite m’appelait dans ce port, je rencontre un officier de la marine auquel je communique mon nouvel embarras. Il m’en tire bientôt par ces mots : « Le ministre est en cette ville ; » il loge chez M. Baour, négociant; allez » le voir. »

Je me présente devant l’amiral Bruix *. Ce ministre me reçut gracieusement ; il m’entretint avec éloge des prises faites par la division dans la dernière campagne’; il versa même quelque consolation sur le souvenir amer de ma funeste rencontre avec l’escadre

* Il avait servi sous mes ordres , comme volontaire > à bord de la Négresse .

anglaise, et me demanda s’il pouvait m’être utile. L’amiral m’accorda sur-le-champ le passe-port (i) qui formait l’unique objet de mes désirs.

Je demeurai encore huit jours à Bordeaux ; je les employai à visiter plusieurs négociants avec qui j’avais eu des rapports d’intérêt quand je commandais la Chimère . Ce fut pour mon cœur une satisfaction bien douce en revoyant ces honnêtes commerçants, qui

(i) C’est une autorisation delà main du ministre , en date du 16 germinal an 9, et ainsi conçue : «L’amiral » Bruix , vu le procès-verbal de la reddition de ïafré- » gâte la Concorde à des forces ennemies supérieures» » l’impossibilité de soumettre la conduite du capitaine » Landolphe qui commandait cette frégate à l’examen » d’un jury militaire , attendu le défaut absolu de » témoins , autorise ledit capitaine Landolphe à se » rendre à Paris au sein de sa famille , en attendant » qu’il puisse être jugé sur sa conduite , et à lacondition )) expresse qu’il se présentera au ministre de la marine » pour recevoir ses ordres. » SignéTS.. Bruix.

Cette pièce fut visée le 29 germinal par M. Forestier, dont le capitaine a parlé , page s85 de ce volume.

me témoignaient dans leur franchise des sentiments d’une extrême affection. « Quittez, » me disaient-ils , « le service militaire et choi-

» sissez le plus grand navire de ce port • nous » l’armerons de suite sous votre commande- » ment. » Affligé d’une goutte qui me causait quelquefois-pendant quatre ou cinq mois des douleurs intolérables ma résolution était bien prise de ne plus confier aux flots inconstants une vie déjà si remplie d’orages.

Après une quinzaine de jours passés à Bordeaux ; je partis pour la capitale, où je revis ma femme, ma famille et mes anciens amis. Je priai presque aussitôt le ministre de la marine de m’appeler devant un conseil de guerre, pour être jugé sur la prise de la Concorde . Ce conseil fut convoqué dans la même se-

II m’est arrivé alors, au milieu d’un combat, de me faire transporter dans mon lit sur le pont. Les douleurs cessaient à l’instant , et ne recommençaient qu’après l’action (i).

(i) Tandis que je rédigeais ces Mémoires, M. Landolphe a ressenti une violente attaque de goutte , qui l’a retenu quatre mois chez lui.

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maine à l’hôtel de Toulouse, faubourg Saint- Germain. J y comparus, et l’on m'acquitta peu de jours après la conclusion du traité de paix d’Amiens.

Ce fut à cette époque, où ma santé avait déjà souffert de cruelles atteintes, que je sollicitai ma retraite. Le ministre m’écrivit que mon âge me laissant encorè la faculté de servir l’État, c’était à regret qu’il ne pouvait me l’accorder. Je suppliai de nouveau Son Excellence de prendre cet objet en considération. Il répondit derechef qu’ayant exposé mes vœux au Premier Consul , qui les approuvait, il me suffisait de produire mes états de services pour obtenir une pension. Elle fut réglée à quinze cents francs, ensuite réduite à douze cents (i) par le ministre

(i) On a vu, pages 262, s63 de ce volume, un singulier rapprochement 5e circonstances entre l’auteur et l’editeur. Il estselon l’ordre d’en compléter ici le tableau. Plus tard, dans deux services différents, nous avons eu le même traitement, compté le même temps de services - nous avons fait la même demande de retraite

Decrès, qui fit appliquer cette mesure à tous les officiers de mon grade.

Il y avait environ trois semaines que j’étais à Paris, lorsque je vis arriver chez moi M. Darté; son air triste, mélancolique, abattu, m’inspira de l’inquiétude : « Qu’avez- » vous donc? monsieur l’abbé , vous me sem- » blez consterné.» — « Ah! cher capitaine, je » suis ruiné, perdu, anéanti ; je viens d’être » volé. » — « Où logiez-vous? » — « Rue » des Canettes, près de Saint-Sulpice. Ecou- » tez cette malheureuse histoire.

» Trois jours après que je fus en cette » ville, un ordre de l’autorité m’appelle )) aux bureaux de la préfecture de police : » je m’y rends ; on me questionne sur » mon nom, ma qualité, mon pays, le lieu

qui, d’abord, n’a point été agréée par les mêmes raisons • nous avons obtenu la même pension sur des fqnds divers; enfin nous habitons le même quartier à cent pas l’un de l’autre, et cette dernière circonstance à pu influer sur la publication de cet écrit.

