D MÉMOIRES
M. Caine, son capitaine en second, étant auprès de nous, Makouina reparut; il fut reçu comme la veille. À ses côtés était un enfant de six ans, d’une figure intéressante , et qu'il semblait affectionner beaucoup. Je crus que cet enfant était son fils , et je le félicitai sur sa gentillesse et sur sa grâce. Makouina me répondit que cet enfant n'était pas son fils , mais que cependant il lui appartenait, et que ce soir même il devait le manger à son souper. Cette réponse nous fit tressaillir : nous résolùmes d’arracher cet infortuné au mälheur qui le menaçait. Après une assez longue négociation, Makouina nous le vendit, moyennant trois brasses de drap bleu.
I] faut conclure de ce que nous avait dit Makouina , de plusieurs autres faits que chacun raconta , et de ce que nous avions éprouvé nous-mêmes dans la baie d'Out-Cha-Chel, que ces peuples sont barbares et anthropophages.
M. Caine prit la parole et nous déclara que tout ce qu'on avait rapporté de leur barbarie n’approchait pas de ce qu'il en savait lui-même. Cet officier jouissait de l'estime particulière de M. Cuba; il avait toutes les qualités qui commandent la confiance : je ne fais donc au-
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cun doute de la véracité de son récit , que je crois d voir retracer:
« Vers la fin de 1791 , nous dit M. Caine, je partis comme capitaine d’un bâtiment de 150 tonneaux, ayant sa destination pour les côtes nord-ouest de l'Amérique. Aprèsune navigation pénible , non loin de l’île de la reine Charlotte, j'atteignis, près du village de Cami-Cha-Ouar, un havre assez sûr où je mouillai à onze heures du soir. La pluie quitombaitpartorrents, et le silence qui semblait régner au loin , nous présageaient que nous n'aurions pendant cette nuit aucune visite des Indiens.
» Sur les trois heures du matin, un grand nombre de pirogues s'approchèrent du bâtiment , et elles en firent le tour ; n'entendant aucun bruit , quelques Indiens se hasardèrent à monter sur le pont. L'officier de quart ainsi que les matelots de garde étaient endormis; moi-même n'ayant pas fermé les yeux depuis quatre jours, je m'étais retiré dans ma chambre.
» Les Indiens massacrent tous les hommes qu’ils rencontrent, et, déjà sûrs de la victoire , ils entonnent leur chanson guerrière. Je me réveille au bruit de leurs féroces accents, je
saisis mes pistolets, et, en sortant, je jette