1>U CAPITAINE LANDGLPHE. ' 44 5

» d’où je viens, le vaisseau qui ma transporté )) d’un hémisphère à. l’autre; enfin l’on veut » connaître mes moyens d’exister à Paris. » Je réponds à tout la vérité, que vous » connaissez. Satisfaisant à la dernière ques- » lion, j’observe que j’ai six mille francs » d’espèces en ma possession et des lettres » de change tirées sur M. Lafitte, accep- » tées par ce banquier, ayant huit jours à » courir ; qu’en outre, je dois recevoir du » trésor public le montant des récépissés » d’une somme versée par mes mains à Flie- » de-France. On me dit que cette déclaration » suffit et qu’on va m’accorder un permis » de séjour dans la capitale. Je retourne à » mon hôtel.

» Au bout de vingt-quatre heures, un » homme grand , portant des moustaches , » s’adresse au maître de la maison, et lui de-

» mande une chambre ou un cabinet à louer. » J’ai peut-être ce qu’il vous faut, » dit ce dernier, « montez avec moi.» C’était une petite » chambre touchant au même carré que la

» mienne, et tout à côté. Elle fut aussitôt

» retenue qu’examinée; une quinzaine payée » d’avance garantit sans doute au maître la » probité de son locataire.

» Le lendemain la malle de l’inconnu ar- » rive ; le porte-faix pliait sous la charge. Le » troisième jour de ce dépôt, on célèbre une » fête nationale aux Champs-Elysées; cu- » rieux de la voir, et surtout les illumina- » tions qui doivent en couronner la fin , » je m’achemine lentement vers le boule- » vard, le long du bord de l’eau , dans le but » de dîner chez un restaurateur de ce quar- )) tier.

» En portant mes pas au-delà du Pont- » Royal, un violent pressentiment que je » puis être volé pendant mon absence me » pousse à revenir à mon logement. Une » lutte s’élève dans mon esprit entre la pru- » dence et la curiosité. J’entre en hésitation » quelques minutes : malheureusement la » curiosité l’emporte. Je reviens à minuit. » Comme je montais l’escalier , le maître de

1>Ü CAPITAINE Ii.A3VD0l.PHE.

» rh.ôtel m’arrête par cesparoles: — Monsieur

» l’abbé, mauvaise nouvelle ! —Quoi ? On

» a ouvert votre porte avec une fausse clef, » brisé votre secrétaire et volé votre.argent.

» Je monte avec effroi. Ce que l’on m’ap- » prenait n’était que trop vrai. Je trouve la » chambre ouverte, le secrétaire forcé, mes » papiers éparpillés, mon argent dérobé.

» Sans perdre un moment, je cours à la » préfecture de police pour y dénoncer ce » crime. J’y trouve un individu qui a l’im- » pudeur de m’adresser de basses plaisan- » teries , et me demande en ricanant com- « ment un prêtre a pu se laisser voler. Un » chef de bureau plus sérieux reçoit ma dé- » claration. Il me promet que ses soins vont » être employés à la recherche des voleurs » mais il exige que je lui donne trente francs , » à compte sur les frais que doivent occa-

» sionner peut-être de nombreuses démar- » ches. Peu soucieux de faire encore un » sacrifice assuré pour un recouvrement in-

» certain, je refuse de fournir les dix écus. Je » vais mettre opposition chez M. Lafitte au » paiement des iettres-de-change , et m’en » reviens accablé de tristesse d’un si cruel » revers.

» On visite la chambre de l’inconnu ; il » en était parti, l’ayant laissée ouverte , ainsi » que sa malle remplie de moellons.

» Le troisième jourqui suivit cet évènement, » je reçus unelettre imprimée, conçue en ces » propres termes : « Monsieur l’abbé, nous ' » vous renvoyons tous les papiers trouvés « dans votre secrétaire ; ils ne peuvent nous » être d’aucune utilité. Nous gardons les es- » pèces, qui nous sont très-nécessaires. «

» Vous voyez, cher capitaine, que je » n’ai échappé à la pince à canon d’un » assassin anglais, que pour etre assassiné » par un Français d’une autre façon. Je suis » maintenant contraint de me rendre à la » ville d’Arras , pour y demeurer auprès d’une » sœur chérie , qui prendra soin de mes vieux

y» jours4. » Tel fut le récit de ce vénérable ecclésiastique.

En ce moment^ le ministre de la marine me prévint que le Premier Consul m’invitait à dîner aux Tuileries. Je m’y rendis. Je trou-

vai le général Buonaparte entouré de courtisans qui avaient le sourire sur les lèvres , et peut-être autre chose d’opposé dans le cœur. Il vint à moi et me dit : « Capitaine, j’ai » beaucoup entendu parler de votre dernière j> expédition ; vous avez joliment étrillé les » Anglais! Parlez, que puis-je faire pour » vous? »

Je ne répondis et ne demandai rien. On servit un ambigu. J’étais placé à côté de son frère Joseph , dont je dois louer la politesse. Le repas dura tout au plus quinze Ou dix-huit minutes. On se leva ; je rentrai chez moi. Je terminai un peu plus tard quelques affaires au ministère de la marine ; mais je ne pus

( i ) Si M. Darlé vit encore , il doit être âgé d’environ soixante-sept ans.

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